CHAPITRE lY
Du moi et dn non moi.
Les conceptions du moi et du non moi dérivent des sensations conscientes qui ont lieu dans notre esprit. Selon que ces sensations naissent remémorativement dans le cerveau ou même par les moyens de courants nerveux internes ; ou bien selon qu'elles naissent par une action cérébrale à Taide des sens externes, nous leur attribuons un caractère de subjectivité ou d*objeotivité. Quand le mouvement d'attention se concentre à Tintérieur du corps ou dans le cerveau exclusivement, comme lors de la réception des sensations internes ou dans les actes intellectuels par remémoration, les phénomènes qui en deviennent la conséquence nous paraissent subjectifs et ils le sont ; on dit alors qu'ils appartiennent au moi. Quand, au contraire, ce mouvement a lieu vers les sens, à la périphérie du corps, les phénomènes qui le suivent, quoique nous appartenant en propre, nous paraissent en outre objectifs, et nous leur attribuons une cause extérieure, et à cette cause ou objet, une place hors de nous ; en ce cas ils sont réputés appartenir au non moi. Ce qui, en outre de la dissemblance de nos efforts conscients, nous porte à faire cette différenciation du sujet sentant et de l'objet senti, du moi et du non moi ; c'est-à-dire de la sensation considérée subjectivement, et de la sensation considérée objectivement, c'est l'opposition qu'il
y a entre les sensations centripètes ou périphériques et les sensations centrifuges ou intérieures. Les premières sont vives, bien exprimées; les secondes sont le plus souvent faibles, mal déterminées. Une telle différence d*intensité aide beaucoup à distinguer le sujet de Tobjet et à croire à ce dernier ; car disparait-elle ainsi qu*il arrive dans des états maladifs, la folie par exemple, les sensations centrifuges égalent-elles en vivacité les sensations centripètes d*où elles dérivent, nous confondons ces premières avec celles-ci, à moins qu^une réflexion ' consécutive ne viemie rectifier celte erreur.