PHÉNOMÈNES ACCIDENTELS
Parmi les phénomènes accidentels que nous présentent les études météorologiques , les uns, tels que les vents , la neige , méritent de nous arrêter un instant; les autres, tels que les
(1) Caizergues. Mémoire sur la grippe.
(2) "Coyez les études médico-pneumatiques ou d’atmosphérie de M. Tabarié, dans les comptes-rendus de l’Acad. des sc., t. XI; et V étude clinique du bain d’air comprimé du Dr Bertin. — Montp. 1855.
orages, tonnerres et éclaiis, les feux de S^-EIme, la grele, les trombes , les brouillards et les pluies, les aurores boréales , les brouillards secs, les étoiles fdantes, etc. , ou bien ont été étudiés dans les divers alinéas précédents , ou bien ne présentent aucun intérêt au point de vue médical.
Vents. — Tout le monde sait que les vents sont la principale cause des changements qui surviennent dans la température : tantôt, par leur violence, ils chassent l’air d’un hémisphère à l’autre , ou bien le précipitent de haut en bas, ou l’élèvent de
bas en haut, et rendent par là l’atmosphère ici plus légère ,
ailleurs plus pesante; tantôt, par leur température variable, ils bouleversent l’économie des saisons : l’humidité surtout et la sécheresse sont les propriétés de l’air qui dépendent des vents.
L’antiquité nous a légué sur eux des détails pleins d’un grand intérêt ; les plus complètes observations appartiennent à Pline (1); elles comprennent l’histoire de la succession des vents dans les différentes saisons de l’année. Ceux dont il parle , mis en regard de la terminologie en usage parmi nous , sont :
Le septentrion , ou l’aparctias de l’antiquité ,
qui correspond au vent du nord.
Le cæcias au nord-est.
Le subsolanus , ou l’apeliotes à l’est.
L’eurus , ou le vulturne au sud-est.
L’auster , ou le notus au sud.
L’africus , ou libs au sud-ouest.
, Le favonius, ou le zépliir . à l’ouest.
Le corus , ou l’argestes au nord-ouest.
Le borée, ou l’aquilon au nord-nord-ouest.
Je néglige les intermédiaires.
(1) Ilisl. nul. , liv. 11.
iu\
Pline caractérise de la manière suivante la température et les caractères météorologiques des principaux vents. Les plus froids, selon lui, sont le septentrion et le corus, c’est-à-dire le nord et le nord-ouest.
Les vents humides sont l’auster et l’africus, c’est-à-dire le sud et le sud-ouest; les plus secs sont le corus et le vulturne , c’est-à-dire le nord-ouest et le sud-est; le vent des ardeurs caniculaires , c’est celui du midi ; le vulturne et le zéphir , c’est-à-dire le sud-est et l’ouest, engendrent les chaleurs tièdes; enfin l’aquilon , c’est-à-dire le nord-nord-est , est le plus favorable à la santé (1),
Mais il ne faut pas oublier que Pline écrivait sous le même ciel que Baglivi , et c’est surtout au sujet des vents que le scribo hœc in aere romano exige une considération spéciale. Si l’on remonte , en effet , au mode de formation des vents , si l’on considère ces immenses déplacements de couches atmosphériques, balayant sur une large surface le globe terrestre, on concevra sans peine qu’ils subiront l’influence des régions traversées ; ainsi , chaque climat , chaque pays aura , pour ainsi dire, ses vents spéciaux : de là la recommandation du père de LA médecine , sur la nécessité , pour le praticien , d’être versé dans l’étude de la météorologie localedes pays où il doit exercer : observation pleine de justesse, et dont l’utilité trouve sa démonstration presque à chaque page de ce travail.
Les vents exercent une influence avantageuse ou nuisible ; dans certaines circonstances, leur violence ou leurs qualités
(1) Cette dernière observation est confirmée par Varron, lieutenant de Pompée [de rerusticâ, t. I , p. 151 ). Cum Corcyrœ esset exercitus ac classis et omnes domus repleta essent œgrotis ac funeribus ,
immisso fcnestris novis aquilonc, januaque permutata comités
ac familiam, incolumes reduxit.
malsciincs les Ibnt devenir causes de désastres pathologiques. Dans tous les temps, les médecins, désireux de remonter aux sources des constitutions épidémiques , ont soigneusement consulté le règne , la direction , les variations et les qualités physiques des vents actuels ou qui ont précédé.
D’après les persévérantes expérimentations de Sanctorius et de Gorter, l’homme cède continuellement par l’air expiré et la surface delà peau une notable quantité de chaleur et d’un fluide excrérnentitiel dont la qualité est variable. Tant que cette perte n’est pas excessive et reste dans dejusteslimites, la santé se maintient; mais de meme que l’évaporation d’un lac, d’un fleuve, de la mer , augmente considérablement par les fortes agitations de l’air, de meme la chaleur et l’excrétion qui se dégagent du corps humain peuvent lui être enlevées , sous l’influence de certains vents , dans une proportion nuisible. A égalité de température, les sensations qu’on éprouve sont très-différentes dans un air calme ou dans un air agité. Le 7 Août 179B, à Paris, la chaleur fut sufFocanle, quoique le thermomètre ne marquât que 34«8 â la ville et 30® 4 à la campagne-, il n’y avait pas le moindre vent. L’amiral Wrangell et le capitaine Parry racontent que , dans les régions polaires , un homme bien vêtu peut se promener sans souffrance à l’air libre, mais tranquille, même à une température de 20 à 30®. Si le vent se lève, le froid devient intolérable. Ce qui s’opère alors est facile à concevoir : chaque molécule d’air, dit Fotssac, qui s’applique à la peau, tend à se mettre en équilibre de température avec elle, et lui enlève une partie de sa chaleurc Qu’on juge de la déperdition qui s’effectue , au milieu de ces tempêtes mêlées de pluies et de neiges, par un vent qui parcourt 30 i\ 40 mètres par seconde ! De là, les congélations , les asphyxies, les apoplexies, les morts violentes.
M. le Prôf" Martins nous confirmait récemment ces données; et son témoignage nous était d’autant plus précieux, qu’il en avait fait l’observation sur lui-même. Pendant ses voyages scientifiques, dans toutes les latitudes, sur toutes les hauteurs , sous tous les frimas , en mer comme sur terre, ce qui l’a surtout frappé et vivement impressionné , c’est l’action du vent. Au sommet du Mont-Blanc , au moment de l’arrivée de la caravane dont il faisait partie, le vent froid et violent qui tourmentait les voyageurs pendant la dernière montée cessa tout à coup, et presque aussitôt ils éprouvèrent ce qu’on ressent en hiver quand on passe de l’air extérieur dans un appartement chauffé ; le thermomètre marquait à l’ombre — 7°. L’abaissemenjj-’de température ne serait donc rien sans le vent : aussi est-ce pllitôt d’après la présence du vent que d’après le degré thermométrique que l’on peut apprécier à priori la rigueur d’un climat. Les pays les plus froids ne sont pas ceux dans lesquels le thermomètre indique la température la plus basse, mais bien plutôt ceux dans lesquels à une certaine diminution de chaleur vient se joindre l’action du vent. C’est ainsi que, dans la Sibérie, et à Tobolsk en particulier , où l’atmosphère est en général calme et ne présente aucun courant gazeux considérable , malgré l’abaissement très-prononcé du thermomètre , on peut passer presque sans inconvénient et sans impression pénible d’une atmosphère chauffée dans le milieu ambiant ; tandis que les plus chaudes fourrures ne suffiraient pas pour protéger contre l’action mordante et très-facilement morbigène du vent s’ajoutant au froid. M. le Proff Martins a pu faire , à ce sujet , une expérience directe : dans un de ses voyages maritimes, alors que le thermomètre marquait de -[-4 à -f-6o , il se promenait sur le pont du navire sans éprouver la moindre incommodité de la température ; mais s’il montait
dans la mâture au sommet de laquelle la brise ^é. faisait sentir^ il était aussitôt impressionné de la manière la plus désagréable ( 1 ).
Parmi les vents dont l’action a été décrite avec le plus attachant intérêt , il faut signaler Ÿharmalan , le sirocco et le
simoun ou samiel ( du mot arabe samm , poison ) , appelé encore ' • •• champsin en Egypte. MM. d’Abbadie , Wilson , Mathieu Dobson,
Brydone en ont parlé et ont montré les résultats terribles de
l’action du sirocco et surtout du simoun sur l’homme , et celle
relativement bienfaisante de Miarmatan.
Varron , CoLUMELLE et ViTRUVE parmi les anciens, le P. Kircher, Lange et Linnée lui-même, ont attribué l’action des émanations marécageuses à des insectes microscopiques apportés par les vents ; changez les insect\i^ en effluves , la théorie ne trouvera aucun contradicteur. Le^ observations de Chervin, de Bertulus ne laissent aucun doute sur la transmission à de grandes distances des miasmes producteurs de la fièvre jaune. Plusieurs croient que le champsin, en Égypte, est l’un des agents les plus actifs du développement de la peste. Clot-Bey constate seulement une augmentation de la mortalité sous le règne du vent du sud.
Les foyers d’infection au voisinage des grandes villes n’agissent sur elles qu’autant que les vents y transportent leurs pernicieuses émanations.
Quant à l’action des vents relative à leur hygrométrie ou à leur température, elle rentre dans ce que nous avons déjà
(1) Le 21 Janvier 1855, à Montpellier, malgré la température de — 18«> observée pendant la nuit, la journée qui suivit, illuminée par un soleil brillant et dont l’air fut sec et calme , ne fit éprouver à personne une sensation de froid en rapport avec la température indiquée par le thermomètre.
dit plus haut sur ces deux qualités de l’atmosphère, ou sur ce que nous dirons à propos des constitutions médicales.
L’étude des vents mérite donc une attention spéciale de la part du médecin ; et, par tout ce qui précède, il est facile de conclure de quelle importance sont les études météorologiques qui les ont pour sujet.
Neige. — Sans parler de ces formidables avalanches dont les Alpes sont le permanent théâtre , qui bouleversent tout à coup habitations , hommes et choses, on peut dire que la neige agit sur nous par sa température , sa forme et sa couleur.
Par sa température, elle accompagne, favorise et entretient ordinairement le règne des maladies inflammatoires-, et, au moment de sa fonte, elle est féconde en rhumatismes et en congélations.
Il y a quelques années à peine que notre armée d’Afrique eut à subir, comme son aînée de Moscou, cette dernière influence. De nombreuses congélations , les unes suivies de mortification complète des pieds, les autres de tumeurs blanches tibio-tarsiennes en furent la conséquence ; quelques échantillons nous en arrivèrent à la clinique chirurgicale de l’Hôtel-Dieu S‘-Éldi , et je vois encore le fait si remarquable de la double congélation des pieds de ce militaire , qu’une double amputation, pratiquée dans la même séance par le Profl Bouisson , fit passer presque subitement d’un état de marasme déjà très-prononcé à la santé la plus florissante. Cette action pernicieuse de la neige, non gelée et durcie, constitue l’un des plus terribles fléaux qui puissent atteindre une armée : ici, pas de résistance vitale suffisante pour lutter contre une pareille action.
Chaque atome de neige , avide d’emprunter aux corps qui l’environnent le [)lus de chaleur , en absorbe d’autant plus qu’il
en trouve davantage ; le foyer de la chaleur vitale est bientôt insuffisant pour réparer ses pertes locales successives , et la mortification ne tarde pas à survenir. Toutefois, chose remarquable, tandis que par son contact trop prolongé la -neige occasionne de si graves désordres , des frictions pratiquées avec elle sur la peau ont pu souvent prévenir l’anéantissement de la vie dans un membre menacé de congélation. Cette action excitante et tonique a été d’ailleurs mise à profit par les hydropat lies modernes.
Par sa forme , c’est-à-dire par l’aspect quelle présente au moment où elle tombe, par ses tourbillons et son abondance, la neige exerce une influence remarquable sur les individus impressionnables et nerveux. C’est surtout lorsqu’elle est accompagnée de vent que son action devient désastreuse. Ce qui est plus effrayant en Sibérie que l’intensité du froid , dit de Hümboldt , citant un passage de la Gazette de S»-Pétersbourg de 1839 , ce sont les bourans ou tempêtes de neige dont la durée est d’un à trois jours. L’atmosphère devient obscure par^la masse de neige qui tombe ou qui est soulevée par la violence du vent. En 1827, tous les troupeaux de la horde intérieure des Kirghiz, entre l’extrémité de l’Oural et le Volga, furent chassés par un bouran vers Saratovv. Il périt à cette occasion 280,500 .chevaux, 30,400 bêtes à cornes , 10,000 chameaux et plus d’un million de brebis.
Il faut entendre raconter au ProP Martins , avec la verve imagée qui le caractérise , les impressions qu’il a éprouvées lui-même dans ses diverses ascensions sur les sommets les plus élevés , et particulièrement sur le St-Bernard et le Mont- Blanc.
Dans ces bourrasques de neige et de vent , dit-il , pas de manteau qui vous protège, par de fourrure qui vous mette à
l’abri -, en un instant la neige a pénétré dans les plis des vêtements et jusque sur la peau ; l’on se trouve dans une véritable
atmosphère , dans un bain de neige , et il se passe alors ce que
nous indiquions tout à l’heure pour les congélations des membres inférieurs : la chaleur du corps est absorbée , le vent impressionne douloureusement nos organes , et, la locomotion tourbillonnante du météore agissant sur la vue , le silence si caractéristique qui l’accompagne agissant sur l’ouïe, l’homme est plongé dans un état indéfinissable mais très-douloureux qui met ses jours en grand danger.
Par sa blancheur éclatante , la neige exerce les plus funestes effets sur les yeux. LesGroënlandais, les Esquimaux, les Lapons, les habitants de la Sibérie, sont très-sujets aux ophthalmies *, presque lousen sontatfectés. Quelques minutes suffisent, dit-on, pour produire la cécité ; et l’on rapporte que , sous cette influence , plusieurs soldats de l’armée de Cyrus devinrent subitement aveugles. Un voile de gaze préserve les yeux de ces reflets pernicieux.
La quantité de neige tombée constitue , pour certains pays , comme l’Italie et le midi de la France, de véritables intempéries qui exercent une remarquable action sur les phénomènes pathologiques.
Mais les causes de cette influence fâcheuse sont moins dans la neige elle-même que dans, la température , l’hygrométrie et les agitations de l’air qui l’accompagnent , ensemble de conditions auxquelles on doit attribuer les constitutions médicales observées. Si la neige, fond dès sa chute , ses résultats ne sont pas très-prononcés ; ils n’ont lieu réellement que lorsque le dégel est lent à se montrer.
Le 29 Novembre 1849, il tomba, à Rome, un demi-pied de neige qui toutefois fondit dans la matinée : à dix heures
et demie , on éprouva une secousse de tremblement de terre. L’année 1850 a été signalée par toute l’Europe, dit M. Foissac , par une chute de neige tout-à-fait insolite : elle s’élevait à 45 pieds sur le mont S‘-Bernard. Toute l’Attique en fut couverte à la hauteur d’un mètre ; les montagnes de l’Hymète , du Pentélique et de Parues ne formaient avec la vaste plaine des oliviers qu’une nappe blanche ondulée.
Parmi les agents météorologiques dont s’occupent plus spécialement les sciences exactes , nous venons d’étudier ceux qui nous ont paru le plus en rapport avec la médecine ; nous avons dû être nécessairement très-incomplet , et négliger ceux qui n’avaient aucun rapport avec notre sujet. On remarquera que tout en tenant en grand compte les résultats fournis par les instruments dits de précision , nous avons voulu constamment les contrôler par ceux que pouvait nous donner l’observation de l’homme vivant : non pas que nous nions l’utilité des instruments de physique, mais parce que , pour nous médecin , ce qui importe le plus , c’est la notion de la manière dont l’homme, le constant et principal objet de notre étude , reçoit l’impression des agents extérieurs. Ce que nous en avons dit nous paraît suffisant pour montrer l’intérêt qui préside aux recherches de la science , et le degré de leur importance pour la connaissance et le traitement des maladies.
Malheureusement les tendances contemporaines sont plus expérimentales que véritablement pratiques-, et, d’ailleurs, comment pouvoir apprécier convenablement d’une manière isolée chacune de ces actions si multiples sur un milieu lui-même si contingent ?
DE LA MÉTÉOROLOGIE DANS SES RAPPORTS AVEC l’aSTRONOMIE.
Aux articles thermométrie et lumière nous nous sommes occupé de l’influence solaire. Quelques mots compléteront nos idées au sujet du degré d’importance des études météorologiques dans leurs rapports avec l’astronomie.
La question est celle-ci : les astres ont-ils sur l’homme sain ou malade une action quelconque, directe ou indirecte, utile ou nuisible? Question embarrassante dont les éléments nous manquent, résolue par la chaleureuse affirmative des uns, par les sarcastiques négations des autres.
Pour l’influence solaire, nul ne la nie-, pour celle des autres astres , c’est là qu’est la difficulté et que commence la controverse. Examinons en bloc la question de l’influence sidérale.
Ceux qui la nient arguent en leur faveur que les instruments de physique les plus délicats, les réactifs chimiques les plus sensibles ne donnent aucun signe de cette influence. Mais nier l’existence d’une cause par ce seul fait que l’on ne peut la voir, la peser et la mesurer, amène nécessairement à la négation des miasmes, des effluves, des odeurs même, dont les effets sont évidents pour tous.
Consultons donc les autorités et les faits : « S’il est philosophique, dit le ProP Jaumes, de ne croire qu’aux démonstrations évidentes , il ne l’est pas de douter de tout ; la négative systématique est aussi éloignée de la sagesse que l’aveugle crédulité. »
Or, toute l’antiquité dépose en faveur de l’influence sidérale. S’il faut en croire Hippocrate (1), Empédocle , Aristote,
(1) 11 faut user de précaution par rapport au lever des astres, surtout à celui de la canicule , ensuite à celui éCArcturus , et au coucher des Pléiades, C’est principalement à ces époques que les
Platon , Pline , Varron , Galien , Cardan , Staiil , Guy de Ghauliag , Van Helmont , Fréd. Hoffmann, Baillou, Lind, Mead, Baglivi , Ramazzini , etc. ,.la lune exercerait une grande influence sur les maladies.
Raymond de Marseille attribue au ■ cycle lunaire ses modes fort et mon. D’Amador paraît avoir de la tendance à admettre cette opinion. Si les modes admis par Raymond de Marseille sont véritables, on ne voit pas pourquoi, dit-il, l’influence lunaire n’interviendrait pas dans leur étiologie; on croit avoir remarqué une correspondance de température entre la première et la dernière année de chacune de ces révolutions lunaires-, et si chaque année la lune correspond, par rapport à nous, aux mêmes points où elle était dix-neuf ans auparavant, son influence, comme corps grave, pourrait être identique sur notre planète et reproduire ainsi tout l’ordre des phénomènes subséquents. Admettant, du reste, le fait comme positif, et l’explication que Raymond en donne comme hypothétique , cette hypothèse est encore utile en ce sens, qu’elle classe déjà avec plus ou moins de bonheur les faits observés. D’Hartley a dit avec raison que toute hypothèse qui rend compte, d’une manière satisfaisante, d’un certain nombre de faits, nous aide du moins à classer ces faits dans l’ordre convenable , à en mettre de nouveaux en lumière et à préparer la voie aux recherches à venir.
Les phénomènes les plus évidents de là physique de nos jours ont commencé par être expliqués hypothétiquement , et
maladies éprouvent des crises; que les unes deviennent mortelles, que les autres cessent ou se changent en maladies d’une espèce et d’une constitution dilTérentcs. ( De aere, locis et aquis. Cap. VL)
le système du inonde lui-rneme n’a eu d’autre fondement jusqu’il ce que le calcul vînt à son secours (1).
Fréd. Hoffmann (2), Sauvages (3), Bruce (4), citent un grand nombre d’exemples d’accès épileptiques qui éclatent particulièrement à la pleine lune. Pitcairn en rapporte qui coïncidaient chez les femmes avec les changements de lune-, Mead constate la même observation chez de jeunes matelots. Charles PisoN, Pitcairn, Robert Boyle, Wepfer , Van Helmont, Floyer, Bennett et Antonio Franzeri citent des faits de corrélation entre certaines maladies nerveuses périodiques , telles que folie furieuse , hystérie , délire , migraines , névralgies , asthme, apoplexies , et les révolutions lunaires.
Musgrave , Mead, Pitcairn font la même observation pour les hémorrhagies. On sait d’ailleurs l’influence incontestable des phases lunaires sur le flux menstruel.
Rien de plus répandu dans le peuple que le rapport des maladies cutanées avec les phases des périodes lunaires.
«De toutes les maladies , dit l’auteur de l’article Astre de la grande Encyclopédie, celles qui m’ont paru répondre avec plus de régularité aux périodes lunaires sont les maladies cutanées-, et il cite à l’appui de son opinion d’intéressantes observations de teignes et de gales. »
J. Franck constate que les enfants sont principalement sujets aux maladies vermineuses à l’époque de la nouvelle lune, et qu’à cette époque les maladies vermineuses légères s’aggravent (5).
Tous les praticiens savent aujourd’hui, d’après les exemples
(1) D’Amador. Études des constit. médic. et des épid., p. 67.
(2) De imperio solis et lunœ.
(3) De astrorum influxu in hominem.
(4) Voyage aux sources du Nil.
(5) T. I, pag. 221 -m; t. II, 275.
fournis par Pallas, Kinlein , Rosenstein , Gruner, Mathieu, Bremser , elc., que le traitement du lœnia ne réussit qu’autant qu’il est administré à la, lune décroissante.
L’influence de la lune sur les marées fait soupçonner encore la possibilité de son action corrélative sur l’homme sain ou malade. Peu de recherches existent sur ce sujet. Cette action sur l’Océan étant plus considérable dans les pays chauds , à l’équateur , c’est là qu’on pourrait mieux l’étudier.
Un médecin de la Compagnie des Indes-Orientales a fait à ce sujet une dissertation dans laquelle l’influence de la lune sur la formation , l’apparition , la décroissance des épilepsies , des asthmes, des fièvres intermittentes, a été notée. (Traité de l’influence du soleil et de la lune sur les fièvres. London , 1795. )
Je sais bien l’objection de Zimmermann que les faits du même genre de ceux attribués à l’influence lunaire mais qui n’ont rien de commun avec elle sont incomparablement plus nombreux , et que la causalité invoquée n’est qu’une coïncidence (1). Mais à ce compte rien ne serait prouvé en clinique, c( car, dit le ProP Jaumes (2), ceux qui échappent à faction des causes morbifiques sont de beaucoup plus nombreux que ceux qui y succombent : les épidémies , les constitutions médicales en fournissent des exemples quotidiens. » La véritable question est celle-ci : n’y a-t-il pas des sujets qui, par suite de ce qu’il y a de spécial dans leur sensibilité , dans leur aptitude , ressentent des impressions auxquelles le plus grand nombre est étranger? La réponse n’est pas douteuse. Ajoutons que s’il n’y avait que simple coïncidence, comme le veut Zimmermann, on devrait
(1) Expérience, t. Il, p. 201.
(2) Leçons orales.
au moins s’étonner de ce qne la plupart des faits notés ne ]X)rtent qne sur une catégorie spéciale de sujets , ceux dont la sensibilité vitale est extrême ( tempéraments nerveux, enfants), et sur des espèces limitées de maladies , mais non indilféremmenl sur toutes ; on devrait encore s’étonner de ce que les maladies observées aux phases lunaires ne se sont pas montrées en nombre égal et avec des phénomènes identiques à d’autres époques.
A côté de l’influence lunaire , nous pouvons signaler les éclipses : ici des faits nombreux témoignent en faveur de l’importance de l’étude de ce curieux phénomène au point de vue médical.
Baillou (1) raconte qu’à l’époque d’une éclipse totale de soleil qui eut lieu en Décembre 1573 , on fut témoin de changements incroyables , considérables et presque inouïs ( ce sont ses expressions) dans les maladies. Les personnes bien portantes souffraient beaucoup et se croyaient sur le point de mourir, comme si elles étaient tourmentées par un démon. « Des convulsions, des délires se montrèrent tout à coup, et nous médecins , qui ignorions ce qui se passait dans le ciel , nous nous demandions la cause de tant d’événements extraordinaires. Je n’aurais jamais cru , ajoute-t-il , que ces phénomènes célestes pussent amener d’aussi grands effets. » (P. 28. )
Il parle encore, au sujet de la même éclipse , d’une grande dame, nommée DE Varades, malade dans son lit. Les médecins étaient occupés à observer le phénomène dans un appartement supérieur^ lorsqu’on les appela en toute hâte pour la dame qui allait mourir. A mesure que le soleil reparut , la dame revint à la vie et reprit ses forces. Comme rien n’annonçait un
(1) Liv. 1er des Epidémies et des Éphémérides.
])areil événement, on n’hésita pas ù le considérer comme l’eiïet du phénomène solaire.
Tout le monde connaît Thistoire du Chancelier Bacon, qui, prévenu ou non, tombait en défaillance au moment d’une éclipse de lune , et restait, ainsi pendant toute la durée de l’éclipse (1).
Ramazzini, pendant l’épidémie de fièvres malignes pourprées à Modène ( 1692-93-94) , observe que ces fièvres devenaient plus violentes et plus meurtrières selon les phases lunaires. Il ajoute qu’une éclipse de lune étant survenue dans la nuit du 26 Janvier 1693, la plupart des malades moururent au moment même de l’éclipse-, plusieurs autres furent frappés de mort subite : <iPernoctem major pars œgrotantium obiit , ac eâdem pene horâ quâ nimirum luna laborahat, » (Épid. de Modène, p. 54.)
Lind raconte qu’une éclipse totale de lune étant survenue , en 1762, sur la côte de Coromandel , les Anglais établis dans le pays, atteints actuellement ou guéris de fièvres intermittentes , virent tous, le jour de l’éclipse, le retour de leur accès.
Pitcairn ( Voyez la dissertation sur les hémorrhagies ajoutée à la traduction des plaies de John Bell, par Vincenzo Solenghi ; Milan, 1 808, t. Il, p. 217), Pitcairn fut saisi, au moment même d’une éclipse de soleil , d’une épistaxis abondante précédée d’un sentiment de faiblesse et d’anéantissement extraordinaire. Il était dans une maison de campagne voisine d’Edimbourg ; le matin , le temps était plus serein que de coutume. Trois jours après. Pitcairn , revenu à Edimbourg, apprit que , dans le même instant, le mercure était descendu dans le baromètre d’une façon telle qu’il n’en avait jamais vu d’exemple ni lui, ni
(I)Jaumes. Leçons orales.
son ami el voisin Grégoire. Un autre, Cockrürn , Professeur à Philadelphie, était mort subitement d’une attaque d’apoplexie , et cinq ou six autres avaient , eux aussi, éprouvé quelque évacuation au moment de l’événement.
RAMAzziNinote,au contraire, une ascension de deux lignes de la colonne barométrique pendant l’éclipse de soleil du 27 Juin 1694 , ajoutant que l’air devint ainsi : « Idoneus ad subitas in microcosmo aUerationes producendas. » (P. 54.)
M. Arago ( Annuaire du bureau des longitudes; 1833), sans nier d’une manière absolue l’influence sidérale, trouve ces faits peu probants; il croit que l’imagination y a joué le plus grand rôle. Pour donner une idée de la terreur des populations anciennes en présence d’une éclipse, il raconte qu’en 1554 (Avril), des personnes considérables s’enfermèrent, par ordonnance des médecins, dans des chambres bien closes, bien chauffées, bien parfumées, afin d^échapper aux influences mauvaises de l’éclipse de soleil qui arriva alors. Les ecclésiastiques, tant la consternation était grande, ne pouvaient sufQre à confesser tous les effrayés.
Maintenant que les esprits sont rassurés sur le compte des éclipses , on n’entend pas parler d’événements de ce genre. Cela pourrait provenir de ce que toutes les éclipses ne s’accompagnent pas de circonstances semblables. Lesdescriptionset les critiques de M. Arago sont d’ailleurs peut-être un peu exagérées. Il faudrait savoir, dans les faits cités plus haut, si la dame de Varades, enfermée dans sa chambre et couchée dans son lit, si les malades de Ramazzini atteints de fièvre grave se préoccupaient de l’éclipse. Baillou dit qu’il ignorait ce qui se passait dans le ciel, et, qu’après l’événement, il s’étonnaitqu’une éclipse produisît tant et de si divers accidents. Si l’opinion de l’influence maligne desédipses était aussi répanduequeleprétcnd
M. Arago , cGtte surprise de Baillou et de ses confrères de Paris serait bien extraordinaire. Dans l’hypothèse proposée, les choses auraient du leur paraître toutes naturelles.
Que penser des hémorrhagies de Pitcairn? Je comprends que la terreur aggrave l’état d’un malade; mais quelle donne lieu , sur des bien portants ^ à des maladies semblables , j’ai besoin, pour expliquer cette similitude, d’une cause plus spéciale. D’ailleurs, quelle remarquable coïncidence que cet abaissement extraordinaire de la colonne barométiique ! était-ce une simple coïncidence ou le produit de l’influence sidérale? L’observation contradictoire de Ramazzini obscurcit singulièrement le problème.
On peut se demander si, d’autres éclipses survenant dans les mêmes circonstances, des accidents morbides n’en pourraient être le résultat? Question complexe et difficile? S’il était prouvé , d’autre part, que des individus (enfants, aliénés, etc.), étrangers à ce qui se passe dans la voûte céleste, étaient impressionnés d’une manière notable pendant les événements astronomiques dont nous parlons , la probabilité en faveur de leur influence serait peut-être moins problématique.
Quoi qu’il en soit, la réserve est ici de la plus grande nécessité. L’affirmation absolue serait aussi absurde que la négative, et la tendance qu’ont certains esprits à expliquer par l’influence sidérale certains problèmes de pathologie humaine, ne s’appuie pas, dans l’état actuel de la science, sur des bases assez solides.
Cependant, au point de vue pratique, on peut et on doit tenir compte de certains faits. Que l’on rattache ou non l’influence sidérale à des variations météorologi(iues coïncidentes ou produites par elles, le médecin devra choisir les époques les meilleures poui' le trailcmenl des maladies cutanées ou
vermineuses, par exemple, rassurer les esprits faibles pendant les éclipses, et surveiller les malades dans le meme temps.
En résumé, nous dirons, avec le Prob Jaumes : l’inlluence sidérale est possible. Cette intluence peut être directe ou indirecte. Elle peut introduire des conditions spéciales dans les phénomènes météorologiques : ce dernier rapport, nous l’avouons, n’est pas, dans certaines circonstances, clairement et définitivement établi. 11 ne peut être nié dans la chaleur et la lumière atmosphériques : qui nous dira si les conditions sidérales ne sont pas le point de départ des phénomènes électriques et des phénomènes magnétiques dont s’occupera météorologie? Problèmes ardus , mystères peut-être insondables , mais voie ouverte aux recherches de la science , et dont l’étude Sérieuse des éclipses, des phases lunaires, en rapport avec les phénomènes vivants, peut fournir les premiers matériaux.
DE l’atmosphère DANS SES RAPPORTS aVEC LES ÉMANATIONS