‹ Eaux-fortes et tailles-douces [microforme]Chapitre 31 sur 41 · EE · texte numérisé non relu

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Cela vous intéressera. Ainsi je vous y attends, à trois heures. » Cumme l’on pense, je me serais bien gardé de manquer à un tel rendez-vous. A la minute précise, j'étais aux portes du Museon Arlaten. C'est le nom que porte le monument où Mistral, aidé de collaborateurs dévoués, entasse les souvenirs de tous genres qui se rapportent à l'histoire et à la vie provençales : tableaux, meubles, figurines, dentelles, habits d'autrefois aux modes si pittoresques et bien autrement esthétiques que les vêtements modernes, bijoux, colliers, tout ce qui distinguait les Provençaux, soit dans l’intérieur de leurs maisons, soit dans leurs costumes dont on ne voit plus guère les pareils, maintenant, qu'aux jours de fêtes, sont classés avec ordre et avec un soin pieux dans ce musée si original. Le Maître me promène à travers toutes les salles de ce reliquaire de sa grande famille. Il y a une pièce entr'autres qui offre un charme spécial. C'est la reconstitution exacte, minutieuse, de la chambre où Mistral est né : le grand lit maternel avec ses couvertures aux tons fanés ; le berceau où l’on endormait les premiers rêves du futur poete ; aux fenêtres, les rideaux qui tamisaient la lumière trop forte pour ses jeunes yeux ; la veilleuse qui présidait, comme une étoile, à son sommeil ; tous les menus objets dont s’ornaient les demeures patriarcales et qui furent les premières choses avec lesquelles joua l'imagination enfantine du créateur de Mireille. Adorables sou-

venirs auxquels le temps ajoutera une valeur sans prix! Dans une autre salle il me montre, encadré et appendu au mur, un sonnet en provens,al que lui avait dédié son ami Clovis Hughes. Le texte en est imprimé en larges onciales. Et pendant qu'il me déroule le sens de cette poésie toute fraternelle, sa voix a des tremblements et je remarque des pleurs dans ses yeux. Ce héros est la tendresse même, et tout ce qui évoque l'âme de sa Provence le touche jusqu'aux larmes et fait jaillir de son cœur des accents où passe un amour comme jamais peut-être le patriotisme n’en a inspiré.

Ma visite s'achève, émue, délicieuse. Au moment de prendre congé de ce grand homme qui s'est fait avec moi, comme avec tous ceux qui l’approchent, si simple et si bon, je lui demandai la permission de lui envoyer mes humbles écrits : «Oh ! je les recevrai avec gratitude, me répondit ce noble vieillard. Et surtout, n'oubliez pas de me donner votre adresse bien exacte, afin que je puisse vous en remercier. » Rendu chez moi, mon premier soin fut de lui adresser l’un de mes ouvrages : Pastels. Et voici l'accusé de réception que le poète daigna m'écrire. Je vous le cite sans aucune prétention, et uniquement pour vous éclairer sur son caractère : « Merci et compliments à Henri d'Arles pour sa délicieuse collection de Pastels. C'est, en claire miniature, le « génie du christianisme » rénové. » — Inutile de vous l'assurer,

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ce mot me rendit fier.

Et ce serait peut-être l'occa-

sion de répéter ici la réflexion d'un psychologue : « Les compliments, on n'y croit pas, mais ça fait toujours plaisir. »— Un derrier trait finira de vous faire connaître Mistral. En je ne sais quelle année, l'Académie décerna à son poème de Héreille un prix

de trois mille francs.

Beau denier dans la caisse plu-

tôt légère du troubadour. Sa mère—les femmes sont toujours ainsi pratiques — voulait qu'on employât cette somme pour faire tapisser et plafonner la chambre du poète. — « Non! non! répondit Mistral... (Ça, c'est l'argent des poètes, on n'y touche pas ! » — Et il n'y fut touché, en effet, que pour aider des confrères pauvres et tout ce qui pouvait donner plus de lustre et d'essor à l’œuvre des félibres. N'est-ce pas que ce désintéressement a quelque chose de majestueux ?

J'ai parlé du musée où le Maitre prend plaisir à recueillir les souvenirs provençaux. Or, ce que ses mains opèrent ici, dans l’ordre matériel, ses poésies le réalisent dans l’ordre de l'idéal. I1 n’est pas un de ses chants qui n'ait pour but de fixer, pour les générations futures, les traditions antiques de son pays, d'en faire aimer la langue, les mœurs pastorales, d'en cristalliser la nature si particulière, d’en

faire revivre l’histoire.

Appeler Mistral un « poète

régionaliste », ce serait trop peu dire. Sans doute il

faut louer ces derniers de vouloir varier la physiono-

mie littéraire de là France en y introduisant des traits locaux qui avaient été négligés, et d'en enrichir la langue Par un mélange de vocable qui fleurent le terroir, tel coin méconnu du sol. Toutefois leur œuvre, Pour avoir son mérite, ne saurait être mise en parallèle avec l'entreprise originale et gigantesque à laquelle « l' Homère provençal » a consacré tous ses efforts. Car leur rôle, à eux, consiste à accentuer et À mettre en relief des Caractéristiques individuelles qui étaient en train de se fondre dans l'ensemble et, en faisant ressortir l'image distinctive de la « petite » patrie, à accroître d'autant l'éclat de la « grande », à montrer les inépuisables ressources de l'âme française, à la fois une et diverse, L'ambition de Mistral fut bien différente. Elle ne tendait à rien moins qu'à Supprimer quelques siècles d'histoire et à renouer par-dessus les âges, ces traditions d'art, de vie heureuse, de gai savoir, qui avaient fleuri chez les ancêtres et que la guerre des Albigeois était venue si barbarement interrompre. Il rêva d'une renaissance complète de sa Provence, de refaire un Sang et une âme à son Pays natal. Cette âme s'était éteinte bien avant le quinzième siècle, alors que le royaume et comté de Provence s'était annexé à la France, « non comme un accessoire à un principal, mais comme un principal à un principal », selon ses propres expressions. La croisade que j'ai signalée avait donné le coup de grâce à cette enchante-

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resse, et supprimé avec elle l’une des civilisations les plus originales que le monde ait vues. Ecoutons-le nous dire ce qu'était autrefois sa patrie et ce qu'elle devint par l'iniquité des hommes :

« Comme une île entre les vagues apparaissait le pur profil de la Provence, comme une île fortunée, pleine de danses et de chansons. Depuis la Loire jusqu'aux plages salées, et de la terre généreuse où croit le cédratier, aux plaines sablonneuses où les hommes, sur des échasses, gardent les bœufs et vont chasser, cent villes libres, et fortes et fières de leur sang, vivaient contentes et loyales sous la protection de nos Comtes. Et, ivre de son indénendance, jeune, plein de santé, heureux de vivre, lors o vit tout un peuple aux pieds de la beauté et, par leurs los ou vitupères, cent troubadours faisant florès, et, de son berceau dans les vicissitudes, l’Europe souriante à notre gai savoir... © fleurs, vous étiez trop précoces! Nation en fleur, l'épée trancha ton épanouissement ! clair soleil du midi, tu dardais trop! et les orages sourdement se formèrent ; détrônée, mise nu-pieds et baillonnée, la langue d'Oc, fière pourtant comme toujours, s'en alla vivre parmi les pâtres et les marins. A son malheur, nous, gens de terre et gens de mer, sommes restés fidèles. Brune, aujourd’hui, elle manie la rame et le rateau ; mais la nature est son palais, pour couronne elle a les étoiles et pour miroir les ondes, et pour rideau les pins... Langue d'amour, tant que le Mistral farouche brâmera dans les roches, nous te défendrons à boulets rouges, car c'est toi la patrie et toi la liberté ! »

Voilà sous quelles couleurs apparaissait au poète l'image ancienne de sa Provence adorée. Et le mot de la fin indique énergiquement le programme qu'il s'était tracé. Certes, Mistral aime la France, et l'idée ne lui est jamais venue de protester contre le sort qui unit sa petite patrie à la grande par les liens politiques. 11 accepte le fait duquel il tire une légitime fierté. I] s'en explique nettement dans l’un de ses poèmes qu'il a intitulés: Zes //es d'Or.— À propos, je me permettrai de noter de suite combien les titres des ouvrages de Mistral sont choisis avec goût et sonnent joliment : Mireille, — Calendal, — Les Iles d'or, — La Reine Jeanne, — Le Poème du Rhône, — il y a, dans ces noms, toute une musique vive et gaie, et comme un écho des aubades naïves d'autrefois. Et n'allez pas sourire et me dire qu'après tout le titre d'un livre c'est un détail, et que cela est tout à fait secondaire. Est-ce qu'en art il y a quoique ce soit de négligeable? Un titre élégant, surtout Pour un volume de vers, ne prédispose-t-il pas en sa faveur, n’indique-t-il pas qu'il est tout plein de choses idéales et qu’il nous réserve des impressions exquises ?— Donc, dans l’une des Lles d'Or, le poète s'exprime ainsi :

« Les Provençaux, flamme unanime, nous sommes de la grande France, franchement et loyalement. Car il est bon d’être nombre, il est beau de s'appeler

les enfants de la France, et, lorsqu'on a parlé, de voir courir sur les peuples, de soleil en soleil, l'esprit de renaissance... »

Voilà qui est parler sans détours.

Et pourtant, union territoriale et politique, fédération sous un même gouvernement, cela signifie-t-il nécessairement abandon de sa personnalité, de sa langue maternelle, renoncement aux coutumes ancestrales, sacrifice entier des traditions locales à l'idée centralisatrice, nivellement absolu des formes pittoresques de vie créées par la nature, fusion dans le grand tout commun? Le vrai patriotisme demandet-il, lorsqu'on tient du sol et de l’histoire un tempérament particulier, qu'on se laisse jeter dans un même moule au sein duquel s'élabore un type uniforme? Servirait-on moins bien les intérêts de la patrie générale en gardant son cachet originel et en restan* fidèle à sa langue native et à tous les usages proj ‘ à son coin de terre? — Grave problème ethnologique que Mistral a résolu à sa façon, c'està-dire en poète qui se sent investi d’une mission supérieure. Et, si ses vues ne concordaient pas avec celles du pouvoir, ni peut-être avec la loi fatale de l'évolution des peuples ; si, à cause de la part de rêve qu'elles contenaient, elles ne pouvaient avoir une grande portée pratique, du moins faut-il reconnaître qu'elles étaient éminemment généreuses ; elles nous ont valu des œuvres remarquables ; elles ont

retardé — nous ne savons pour jusqu'à quand, mais qu'importe ! — cette chose, qui provoque toujours un sentiment de mélancolie en nous rappelant le néant de tout, je veux dire l'absorption, l'assimilation complète d'une race par une autre. Le génie de Mistral a insufflé de la vie dans la « terre qui meurt »,

Et voulez-vous connaître comment, dès la première heure, il a entendu son rôle, et ce qu'il voulait faie Pour entraver l’action des forces dissolvantes, menaçant de toutes parts son royaume natal, et achevant d'en effacer la phyionomie si curieuse 2? « Une fois licencié, lisons-nous en ses Mémoires, fier comme un jeune coq qui a trouvé un ver de terre, j'arrivai au Mas à l'heure où l'on allait souper sur la table de Pierre, sous la tonnelle, aux derniers rayons du jour.— Bonsoir toute la compagnie! Dieu te le donne, Frédéric ! — Et lorsque, encore debout, devant tous les laboureurs, j'eus rendu compte de ma dernière suée, mon vénérable père, sans autre observation, me dit seulement ceci : Maintenant, mon beau gars, moi, j'ai fait mon devoir. Tu en sais beaucoup plus que ce qu’on m'en a appris... C'est à toi de choisir la voie qui te convient : je te laisse libre. — Grand merci ! répondis-je. Et là même — à cette heure j'avais mes vingt-et-un ans — le pied sur le seuil du Mas paternel, les yeux vers les Alpilles, en moi et de moi-même, je pris la résolution de relever, de raviver en Provence le sentiment

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de race, que je voyais s’annihiler sous l'éducation fausse et anti-naturelle de toutes les écoles ; secondement, de provoquer cette résurrection par la restauration de la langue naturelle et historique du pays, à laquelle toutes les écoles font une guère à mort ; troisièmement, de rendre la vogue au provençal, par l'influx et la flamme de la divine poésie. »— Il y a dans ce morceau de la ferveur, et comme un accent mystique. La mission qu’il assumait ainsi, la vocation qui se dessinait à ses yeux, dans la splendeur douce d’un crépuscule estival, prenait un caractère religieux. C'était comme un sacerdoce. Le poète se sentait devenir un être sacré. Autour de lui, ont eut dès lors le respect de sa fonction auguste. « Pauvre père! dit encore Mistral, quelquefois, quand le travail était pressant, qu'il fallait donner aide, soit pour rentrer les foins, soit pour dériver l'eau de notre puits à roue, il criait dehors : où est Frédéric ?— Bien qu'à ce moment-là je fusse allongé sous un saule, paressant à la recherche de quelque rime en fuite, ma pauvre mère répondait : « il écrit ».

Et aussitôt la voix rude du brave homme s’apaisait en disant : « ne le dérange pas». Car pour lui, qui n'avait lu que l’Ecriture Sainte et Don Quichotte en sa jeunesse, écrire était vraiment un office religieux. »

Or, le programme si noble qu'il s'était fixé, Mistral l’a exécuté avec une fidélité absolue. Il n’y a

pas de vie qui présente une plus admirable unité que la sienne. Dominé par son idéal, il l’a réalisé dans une grande mesure. C’est par la parole, par la plume et par l’action, qu'il a travaillé à l’œuvre de restauration de sa Provence. Son propre effort en a suscité d’autres qui ont produit des résultats surprenants. C'était, en particulier, « par la flamme de la divine poésie » qu'il s'était proposé de reconstrüire le château de rêve où logerait l’âme de son pays. Et il s'est trouvé qu'il a créé des visions transcendantes et enrichi de magnifiques joyaux la littérature de l'humanité. Mireille est sa première œuvre, sa plus savoureuse aussi peut-être, sa plus populaire dans tous les cas, celle qui tient le plus au cœur du vieux maître et pour laquelle les gens de Provence ont le plus de tendresse. Mais voilà longtemps que ce poème est devenu en quelque sorte mondial. Paris l'a accueilli dès le berceau et lui a fait fête. Et depuis, la musique de Gounod et les arts plastiques ont répandu sa renommée par l'univers. Tous ne l'ont pas lu, mais tous connaissent au moins de nom ce chant épique qui va rejoindre sur les rayons des librairies les grandes odyssées. « Mireille, nom fortuné, qui porte en soi sa poésie ! », a dit Mistral, en rappellant avec émotion la genèse de ce premier-né de son amour. Qu'est-ce que Mireille? L'histoire d'une provençale, fille d'un riche fermier, Maitre Ramon, qui s'éprend d'amour pour Vincent, fils d'un

pauvre vannier, Maître Ambroise. « Elle était dans ses quinze ans, la gentille fermière... Côte bleue de Font-Vieille, et vous, collines baussenques, et vous, plaines de Crau, vous n’en avez plus vu d’aussi belle! Le gai soleil l'avait éclose ; et frais, ingénu, son visage, à fleur de joues, avait deux fossettes. Et son regard était une rosée qui dissipait toute douleur... Des étoiles, moins doux est le rayon, et moins pur; il lui brillait de noires tresses, qui tout le long formaient des boucles... Et folâtre, et sémillante, et sauvage quelque peu!... Ah! dans un verre d'eau, en voyant cette grâce, toute à la fois vous l’eussiez bue ! »— C'est en entendant Vincent lui raconter, d’une « parole qui coule, abondante, comme une ondée subite sur un regain de mai», tout ce qu'il a vu, en errant çà et là pour raccommoder les paniers, de châteaux antiques, de lieux sauvages, de fêtes, de pardons, que l'enfant, « impressionnée au fond de l'âme », déclare à sa mère «qu'il parle merveilleusement, qu’elle passerait, à l'écouter, ses veillées et sa vie!» Ensemble, ils vont cueillir, un jour, des feuilles de mûrier pour les vers à soie. Vincent dit à Mireille qu'il la trouve plus belle que sa sœur Vincenette. « Et qu'ai-je de plus, demande Mireille ?» Le vannier de répondre : « Comme l'eau de mer, Vincenette a les yeux bleus et limpides... Les vôtres sont noirs comme jais; et quand sur moi ils étincellent, il me semble que je bois

une rasade de vin cuit... Vous êtes faite comme les fleurs de l’asphodèle ; et la main hâlée de l'Eté n'ose caresser votre front blanc. » Or, voilà que dans un creux de mûrier, les jouvenceaux découvrent un nid de mésanges bleues. Mireille éclate de rire. « Ecoute, dit-elle, ne l’as-tu jamais ouï dire? Lorsqu'on trouve, à deux, un nid au faîte d’un mûrier, l'année ne passe pas qu'ensemble la sainte Eglise ne vous unisse. — Oui, réplique Vincent, mais il faut ajouter que cet espoir peut se fondre, si, avant d'être en cage, s'échappent les petits. » Mireille reçoit la gentille nichée, la couvre de caresses et de baisers ; mais les mésanges bleues s’envolent bientôt, hélas ! et c'est pourquoi son rêve d'amour pur ne :e réalisera pas. La petite fermière mourra comme une sainte, et montera en paradis, sans avoir rempli le vœu de son printemps. L'idylle se continue pourtant, fraîche et riante d'abord. « Vincent, veux-tu le savoir ? je suis amoureuse de toi!» Le fils du Pauvre vannier reste interdit devant cette déclaration: «Oh! ne dites plus des choses pareilles! De moi à vous il y a un labyrinthe. Du mas des Micocoules, veus êtes, vous, la reine devant qui tout plie... Moi, je ne suis qu'un batteur de campagne!» Il n'ose croire que celle qu’il adore le voudrait pour époux. « Je t'aime, 6 jeune fille enchanteresse, au point que si tu disais : « Je veux une étoile ! » il n’est ni traversée de mer, ni bois, ni

torrent fou, il n’est ni bourreau, ni feu, ni fer qui m'arrêtât! Au bout des pics, touchant le ciel, j'irais la prendre, et dimanche, tu l'aurais pendue à ton cou ! »— Et le poème, en douze chants, se déroule, à travers une série de scènes gracieuses, où toute la vie rustique, toutes les légendes, toutes les imaginations, toute l’histoire de Provence sont évoquées. C'est d'abord la vision des récoltes provençales, où une joyeuse réunion de jeunes filles détache des rameaux les cocons des vers à soie. Les dépouilleuses de Cocons, pour passer le temps, font des châteaux en Provence, rappellent les ombres des reines du pays, la fière Laure, reine de Pamparigouste, Clémence, reine des Baux, — parlent de la cour d'amour. L'on demande à Nore, qui chante si bien, de chanter l'air de Magali, Magali qui se faisait pampre, oiseau qui vole, rayon qui brille, et qui tomba pourtant, amoureuse à son tour. Et la voilà qui commence l’aubade fameuse : « O Magali, ma tant aimée! mets la tête à ta fenêtre! Là-haut, le ciel est plein d'étoiles. Le vent est tombé, mais les étoiles pâli-

liront en te voyant ».

Puis, dans la saison des vio-

lettes, trois prétendants briguent la main de Mireille. Ils sont éconduits tour à tour : le riche berger Alarie, qui offre à la jeune fille une coupe de buis, qu'il a taillée et sculptée avec son couteau ; car il est vraiment artiste, et « seulement avec son couteau il fait

des œuvres divines » ; —le gardien de cavales, Véran ;

Ourrias, le toucheur de taureaux. Il est trop tard; le cœur de Mireille ne s’appartient plus. Comme, dans la Légende des Siècles, il y a un duel formidable entre Roland et Olivier, au sujet de la belle Aude, Ourrias et Vincent, les deux rivaux, combattent à mort dans la Crau déserte. Vincent triomphe, mais le toucheur malheureux, pris de rage, le perce d’un coup de trident. Des porchers recueillent Vincent, et l’apportent tout sanglant au mas des Micocoules. Mireille fond en larmes en le voyant ainsi. De suite elle cherche à le ranimer avec de l’agriotat, elle panse sa blessure, pendant que d’autres courent à l'Alpille chercher les herbes salutaires. Comme son mal est dangereux, l'on décide de conduire Vincent à 12 grotte des Fées, sise au Val de l'Enfer. Et c'e ‘ici, entremêlées aux traditions merveille, -es quis attachent à cet endroit, des descriptions de nature, qui ont quelque chose de dantesque. Aussi bien, le grand Florentin avait-il séjourné à Arles, et visité le Val d'Enfer, dont la physionomie tourmentée lui avait fourni des décors pour son Inferno. Au chant septième, les amours de Vincent et de Mireille se dévoilent à leurs familles. Et comme le maître vannier traite d’impossible chimère l'aspiration de son fils à la main de la fille d'un maïitre-fermier, Ramon et sa femme s'indignent à la pensée que leur Mireille épouserait un «gueux couchant aux meules!» « Garde ton chien, je garde mon cygne » dit, furieux,

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