‹ Ebauche d'un glossaire du langage philosophiqueChapitre 24 sur 39 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Avant d'aborder de nouveaux sujets d'étude, il nous paraît indispensable de résumer en quelques lignes ce qui forme la matière des deux premières sections de notre travail, dont l'étroite connexité n'aura certainement pas échappé au lecteur. Gela nous semble d'autant plus nécessaire que ce qui doit suivre ne sera que l'application des principes qu'elles renferment.

L'entendement humain est constitué par l'association de trois qualités, de trois attributs essentiels : la raison, le sentiment et la sensibilité.

Les notions qui se distribuent en trois grandes classes correspondant chacune à l'un des attributs de l'entendement, ont pour objet les attributs ou les qualités des êtres.

fH LANGAGE PHILOSOPHIQUE

La connaissance en général est l'association des notions appartenant à ces trois classes, lesquelles portent le nom de catégories quand on les considère comme éléments de la connaissance, et celui de catégorèmes quand on les rapporte à leur objet.

La connaissance en général, quand on ne la considère que dans les notions dont elle est l'association, est simplement une affirmation de V existence.

Ce qui est dans la connaissance doit se retrouver dans son objet; donc, puisque la connaissance est une association, son objet, Y existence, ne peut être qu'une association lui-même. Et aussi, par la raison que la connaissance est l'association des catégories, l'existence ne peut être que I'association des catégorèmes, à savoir des noumènes et des phénomènes reliés par la substance.

La connaissance est abstraite ou concrète. L'objet de la connaissance abstraite ce sont les modes, les manières d'être des êtres. Ces manières d'être se résument en temps, action et espace.

La connaissance concrète est l'association des connaissances abstraites appartenant à ces trois classes. L'objet de la connaissance concrète, c'est IV/ re manifesté par ses manière d'être.

Comme la connaissance que nous en avons, l'être est donc une association et, ainsi qu'il résulle des connaissances abstraites dont l'association forme la connaissance concrète, l'être manifeste donc son existence par le temps, l'action et l'espace ou, ce qui est la même ebose mieux comprise, par la vie, {'organisation et le progrès.

Tout être est une association vivante, organisée et progressive.

Tout être est une association, mais de quoi? Nous l avons déjà dit : de noumènes et de phénomènes reliés par la substance et se manifestant par la vie, par l'organisation et par le progrès.

Toute générale qu'elle est, cette formule peut paraître

incomplète, car on peut croire qu'elle ne se rapporte qu'à l'être considéré isolément et comme s'il était seul au monde. Cela serait vrai si nous disions seulement de lui cni'il est une association, mais en ajoutant que cette association est organisée, vivante et progressive, comme l'organisation, la vie et le progrès, la vie surtout qui est à la fois, activité, passivité et solidarité, supposent le monde extérieur, implicitement nous affirmons que l'être n'est pas seulement une association, mais qu'il est une association associée.

Par son côté interne, s'il est permis de s'exprimer ainsi, il est une association de qualités ; par son côté externe ou manifestateur, il est membre de l'universelle association des êtres.

Nous employons le même mot, le mot association, pour exprimer deux choses identiques à certains égards, puisque l'être en soi ou l'être hors soi, c'est toujours l'être, mais différentes cependant puisque l'association de qualités qui est l'être lui-même, se distingue de l'association des êtres, qui n'est pas un être, mais la condition de co-existence des êtres. C'est que, de part et d'autre, quoique sous des formes diverses, se retrouve le même fait, à savoir : la conciliation des contrastes, l'harmonie des discords, l'identifleation des différences.

Il est impossible, en effet, que ce qui est en moi ne se projette pas autour de moi ; il est impossible que, étant une association, toutes les relations que je peux établir" avec les autres êtres ne revêtent pas, à quelque degré, les formes de l'association. Au reste, cette double signification donnée à un même mot ne peut prêter à aucune équivoque car, après tout ce que nous avons dit, il ne nous paraît pas possible que le lecteur prenne une association d'êtres, une compagnie industrielle, une église, une nation pour un individu, pour une personne.

De tout ce qui précède, arrivons-nous à cette conclusion que nous possédons enfin une définition de l'existence?

Croire possible une semblable définition serait oublier que définir n'est autre chose qu'assimiler et que distinguer. Or, a quoi assimiler de quoi distinguer l'existence, puisque, en dehors de l'existence, il n'y a rien, puisque, à côte d'elle, il n'y a que ce qui n'existe point?

Ce n'est donc pas à une définition, mais, en quelque sorte, à une description de l'existence que doit aboutir l'ontologie. Tout ce que peut faire cette science, c'est d'en énumérer, c'est d'en condenser, dans une formule, les conditions essentielles.

C'est à cela seulement que nous nous sommes appliqués; nous n'avons voulu qu'une chose : dire à quels signes l'être pouvait être reconnu, dire les caractères que nous sommes certains de retrouver en tout être, aussi bien en Dieu que dans le plus infime des insectes.

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