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CHAPITRE PREMIER

ÉTUDE MÉTÉOROLOGIQUE DE l’aTMOSPHÈRE A LA SURFACE DU SOL.

L’atmosphère, couche gazeuse d’une épaisseur de 12 lieues , selon Laplage , de 47000 mètres , selon M. Biot (2), et qui en-

(1) Barre. État et acte morbide.

(2) Ce savant base ses calculs sur la série d’observations barométriques , thermométriques et hygrométriques de MM. Boussingault, DE Humboldt et Gay-Lussac.

veloppe le globe terrestre, est le vaste théâtre au centre duquel se manifestent les phénomènes météorologiques.

Pour mettre ordre et clarté dans l’appréciation de l’importance de son étude pour la connaissance et le traitement des maladies, nous l’envisagerons : 1° dans sa composition normale, 2® dans ses propriétés , 3° dans ses phénomènes accidentels.

COMPOSITION NORMALE DE l’aTMOSPHÈRE A LA SURFACE DU SOL.

L’analyse de l’air, dans ces dernières années , a été l’objet d’études nombreuses et variées. Les premiers éléments n’en sont connus que d’hier pour ainsi dire. Ce n’est qu’en 1770 que la science acquit, par les efforts de trois hommes à jamais célèbres par leurs travaux et par leurs malheurs , la connaissance de la composition élémentaire de l’air. Priestley , ScHOELE et Lavoisier , noms que l’Angleterre , la Suède et la France revendiquent comme des gloires, nous firent savoir les premiers que l’air est composé de deux gaz , nommés aujourd’hui l’azote et l’oxygène.

Azote. — Inaccessible aux influences des corps qui l’entourent, l’azote reste lui-même sans action sur eux. Inerte et paresseux, rien ne paraît pouvoir le réveiller de son indolence; on le croirait presque inutile. Cependant, sur 100 parties d’air, il y en a 79 d’azote et 21 seulement d’oxygène.

Le rôle de l’azote serait-il de tempérer l’action de ce dernier ?

« L’azote, dit M. Ch. Kopp (1), dans une originale comparaison, l’azote, c’est plutôt le peuple qui regarde sur la place publique

(I) Revue Suisse, 15 Février 1856.

le passage de son roi, admire sa magnificence, et assiste, immobile et muet, aux actes de sa générosité ou de son despotisme. On ne saurait juger de l’énergie du peuple quand on le voit dans la rue un jour de fête. Regardez dans les ateliers, dans l’intérieur des maisons : là, à l’ombre il agit; c’est ’là que sa puissance cachée crée toutes ces merveilles de l’art et de l’industrie ; c’est là que l’on pense , que l’on travaille. De même l’azote : libre dans l’espace , il ne. sait que faire ; mais, qu’il rencontre un organisme quelconque , c’est là qu’est son arène , son champ d’activité. Elément nourricier des plantes et des animaux, il revêt les formes les plus diverses, les plus humbles comme les plus brillantes. L’azote fait la richesse de nos engrais comme celle de nos matières tinctoriales les plus précieuses ; l’azote , c’est la viande , c’est le sang. »

En tout lieu , quelles que soient ses propriétés et sa position géographique , à l’équateur comme au pôle, sur les continents et sur les mers, sur les côtes et sur les montagnes, et jusque dans les zones supérieures que de hardis explorateurs, tels que Gay-Lussag , ont rarement atteintes en ballon , l’air contient toujours la même proportion d’azote.

Il ne paraît pas que la présence de ce gaz dans l’atmosphère exerce par elle-même une action avantageuse ou malfaisante sur l’économie ; c’est plutôt par la différence de proportion d’oxygène que par l’azote qu’il contient que l’air agit sur nous. , L’action de l’azote est nulle, et, sa présence une fois constatée, nous n’avons pas à nous en occuper autrement ici.

Oxygène. — L’oxygène de l’air nous intéresse au point de vue de sa quantité et de ses propriétés.

Sa quantité est sensiblement la même dans toute l’atmosphère; aussi n’est-ce que dans des conditions tout-à-fait spéciales

et pour ainsi dire expérimentales que l’on a pu apprécier l’influence morbide de son augmentation ou de sa diminution.

Voici d’ailleurs les données actuelles de la science sur l’influence de la quantité d’oxygène contenue dans l’air ambiant. Cette quantité a paru varier coincidemment avec certaines circonstances importantes au point de vue médical. Dans les analyses de l’air de Paris , faites par Régnault au moyen de son appareil eudiométrique , l’oxygène y a été trouvé dans la proportion de 20,999 maximum^ et de 20,913 minimum ; les mêmes variations notées pour l’air recueilli dans les pays voisins éloignent l’idée que l’agglomération d’un grand nombre d’individus, et toutes les conditions d’un grand centre dépopulation peuvent exercer une influence sur la proportion de l’oxygène du milieu ambiant.

L’air recueilli le 8 Mars 1849, au moment de l’invasion du choléra , sur le Gange, auprès de Calcutta , renfermait 20,390 et 20,387 d’oxygène ; le temps était alors très-brumeux pendant la nuit , et les bords du fleuve, exposés durant le jour à l’ardeur du soleil, étaient couverts de boue et de débris putréfiés provenant de substances animales et végétales. D’après l’ensemble des recherches contenues dans le mémoire de M. Régnault , on peut conclure que l’air de notre atmosphère offre des variations sensibles , quoique très-faibles : la proportion d’oxygène oscille généralement entre 20,9 et 21 pour 100. Mais dans les exemples fournis par les contrées chaudes de l’Inde, au moment d’une épidémie redoutable , on a vu la quantité d’oxygène descendre jusqu’à 20,3.

On a été curieux de savoir si , par suite de l’absorption de l’oxygène par la respiration des animaux , il existe un déficit de ce gaz , malgré la décomposition de l’acide carbonique par les végétaux , et , ce déficit prouvé , si sa diminution dans l’atmo-

sphère pourrait donner des inquiétudes pour la possibilité de l’hématose des générations à venir. Or , il n’est pas démontré que l’exhalation des plantes ne puisse suffire à réparer les pertes d’oxygène subies par l’atmosphère, sous l’influence de la respiration (1); et, l’absorption de l’oxygène existât-elle sans compensation, il résulte des calculs de MM. Dumas et Boussingault que la diminution de l’oxygène de l’air serait encore imperceptible . En supposant , disent-ils , que chaque homme consomme un kilogramme d’oxygène par jour , comme le croit M. Prévost , qu’il y ait mille millions d’hommes sur la terre , et que , par le fait de .la respiration des animaux , ou par la putréfaction des matières organiques, cette consommation attribuée aux hommes soit quadruple ; en supposant, de plus, que l’oxygène dégagé par les plantes vienne compenser seulement l’effet des causes d’absorption d’oxygène oubliées dans cette estimation , ce sera mettre bien haut, à coup sûr , les chances d’altération de l’air. Or, dans cette hypothèse exagérée, au bout d’un siècle , tout le genre humain et trois fois son équivalent n’auront absorbé

qu’une quantité égale au poids de 15 ou 16 cubes de cuivre

de 1 kilomètre de côté ^ tandis que l’air en renferme près de 134000.

Si , dans l’atmosphère libre, l’oxygène ne peut guère, par sa quantité, influer sur la production des maladies, en est-il de même de ses propiiétés? C’est M. Schonbein (2) qui, dès 1840, a cru pouvoir démontrer la possibilité de ce fait : sous l’influence de l’électricité, d’après ce savant, l’oxygène acquerrait des propriétés singulières; il serait peut-être alors mêlé avec

(D Lassaigne. Traité de chimie.

(2) Schonbein’s. Archiv. ^én. de Télcct. , IV, p. 420 et suiv.

une certaine quantité d’une matière particulière désignée sous le nom ^ozom ( de 6‘(ü) , je sens) , matière beaucoup plus active encore que l’oxygène.

«Or, dit M. ScHONBEiN, si la composition de l’ozone est telle que le résultat de mes expériences me porte à le conclure , il en résulte nécessairement qu’il doit y avoir sans cesse de l’ozone libre dans l’atmosphère, et en quantité d’autant plus considérable que les neutralisations électriques se font dans l’air avec une activité plus grande. D’ailleurs, il a été dit plus haut que l’aspiration de l’ozone produit sur l’organisme des effets semblables à ceux qui sont dus au chlore. Or, supposons que l’atmosphère conserve un peu long-temps une disposition orageuse : ne serait-il pas possible que des hommes qui seront exposés à son influence fussent pris de catarrhe , ou qu’il en résultât des maladies du même genre , comme on l’admet, je crois, pour

la rougeole? Il y a très-long-temps , si je ne me trompe , que l’on attribue à l’influence d’agents renfertnés dans l’atmosphère l’apparition de certaines maladies endémiques : or, Y ozone libre pourrait être un agent de cette espèce.

» Si des recherches ultérieures viennent confirmer l’exactitude de cette hypothèse , on devra pouvoir détruire cet agent au moyen de légères fumigations de soufre , c’est-à-dire en répandant dans l’atmosphère de l’acide sulfureux ou du gaz acide hydrosulfurique.

» Un point qui mériterait aussi d’être examiné serait de savoir si des hommes qui séjournent dans un air imprégné d’acide sulfurique ou de gaz acide hydrosulfurique , tels que ceux qui se livrent à certains travaux métallurgiques , au grillage des minerais de soufre, etc., ou qui vivent dans le voisinage des sources sulfureuses ; si , dis-je , ces hommes-là sont moins fré-

quemment attaqués de maux de la nature du catarrhe que ceux qui reçoivent un air ordinaire. »

Que restera-t-il de cet appel fait par M. Sciionbein à la science ? l’avenir nous l’apprendra peut-être. Dans tous les cas, nous ne saurions admettre pour le moment la théorie du catarrhe proposée par cet éminent chimiste. \J ozone, pas plus que tout autre gaz irritant , tel que. le chlore , ne sera suffisant pour produire un catarrhe ; tout au plus pourra-t-il amener une irritation de la muqueuse bronchique, mais ce sera simplement une irritation réactive qui n’aura du catarrhe que l’aspect extérieur et très-superliciel. Toutefois, tout en me permettant cette critique des idées peu médicales de l’auteur précité , je n’en dirai pas moins, avec le docteur Faget (1), que sa découverte mérite d’être prise en considération , et qu’elle pourrait apporter sa part de lumière dans l’élucidation des problèmes de météorologie pathogénique. '

Depuis les observations de M. Schonbein , de nouveaux et intéressants mémoires ont été publiés sur le même objet.

Le docteur Spengler(2) a constaté, à Roggendorf, la présence de l’ozone pendant l’épidémie de grippe de 1847. D’après lui , la quantité d’ozone dans l’atmosphère aurait été en raison directe de l’intensité de l’épidémie , et aurait diminué lorsque celle-ci tendait à disparaître. Ainsi ses réactifs lui auraient permis de constater, au début de la maladie régnante, une petite quantité d’ozone qui aurait été en augmentant, puis en diminuant selon les trois périodes d’augment, d’état et de déclin présentées par l’épidémie. MaisM. Faber (3) ne croit pas, avec M. Wunderligii

(1) De l’atmosphère, etc. Montpellier, 1854.

(2) Renie und pfeuffers Zeitschrift, vol. VII, p. 70.

(3) British Forcigu medico chirurgical Reyiew, t. VII, p. 540.

et la plupart des autres observateurs allemands, qu’il existe le moindre rapport entre l’ozone et les affections catarrhales. Des expérimentations continuées pendant toute l’année 1848 n’ont pas, en effet, confirmé les conclusions de Schonbein sur ce point.

En 1850, le docteur Peter (1) a trouvé, pendant une épidémie de choléra à Lexington (depuis le 30 Juin jusqu’au 12 Août) , qu’il n’y avait pas de rapports constants entre la quantité d’ozone et l’intensité de l’épidémie. Les indices de la présence de l’ozone ne cessèrent pas avec la disparition du choléra.

M. Heidenreigh , analysant dans le Canstatt’s jahresbericht les travaux de MM. Becquerel et Ozann (2) , est arrivé aux résultats suivants:

Avec une plus grande quantité d’ozone accusée par les réactifs ordinaires, coïncidaient une recrudescence des maladies catarrhales , etc. , l’apparition des phlegmasies pulmonaires, et les rhumatismes.

Avec une moindre quantité d’ozone coïncidaient les maladies des séreuses et diverses affections à siège cutané ( urticaire , variole, zoster).

Les pleurésies ont paru tont-à-fait indifférentes aux réactions ozoniques.

Parmi les Allemands , chez lesquels on retrouve toujours cet esprit de patiente et laborieuse observation , si fécond en résultats pratiques, citons, encore , Clemens de Francfort (3), qui,

(1) Transactions of the american medical association, vol. III. Philadelphia, 1850.

(2) Ozann. Uber das Ozon. Annales de Poggendorf, 1850 , n» 11 Becquerel , de TOzone. Gaz. Médic. Paris, 1850, n« 3.

(3) Malaria und Ozon oder untersuchung der Frage inwiefern stchende Wasser durch Gaseschalatimen oder miasnion der niunch-

i'ésumant dans un long mémoire tout ce qui avait été dit avant lui, a ajouté de nombreuses observations et fourni les renseignements les plus précis et les plus complets, dans l’état présent de la science , sur cet intéressant objet.

En France, de nombreux travaux ont été aussi publiés sur l’ozone; on l’a cru snccessivement formé d’hydrogène et d’un radical particulier, puis d’oxygène et d’hydrogène. M. Bérigny, MM. Marignac et De la Rive crurent avoir démontré que ce nouveau corps n’était autre chose que de l’oxygène électrisé ; cette opinion a paru confirmée par MM. Frémy et Becquerel , qui ont proposé de remplacer le nom diozone par celui d'oooygèîie électrisé. L’année dernière, M. Sgoutetten (1), dans un travail qui résume l’état de la question et y jette un jour nouveau , après avoir adopté l’opinion de ïoæygène électrisé , a quelque tendance à penser que l’ozone n’est simplement que de Voæygène à V état naissant.

D’après quelques observations dues à M. Bêgkel, de Strasbourg, et à M. Sgoutetten, l’ozone serait dans nos climats le principal agent des affections pulmonaires, bien que ce ne soit pas le jour même où le papier ozonoscopique a donné un chiffre élevé que les malades entrent à l’hôpital ^ mais seulement le lendemain , ou quelques jours après.

Comme l’a aussi observé M. Heidenreich , cité précédemment, les affections rhumatismales seraient dans un rapport direct avec la quantité d’ozone atmosphérique.

Malgré toutes les lumières apportées à l’éclaircissement de l’existence et du rôle de l’ozone, l’action de ce corps reste encore enveloppée des plus épaisses ténèbres. Rien de plus

lichen Gesundleit nachetheilig seicn ( Henkes Zeitschrift fur die staats-arzeikunde. 1853, p. 1 ).

(1) Sgoutetten, TOzone , 1856. Paris.

variable d’ailleurs que les observations faites dans les memes lieux et la meme journée. Des expériences faites à Montpellier, soit en ville, sous la direction du Prob Martins, soit à l’Hôtel- Dieu S‘-Éloi, sous celle du Prob Dupré , ont donné les résultats les plus contradictoires; il a été impossible de constater la moindre relation entre la présence et la quantité d’ozone d’une part et les maladies régnantes de l’autre. Notre ami, le docteur CiORDON, a fait sous nos yeux des essais multipliés avec du papier ozonométrique, adressé par M. Sghonbein lui-merne à M. le ProP Martins. La coloration ne s’est jamais présentée dans les appartements , en ville , ni dans les salles de l’iiôpital ; dans les trois endroits pris pour points de comparaison : rilôtel-Dieu S‘-Eloi , la place de la Mairie et le Jardin des Plantes, la réaction s’est manifestée , d’une manière irrégulière, à l’air libre. En moyenne , c’est au Jardin des Plantes qu’elle a été le plus prononcée ; il n’a pu être rien conclu de précis. Mais doit-on pour cela désespérer de l’avenir? nous ne le pensons pas; et la découveile de M. Sghonbein est peut-être le point de départ d’applications importantes que tout médecin doit poursuivre avec ardeur (1).

(1) L’expérimentation est très-facile. Pour constater la présence de Tozone dans l’atmosplière, on se sert d’un papier réactif imprégné d’iodure de potassium et d’amidon : au contact d’une atmosphère ozonée , le papier , préalablement humecté , jaunit d’abord, puis bleuit ; l’ozone , dans cette réaction , s’empare , dit-on , d’une partie de potassium : l’iode libre, qui reste, se combine aussitôt avec l’amidon et forme un iodure d’amidon d’une belle couleur bleue. On gradue au moyen d’un ozonomètre la quantité d’ozone de l’air. L’ozonomètre de M. Scuoncein n’est autre chose qu’une série de onze bandelettes placées côte à côte, et désignées chacune par un numéro, depuis 0, qui est une bandelette blanche, jusqu’à 10, (jui olfre le

Outre l’azote et l’oxygène, l’air atmosphérique renferme encore à la surface du sol certains gaz que je me contenterai de mentionner : ce sont l’acide carbonique , l’iode , l’hydrogène ; on y a aussi signalé quelquefois la présence de l’acide nitrique , de l’ammoniaque, et plus constamment l’iiydrogène et la vapeur d’eau.

L’acide carbonique y existe en quantité très-faible, à moins que certaines conditions telluriques n’en augmentent notablement les proportions, comme dans la fameuse Grotte du Chierij ou dans certains lieux signalés par les voyageurs.

M. Boussingaült , dans l’atmosphère d’une crevasse à dégagement d’acide carbonique , dans la proportion de 95 pour 5 parties d’air, a constaté, sur lui-même, que le contact du gaz acide carbonique froid sur la peau détermine une sensation remarquable de chaleur. Près d’un volcan à dégagement du même gaz, les ouvriers occupés à exploiter une mine du voisinage éprouvaient surtout un affaiblissement des organes de la vue , pouvant aller jusqu’à la cécité.

Cette observation confirme celle que le docteur Herpin (de Metz) a donnée, dans une notice fort intéressante sur les bains et les douches de gaz acide carbonique que depuis plusieurs années on administre aux malades dans divers établissements thermaux d’Allemagne, et celle signalée déjà, relativement à la Grotte du Chien, par Breislak. (Voyage dans la Campanie, t. II, p. 54 ) Compte-rendu de l’Académie des sciences, 1855, t. XL, p. 1006.

maximum de coloration. Ce graduateur ozoïiométrique est confectionné, quant aux degrés de la teinte de chaque bandelette, par un procédé analogue à celui qui préside à la graduation du thermomètre usuel.

Ces faits intéressent la iDédecine, mais arrêter davantage.

ne doivent pas nous

Iode de l’air. — La présence de Tiode dans Taira été signalée par M. CiiATiN(lj; constatée dans l’atmosphère parisienne, elle a paru être constante dans d’autres régions, mais en proportion variable quoique toujours très-minime ( de milligramme par mètre cube d’air) , excepté dans certaines contrées des Alpes, ou Ton n’en a point trouvé. La quantité d’iode de Tair serait d’ailleurs proportionnelle à celle que Ton découvre dans le sol , certaines sources, etc.

M. CiiATiN conclut de ses recherches qu’il y a une relation entre l’abondance de l’iode et l’absence du goitre et du crétinisme, entre la diminution progressive du premier et le développement correspondant de ces maladies; il admet cependant l’influence de certaines conditions hygiéniques générales dans la production de ces atfections; et, ajoute-t-il, il y a lieu de penser que les faits eux-mêmes sur lesquels la théorie repose ne sont encore ni assez nombreux , ni assez concluants pour permettre, dès à présent, de porter sur cette question un jugement suffisamment motivé.

Je partage volontiers cette manière de voir, en y ajoutant la même observation présentée au sujet de YOzone, Outre qu’il faudrait attribuer à Tiode, dans l’hypothèse de M. Chatin, une influence extra-homœopathique restant d’abord à démontrer, et contre laquelle s’élèvent les faits nombreux de la pratique quotidienne, il resterait ce fait que le goitre, bien qu’endémique dans certaines localités, se montre aussi à l’état spoiadique , et dans des conditions tout opposées à celles que Ton a voulu rendre responsables de sa production.

(1) r.omplc-rcndu , 11 Octol)rc 185^2.

Quant aux crétins , il est positif que rallitude , l’exposition , et surtout, comme le dit Fodéré, l’humidité des vallées où il est endémique, bien plus que l’absence de l’iode de l’air, concourent à sa production. M. le Prof» Martins a vu dans les Alpes, sur le mont Abenbberg, un pensionnat destiné aux jeunes enfants menacés de crétinisme; le seul déplacement d’une vallée basse , mal aérée et humide comme le sont les vallées d’Aoste et celles dites sub-sub-alpines par Fodéré, dans une région un peu plus élevée mais surtout plus aérée et plus sèche , améliore rapidement leur santé ou leurs dispositions fâcheuses. Or, l’atmosphère du pensionnat ne contient pas plus d’iode que celle des vallées inféiieures , et cependant on n’y observe pas un seul crétin.

Là se bornent les données météorologiques de la science contemporaine sur la composition chimique de l’air à la surface du sol , dans ses rapports avec l’homme vivant ; nous avons dû les signaler pour faire voir à quel point de vue et dans quelles limites le médecin pourrait en tenir compte.

QUALITÉS MÉTÉOROLOGIQUES DE l’aTMOSPHÈRE.

Thermométrie. — Des observations de Lahire ( 1730 ) , Cassini ( 1771 ), Bouvard, Boussingault (1) , Pouillet sur la température au niveau du sol et dans les caves ; de celles de Gensanne (1740) dans les mines de plomb de Giromagny ; de DE Saussure ( 1785) à Berne; de Humboldt (1791 ) dans les mines de Freyberg; de celles de Phillipps dans un puits delà houillière deMonk-Wearmouth, à Newcastle ( à 456 mètres audessous du niveau de la mer ); de Reich dans les puits des mines de

'\) Annales de chim. et de phys., 8.

Saxe; des expériences faites dans les puits artésiens et notamment celui de Neu-Salzwerk en Prusse, celui de Périgny en Suisse, celui de Grenelle à Paris; des données du calcul et de l’ob-

servation, il résulte que la température de la surface extérieure du globe dépendd’unecauseextérieure, deTinfluencesolaire. Si cette cause venait à cesser, la terre entière ne présenterait immédiatement qu’une immense solitude glacée, dit Foissag, où la vie . de toutes les espèces organiques serait rapidement anéantie.

A mesure que le soleil s’élève sur l’horizon , la chaleur augmente ; elle diminue dès qu’il est couché. Les différences entre l’été et l’hiver dépendent aussi du temps qu’il reste au-dessus de l’horizon et de la distance au zénith de l’observateur. Depuis Descartes, Leibnitz et Buffon, on s’accorde généralement à reconnaître , il est vrai , que la terre a été jadis un globe incandescent qui , lancé dans l’espace , s’est refroidi peu à peu. Le forage des puits artésiens , le creusement des mines démontrent chaque jour , en permettant de constater l’élévation de la température cJ/un degré par 30 mètres , l’existence d’un foyer central de calorique , matière ignée probablement en fusion. Mais cette chaleur centrale, d’après Fourier, se communique si lentement à l’atmosphère au travers de la croûte terrestre, qu’on peut la négliger complètement en météorologie.

Dans l’étude de l’action calorifique du soleil , il faut surtout considérer sa hauteur au-dessus de l’horizon. En effet , dit Kaemtz, une surface est d’autant plus échauffée par une source de chaleur éloignée que la ligne menée de cette source à la surface se rapproche plus de la perpendiculaire. Prenez un livre ouvert et présentez-le à la lumière d’une lampe, en le tenant verticalement, il vous sera facile de lire les caractères; mais plus vous l’inclinerez , c’est-à-dire plus l’angle que les rayons incidents font avec la surface du livre sera petit , moins

cette surface sera éclairée , et plus il sera difficile' de lire les caractères , qui finiront par devenir tout-à-fait invisibles.

D’après les observations et les tableaux dressés par Caminello de Padoue , Gatteret àGœtingue, Neuber à Apenrade (Danemark ) , Loiiemann à Dresde , Koller à Kremsmunster , Kupfer à Pétersbourg , et Kaemtz à Halle , il y a chaque jour un maximum et un minimum de température. Le minimum a lieu quelque temps avant le lever du soleil , le maximum vers 2 heures de l’après-midi , un peu plus tôt en hiver , un peu plus tard en été. La plupart des physiciens admettent que le moment du lever du soleil est celui auquel la température est la plus basse ; M. Kaemtz pense que ce minimum a lieu environ une demi-heure avant le lever du soleil. Tout le monde sait , en effet , qu’en hiver comme en été , le moment le plus froid de la journée se rencontre avec celui de l’apparition de l’astre du jour. Aussi et comme contre-épreuve observons-nous , à ce moment, les exacerbations et le début des maladies inflammatoires que nous verrons ailleurs être si vivement influencées par le froid uni à la sécheresse.

Le soleil , au-dessus de l’horizon , agit d’autant plus sur la terre et sur les couches inférieures de l’atmosphère, que sa hauteur angulaire est plus considérable. Une partie de cette chaleur pénètre dans le sol , l’autre se perd en rayonnant vers l’atmosphère et les espaces célestes. Avant midi , la terre reçoit à chaque instant une quantité de chaleur supérieure à celle qu’elle perd par le rayonnement , et sa température s’élève. Cet effet se continue encore quelque temps après que le soleil a passé le méridien-, il en résulte que le maximum a lieu quelques heures après l’instant de midi. Or , la chaleur sèche est une condition très-favorable au développement des maladies

bilieuses ; aussi leurs exacerbations , et même leur début , ontils lieu généralement à ce moment de la journée.

Quand le soleil s’abaisse vers l’horizon , son action devient moins puissante-, la perte par rayonnement, après des oscillations successives , l’empoi te sur le gain par absorption ; la chaleur diminue d’autant plus rapidement que le soleil est plus près de son coucher. A ce moment les variations de température sont très-notables ; cette circonstance, jointe aux condi- .tions hygrométriques particulières dont nous parlerons ailleurs, rappelle les qualités dès climats ou des saisons intermédiaires ( printemps et automne) si fécondes en maladies catarrhales ; aussi est-ce le soir que débutent et se développent les exacerbations dans les maladies catarrhales.

Mais ces données sont loin d’être absolues , l’étude des climats en est la preuve. Si le phénomène de la chaleur dépendait uniquement de la position du soleil par rapport aux régions qu’il éclaire, la division des climats serait rigoureuse et en quelque sorte mathématique -, mais une foule de circonstances , les unes connues , les autres inconnues , font varier le degré de température , et modifient la puissance des rayons solaires dans le pays le plus rapproché. L’élévation , l’exposition des lieux , l’état d’agitation et de tranquillité de l’atmosphère , la nature particulière des terres, leur culture, leur production, etc., le voisinage des grands fleuves et des grandes mers , modifient la température de l’atmosphère.

M. DE Humboldt classe de la manière, suivante les causes qui favorisent et dépriment le développement de la chaleur dans une contrée : « Les causes qui élèvent la moyenne annuelle sont: la proximité d’une côte occidentale sous la zone tempérée-, la configuration d’un continent offrant des péninsules et des mers intérieures-, les rapports de position d’une partie du

continent, soit à une mer libre de glace qui s’étend au-delà du cercle polaire, soit à une masse de terres continentales d’une étendue considérable , placée entre les mômes méridiens sous l’équateur ou dans une partie de la zone tropicale-, la prépondérance des vents qui soufflent du sud et de l’ouest dans l’extrémité occidentale d’un continent de la zone tempérée; des chaînes de montagnes servant d’abris contre les vents qui soufflent des régions plus froides-, la rareté des marais et le déboisement d’un sol aride et sablonneux -, la sérénité habituelle du ciel pendant l’été-, la proximité de quelques courants pélasgiques emmenant des eaux d’une température plus élevée que celle des mers environnantes. *> Les causes qui abaissent la moyenne de chaleur et qu’on peut appeler frigorifiques ne sont pas moins nombreuses : « L’élévation d’un lieu au-dessus de l’Océan avec absence de plateaux étendus ; la proximité d’une côte orientale par les latitudes hautes et moyennes -, la configuration d’un continent dépourvu de sinuosités , se prolongeant vers les pôles jusques aux glaces perpétuelles (sans interposition de mer libre), ou ayant entre les mêmes méridiens de la contrée dont on discute le climat selon la dénomination de l’hémisphère au sud ou au nord , une mer équatoriale sans terre ferme -, des chaînons de montagnes dont la direction empêche l’accès de vents chauds , ou le voisinage de pics isolés qui causent fréquemment, le long des pentes, des courants descendants nocturnes , de vastes forêts -, la fréquence des marais qui forment des glaciers souterrains jusqu’au milieu de

l’été ; un ciel bruineux qui diminue l’action des rayons solaires dans leur marche vers la partie solide du globe ; enfin un ciel serein , hibernal qui favorise l’émission de la chaleur. ( Asie centrale. Recherches sur les chaînes des montagnes et la climatologie comparée. Paris, 1853.)

De ces données, M. de IIumboldt a eu le premier la

pensée de tracer des zones de chaleur sur toute la surface du globe; il a désigné sous le nom d'isothermes celles d’une égale chaleur annuelle, sous celui d'isothères celles d’égale chaleur d’été, et sous celui d'isochimènes celles d’égale chaleur d’hiver.

Étudiée en elle-même, la thermométrie météorologique exerce sur l’homme une action qu’il est intéressant d’étudier au point de vue pathologique. Quoique l’on ait pu dire avec vérité que, grâce à la souplesse de son organisation , l’espèce humaine s’accommode , pour ainsi dire , à toutes les températures , et que l’homme, essentiellement cosmopolite , peut vivre dans les climats intertropicaux tout aussi bien que sous les zones hyperboréennes , il n’en est pas moins vrai que les températures extrêmes exercent sur lui une incontestable influence (1).

. En 1743 , du 14 au 24 Juillet, la chaleur fut si forte à Pékin, qu’il mourut, au rapport de Toaldo , 11000 personnes dans les rues.

En 1705, à Montpellier, il j eut des chaleurs excessives : le 30 Juillet, les vignes furent brûlées ainsi que certains arbres fruitiers ; il y eut 45 jours de chaleur dont la moyenne fut de 27® Réaumur.

Dans les lieux les plus malsains du globe (2) , l’action d’une chaleur sèche et permanente est très-favorable à la santé.

(1) L’homme résiste aux froids de 40, 50 et même COo*, comme aux chaleurs artificielles de 128, 132, 137 et même de 162®, 5*^.

(2) E. Celle. Hygiène des pays chauds.

* Annal, de chim. et de phys, , 1824, p. 425 et suiv.

** Annuaire du bureau des longit. , 1827.

— Biblioth. univers., t. XXXVIII, p. 149.

— Mém. del’Acad. des sciences; 17G4, p. 18C).

' Dans les pays élevés , elle se borne à produire l’accélération du pouls et de la respiration , et l’apparition de phénomènes résultant d’un sang devenu trop stimulant. Dans les pays bas, au contraire, l’excitation extrême du tissu cutané qu’elle détermine , en y exaltant la sensibilité , la circulation , l’influx nerveux , au détriment des organes internes, amène dans l’appareil digestif une légère atonie.

Si ses degrés varient, que leurs différences aient lieu de certaines heures de la journée à d’autres, ou bien du jour à la nuit, elles sont suivies, dans tous les pays où on les observe , d’un grand nombre de maladies. En Algérie, l’hépatite, et plus fréquemment la dysenterie, attaquent les soldats qui, dans les bivouacs , restent exposés au froid de la nuit alternant avec la chaleur du jour-, au Sénégal, à Ceylan , à Java, l’hépatite, la dysenterie, la colique nerveuse ou sèche-, dans les régions élevées du Mexique , à Guadalaxara , Durango , les diarrhées, les pneumonies, pleurésies, rhumatisme articulaire et musculaire-, dans les régions basses, la dysenterie , quelques hépatites peu intenses-, les diarrhées et les coliques sont produites par les changements brusques qui surviennent dans la température.

La chaleur humide dans les pays élevés est toujours bienfaisante -, mais dans les basses terres , elle augmente l’atonie des organes digestifs dont nous avons signalé le début. L’air chaud , chargé de plus en plus d’humidité , en stimulant la peau avec la meme violence , absorbe de moins en moins la sueur : aussi , à cette époque , le corps en est-il littéralement baigné-, le sang n’est pas dépouillé, par l’exhalation pulmonaire, de ses parties aqueuses, et l’hématose n’est pas complète-, l’atonie des organes digestifs augmente , l’appétit se perd , la nutrition est

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incomplète et l’organisme s’affaiblit ; la chaleur humide sévissant toujours , ses effets augmentent.

On comprend qu’arrivé à ce point de débilité, l’organisme ne peut plus réagir contre les miasmes qui s’élèvent alors de toutes parts. Les variations de la chaleur humide dans les régions tropicales causent non-seulement les dysenteries , les coliques et les hépatites, attributs des variations de la température sèche, mais encore favorisent l’apparition des maladies miasmatiques. Selon Grimaud , un air excessivement chaud et sec , long-temps soutenu , agissant de concert avec certaines conditions insalubres, déterminerait d’une manière très-générale la putridité des humeurs, état morbide qu’il décrit sous le nom de fièvre putride bilieuse. ( T. III.)

Entre les tropiques pendant la saison sèche, sous une température moyenne de 32® 5 , on voit dominer, dit le Professeur Fuster, des fièvres ardentes bilieuses, le terrible causos des tropiques , avec le cortège redoutable des symptômes de l’encéphalite, de la gastro-entérite, de la dysenterie et de l’hépatite. La saison sèche est cependant très-favorable aux indigènes et aux créoles.

En résumé, nous pouvons dire que l’influence de la chaleur a pour effet les maladies du tube digestif , de nature spécialement bilieuse , et , quand l’humidité concourt à son action , les maladies infectieuses à manifestation périodique.

L’action du froid , étudiée dans les régions polaires et sur les cimes des hautes montagnes, a donné plus de résultats physiologiques que pathologiques. Mais si l’on en juge par les relations peu médicales qui en ont été données , et surtout par l’analogie de ce qui se passe dans les zones tempérées , les vertiges , les spasmes , les hémorrhagies , les maladies de poitrine de nature inflammatoire en sont les suites les plus ordi-

noires. Chez riionmie sain , la sensation du froid n’est pas tonjoui's en rapport avec le degré thermométrique. Tout le monde connaît les phénomènes qui sont la suite d’un froid rigoureux ; la trop fameuse guerre de Moscou en a fourni de célèbres exemples. C’est d’abord un engourdissement dans les membres , bientôt suivi d’une torpeur sous l’influence de laquelle survient un besoin irrésistible de dormir. Si l’on cède à ce besoin , l’engourdissement gagne les viscères essentiels h la vie , et la mort arrive promptement. Les mémoires du capitaine Cook et les récits des guerres du premier empire en fournissent de nombreux et intéressants exemples. Nous ne pouvons que les signaler ici.

Remarquons seulement que l’action de la température sur l’homme est loin d’être en rapport direct avec les degrés thermométriques; qu’elle ne suit pas la progression arithmétique de ces derniers (1); qu’elle est plus ou moins influencée par les vents et fhygrométrie de l’air, ce qui introduit dans son étude, au point de vue pathologique , une indécision que l’on retrouve chaque fois que l’on veut considérer isolément une qualité

(1) Ainsi, supposez que le thermomètre s’élève ou s’abaisse brusquement de lOo , 20o , etc. , par exemple, l’homme vivant , impressionné comme i par la variation subite de 10», ne sera pas impressionné comme 2 par la variation de 2l0o; les sensations qu’il éprouvera délieront toute proportion possible ; au contraire, c’est à peine s’il s’apercevra des memes limites thermométriques graduellement ménagées. M. le Proh Martins a constaté ce fait, dans l’hiver de 1854, sur des végétaux acclimatés dans notre Jardin des Plantes; ils ne purent résister aux brusques abaissements de la tem- })ératurc, alors qu’ils auraient certainement toléré ces limites extrêmes si elles eussent été lentement progressives *.

* Bulletin de la Société d’agriculture de l’Hérault, 1851, p. lO'J.

météorologique quelconque. Ce n’est pas le thermomètre à la main et par l’établissement de moyennes toujours plus ou moins vagues , mais plutôt par son influence physiologique ou pathologique, que la température atmosphérique peut avoir de l’importance au point.de vue médical.

Hygrométrie. — Udométrie. — L’hygrométrie ambiante joue un rôle considérable dans la connaissance des maladies et les indications qu’elles présentent. Ce serait une erreur de croire que l’hygromètre donne la mesure de l’humidité de l’air en rapport avec nos organes. L’humidité ne nous impressionne qu’autant qu’elle se condense sous l’influence d’un vent froid. On a l’habitude de dire que l’humidité est beaucoup plus funeste à l’homme que la sécheresse. Cela est vrai dans les conditions dont nous venons de parler ; mais si la température augmente , c’est le contraire qui arrive. La chaleur sèche est loin d’être bonne; les poumons se fatiguent vite dans une atmosphère chaude et sèche , tandis qu’ils se trouvent mieux dans une atmosphère chaude et légèrement humide. Voilà pourquoi on a soin de placer des vases pleins d’eau au-dessus des poêles dans les habitations : l’eau qui se vaporise par ébullition supplée à la dessication apparente de l’air ambiant par l’ardente chaleur du combustible employé.

L’air contient, en général, plus d’eau l’été que l’hiver; mais il est moins humide parce que, la température étant plus élevée, la vapeur est plus loin de son point de saturation. A température inégale , l’air peut contenir la même quantité de vapeur, et cependant ne pas avoir le même état hygrométrique. Rien donc de plus fautif que l’eslimation de l’humidité de l’air au moyen de l’hygromètre pour avoir la notion de son influence sur notre sensibilité. Ces restrictions faites , et après avoir remaïqué la nécessité de simultanéité d’action d’autres éléments

nictcorologiques , éludions rinflncnce de rhumidité on de la séclieresse de l’air.

La vapeur d’ea 11 en dissolution dans l’air augmente sa transparence-, elle ajoute h la magnificence du ciel des tropiques, agrandit l’horizon , et donne un plus vif éclat au scintillement des étoiles.

Elle est la principale condition de la décomposition et de la putréfaction des matières organiques; elle les dissout, et devient l’agent actif delà production des miasmes, des effluves et des émanations putrides, source si tristement féconde des plus graves maladies.

L’é^^aporation contribue, avec les vents et les déplacements des cours d’eau , à l’équilibre de la température ambiante.

On a noté l’arrêt du développement du scorbut , de la peste et même de la variole dans un air sec.

D’après le consul anglais Baldwin, à Smyrne et au Caire, l’inoculation de la petite vérole est sans effet pendant la domination du vent N. E. , appelé Harmatan, desséché par les sables d’Afrique (1).

La peste remonte le Nil , s’arrête aux cataractes et refuse de s’étendre à la Nubie, à l’Abyssinie et aux Oasis (2). « In siedtatibus , dit Râmazzini , omnia sunt salubriora (3). »

Tous les auteurs qui se sont occupés de l’étude des constitutions et des épidémies ont reconnu que la sécheresse de l’atmosphère disposait beaucoup à la prédominance de l’humeur bilieuse. Baillou s’explique clairement à ce sujet : Siccitas pandores générât hu mores , sed qualitate biliosiores reddit (4).

(1) Moreau de Jonnès. Mém. fièvre jaune.

(2) Moreau de Jonnès, loc. cit.

(3) Ëpid. Modène, p. 3.

(4) Epid, et ephem., lib. XI ; cons. autumnalis. AdnotcUtones , p. ^46*.

Le Pro^ Dupré fait la môme observation pour la constitution médicale de 1834 (Mars) (1). Cependant Pringle (2) a^vu , dans la campagne de Hanovre , une fièvre bilieuse dont il attribua la production à l’humidité de fair, jointe à une chaleur assez forte. Nous ne croyons pas que l’on puisse isoler ainsi l’action hygrométrique de l’air; la température joue ici un grand rôle : c’est ordinairement la chaleur et la sécheresse réunies qui favorisent le développement des maladies bilieuses.

Tandis que l’air sec favorise et augmente outre mesure la perspiration pulmonaire et cutanée , elle est gênée et ralentie par l’air humide. Mais la nature a donné au corps humain des organes et des fonctions qui se suppléent. Tout le monde sait que, par les temps humides et froids, l’excrétion de l’urine augmente à mesure que les fonctions perspiratoires générales diminuent ; et cette exagération de la fonction urinaire peut arriverai! point que, par son activité et la répétition de ses actes, elle peut devenir condition prédisposante ou simplement occasionnelle de certaines maladies. Dans les pays humides , les affections calculeuses sont fréquentes ; on les prévient quelquefois par l’action combinée d’une atmosphère séchée au moven du feu , et de forts exercices musculaires.

Un air vif et froid est plus utile que dangereux ; si l’on s’y expose avec certaines précautions , il tonifie et resserre, et en général on a observé peu de maladies, dans nos climats, sous cette condition hygrométro-thermométrique : loin de là , les forces accrues donnent la faculté de résister aux causes morbifiques, et les fonctions s’exécutent avec plus d’énergie. Mais si

(1) Constit. méd. de i833-34 , dans Journ. des scienc. méd. de Montp. de MM. Rousset et Trïnquier. 1834, p. 327.

(2) Maladies des années.

la peau est couverte de sueur , l’évaporation rapide qui s’opère enlève è la fois une grande quantité de chaleur et n’est pas alors sans danger.

L’humidité aggrave les effets de l’ophthahnie purulente et contagieuse d’Égypte.

En rapport avec des variations thermométriques, elle est la condition pathogénétique la plus ordinaire des catarrhes : c’est toujours là ce que l’on observe avant ou pendant les nombreuses épidémies décrites par les auteurs.

A elle seule , elle paraît être la cause déterminante la plus puissante de l’affection rhumatismale. C’est à cette seule cause que de Hümboldt rapporte les affections rhumatismales si communes sur les bords de l’Orénoqne, et auxquelles l’illustre voyageur a payé lui-même un large tribut : aussi appelait-il ses douleurs rhumatismales : ses souvenirs de VOrénoque. — Ici l’humidité paraît tout-à-fait indépendante de l’action de la température -, toutefois l’expérience démontre que lorsque le froid s’y joint , son action morbifique est plus sûre,

L’humidité joue aussi un rôle important dans l’étiologie des maladies scrofuleuses. Grimaud (1) recommande d’éviter, dans le rachitis, l’impression de l’humidité froide , et constate, d’après Buchner, l’heureuse influence d’un air sec sur cette maladie.

Fodéré(2) accuse l’humidité de produire les fleurs blanches, même chez les jeunes filles de sept ans , les hydropisies , les fièvres de nature putride, les lluxions passives , les douleurs arthritiques, les maladies de la peau connues sous le nom de dartres, en un mot toutes les maladies ayant pour cause le relâchement des solides et la suppression de la transpiration.

(1) Traité des fièvres, t. IV, p. 250.

(2) Du l'offre, etc., p. 168.

Un lemps sec, ou les vents d’est ou du nord , dit Grant (1) , déterminent promptement les fièvres d’accès ; elles sont , au contraire, fort longues à se former dans les temps humides, accompagnés des vents d’ouest et du sud ; de sorte qu’elles se passent meme quelquefois sans avoir pris de caractère , et se changent dans un autre temps en fièvres malignes, par les grandes chaleurs, le régime et les médicaments. L’humidité, enfin ^ nous l’avons déjà dit, contribue pour sa part à ces endémies , telles que le goitre et le crétinisme dont les gorges du Valais offrent de si nombreux exemples.

La rosée , le givre ou gelée Manche sont en rapport immédiat avec l’humidité de l’atmosphère.

On sait combien le serein , pluie fine qui tombe le soir, à . l’époque des grandes chaleurs , est fécond en affections catarrhales et rhumatismales.

Les brouillards ne sont que de la vapeur d’eau condensée; leur action est multiple. Chargés d’électricité, de miasmes, ils sont susceptibles d’exercer une influence en rapport avec ces propriétés particulières. Cependant , en général , ils n^agissent ])as sur les maladies autant qu’on pourrait le croire. L’HôteliDieu et les autres grands hôpitaux de Lyon, placés sur la rive du Rhône, et si souvent enveloppés de brouillards, n’ont fourni aucune donnée qui exprimât un rappoi t quelconque entre leur présence et le développement ou la marche des maladies.

Les nuages , que tous les météorologistes divisent en cirrhuSy stratus et cumulus, sont utiles à considérer à certains points de vue. Les cirrhus annoncent généralement les changements de temps, la pluie en été, et la gelée en hiver.

Les nuages pluvieux , ou nimbus , d’une couleur plus ou

(1) Uedi. sur les lièvi’cs, t. I, p. 57.

moins foncée, présentent dans tout l’horizon une couche épaisse et uniforme; les nuages noirs ou gris ardoisés, dont les bords paraissent déchirés, sont les nuages orageux, formidables réceptacles de la foudre et de la grêle. En interceptant la lumière solaire , les nuages plus ou moins fréquents exercent sur le climat d’une contrée une influence que M. de Humboldt a judicieusement appréciée.

Les pluies représentent le plus haut degré de l’hygrométrie atmosphérique. Elles participent, en conséquence, à toutes les inlluences exercées par l’humidité. Aussi tous les épidémiographes ont-ils tenu un grand compte de leur plus ou moins grande abondance dans l’étude des constitutions atmosphériques.

Moreau DE JoNNÈs(l), dans son ouvrage sur la fièvre jaune ,

s’exprime de la manière suivante : une funeste expérience a prouvé qu’il n’y a presque aucune chance de salut quand on est mouillé par la pluie après avoir reçu quelque blessure du trigonocéphale lancéolé. 11 en est de même de l’empoisonnement par le mancenillier et de l’arbre à vernis ( rhus toooicodenclron).

Comme tous les phénomènes météorologiques , les pluies paraissent d’abord échapper à toute régularité, et, dans le même pays , on se plaint tantôt de sécheresses désastreuses et tantôt de pluies trop abondantes quelquefois même de l’interversion des saisons (2). Cependant chaque période quinquennale fournit, dans tous climats, une moyenne à peu près constante. Or, qu’importe au médecin cette moyenne? Ce qu’il

(1) Fièvre jaune, p. 258.

(2) Jurasset quispiam per mutata fuisse tempora, prœteritam œstatem fuisse brumam, nuncautem œstatis vicem ohire hyemem. ( Ch. Rayger, Lpid. de Hongrie, 1696, p. 173.)

considère, c’est la permanence de la pluie et la quantité d’eau tombée dans telle saison , dans telle série de jours , c’est la température , la direction et la violence des vents pendant le même temps. Alors, mais alors seulement, l’étude des pluies deviendra pour lui importante , et c’est ainsi que Baillou , Sydenham , Fouquet les ont considérées.

Dans les pays équinoxiaux, la saison des pluies est toujours celle où le soleil parcourt la portion du zodiaque qui est placée du meme côté de la ligne -, alors les vents soufflent du pôle liétéronyme; puis, le soleil passant au côté opposé de l’équateui\ les vents du pôle homonyme commencent à souffler et amènent la saison sèche (1).

Sous le méridien de l’Europe centrale , on trouve , à partir de l’équateur :

1° Une bande équinoxiale à pluie d’été;

2® Une bande sans pluie ;

3° Une bande à pluie d’hiver ( automne et hiver) ;

4° Une bande à pluie en toute saison , mais à maximum de pluie en été (printemps et été) ;

5® Une bande polaire à pluie d’hiver.

Les pluies sont d’autant plus abondantes que la latitude est moins élevée.

Il tombe à peu près autant d’eau en été dans les régions élevées que dans les régions basses : cette différence est plus grande en hiver.

Deux causes influent sur la quantité annuelle de pluie.

U La situation dans une enceinte fermée du côté opposé aux vents humides ([ue les nuages franchissent difficilement , et contre les parois de lacpielle ils viennent s’amoncelei' ;

(1) Dr: r.ASi'AuiN. (^ours (ragricultiiro.

2» Le trajet des vents humides à travers un pays haut et froid, üii se fait la réfrigération de la vapeur , et où ils sont obligés de suivre une gorge bordée de parois élevées.

Sur les bords de la Méditerranée et à l’ouest du continent européen les pluies d’automne prédominent. Au nord et à l’est de cette bande le maximum des pluies tombe en été.

Avec ces données , on a pu établir, dans la vallée du Rhône , des udoinètres qui permettent aujourd’hui de prédire , d’après la quantité de pluie tombée dans une station , le moment où il y aura dans les stations inférieures une inondation produite par les eaux des affluents. (Acad, des sc. -, 1855, p. 1138. )

La saison des pluies est pour les régions intertropicales la source de la fécondité et l’origine de la luxuriante végétation qui y règne. Mais les habitants sont sujets alors à des sueurs excessives , et accablés, en outre, par la chaleur suffocante qu’entraîne l’absence d’évaporation à la surface cutanée. Développées sous l’influence de la chaleur humide, les émanations marécageuses et putrides occasionnent ces terribles fièvres si fatales aux étrangers; aussi est-ce à l’époque de la saison sèche que doivent se faire les acclimatements.

C’est donc surtout par l’état hygrométrique, de l’air qu’elles déterminent et les émanations pernicieuses dont leur séjour à la surface du sol peut favoriser la production , que les pluies méritent l’attention du médecin météorologiste. Nous n’y insisterons pas davantage.

Baromètrie. — La pesanteur de Lair agit sur l’homme en santé et en maladie.

Les expériences de de Saussure et celles de Landriani nous ont appris que , quand l’air dissout de l’eau , l’augmentation de son volume est plus grande que l’augmentation de sa masse.

et qu’ainsi sa pesanteur spécifique diminue à mesure qu’il tient plus d’eau en dissolution ; ce qui explique bien l’abaissement du mercure par les vents humides et son élévation par les temps secs, et ce qui permet de prévoir la pluie ^ par l’abaissement de la colonne barométrique. Mais l’humidité de l’air n’est pas la seule influence qui puisse modifier la pression atmosphérique. M. DE Buch (l) a démontré que la température agissait au moins avec autant de puissance, etM. de Gasparin (2) fait intervenir encore l’action de l’électricité des nuages. Rien n’est donc précis à ce sujet.

On a cherché à établir une relation entredes indications barométriques et les vents -, les conclusions ont été que la colonne de mercure monte sous l’imminence des vents du nord à l’est, et descend pour les vents du sud à l’ouest-, mois ces données, établies sur des moyennes très-générales, rencontrent de nombreuses exceptions.

Haller avait reconnu que l’étendue des mouvements respiratoires se trouve favorisée par la densité de l’air-, c’est ce que l’on éprouve expérimentalement ^sous la cloche du bain d’air comprimé. La raréfaction de l’air observée sur les hautes montagnes occasionne de la dyspnée , des malaises , de la faiblesse et des troubles divers dans la respiration.

La circulation est accélérée dans l’air raréfié des montagnes. De Saussure, sur le Mont-Blanc, avait 110 pulsations par minute, l’un de ses guides 98 , l’autre 112; de retour à Chamounyx, les trois pouls n’oflraient plus que 40, 60 et 72 pulsations ; le Prof. Martins a aussi constaté ce phénomène -, et ,

(1) Journal de physique; 1799, t. 1, p. 91.

(2) Cours d'agriculture, t. II,'p. 388.

comme contre-épreuve, les pulsations ai térielles se ralentissent notablement dans le bain d’air comprimé.

M. J. Guérin, généralisant l’observation des frères Weber, de Munich, pour les arlicplations coxo-fémorales , affirme que la pression atmosphérique est l’agent principal qui maintient dans un contact immédiat les surfaces de toutes les articulations arthrodiales , et même des séreuses. On comprend, de là, la fatigue , la difficulté à mouvoir les articulations que l’on éprouve sur les hautes montagnes; on comprend encore comment la parfaite immobilité est une condition essentielle pour obtenir l’ankylose des surfaces articulaires. L’introduction depuis long-temps réputée dangereuse de l’air dans les cavités séreuses, amène une perturbation profonde dans la sécrétion de la sérosité et de la synovie selon la membrane étudiée (1).

Un changement brusque et considérable dans la pression atmosphérique èst susceptible de nous influencer d’une manière -fâcheuse; aussi Dacosta a donné le nom de mal des montagnes aux phénomènes qui en résultent , phénomènes d’ailleurs aussi variables que les phénomènes analogues du mal de mer.

De Saussure , dans sa fameuse ascension sur le Mont- Blanc avec le docteur Paccard de Chamounyx et le célèbre Jacques Balmat , guide aussi vigoureux qu’intrépide , premier explorateur de ces glaces éternelles , de Saussure (2), dis-je, arrivé près de la cime la plus élevée , ne pouvait faire quinze ou seize pas sans reprendre haleine; il éprouvait même un commencement de défaillance qui le forçait à s’asseoir.

La raréfaction de l’air , nous racontait récemment M. le

(i) Mémoire sur Tintervcntion de la pression atmosphérique dans le mécanisme des exhalations séreuses.

(^) bibliothèque de Genève, .luin 1823.

Prof'^ Martins en nous rappelant son ascension au Mont- Blanc , occasionne un genre de fatigue absolument insurmontable; elle est telle que, pour éviter le danger le plus imminent, on ne ferait pas, à la lettre, quatre pas de plus, et peut-être pas même un seul. L’un de ses guides , A. Simond, grand et robuste gaillard qui semblait un géant , fut sur le point de tomber en syncope pendant qu’on observait son pouls: il était debout, et il fallut qu’il se couchât sous peine de perdre connaissance. MM. Martins et Lepileur éprouvaient de temps en temps une sensation semblable à celle qui précède la ^défaillance et un peu de nausée: c’était quelque chose de rapide comme la pensée ; l’instant d’avant et l’instant d’après ne s’en ressentaient absolument en rien.

M. Atkins, dans' des circonstances analogues, éprouva une épistaxis qui dura trois jours environ.

Les ascensions aérostatiques ont donné les mêmes résultats. A la hauteur de 7000 mètres, Gay-Lussac ressentit un grand froid, de la difficulté à respirer, une vive accélération du pouls. M"ie Blanchard, à la même hauteur, éprouva une épistaxis abondante.

Cependant ces phénomènes ne sont pas constants , et certains sujets y ont paru réfractaires-, ainsi M. Bravais, l’un des compagnons de M. Martins, M. le comte de Tilly , MM. Agassiz, Dessor , Meyer et de Luc affirment n’avoir rien éprouvé.

Nous ne pouvons relater ici tous les phénomènes d’ailleurs si intéressants observés à l’état physiologique , soit sur les hautes montagnes , soit dans les ballons élevés à de très-grandes hauteurs. Ce qu’il nous importe de savoir, c’est l’action pathologique de la pression atmosphérique.

Saucerotte ( Mélanges de chirurgie ) dit avoir observé un grand nombre de métrorrhagies et d’avortements chez les

femmes qui liabilaienl les points les plus élevés des Vosges.

Tout Paris, dit Foissac, a connu une jeune et célèbre cantatrice dont la voix cessait d’être juste, et qui s’enrouait dès que le baromètre baissait au-dessous de 28 pouces-, elle fut obligée, pour ce fait, d’interrompre sa carrière, déjà brillante , quoique encore à son début.

Les maladies nerveuses sont surtout influencées par l’abaissement du baiomètre ; les défaillances , les palpitations, les phénomènes si nombreux et si variés de l’hypocondrie , augmentent sensiblement avec une légère raréfaction de l’air. Sur six anglais , dit M. Rey , qui avant le capitaine Sherwill avaient atteint la cime dû Mont-Blanc, trois furent atteints d’aliénation mentale. D’autres fois c’est le contraire, et certains asthmatiques se trouvent mal d’une forte pression atmosphérique. Il n’est pas rare d’observer dans un hôpital, dans une ville, des morts subites, de brusques et fatales terminaisons de maladies arrivées presque au même instant. Nous croyons que la pression barométrique n’est pas toujours étrangère à ces fâcheux accidents. Boucher , d’après Retz , a observé , avec l’abaissement de la pression barométrique , des morts subites, des apoplexies, des stases sanguines, des épilepsies , des oppressions de poitrine, des paralysies. Sous l’influence contraire de l’augmentation de pression barométrique, il cite encore des asphyxies, des fièvres malignes, des métrorrhagies, des avortements, des apoplexies pituiteuses que les saignées aggravaient, des terminaisons fatales de phthisies, etc.

Ces observations, malheureusement peu nombreuses, méritent l’attention des médecins, et sont du nombre de celles qui recommandent à un haut degré les études météorologiques.

De nos jours on a fait d’heureuses applications de la pression atmosphérique au traitement des maladies. Par des études at-

tentives que le raisonnement et les expériences agrandirent sans cesse devant lui , M. Tabarié (I) reconnut dans l’action de la pression de l’air sur l’homme deux modes bien distincts et dans leur manière de se produire, et surtout dans les effets qu’ils déterminent. L’un tient au passage rapide d’une pression inférieure à une pression plus élevée et réciproquement : il constitue des transitions perturbatrices ; l’autre se rattache à l’action bienfaisante d’une pression déterminée et' continue, qui reste invariable pendant un temps plus ou moins long. Aux influences transitoires et opérées sans ménagement il faut rapporter tous les désordres qui surviennent alors dans l’exercice des principales fonctions, et dont l’air raréfié des montagnes et l’air condensé de la cloche à plongeur offrent d’intéressants exemples; au contraire, sous l’influence soutenue d’une pression augmentée , on voit se rétablir le calme et la régularité normale. Partant de ces données , M. Tabarié est arrivé à des applications dont la thérapeutique se réjouit tous les jours. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails du procédé mis en usage, des effets obtenus, et des indications qui réclament l’emploi de ce moyen. Nous renvoyons le lecteur à la lecture de l’excellent ouvrage du docteur Bertin (2). C’est principalement sur les maladies chroniques de poitilne que l’air comprimé a présenté des résultats avantageux. Qu’il nous suffise de dire que nous avons pu confirmer sur nous-même les effets physiologiques du bain d’air comprimé , et , sur plusieurs malades , son influence salutaire.

Electricité. — La connaissance des phénomènes électriques de l’air est une des conquêtes de la science moderne. Per-

(1) Compt.-rcnd. de ITnst. , t. XI, p. 27.

(2) Du bain d’air comprimé, etc.; 1855.

sonne ne peut doiiler maintenant, d’après surtout les beaux travaux de M. Duciienne de Boulogne , de la puissance de cet agent sur l’économie animale ; mais tant de causes agissant autour de nous , quelle est l’action spéciale de l’électricité atmosphérique et l’importance qu’elle exerce sur la production des maladies? Nul ne pourrait le dire. La science de l’électricité est encore parmi nous à l’état d’embryon , et les recherches de M. Duchenne n’ont pas peu contribué à démontrer cette vérité. De quelle nature et de quelle espèce est l’électricité atmosphérique ; de quelle manière peut-elle agir sur nous? C’est là un mystère absolument caché dans l’avenir, et dont l’obscurité ressort des contradictions et du peu d’accord que présentent la plupart des observateurs qui en ont fait l’objet de leur étude.

Quoi qu’il en soit, certains attribuent à l’électricité de l’air le plus grand rôle dans la pathogénie des maladies.

A Moscou , les orages s’accompagnent souvent d’une grande quantité d’éclairs et de tonnerres ; pendant une épidémie de choléra de 1847, et pendant toute sa durée, pas un orage, pas un éclair, pas un tonnerre : le déclin de l’épidémie se déclare rapidement après un orage violemment électrique ; aussitôt on s’empresse de conclure que le choléra provient d’un manque d’électricité dans l’air.

En 1848 , M. Arago communiqua à l’Académie des sciences une lettre de S‘-Pétersbourg qui confirme le même fait.

A Cayenne, en Belgique, on signale encore la diminution de l’électricité dans l’atmosphère pendant le règne du choléra ; mais les observations faites à Berlin , à Hambourg, à Londres, à Paris , n’ont signalé aucune anomalie de cette nature.

Pour M. Fourcault, c’est à la non équilibration de l’électricité atmosphérique et du magnétisme terrestre que l’on devrait

nttribucr le développement non-seulement du choléra , mais encore de la peste , de la lièvre jaune et des fièvres intermittentes pernicieuses. Mais pourquoi des résultats si différents pour une cause si identique? M. Fourcault ne nous le dit pas.

C’est donc, comme on le voit, hypothèse sur hypothèse, s’appuyant sur des faits de coïncidence , et ne tenant nul compte de ces autres conditions météorologiques et individuelles dont la simultanéité d’action rend si difficile l’assignation du rôle qui revient à chacun de ces éléments.

L’électricité de l’air agit certainement sur nous. Des nuages

orageux viennent-ils à se former, nous en éprouvons plus

ou moins l’influence ; les tumeurs érectiles, les cancers, les

anciennes cicatrices , les corps aux pieds , etc. , sont alors

le siège de douleurs vraiment fulgurantes. Les sujets d’un

tempérament nerveux sont vivement impressionnés aussi par

l’approche d’un orage; mais est-ce^ comme le veut M. Foissag ,

à l’état électrique de l’atmosphère seul que ces phénomènes

sont dus? Il est certain que palpitations , dyspnées, névralgies

de toute sorte, migraines, et toutes les maladies avec douleur,

s’exaspèrent à l’approche d’un orage. Tissot a vu très-souvent

un homme, d’ailleurs' bien portant, chez qui des palpitations du cœur annonçaient infailliblement les tonnerres des orages vingt-quatre heures à l’avance (1). Il est incontestable aussi qu’en dehors de l’effet moral produit par la lueur phosphorescente des éclairs et^ les éclats de la foudre, certaines personnes sont vitalement impressionnées ; mais tant que nos données météorologiques sur l’électricité ne seront pas plus précises et surtout plus complètes, ou ne peut qu’exprimer les

(i) Des nerfs et de leurs maladies, chap. II, art. 2.

desiderata de la science sur le rôle de cet agent dans la pathologie médicale.

Lumière. — La lumière a une action générale sur l’économie par l’intermédiaire des centres nerveux ; elle agit spécialement sur l’œil dont elle est l’excitant naturel , et sur la ppau dont elle contribue probablement à déterminer les variétés de coloration.

Sa privation , . d’après la recherche de M. Edwards (1), dispose à l’anasarque , au scorbut , aux scrofules , et donne lieu , dans tous les. cas , à une sorte d’étiolement bien étudié par M. Foürnet à l’occasion de la phthisie pulmonaire, et même , chez les enfants prédisposés , à des déviations du rachis.

L’action de la lumière est nécessaire à l’accroissement du corps.

Hildenbrand (2) a remarqué que sa privation favorisait puissamment la contagion du typhus.

B. Reid constate que , dans une caserne de S‘-Pétersbourg , dont une partie était exposée à l’ombre , on comptait trois fois plus de malades de ce côté que dans les chambres largement éclairées , toutes autres conditions étant les mêmes (3).

Nous avons pu faire nous-même une observation qui ne manque pas d’intérêt. Quand l’Hôtel-Dieu S‘-Eloi est rempli de malades , soit par le fait d’une épidémie ou autrement , les salles S^-Cliarles etS^-Joseph, exposées au midi et largement inondées de lumière , sont de beaucoup plus saines qu’aucune des autres salles situées au nord, ou dont les fenêtres s’ouvrent dans les ruelles qui entourent l’édifice.

(1) Influence des agents physiques.

(2) Typhus contagieux.

(3) De l’influence de la nuit.

Tout le monde sait l’inniience du jour et de la nuit sur la marche des maladies ; mais il faudrait se garder d’attribuer à l’action de la lumière des phénomènes qui. lui sont absolument étrangers. Selon M. Bally , la présence ou l’absence de la lumière , l’élévation différente de la température et l’inégale quantité d’eau répandue dans l’air seraient les principales circonstances qui détermineraient les changements que le jour et la nuit apportent dans la marche des maladies. Celles qui se manifestent par une exaltation des forces vitales s’aggravent pendant le jour , dit-il , et celles qui se déclarent et s’annoncent par une prostration de ces mêmes forces s’exaspèrent le soir et pendant la nuit. Il ajoute , à l’appui de cette opinion, que, sur huit fièvres avec faiblesse, il y en a sept dont la mort arrive pendant l’absence du soleil.

L’action de la lumière sur l’organe de la vue est remplie d’intérêt. Trop faible, elle donne lieu, dit M. Michel Lévy(1), à la dilatation prolongée de la pupille , et peut à la longue produire la myopie. Les efforts que l’on fait pour voir sous un jour précaire augmentent la sensibilité des yeux et rendent dangereux le passage d’un endroit demi-obscur à une vive clarté ; une lumière éclatante irrite l’appareil oculaire , affaiblit la vue et finit par l’abolir. Ces effets peuvent être occasionnés subitement par la brusque impression d’une lumière éblouissante et fugitive (éclairs d’un orage de nuit), et ils varient depuis V éblouis semenl jusqu’à la cécité absolue. 11 ne faut pas moins craindre l’action d’une lumière brillante et continue , soit directe , soit réfléchie par la neige , par un sol calcaire ou couvert d’une poussière blanche , etc. La paralysie de la

(1) Hygiène publique et privée.

rétine, les ophthalmies chroniques et invétérées, et médiatement les cataractes en sont la conséquence habituelle.

La lumière agit également sur la surface cutanée : par suite de l’étiolement que son absence occasionne, M. Edwards prétend qu’elle peut à elle seule, et sans le secours de la chaleur, produire ces érythèmes cutanés connus sous le nom de coups de soleil • les citadins au teint blême ont le visage promptement bruni ( halés) par l’intensité de la lumière réfléchie à la surface de la mer.

M. Michel Lévy pense que le pigmentum , condition anatomique des colorations cutanées, se développe sous l’influence de la lumière solaire, non de la chaleur. Camper (1) l’attribue plutôt à la chaleur.

Il est difficile d’isoler l’action de ces deux causes dont la combinaison paraît agir de concert. Ce qui semblerait confirmer cette opinion exposée avec talent par M. Delaroche et par M. Melloni , c’est que la lumière artificielle ne produit aucun des effets de la lumière solaire , du moins pour ce qui regarde son action sur l’économie animale.

Signalons enfin l’influence non contestée de la lumière sur le développement et la marche de certaines maladies nerveuses, telles que l’asthme. On sait que les asthmatiques voient leurs accès se terminer dès le lever du soleil , et M. le Profi Dupré a eu souvent l’occasion de citer l’exemple d’un éminent financier qui parvenait à modérer , à suspendre même ses accès d’asthme en se faisant entourer de sept lampes Carcel allumées, et d’une puissance considérable.

(1) OEuvres de Camper, t. Il, p. 464.

GO

Magnétisme. — Aurores boréales. — Je place ici quelques mots au sujet des aurores boréales , non pas que je les croie formées d’après les théories émises par la plupart des météorologistes , mais parce qu’elles ont été rattachées par eux aux phénomènes magnétiques de l’atmosphère.

La découverte de Faraday , qui produisit de la lumière par les seules forces magnétiques , confirma le soupçon de Halley , que les aurores boréales pouvaient bien être de simples phénomènes magnétiques.

L’apparition de l’aurore boréale, dit M. de Humboldt (1), est l’acte qui met fin à un orage magnétique ^ de même que, dans les orages électriques , un autre phénomène de lumière, l’éclair, annonce que l’équilibre, momentanément troublé, vient de se rétablir enfin dans la distribution de l’électricité.

Il y aurait , au dire de M. Morlet , des orages magnétiques comme des orages électriques; avec cette différence que, tandis que les seconds sont limités à des points circonscrits de l’atmosphère, les premiers semblent embrasser le globe tout entier. Aussi, le jour qui précède une aurore boréale, voit-on les mouvements , la ■ déclinaison et l’inclinaison de l’aiguille aimantée fortement troublés par toute la terre , à ce point qu’à l’inspection seule d’une boussole , on peut , dit Arago , savoir à Paris ce qui se passe aux pôles. Mais que dire des observations qui, pareilles à celles du Prof. Martins, ont constaté dans certains pays la permanence des aurores boréales , pendant toute l’année et presque chaque jonr? Elles sont en contradiction flagrante avec les assertions précédentes , et détruisent par le fait les rapprochements établis. M. Martins croit que ces météores . sont de simples phénomènes électriques, d’une espèce particulière;

(1) Cosmos. T. I, p. 215.

et rien ne démontre la solidarité qu’on a voulu établir entre leur apparition et le développement d’une épidémie (1).

L’étude des phénomènes météorologiques magnétiques est encore à faire au point de vue médical. Et cependant cette question du magnétisme, encore si obscure, se présente à nous sous différentes formes, surtout depuis quelques années. Les applications du magnétisme animal et du magnétisme artificiel au traitement de certaines maladies , la simultanéité d’action de l’aimant et de la pile dans les appareils électriques d’induction appellent des recherches , et ouvrent la voie aux expérimentateurs. Mais, il faut le reconnaître, le mystère et l’apparence surnaturelle dont semble s’entourer toute action magnétique, est peut-être un obstacle sérieux à de prochains progrès dans ce sens en médecine. Nous le croyons fermement, la pratique contemporaine se présente avec des tendances qui semblent ouvrir devant elle un avenir nouveau. Le magnétisme , l’électricité , l’air lui-même emprisonné et entassé dans une atmosphère artificielle (2), mieux étudiés et mieux connus, semblent faire espérer des applications à la recherche desquelles tout médecin devrait être fier de contribuer.

§ IIL

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