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XVI AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

ruines du surnaturel ! la justice et la liberté naissent sur les débris du miracle et de la révélation ! Tous les êtres possibles, connus ou inconnus de l'homme, auquel sa propre science défend de prendre la limite de l'observation actuelle pour limite vraie de l'univers, tous les êtres sont conçus comme fraternellement unis par le lien d'une invincible solidarité, mais, en même temps, distincts par le ressort de leur irréductible individualité ; aucun d'eux, sans exception, ne peut donc être conçu comme existant sans l'assistance nécessaire de tous les autres ; le plus grand ne pouvant rien sans le concours libre du plus petit ; aucun d'eux, non plus, ne peut être conçu comme auteur exclusif, comme cause unique de tous les autres ; chacun étant libre, c'est-à-dire, étant de la manière qui lui est spéciale, cause de soi et de tous les autres ; chacun enfin puisqu'il est une activité, ayant à prendre son rôle et à se faire sa place dans la république universelle. Point d'anarchie, par conséquent;, par la même raison, point de despotisme ; point de maître, ni de sujets : des associés !

La fécondité du principe socialiste ne se montre pas moins clairement dans les corrections qu'il fait subir à la théorie du progrès.

Sous l'influence à peu près exclusive de l'école saint-simonienne, qui s'est faite, parmi nous, la promotrice infatigable et méritante de cette théorie, on

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Un esprit nouveau fermente dans le sein des masses. Le xix« siècle tressaille dans les angoisses d'un laborieux accouchement. Le mot socialisme, timidement prouoncô en 1830, a tout à coup retenti comme un coup de tonnerre en 1848. Ce mot n'est pas seulement le signe de ralliement d'un parti; c'est l'expression, incomprise encore, même par le plus grand nombre de ceux qui la répètent, de la révolution la plus radicale et, en môme temps, de la transformation la plus féconde dont le monde ait été le théâtre.

Le caractère propre du socialisme, c'est d'être surtout une religion, et par conséquent d'embrasser aussi bien le domaine des sentiments et des idées que celui des faits politiques ou économiques. C'est surtout à titre de religion qu'il est acclamé par la foule fatiguée de ses vieilles idoles.

Cette religion, qui ne peut recevoir que de la science

seule sa forme et ses dogmes, n'est encore qu'à l'état de

vague et obscure aspiration. Ceux qui, sans attendre l'é-

closion des idées générales devant lui servir de base, ont

prématurément voulu en déduire quelques applications

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particulières, n'ont fait que la compromettre par de folles ou de dangereuses utopies. Les événements ont retiré la parole aux faiseurs de systèmes; mais, pour cela, les esprits ne sont pas restés oisifs. D'importants travaux ont été entrepris dans la seule direction qu'il soit aujourd'hui convenable de suivre. La discussion toujours irritante des faits de détail a été abandonnée pour la recherche des principes généraux par lesquels, une fois qu'on se sera mis d'accord, les questions secondaires se trouveront d'avance résolues.

Toute explosion religieuse est précédée et préparée par un grand mouvement philosophique. Si Socrate n'était pas venu au monde, Jésus aurait été impossible. La philosophie a une double mission : si elle renverse les vieux sanctuaires d'oii sont partis les dieux, de la môme main elle creuse les fondements du temple nouveau. Aujourd'hui, la philosophie du socialisme est en pleine voie d'élaboration. Un sérieux obstacle entrave cependant ses progrès. A chaque instant les travailleurs de la pensée qui se sont consacrés à cette œuvre, s'aperçoivent qu'ils parlent une langue qui, a force de remaniements et de transformations, est devenue une intarissable source d'équivoques et de controverses. Animés tous du môme esprit, animés tous du môme sentiment, à chaque minute, faute de se comprendre, ils se voient sur le point de se séparer ou* de se combattre. Tous ils sentent que, s'ils s'entendaient bien sur les mots, ils seraient bien près de s'entendre sur les choses.

Il ne faut pas croire que, môme dans le langage philosophique, les mots conservent invariablement la môme signification. Ils en changent toutes les fois que se produit une nouvelle doctrine, et, quand plusieurs doctrines sont en présence, ils prennent autant de significations différentes qu'il existe de systèmes généraux d'idées. Il est évident que le mot Dieu, par exemple, signifiait autre chose pour les Grecs que ce que, plus tard, il a signifié pour les chrétiens. L'esprit, pour quelques-uns, n'est que l'ensemble des facultés au moyen desquelles nous acquérons

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et combinons des idées, tandis que, pour d'autres, l'esprit est une substance, un être emprisonné dans un corps dont il aspire à se débarrasser. Nous venons de prononcer le mot substance; en est-il un seul qui ait donné et qui donne encore lieu à d'aussi interminables disputes?

La nécessité dans laquelle se trouve toute nouvelle doctrine de fixer le sens des mots, afin de prévenir les objections que, mal compris, ils ne peuvent que faire naître, avait déjà été sentie dans notre siècle par un penseur éininent. Reinhold avait entrepris, au point de vue des perfectionnements à apporter à la doctrine Kantienne, fa faire subir un complet remaniement au langage philosophique, mais son travail demeura inachevé, parce que le Kantisme s'était déjà écroulé dans son propre vide avant môme que son interprète ait eu le temps de classer les termes de son vocabulaire.

Il semblerait qu'un pareil travail, tout philologique en apparence, pour être bien fait, doive être entrepris d'une manière impartiale et désintéressée, sans préoccupation d'une doctrine spéciale. Mais demander cela, c'est demander l'impossible, car, dans ce cas, lorsqu'au même mot s'attachent plusieurs significations, sur quoi se fonder pour faire un choix entre elles? Et puis, un pareil travail, à quoi pourrait-il servir? Fait en dehors de toutes les écoles, à quelle école pourrait-il être utile ?

Celui que nous entreprenons, nous l'avons conçu sous l'influence des sentiments et des idées socialistes. C'est de ce point de vue seulement qu'il doit être jugé.

Par la nature même de notre sujet, l'ordre alphabétique nous était interdit; car arbitrairement rangées, ne s'éclairant pas les unes les autres, les définitions que nous aurions données, malgré tous nos efforts, demeureraient obscures et incomplètes. A l'ordre alphabétique nous avons dû naturellement préférer l'ordre philosophique, qui consiste à suivre, pour ainsi dire, l'ordre de génération des mots, en commençant par ceux qui correspondent aux idées les

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plus simples pour aller progressivement à ceux qui correspondent aux connaissances les plus complexes.

Pour faciliter les recherches, néanmoins, nous présenterons, à la suite de notre travail, sous forme de table alphabétique, l'ensemble des termes dont la signification aura été discutée.

Nous n'avons pas la prétention de donner un Glossaire complet du langage philosophique, mais d'en essayer une simple ébauche. Sans nous préoccuper beaucoup des nombreuses lacunes que renfermera nécessairement ce travail, nous ne nous attacherons qu'à établir d'une manière bien précise la signification des mots qui nous paraîtront avoir le plus d'importance dans le langage.

Pour plus de clarté, nous diviserons ce Glossaire en deux parties, composées chacune d'un certain nombre de sections.

La première de ces deux parties traitera d'abord des expressions psychologiques et des expressions ontologiques, puis successivement des expressions anthropologiques, cosmologiques et théologiques.

Dans la seconde partie, après avoir essayé de formuler une systématisation générale des sciences particulières, nous nous attacherons à fixer et à nettement déterminer le sens des expressions propres aux sciences morales, politiques et économiques. On voit que, si nous ne faisons qu'effleurer notre sujet, au moins nous l'abordons dans toutes ses parties.

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