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C. L'action du mode balnéaire

D. L'influence hygiénique des stations thermales. 3° Examiner l'action générale des divers groupes

d'eaux déduite de ces données préliminaires et de l'observation clinique, et étudiée dans ses modes cliiniico-physiologique , dynamique , thérapeutique. On doit donc procéder à l'étude d'une eau minérale comme on le ferait pour tout autre médicament composé.

Il faut aussi tenir compte du mode de captage et d'aménagement des sources. On conçoit, en effet, <|u'une source mal captée puisse fréquemment être atteinte par des infiltrations d'eaux pluviales, et perdre ainsi une bonne partie de son efficacité ; une source mal aménagée peut éprouver une altération notable sous l'influence de l'air ou de plusieurs autres causes. En pareil cas, une source très -ferrugineuse à son point d'émergence peut arriver sur les lieux d'emploi presque entièrement dépouillée de son principe le plus actif; une eau sulfureuse peut s'altérer au point de perdre son odeur caractéristi-

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que; une eau gazeuse peut laisser échapper la majeure partie du gaz qu'elle tient en dissolution. Tout cela n'est pas indifférent. N'oublions pas que c'est sur l'eau prise au griffon que portent, en général, les analyses des chimistes , et que c'est sur l'action d'une eau constituée, comme elle l'est à son point d'émergence, que le médecin croit pouvoir compter. Peut-être le désaccord qui existe quelquefors entre les prévisions du chimiste et les observations du médecin serait-il nul ou beaucoup moindre, si l'on se pénétrait bien des causes d'erreurs que je signale en ce moment; peut-être alors s'expliquerait-on pourquoi des sources , que les chimistes regardent comme composées de la même manière , exercent une action fort différente sur les malades ; si deux sources égales d'ailleurs sont, l'une mal captée et mal aménagée , l'autre , au contraire , mise à l'abri de toute cause d'altération , il est de la dernière évidence qu'en dépit des indications que fournissent les analyses , elles produiront des effets différents; mais ici la contradiction est plutôt apparente que réelle.

Disons, d'ailleurs, que cette identité de composition chimique est bien plus rare qu'on ne pense. Quant à moi, je la regarde comme n'existant presque jamais. Il y a dans les Pyrénées, comme à Vichy et comme dans beaucoup d'autres endroits, des sources qui se ressemblent beaucoup et qu'on croirait identiques, si l'on s'en rapportait à des essais superficiels ; mais quand on y regarde de

près , on voit celle identité apparente s'effacer peu à peu; des différences de plus en plus prononcées se dévoilent aux yeux de l'observateur à mesure qu'il approfondit leur étude, et alors les différences que présente l'observation clinique sont ordinairement d'accord avec celles que signale une bonne analyse.

Qu'on ne s'y trompe pas, il faut souvent beaucoup de temps pour parvenir à distinguer les nuances légères qui distinguent certaines sources; je dirai même qu'il faut pour cela plus de temps qu'un n'en consacre habituellement à. l'analyse des eaux.

11 importe peu que deux eaux renferment la même quantité de sulfure de sodium ou de bi-carbonatede soude, si l'une d'elles, dans chaque genre, laisse dégager constamment ou de l'acide sulfhydrique ou de l'acide carbonique, tandis que l'autre retiendra intact le sulfure ou le bi-carbonate alcalin. L'action thérapeutique des deux eaux sera certainement différente , quoique les proportions des éléments les plus actifs y soient les mêmes.

On porte généralement une attention trop exclusive sur les éléments minéralisateurs qui dominent dans une eau , et l'on se préoccupe fort peu de l'action de quelques autres éléments qui accompagnent les premiers et qui souvent réagissent sur eux avec assez de force pour les dénaturer et changer complètement la forme du médicament. Prenez deux eaux contenant des quantités égales de sulfure de sodium et possédant la même thermaïifé .

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mêlez avec l'une d'elles de la silice en gelée; cette silice se dissoudra en partie, et vous verrez le principe sulfureux de cette eau s'échapper sous la forme d'acide sulfhydrique dans un temps fort court ; la deuxième, au contraire, restera plus longtemps sulfureuse. Ce mélange, que je suppose artificiel, existe dans la nature, et, jusqu'à ce jour, on s'en est fort peu préoccupé. Croit-on cependant qu'une eau qui se décompose d'une manière continuelle, et verse dans l'atmosphère des torrents d'acide suifhydrique, agira sur les malades comme le ferait une autre eau également sulfureuse , mais moins décomposable ? Evidemment non.

Qu'on cesse donc de considérer comme inutiles les analyses chimiques ; qu'on dise plutôt qu'elles sont incomplètes, qu'il convient de les faire avec un plus grand soin , on sera ainsi dans le vrai.

Le mode d'administration des eaux peut aussi faire varier beaucoup leurs effets ; supposons deux eaux absolument pareilles au point de vue de leur composition chimique, mais dont l'une possédera une température de 34° centigrades, et l'autre une température de 40° : il est certain à prioii que ces deux eaux pourront ne pas agir de la même manière ; car si nous voulons les administrer à la même température, nous serons obligés de laisser refroidir la deuxième , et alors elle courra le risque d'être altérée par le contact de l'air, de laisser dégager une portion des gaz qui s'y trouvent dissous, ou d'éprouver encore d'autres pertes. Voulons-nous

au contraire les administrer telles que la nature nous les fournit, la différence de température qui existe entre elles suffira pour modifier profondément l'action médicatrice ; et de ces deux eaux , minéralisées de la même manière, l'une joindra , a l'action altérante et en quelque sorte spécifique de l'aggrégat minéral , une action sédative ; l'autre, au contraire, pourra produire tous les phénomènes de l'excitation. Ce que je traduis ici sous la forme d'hypothèse se rencontre tous les jours dans la réalité, et souvent on n'en tient pas autant de compte qu'on devrait le faire.

L'étude de l'action thérapeutique des eaux minérales constitue donc l'un des problèmes les plus compliqués dont la solution puisse être proposée au médecin.

Si vous demandez à la chimie seule de vous dévoiler le secret de leur activité, elle ne pourra vous fournir que des données insuffisantes. Voulez-vous au contraire vous en tenir à l'observation pure et simple des faits , vous tombez dans l'empirisme , et l'on sait où conduit une pareille voie.

Quand on veut résoudre un problème , il faut ne négliger aucun des éléments de solution dont on dispose ; car si l'on en met un seul de coté, cela suffit quelquefois pour rendre toute solution absolument impossible.

Pour se rendre un compte exact de l'efficacité des eaux minérales, il faut, comme je l'ai déjà dit, avoir des notions précises sur leur composition chi-

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inique, sur l'action que chacun des principes actifs qu'elles renferment exerce sur l'économie, sur les réactions* qu'exercent les uns sur les autres les éléments actifs de l'eau , et sur les changements qui peuvent en résulter , soit au point de vue de la composition chimique du liquide médicamenteux, soit au point de vue de son action sur l'économie ; il faut faire la part qui revient aux altérations que l'eau a pu subir avant d'arriver sur les lieux d'emploi , à la différence de température des sources , au mode d'administration , à l'influence hygiénique de la localité thermale : à tout cela doivent s'ajouter des notions exactes sur la maladie et sur le malade. Comme on le voit , le problème est difficile à résoudre, et il ne faut pas s'étonner si sa solution n'a fait que peu de progrès.

C'est avec raison que M. Pâtissier dit, dans son livre, en parlant de l'action que les éléments actifs des eaux minérales exercent sur l'économie , que «ces divers principes agissent, mêlés, combinés, » tels que la nature les a réunis , et de leur action » réciproque doit nécessairement résulter une action » médicatrice différente de celle que chacun possède » dans son état distinct et isolé. »

Rien n'est plus vrai que cela; mais s'ensuit-il, comme le disent assez clairement certains médecins d'eaux minérales , que la connaissance de la composition chimique de ces eaux ne nous apprend rien et qu'elle est pour le praticien d'une inutilité complète? Telle n'est pas l'opinion de M. Pâtissier, telle

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n'est pas la nôtre. En attribuant à une pareille doctrine un sens exagéré, on fermerait une voie utile à l'induction rationnelle. Lorsque le médecin prescrit du quinquina, il est bien certain que les éléments du quinquina agissent sur le malade, non pas comme ils le feraient s'ils étaient pris isolément, mais bien dans l'état de combinaison intime où les a placés la nature. Faut-il admettre pour cela que la quinine ne constitue pas le principe le plus actif de tous ceux que renferme cette écorce, et que l'isolement de cette base n'a jeté aucun jour sur la cause des propriétés thérapeutiques du quinquina? Personne, je suppose, n'oserait soutenir une pareille hérésie scientifique ; et pourtant on admet sans peine un raisonnement du même genre, quand il s'agit des eaux minérales. On oublie qu'il y a dans ces préparations médicamenteuses , à côté d'un principe dont l'action domine habituellement celle des autres, des adjuvants et des correctifs comme on en introduit tous les jours dans des médicaments ordinaires.

Voyez, nous dit-on , si les eaux ferrugineuses ne produisent pas des effets bien plus prononcés que toute autre préparation , et cela avec des doses de fer infiniment moindres? De pareils arguments sont spécieux, sans doute; mais on raisonne toujours comme si les autres éléments, qui sont placés à côté du fer dans l'eau minérale , n'exerçaient aucune action sur lui. Bien des choses mystérieuses en apparence deviendraient plus faciles à comprendre

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qu'on ne le croit généralement, si l'on tenait compte de toutes les circonstances qui peuvent modifier l'action des principes les plus essentiels des eaux. On se demande pourquoi certaines eaux , celles d'Encausse par exemple , guérissent les fièvres intermittentes, alors que rien dans leur composition chimique ne peut rendre compte de leur efficacité. Je suis en mesure de répondre à cette objection ; car il m'est arrivé deux fois de guérir des malades atteints de fièvres intermittentes rebelles, à l'aide de l'eau artificielle d'Encausse , prise en boisson à Toulouse. Je dois même ajouter que les malades n'abusaient pas de la boisson comme le font la plupart de ceux qui vont à Encausse, qui sont souvent purgés par une véritable indigestion d'eau. Croiton que lorsque des individus accoutumés, comme le sont les habitants du bassin sous-pyrénéen , à user d'eaux potables très-pures, trop pures peut-être, viennent à se soumettre brusquement à l'usage d'une eau qui ne contient pas moins de 2 grammes et demi de sels par litre , d'une eau qui est littéralement saturée de sulfate de chaux, qui est assez riche en sulfate de magnésie et en sel marin , croiton , dis-je, que ces individus ne doivent pas éprouver une action marquée de la part de leur nouvelle boisson ? Que l'on veuille bien ne pas perdre de vue que ces eaux, chargées de sulfate de chaux, qui sont si nombreuses à la base des Pyrénées, ont toutes la réputation d'être fébrifuges et qu'elles ont toutes aussi la réputation d'être laxatives, et l'on s'expli-

qucra pourquoi des fièvres intermittentes , qui étaient liées à un dérangement des fonctions digeslives, à des affections du foie, etc., peuvent disparaître sous l'influence de l'action dérivative que ces eaux exercent sur l'appareil gastro-intestinal. En général, l'action thérapeutique des eaux minérales est fort analogue à celle qu'exercent sur l'économie les principes médicamenteux qui dominent dans chacune d'elles. Parcourez les ouvrages des auteurs anciens et modernes, cherchez quelles sont les maladies qu'on guérissait autrefois ou qu'on guérit aujourd'hui à l'aide des préparations de soufre, vous trouverez qu'elles sont les mêmes que celles qu'on traite avec succès aux eaux sulfureuses. Mais, dira-t-on , les eaux sulfureuses n'agissent pas comme le feraient, à close égale, le sulfure de sodium ou l'acide sulfhydrique, dont les chimistes y démontrent l'existence? Non sans doute, et il doit en être ainsi; car elles renferment, à côté du sulfure, des silicates, des chlorures, des carbonates alcalins , des matières organiques qui ne se trouvent pas dans les préparations artificielles que vous leur comparez ; bien loin de vous étonner de cette différence , vous auriez dû la prévoir (1).

(1) D'après des données que j'emprunte au travail de M. Gustave Aslrié, la quantité de sel marin que renferme un bain de diverses eaux sulfureuses varie de 2 à 890 grammes. L'eau de Bonnes contient 49 fois autant de sel marin que celle d'Aix en Savoie. Celle d'Uriaec en contient 508 fois autant.

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A-t-on jamais songé, pour imiter un bain de Bagnères-de-Luchon , à mettre de l'acide siliciquc ou du silicate de soude dans l'eau artificielle ? Y met-on de la barégine, y introduit-on l'hyposulfite ou le sulfite de soude qui se trouvent souvent dans l'eau prise sur les lieux d'emploi ? D'un autre côté , la dose de sulfure de sodium que renferme un bain de 250 litres d'une eau sulfureuse des Pyrénées n'est pas aussi faible qu'on le croit généralement ; car il est des bains qui ne renferment pas moins de 15 à 20 grammes de sulfure anhydre.

J'ai dit plus haut que le mode d'administration des eaux pouvait exercer une très-grande influence sur les effets qu'elles produisent. Quand on voit le parti considérable qu'on tire , dans les établissements d'hydrothérapie, de l'emploi de l'eau seule appliquée à diverses températures; quand on étudie les mille et un artifices auxquels on a recours pour faire varier l'action médicamenteuse des deux agents mis en jeu , l'eau et la chaleur , et quand on songe que tout cela peut être utilisé dans les établissements thermaux ; que , dans quelques-uns d'entre eux, les données de l'hydrothérapie pure sont appliquées d'une manière large et avec beaucoup de discernement à la guérison des malades, on comprend toute l'étendue des ressources dont peut disposer le

Ce que je dis du sel marin , je pourrais le dire du sulfate , du carbonate, du silicate de soude, des iodurcs et de tous les autres éléments de l'eau.

médecin d'eaux minérales. Dans les établissements d'hydrothérapie, le mode d'administration de l'eau constitue le fond du traitement; dans les établissements thermaux, il constitue un adjuvant précieux ; et il faut convenir que, dans un assez grand nombre de cas, il forme aussi le fond du traitement tout entier. C'est ce qui a lieu lorsque la maladie est d'une nature telie que sa guérison n'exige pas l'action spécifique de l'élément minéralisateur.

En général , une eau minérale chaude provoquera une excitation plus ou moins vive ; le calorique est le type de tous les excitants, il provoque un surcroit d'action des fonctions cutanée et pulmonaire ; sous son influence, les mouvements du cœur deviennent plus précipités, le pouls plus plein et plus rapide • en un mot, une véritable fièvre éphémère se produit en peu de temps. On peut déterminer aussi un effet excitant général à l'aide des boissons chaudes , des bains administrés à une température supérieure de quelques degrés à celle du corps humain, des bains de vapeur, des étuves sèches ou humides.

L'effet excitant local sera produit par les bains partiels, les douches, les aff usions chaudes, les douches de vapeur , etc. On détermine quelquefois un effet irritant local très-énergique à l'aide de certaines eaux très-chaudes ; en pareil cas, on peut produire, soit une simple rubéfaction, soit une vésïcation complète ; on utilise alors le calorique comme un 2gent irritant et transpositif.

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Quand on a besoin de recourir surtout à l'action altérante ou spécifique de l'eau minérale, on trouve un grand avantage à éliminer l'influence , en quelque sorte perturbatrice, du calorique en excès ; on y parvient aisément en employant des eaux dont la température soit égale à celle du corps humain , ou n'en diffère que fort peu : c'est ce qu'on fait surtout quand on a affaire à des malades délicats ou disposés aux congestions viscérales , dans les phlegmasies, et dans tous les cas où l'on recherche l'effet lent et silencieux de l'aggrégat minéral.

Le froid est rarement utilisé par les médecins d'eaux thermales ; cependant plusieurs sources ne doivent une bonne partie de leur réputation qu'aux bons effets produits par la température peu élevée de leurs eaux.

« Sans l'influence curative adjuvante de la ther- » malité, dit M. Astrié , il faudrait renoncer à appli- » quer la médication minérale à une multitude de » maladies; comment traiter les névropathies en » général sans l'influence sédative du froid , ou du » calorique tempéré, les rhumatismes, les bronchi- » tes sans l'élément de chaleur , etc. ?

» L'hydrothérapie balnéaire prête un concours » précieux à la médication minérale dans toutes les » maladies qui peuvent trouver leur solution dans » des actes d'excitation fonctionnelle et d'élimina- » tion humorale (affections nerveuses, rhumatismes, » congestions sanguines, accidents locaux , etc.); » mais l'efficacité de ce concours diminue à mesure

» que la maladie est diathésique, et guérit le plus » souvent sans crises apparentes (dartres, scrofu- » les, syphilis, etc.). »

Les eaux minérales, administrées avec le concours des ressources variées que fournit l'hydrothérapie, produisent des effets qui peuvent être rapportés :

1° Au mode excitant général et spécial ;

2° Au mode hypercrinique , dépurateur ;

3° Au mode irritant et révulsif;

4° Au mode perturbateur ;

5° Au mode stimulant et tonique ;

6° Au mode sédatif, hyposténisant spécial ;

7° Au mode altérant spécifique.

Le praticien est presque toujours le maître d'obtenir les effets qui se rapportent à tel ou tel mode médicateur. Les modes altérant hyposthénisant spécial et hypercrinique dépendent seuls de la nature des éléments chimiques de l'eau minérale ; tous les autres peuvent être produits par un emploi convenable de l'eau et de la chaleur.

Les eaux minérales peuvent, dans un grand nombre de cas, modifier avantageusement les effets de certains médicaments et soustraire les malades au danger qu'eût présenté l'usage de ces derniers, s'ils eussent été employés seuls ; c'est ainsi que les préparations mercurielles , employées concurremment avec les eaux sulfureuses, ne produisent jamais de salivation; les préparations arsenicales paraissent aussi être beaucoup mieux supportées quand elles

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sont associées aux eaux sulfureuses , d'après ce que, m'a assuré le docteur Pégot.

Les conditions météorologiques, au milieu desquelles vivent les malades, peuvent seconder ou contrarier les effets des eaux minérales. En général , on se rend aux eaux dans le courant du printemps ou de l'été ; les eaux très-actives sont presque toutes situées au voisinage des montagnes, et par conséquent dans des localités où les froids commencent à se faire sentir de bonne heure et finissent assez tard; cependant, on se fait en général une idée fausse du climat des vallées pyrénéennes. Si l'on consulte les observations météorologiques, recueillies à Bagnères-de-Bigorre par le docteur Ganderax, on sera convaincu que le froid y est moins rigoureux et moins pénible à supporter qu'on ne le croit généralement. J'ai passé, à plusieurs reprises, des mois entiers à Bagnères-de-Luchon , soit pendant la fin de l'automne, soit au milieu de l'hiver, et je n'ai pas trouvé que le climat y fût aussi froid que je l'avais pensé. J'ai vu plusieurs malades se trouver parfaitement de l'usage des eaux pendant l'hiver.

M. Lallemand a fortement insisté sur les nombreux avantages qu'on trouverait à ne pas s'assujettir à ne fréquenter les établissements thermaux que pendant la saison chaude. Il est vrai que les avantages qu'il signale sont plus nombreux et plus complets dans le bel établissement du Vernet, dont il s'est occupé d'une manière toute particulière , que

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partout ailleurs; mais, je le répète, on se fait une idée fausse de l'état des routes , de la difficulté des communications et de la rigueur des climats.

S'il est une saison dans laquelle il soit plus utile de lutter contre les affections chroniques de toute espèce, c'est surtout en hiver, dit M. Lallemand . « parce que c'est dans cette saison qu'elles sévissent » le plus cruellement, et que lés rechutes sont plus » graves et plus fréquentes. Il importe donc de gué- » rir ces maladies en hiver, non-seulement pour ne » pas faire perdre un temps précieux , mais encore » parce que le printemps est la saison la plus favo- » rable à la convalescence, et que les malades ont » ensuite tout l'été pour compléter leur rétahlisse- » ment chez eux , au milieu de leur famille, de leurs » amis; tandis que, quand ils vont aux eaux en » été, suivant l'usage antique et solennel, ils ne » peuvent entrer en convalescence qu'en automne, » et retombent nécessairement, en hiver, sous l'em- » pire des causes qui ont amené le développement de » la maladie , etc. »

La composition chimique des eaux minérales n'est pas absolument invariable. Ce fait, qui avait été soupçonné par plusieurs savants, a été constaté d'une manière incontestable dans ces derniers temps. Pour bien analyser les eaux minérales, écrivait Poumier, en 1813, « il faut revenir sur ce » travail dans les diverses saisons; on doit appre- » cier cette conséquence pour ne pas l'enfreindre; » sans quoi, il faut l'avouer, il ne peut v avoir

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» d'analyses vraiment exactes, vraiment satisfai- » santés, vraiment utiles, les eaux pluviales ou » autres pouvant se mêler, dans certaines saisons » de l'année, à ces sources dont elles altèrent la » pureté. »

Berzélius ayant fait évaporer, à diverses époques, des poids égaux d'eau minérale de Carlsbad, obtint des quantités inégales de résidu sec.

M. 0. Henry, bon juge en pareille matière, a observé aussi ces variations.

Les températures des sources minérales sont-elles invariables , ou bien éprouvent-elles des changements plus ou moins étendus ? Cette question a été vivement débattue à plusieurs reprises , et les divers observateurs sont loin d'être d'accord : les uns prétendent que la température des eaux minérales est absolument invariable ; les autres pensent qu'elle varie avec les saisons. Les recherches les plus dignes de confiance semblent établir, en effet, que certaines sources n'ont pas éprouvé de changement sensible dans leur température dans un espace de temps fort long; tandis que d'autres eaux, parfaitement captées et aménagées , naissant comme les premières dans le granit, éprouvent des variations, légères il est vrai , mais presque continuelles.

Je reviendrai sur ce sujet, quand je rapporterai mes expériences sur les eaux de Luchon; j'établirai alors que certaines sources minérales éprouvent, au moins dans cette localité, des changements asse? considérables pour que le médecin doive s'en préoc-

euper; j'aurai aussi l'occasion de prouver qu'il eu est de même dans beaucoup d'autres endroits.

S'il existe des sources minérales dont la température est assez voisine de celle du corps humain , pour qu'on puisse les administrer sans être obligé de les réchauffer ou de les refroidir , il en est d'autres, et ce sont malheureusement les plus nombreuses, qui ne peuvent pas être employées telles que la nature nous les fournit : les unes sont trop chaudes , les autres trop froides. Quand elles sont trop chaudes, on est dans la nécessité, pour amener leur température à un degré convenable , soit de les conserver dans des réservoirs où elles puissent se refroidir, soit de les mêler avec de l'eau froide. Ce dernier moyen , auquel on a le plus souvent recours, n'est pas à beaucoup près le meilleur ; car l'addition de l'eau froide appauvrit considérablement l'eau minérale, et prive le malade d'une partie de l'effet qu'il était en droit d'attendre de l'action des principes actifs de l'eau thermale.

Quand les eaux sont très-altérables, et ne peuvent pas sans inconvénient être exposées au contact de l'air pendant leur refroidissement, on a recours, dans quelques établissements , à une méthode qui vaut beaucoup mieux que les précédentes : elle consiste à faire passer l'eau minérale dans un serpentin entouré d'eau froide, et dont la longueur a été calculée de manière à produire l'abaissement de température qu'on désire obtenir. En opérant ainsi , on évite les inconvénients de l'action de l'air sur l'eau

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minérale et ceux, tout aussi grands, qui résulteraient, du mélange de cette dernière avec une eau froide dépourvue de principes actifs.

Quand l'eau minérale est trop froide , on ne peut guère songer à la réchauffer en l'exposant à l'action du feu , dans des chaudières, comme on le fait pour l'eau commune; il vaut beaucoup mieux la faire circuler dans des serpentins, qui plongent euxmêmes dans une chaudière , où l'on a mis de l'eau que l'on chauffe à un point convenable. Il importe que le tube du serpentin soit, toujours bien rempli d'eau minérale ; on évite ainsi qu'il ne s'y introduise de l'air qui pourrait l'altérer; on rend plus difficile le dégagement des gaz qu'elle renferme, et l'on évite., au moins en grande partie , le dépôt des matériaux salins qui sont tenus en dissolution dans l'eau à la faveur des substances gazeuses. Il va sans dire que 1a nature du métal, dont le serpentin est formé, doit être telle que l'eau n'exerce que peu ou pas d'action sur lui.

J'ai déjà dit qu'il est reconnu depuis longtemps que le mode d'administration des eaux peut exercer une influence notable sur leur manière d'agir ; la môme eau , qui produit des effets sédatifs lorsqu'elle est administrée d'une manière convenable, se montrera excitante si elle est employée dans des conditions qui favorisent l'excitation.

Si la maladie que l'on veut combattre n'est pas de celles qu'on peut guérir par l'emploi de l'eau et de la chaleur; s'il faut recourir, pour la faire dis-

paraître, à l'action altérante spécifique des principes actifs de l'eau, il faut compter, en général, beaucoup plus sur les effets de la boisson que sur ceux des bains ; les éléments de l'eau minérale priseen boisson sont absorbés avec plus de rapidité que dans le cas où le malade se contente de se baigner.

Il serait difficile de tracer des régies précises relativement à la quantité d'eau que les malades peuvent boire sans inconvénient ; elle doit varier avec la composition de l'eau , avec sa température , avec la nature de la maladie, l'âge, le tempérament, et Pétat général du malade; il faut d'ailleurs tenir un grand compte des effets dus à l'idiosyncrasie , et ne pas oublier qu'il arrive quelquefois que la même eau produit des effets immédiats diamétralement opposés chez des individus qui se trouvent placés , en apparence, dans les mêmes conditions. C'est ainsi que les eaux sulfureuses des Pyrénées, qui déterminent le plus habituellement la constipation , provoquent chez quelques individus une diarrhée assez forte, quand même ils n'en prennent que de faibles doses.

Les malades ne doivent pas perdre de vue que les eaux minérales sont des médicaments dont l'activité est plus grande qu'on ne le croit en général, et qu'ils s'exposeraient assez souvent à des accidents fâcheux , s'ils en buvaient de trop grandes quantités à la fois. Aussi est-ce avec raison que M. Durand- Fardel blâme hautement ceux qui, pensant qu'ils seront plus tôt guéris si leurs urines deviennent

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très-alcalines , boivent des doses exagérées d'eau de Vichy. « Que leur arrive -t-il alors ? dit cet habile * médecin. Ce que vous prévoyez : la stimulation » devient excessive , la fièvre s'allume , des inflamy> mations se développent; souvent encore les acci- » dents qu'ils étaient venus combattre s'aggravent. Et » si des accidents plus fréquents ne s'observent pas, » c'est que, par une circonstance heureuse, souvent, » avant que la saturation n'arrive , la satiété sur- » vient, le dégoût apparaît, et les malades s'arrêtent » d'eux-mêmes, à moins que leur désir de s'alcaliser » ne l'emporte sur l'intérêt de leur santé (1). »

M. Trousseau a parfaitement décrit les phénomènes cachectiques qui résultent de l'abus des alcalins.

Des individus nerveux, délicats, atteints d'affections des voies respiratoires ne boiraient pas impunément, à doses un peu fortes, les eaux sulfureuses des Pyrénées. Ce n'est qu'avec les plus grandes précautions , et en graduant doucement la quantité, que l'habile inspecteur des Eaux-Bonnes, les prescrit aux malades atteints de phthisie commençante, et encore arrive-t-il quelquefois qu'une très-faible dose d'eau sulfureuse détermine chez eux des accidents de la plus haute gravité.

Les eaux salines des Pyrénées, que j'ai désignées sous le nom de salines séléniteuses, sont celles dont les malades abusent le plus. Il n'est pas rare de trouver à Audinac, à Encausse et dans d'autres

(1) Durand-Fardel , Des eaux de Vichy , p. 4o.

établissements thermaux, des individus qui boivent, dans une seule matinée, de vingt à trente verres d'eau minérale; il en est même qui dépassent cette dose déjà très-exagérée. Il va sans dire que c'est toujours sans avoir pris l'avis du médecin qu'ils agissent ainsi, il faut, autant que possible, boire les eaux auprès de la source, car elles perdent à être transportées, surtout si elles subissent le contact de l'air pendant le transport.

Lorsque les eaux sont administrées en bains, elles produisent, ainsi que je l'ai déjà dit, des effets qui dépendent beaucoup de leur température; ces effets dépendent aussi de la nature des principes actifs de l'eau.

La température à laquelle on prend habituellement les bains varie entre 27 et 28° R. (33,78 à 35° c). Tout bain pris à une température plus basse peut être considéré comme un bain frais. Lorsque la température dépasse 20° R. (3G,25 c. ), le bain peut être regardé comme un bain chaud.

Les phénomènes généraux que produit un bain relativement froid (25° R. ou un peu au-dessous) , préparé avec les eaux de Baden en Suisse , sont décrits de la manière suivante par le docteur Alloys Minnich (1) :

On éprouve, en entrant dans le bain, un léger frémissement de tout le corps; une sensation de froid

(1) Alloys Minnich, Des eaux thermales de Baden en Suisse.

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