‹ Ebauche d'un glossaire du langage philosophiqueChapitre 21 sur 39 · RELATIF · texte numérisé non relu

RELATIF

Fini.

Pluralité.

Collectivité.

Unité, Proportion, Individualité, Universalité,

EBAUCHE h'm GLOSSAIRE

la langue se compose, car tous ceux qui ue correspondent pas à des connaissances, tous ceux dont la signification n'est pas complexe, expriment, à un point de vue différent, distinction ou rapport. Nous n'avons pas poussé cette étude plus loin, parce que nous avons cru que ce qui précède suffisait pour nous faire comprendre. Au surplus, pour qui voudra continuer cette analyse, voici une pierre de touche qui nous paraît infaillible. Tout ce qui est susceptible de plus ou de moins appartient à l'ordre relatif; tout ce qui, au contraire, n'est pas susceptible de degré, à l'ordre absolu. Quant aux termes correspondants aux idées de rapport, leur indétermination fait qu'ils se prêtent également à ces deux épreuves.

Avec Hégel, nous désignerons par les mots de thèse et d'antithèse les termes de l'anlimonie, pourvu qu'indifféremment on désigne par ces mots l'un ou l'autre de ces termes, et seulement pour exprimer leur oppositiou. Quant au mot synthèse, nous refusons de nous en servir pour exprimer les rapports, et cela par deux motifs : d'abord parce que ce mot, comme celui d'analyse, reçoit, dans la science des méthodes, une acception toute différente ; en second lieu, parce qu'il correspond plutôt à la connaissance des choses reliées qu'à la notion- même du lien. Nous nous contenterons de dire que toute connaissance suppose thèse, antithèse et rapport.

Nous ajouterons que les antinomies ne sont pas, connue on l'a supposé à tort, un obstacle a la science, parce que la contradiction quelles expriment ne porte jamais sur le môme aspect du môme fait, mais sur des aspects différents, toujours reliés entre eux par des rapports. Les antinomies sont le dernier mot de l'analyse, et l'analyse, comme on le sait, est un des plus puissants moyens du progrès intellectuel.

Abstrait et concret. — Dans ce qui précède nous avons souvent fait usage du mot abstraction. Nous l'avons pris et continuerons de le prendre dans le sens que tout

le monde lai donne, dans le sens de vue partielle et incomplète. Faire abstraction d'une chose, pour nous, comme pour tout le monde, signifie séparer cette chose du groupe, de la combinaison dont elle est un élément, la mettre à part et ne pas s'en occuper.

L'objet de la connaissance, c'est ce qui est, c'est Y être, mais l'être peut être considéré tel qu'il est, sans élimination d'aucune de ses qualités ou de ses manières d'être, ou, au contraire, partiellement et abstraction faite de quelques-uns de ses modes. Dans le premier cas, la connaissance est concrète; elle est abstraite dans le second.

Ainsi, il n'y a de connaissance concrète que la connaissance que nous avons de chaque être considéré individuellement, isolément et aussi dans ses rapports avec les autres êtres. La connaissance que j'ai de tel homme, de telle plante, de tel animal est une connaissance concrète.

Quoiqu'elles correspondent non aux êtres, mais à de simples manières d'être, les connaissances abstraites ne doivent cependant pas être confondues avec les notions. Les notions, en effet, ne sont pas seulement l'abstraction à son plus haut degré; elles sont des abstractions d'uue espèce particulière. Elles correspondent à des qualités, tandis que les connaissances, même les plus abstraites, correspondent à des groupes ou, plus exactement, à des combinaisons, à des associations de qualités. Nous n'en pouvons, ici, dire davantage, mais, plus tard, ce sujet sera repris quand nous aurons des êtres eux-mêmes ou, pour mieux dire, de l'existence en général une connaissance plus approfondie.

Dans le langage ordinaire, on ne considère comme abstraites que les connaissances dans lesquelles prédominent les notions absolues. Ainsi la géométrie est une science abstraite, parce qu'elle considère les surfaces planes comme absolument planes, les lignes droites comme absolument droitas, etc., et qu'elle arrive toujours à des conséquences qui ne comportent aucune exception. On regarde, au con-

traire, comme concrètes, toutes les connaissances dans lesquelles prédomine l'élément sensible. Quoiqu'il soit toujours fâcheux de se mettre en opposition avec les usages reçus, dans cette circonstance néanmoins, nous croyons devoir nous en écarter, parce que nous ne pouvons concevoir que la géographie, par exemple, qui s'occupe de la conflguration extérieure du globe terrestre, abstraction faite de son organisation interne, de l'histoire de ses développements successifs et de ses rapports avec les autres astres, soit une science moins abstraite que la géométrie, qui en mesure la surface sans tenir compte des accidents de sa forme ; ni que l'anatomie, qui n'étudie que les organes, abstraction faite des forces dont ils sont les instruments, soit une science concrète ; tandis que la mécanique qui s'occupe des forces, abstraction faite des organes, serait une science abstraite.

• Nous prenons d'ailleurs pour guide l'étymologie. Concret veut dire assemblage, combinaison. Ce nom ne peut donc convenir à aucune des sciences dont l'objet est une abstraction, un démembrement du concret. Et toutes les sciences sont dans ce cas, toutes sont abstraites, car aucune d'elles ne s'occupe des êtres tels qu'ils sont, toutes ont pour objet, non les êtres eux-mêmes, mais quelques-unes des manières d'être qui leur sont communes.

Les connaissances concrètes sont toutes particulières; ceci ressort de leur définition. Les connaissances abstraites sont, ou particulières ou générales. Elles sont particulières quand elles ont pour objet quelques-unes des manières d'être spéciales à un seul être; générales quand elles ont pour objet quelques-unes des manières d'être communes à un plus ou moins grand nombre d'êtres.

Les sciences 1 ne vivent que d'abstractions. Elles ont toutes pour objet des abstractions générales. La science la

1 Le mot science signifie systématisation île connaissances. Le mot systématisation, synonyme d'organisation, sera défini plus tard.

plus générale est aussi la plus abstraite de toutes, car, entre tous les êtres, il n'y a de commun que l'existence et que les conditions essentielles de l'existence. Cette science, Vontologie, doit donc faire abstraction de toutes les autres manières d'être par lesquelles les être3 se distinguent entre eux.

L'ontologie, toutefois, n'est que le point de départ d'uné science plus vaste encore, qui doit à cela le nom de science générale par excellence ou de philosophie. Cette science est, à proprement parler, la science du passage de l'abstrait au concret. Basée sur les plus hautes généralités ontologiques, elle reprend une à une, pour les associer, les manières d'être que l'ontologie avait écartées, et, si elle ne descend pas jusqu'à la connaissance concrète des individualités de toutes natures, elle pose du moins l'individualité-type dont toutes les autres relèvent, l'idéal dont elles ne sont que d'incomplètes mais progressives ébauches.

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