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CHAPITRE Ier

Des eaux sulfureuses.

Les eaux sulfureuses des Pyrénées peuvent être divisées en eaux à base de sulfure de sodium, eaux à base de sulfure de calcium, et eaux sulfureuses dégénérées.

Les eaux à base de sulfure de sodium (hydrosulf'atées alcalines d'Anglada , sulfureuses naturelles de M. Fontan) sont les plus nombreuses et les plus abondantes; on les trouve sur presque tous les points de la chaîne; elles jaillissent le plus ordinairement du granit ou des roches schisteuses qui l'accompagnent , quelquefois du calcaire métamorphisé. Presque toutes sont thermales; il en est cependant quelques-unes (Labassêre, Cadeac) dont

la température est assez basse (12 à 13°); mais la constance de la température de ces dernières, clans toutes les saisons, autorise encore à les compter parmi les sources thermales. Ces eaux présentent une réaction alcaline bien tranchée : toutes contiennent en dissolution une matière organique azotée , sur la nature de laquelle j'aurai à m'arrêter plus tard.

Les eaux sulfuré-sodiques ont une saveur franchement sulfureuse, bien différente de celle des eaux dont le sulfure de calcium fait la base; elles sont pauvres en sels solubles de chaux et de magnésie ; cependant, elles n'en sont pas aussi complètement dépourvues que l'avaient pensé certains auteurs.

Ce qui distingue les eaux sulfureuses des Pyrénées de toutes les autres eaux minérales, c'est la faible quantité de matériaux solubles qu'elles renferment; un litre de l'une quelconque de ces eaux ne fournit guère au-delà de 0 gr. 250 à 0 gr. 350 de résidu sec ; le sulfure de sodium , la silice , le chlorure de sodium, le carbonate ou le silicate de soude et la matière organique sont les éléments dominants de' ces eaux ; les autres substances ne s'y trouvent qu'en proportion si faible, qu'il est infiniment probable qu'elles y jouent un rôle accessoire.

Ces eaux, comme l'indique assez souvent leur température très-élevée, paraissent avoir pris naissance à une profondeur considérable ; elles présentent presque toutes, à leur point d'émergence, une direction de bas en haut; toutes laissent dégager à

leur bouillon des bulles plus ou moins nombreuses d'azote.

Les eaux sulfuré-calciques sont plus rares dans les Pyrénées, où elles sont en quelque sorte accidentelles; il existe à Salies (Haute-Garonne) une source de ce genre, fort remarquable , et qui, par son haut degré de sulfuration et son analogie bien marquée avec l'eau d'Enghien , mériterait d'attirer l'attention des praticiens.

Les eaux à base de sulfure de calcium , que M. Fonlan appelle sulfureuses accidentelles, naissent dans des terrains d'origine plus récente que ceux qui fournissent les eaux sulfuré-sodiques ; le plus habituellement, c'est dans les terrains secondaires ou tertiaires, souvent au voisinage des dépôts de gypse, qui fournissent un des éléments indispensables à leur formation ; elles ont une odeur analogue à celle des eaux à base de sulfure de sodium ; leur saveur est. moins franchement sulfureuse , elles ont quelque chose de saumâtre et de marécageux.

Les eaux à base de sulfure de calcium sont habituellement froides ; elles sont beaucoup plus riches en principes minéralisateurs que les eaux sulfurésodiques ; les sels à base de chaux et de magnésie y sont bien plus abondants que dans ces dernières. On peut caractériser ces deux genres d'eau, en disant que les sels à base de soude dominent dans les sulfuré-sodiques , et les sels à base alcalino-terreuse ou terreuse dans les sulfuré-calciques.

L'alcalinité des eaux à base de sulfure de calcium

est bien moindre que celle des eaux à base de sulfure de sodium.

Les eaux sulfureuses, dites accidentelles, peuvent, en général, être considérées comme participant aux propriétés des eaux sulfureuses et à celles des eaux salines ; il en est tout autrement des eaux sulfureuses, dites naturelles, qui agissent à la façon des eaux sulfureuses et des eaux alcalines. Les eaux sulfureuses dégénérées sont assez nombreuses dans les Pyrénées ; . il en existe plusieurs dans la partie orientale de lachaine : presque toutes ont été décrites avec soin par Anglada.

Ces eaux ne possèdent plus ni l'odeur ni la saveur des eaux sulfureuses, et pourtant l'expérience montre qu'elles agissent comme si elles contenaient encore une combinaison de soufre analogue à celle qui existe dans les précédentes. Elles proviennent de sources sulfuré-sodiques qui ont subi le contact de l'air, et dans lesquelles le sulfure de sodium a disparu en entier pour faire place à du carbonate, de l'hyposulfite, du sulfite et du sulfate de soude; on y trouve la matière organique azotée en dissolution. Elles sont alcalines comme les eaux sulfureuses naturelles, quelquefois même plus que ces dernières; mais elles joignent aux propriétés des eaux alcalines d'autres propriétés particulières, et, en quelque sorte, spécifiques, qui leur sont communiquées par les produits qui résultent de l'action de l'air sur le sulfure alcalin et par la matière organique azotée qu'elles renferment.

Les maladies qu'on traite avec succès par les eaux sulfureuses sont : les rhumatismes sub-aigus ou chroniques, les affections cutanées, les scrofules, le rachitis, diverses affections des voies respiratoires (phthisie, catarrhes laryngés, bronchiques, gutturo-pharyngiens) , les catarrhes de l'utérus , de la vessie et de l'urètre ; certaines maladies des os ou des articulations (ostéites, périostites, nécroses, tumeurs blanches, luxations spontanées); la chlorose, l'aménorrhée, les cachexies paludéenne, mercurielle, saturnine; les névralgies, plusieurs sortes de névroses , des paralysies générales ou partielles ; les lésions chirurgicales , plaies d'armes à feu , trajets fistuleux, corps étrangers, suites d'entorses et de luxations; les ulcères atoniques variqueux, etc. La chronicité des maladies peut être considérée comme l'une des indications principales de l'emploi de ces eaux; l'état aigu, comme une contre-indication très-générale, pour ne pas dire absolue. Le choix des sources est loin d'être indifférent. Plusieurs d'entre elles sont considérées comme jouissant d'une sorte de spécificité pour le traitement de certaines affections qui seraient moins avantageusement modifiées par l'usage des autres, .l'aurai occasion de faire connaître les principales particularités relatives aux diverses stations thermales, lorsque je décrirai chacune d'elles en particulier.

Avant d'aborder l'étude des propriétés physiques et chimiques des eaux sulfureuses thermales des

Pyrénées , nous allons jeter un coup-d'œil sur les travaux les plus remarquables qui ont été exécutés Jusqu'à ce jour sur la composition chimique de ces «aux.

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