‹ Ebauche d'un plan de météorologie médicaleChapitre 10 sur 23 · LE TRAITEMENT DES MALADIES · texte numérisé non relu

LE TRAITEMENT DES MALADIES

Déjà dans le cours de notre travail , nous avons eu de fréquentes occasions de faire voir le degré d’importance des études météorologiques pour le traitement des maladies. Cela nous permettra d’étre actuellement plus concis.

C’est ici le lieu de dire comment nous comprenons Faction que peut exercer l’air ambiant en thérapeutique.

La science des indications est étroitement unie à celle de la nature de la maladie , puisqu’en définitive , c’est à la première à nous éclairer sur la validité des principes qui président à la notion de la seconde. En effet, tant que le médecin n’est encore qu’à la détermination de l’affection , il n’a fait , au plus , qu’interpréter la nature. La thérapeutique seule est en droit de l’interroger -, elle seule peut nous dire si nous l’avons comprise. Or, qui ne voit l’intime solidarité des connaissances météorologiques avec la recherche des moyens curateurs ?

S’il est vrai que le milieu ambiant est eapable d’imprimer à une maladie donnée telle modification, telle tendance-, s’il est vrai que la notion des intempéries passées, ou des constitutions atmosphériques présentes éclaire le difiicilc problème de la nature des maladies-, s’il est vrai enfin que les conditions atmosphériques peuvent, dans de certaines limites, amener telle localisation plutôt que telle autre , le traitement intervient comme contre-épreuve naturelle , et la connaissance des qualités de l’air devient la source la plus précieuse des indications à remplir.

Mais ce n’est pas seulement par les modifications qu’elles peuvent faire subir aux indications que les connaissances météorologiques présentent de l’intérêt. Susceptible d’influencer l’homme en mal, au point de pouvoir provoquer dans son dynamisme le développement de maladies graves et nombreuses, Tair ambiant peut aussi l’influencer en bien, et devenir ainsi lui-même un véritable agent médicamenteux.

DES AGENTS MÉTÉOROLOGIQUES COMME SUJETS d’iNDICATIONS.

Les méthodes thérapeutiques , dit D’Amador, ont pu recevoir , par leur application aux diverses maladies populaires , une véritable confirmation de leurs principes. Il n’est pas rare d’observer une constitution médicale à tendance critique spontanée. Les constitutions automnales ou analogues amènent généralement des évacuations intestinales critiques , qui méri-

lent d’etre respectées ; Hippograte en décrit de nombreux exemples dans ses épidémies. Ces observations consacrent l’ulililé, trop souvent méconnue, des méthodes naturelles et expectante , méthodes si mal nommées par leurs détracteurs : inactive.

Le printemps et Thiver impriment aux maladies des caractères bien différents de ceux cpiie leur donnent l’été et l’automne. Tandis que les émissions sanguines et les antiphlogistiques trouvent plus souvent leur emploi dans les maladies populaires de l’hiver et du printemps, les toniques et les reconstituants conviennent mieux dans le reste de l’année, surtout en automne, et, comme le remarquent Pringle et Ramazzini , pendant ou après les constitutions pluvieuses. C’est du moins ce que nous observons dans nos régions tempérées. Les évacuants

trouvent principalement leur indication pendant le règne de la saison cbaude, et, en général, sous l inOuence de la sécheresse unie à la chaleur.

Aucun praticien n’a méconnu la justesse de la distinction des fièvres intermittentes du printemps et de l’automne ( fièvres de la moisson , de C.rant ). Sydenham rapporte à ces deux espèces toutes les autres fièvres de l’année : leur pronostic et surtout leur traitement dépendent de ces deux saisons.

Les fièvres du printemps sont rarement de longue durée et leur tendance est le plus souvent salutaire. C’est même au printemps que se guérissent quelquefois spontanément les fièvres intermittentes automnales, qui ont résisté tout fhiver aux efforts de la thérapeutique. Aussi peut-on le plus souvent abandonner à elles-mêmes les fièvres vernalës, après avoir combattu leurs diverses complications. De ces dernières , les plus fréquentes sont les embarras gastriques ou intestinaux. Un vomitif ou un purgatif administré à propos peut ren-

(Ire de grands services , et rarcrneiil , lorsque rindiealion a élé bien remplie, il esl besoin de recourir au quinquina. Les émissions sanguines soni généralement contre-indiquées ; elles peuvent être suivies, par leur abus, de conséquences fâcheuses. Les élèves de Broussais en ont fourni de nombreux exemples dans les premières années de la conquête. d’Afrique. C’est ce que Ton peut constater dans l’ouvrage de M. Mailliot; leur moindre inconvénient est d’affaiblir le malade et de le disposer à des cachexies redoutables avec engorgement des viscères abdominaux.

Les fièvres d’automne sont bien autrement graves et difficiles à guérir. Elles faisaient le désespoir de Sydenham , comme elles font encore celui des médecins et des malades dans les pays marécageux. C’est alors que l’analyse thérapeutique la mieux éclairée est nécessaire pour simplifier leur nature et rendre efficace faction du spécifique. Les saignées et les affaiblissants sont formellement contre-indiques dans cette saison; les toniques, surtout les analeptiques, trouvent ici leur place, et, malgré tout, faction du sulfate de quinine , suffisante pour suspendre les accès , ne f est plus pour empêcher leur retour. C’est le cas surtout de tenir compte alors de la loi des rechutes et des récidives pour les fièvres intermittentes , dont les modernes font si peu de cas, que Sydenham , Grant, Morton , Hoffmann , avaient si bien observées , et dont f application dans l’administration du spécifique a été , sous nos yeux , suivie de consta^nls succès entre les mains du Proff Düpré.

Les chirurgiens n’ont garde de ne pas tenir compte des qualités de l’air pour pratiquer les grandes opérations ; ils ré- (lugneiit , par exemple , à tailler les calculeux pendant la rigueur du froid ; et les manœuvres les plus habiles peu-

veiU n’avoir aucun succès dans les operations pratiquées sur l’œil, lorsqu’une atmosphère électrique vient provoquer l’ébranlement du système nerveux. Le professeur Benoit a vu plusieurs fois ces accidents atmosphériques amener, chez les opérés de la cataracte , des ophthalmies accompagnées de douleur et de fièvre , et détruire en un instant les espérances les mieux fondées.

Ce que nous venons de dire des constitutions atmosphériques passagères, se retrouve aussi dans les conslitulions permanentes. Ainsi , Raymond de Marseille a vu dominer l’indication des antiphlogistiques pendant les dix-neuf ans de durée de ce qu’il appelle le mode fort, tandis que les toniques furent indiqués pandant le règne du mode mou. Sans doute ces données sont générales et supportent une foule d’exceptions. Mais on ne saurait contester qu’elles ont leur degré d’importance dans le traitement des maladies.

Ce qu’on a observé pour les saisons, a été aussi établi poulies climats : Nec enim omnia loea eadem feriint auxilia quod ex aere ambiente similia non sint omnia. Yitruve s’est chargé de nous faire voir avec quel soin les Anciens avaient étudié l’action des climats sur l’homme au point de vue thérapeutique. L’observation démontre, dit le professeur Dupré(I), que dans les climats chauds, les maladies revêtent un caractère général de faiblesse qui en rend l’évolution pénible et les mouvements critiques embarrassés ; qu’elles s’accompagnent facilement de désordres dont le système cérébro-spinal est le siège. Les convulsions et le tétanos y sont occasionnés fréquemment par lesblessuresles plus légères. C’est à raison de ce que la sensibilité s’émeut beaucoup plus vivement et beaucoup plus facilement dans les maladies de

(1) Diagnostic médical, p. 43.

celle espèce, dit Darthe, que la pratique des médecins expérimentés y a établi un plus grand usage des remèdes narcotiques et des boissons lempéranles. Dans les elimals du Nord, les phénomènes morbides sont tout opposés. La tonicité de la fibre, la plasticité du sang et la vigueur des forces de la vie, qui en est le principe, font dominer les indicalions des antiphlogistiques; ici la sensibilité est obtuse, et ne s’émeut que difllcilemenl ; aussi présente-t-elle rarement une indication spéciale.

Les peuples du Nord usent largement de certains remèdes que les médecins méridionaux n’emploient qu’avec réserve ; l’aconit , la ciguë, l’arsenic sont de ce nombre. On sait quelle tolérance pour certains médicaments présentaient les Russes malades à Paris en 1814.

Nous n’en finirions pas si nous voulions citer les exemples dont sont remplis les auteurs à l’appui de l’opinion que nous venons de développer.

Les maladies chroniques viennent de nous-mêmes , comme l’a dit Sydenham ; cependant elles ne sont pas exemples , dans les indicalions qu’elles présentent , de l’infiuence du milieu ambiant. Il est incontestablement démontré par l’expérience, dit le ProP Düpré , que rinfluence des constitutions atmosphériques s'exerce sur les maladies chroniques avec non moins d’empire que sur les maladies aiguës. Il en est qu’elles déterminent , d’autres dont elles changent la nature et font varier les indicalions; certaines , dont elles précipitent la marche ou ralentissent le cours; quelques-unes dont elles opèrent la solution critique.

Dumas observe aussi que les maladies chroniques revêtent les caractères des constitutions médicales et présentent des

indications en rapport avec cette dernic'‘re. Les maladies chroniques dépendant d’un vice humoral , tiennent à la pléthore et aux congestions sanguines vers la fin de Thiver et au commencement du printemps; à la dégénérescence bilieuse, en été; à la cachexie muqueuse, lymphatique, séreuse pendant l’automne et au commencement de l’hiver.

Sydenham, Huxham, Sims, Grant, Morton, Stoll ,

Lancist ont établi par leurs observations que la dysenterie

chronique, la phthisie pulmonaire, riiypochondrie , l’hystérie,

la paralysie, le scorbut, Fhydropisie , etc., prennent un caractère différent d’une saison à l’autre, et que la méthode de traitement doit être fort différente.

Roederer et Wagler ont vu que les affections chroniques qui régnaient du temps de l’épidémie de Gœttingue , ne pouvaient céder qu’au traitement de la fièvre populaire, dont elles revêtaient les caractères.

Plenciz a vu une goutte exiger des rafraîchissants durant le règne des constitutions froides et sèches , et des évacuants sous l’empire de celle de l’été , qui décide les maladies des premières voies.

Grant, qui a remarqué que la goutte du printemps et celle de l’automne ne diffèrent point entre elles comme les fièvres intermittentes de ces deux saisons, observe que la fièvre goutteuse participe au caractère de la fièvre régnante dans le même temps de l’année. 11 parvint à guérir, en tenant compte des indications tirées des saisons, une toux chronique traitée en Janvier par la saignée et en Juillet par les évacuants.

Van Swieten sauva l’unique rejeton d’une famille dont tous les membres avaient succombé à la phthisie pulmonaire, en se servant des antiphlogistiques aux approches du printemps.

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