EBAUCHE D'IN GLOSSAIRE
se confondent, éclatent de nouvelles et plus vives différences. Que des races, dont la fonction, devenue de moins en moins utile, avait fini par être nuisible, disparaissent comme ont disparu les mégathériums, et les mastodontes, qu'elles disparaissent mais que ce soit pour faire place à des races supérieures, voilà ce qu'exige l'inépuisable fécondité de la vie. Loin de consister dans l'effacement des différences, le progrès universel, au contraire, ne se réalise que par l'éclosion successive et sans fin de celles qui sommeillent encore dans les champs indéfinis du possible.
Cosmogonies. — Une erreur commune à toutes les religions et à presque toutes les philosophies a été de vouloir raconter le mode de formation et le commencement de l'univers, comme si l'univers pouvait avoir eu un commencement. L'univers étant l'association des êtres et les êtres ne pouvant se concevoir autrement qu'associés, pour remonter à l'origine de l'univers, il a fallu supposer une époque où l'association n'existait pas encore, soit parce qu'il n'existait pas d'êtres, soit parce qu'il n'en existait qu'un seul.
Il est impossible que cette recherche des origines, toute folle qu'elle puisse aujourd'hui nous paraître, n'ait pas quelque côté raisonnable, car, sans cela, il faudrait considérer tous les développements de l'esprit humain comme ayant eu lieu sous l'influence d'une coyance de tous points absurde.
Les êtres, en tant qu'êtres, n'ont pu commencer ; l'univers, qui est leur association, n'a pas eu de commencement. Mais il n'a pas, non plus, toujours été ce qu'il est. Quoique ce soit toujours, au fond, le même univers, il est permis de dire que, avant l'univers actuel, existait un autre univers, et, avant celui-ci, un autre, et cela indéfiniment. Or, de même qu'un impérieux instinct nous porte à étudier l'histoire des individus d'autrefois et des nations éteintes, notre curiosité nous pousse à rechercher ce qu'a pu être l'univers qui a précédé l'univers actuel.
DU LANGAGE PH1L0S0PHIQUB
Pour se satisfaire, cette très-légitime curiosité n'a d'abord pu avoir recours qu'aux fantaisies de l'imagination. Aujourd'hui, c'est à la science qu'elle doit demander une réponse. Déjà la géologie, en se basant sur d'irrécusables témoignages, nous montre que la terre que nous habitons fut précédée par une terre incandescente et gazeuse. Il est évident que, à cette époque, les planètes et le soleil ne pouvaient être ce qu'ils sont ; il est évident, que les modifications qu'éprouva le système solaire durent, de proche en proche, retentir jusque dans les plus extrêmes profondeurs de l'univers ; il est évident que lorsqu'il y avait une autre terre, il y avait aussi d'autres cieux ; il est évident, enfin, car sans cela, notre curiosité innée n'aurait pas d'objet, que, au moyen d'inductions fondées sur une plus exacte et plus étendue observation des faits et contrôlée, à la fois, par le sentiment et par la raison, la science pourra, un jour, avoir quelques données sur l'état antérieur de l'univers. Le pourra-t-elle sans affirmer Dieu ? l'affirmation de Dieu n'esl-elle pas implicitement au fond de toutes les affirmations scientifiques? C'est ce que nous aurons à examiner.