DU MOI
Moi élroit de It plopart des ptycholognei . — Moi étenda, tel qu'il est eoDço par quelques lotres. — Raisons qui porleDt à croire cette dernière conception da moi comme la lenle rationnelle.
Pour bien définir le moi, il ne faudrait pas séparer les forces de l'organisme : les phénomènes psychiques, d*une part ; et, de l'autre, le sujet producteur associé de ces mêmes phénomènes. Ces deux choses formant le sujet pensant sont dans une union inséparable ; quand apparaît une modification dans la pensée, on peut affirmer qu*il y en a une dans le corps, et réciproquement. Mais comme jusqu'ici Ton n*a guère envisagé le moi que d'après ses manifestations psychiques et qu'il est difficile de faire mieux, nous suivrons la voie battue.
Ce qui d'abord, pour beaucoup de psychologistes , caractérise le moi, ce sont tous nos événements cérébraux conscients : sentiment de l'existence, efforts immanents et leurs produits : tels que sensations, idées particulières et générales, remémoration, raisonnements, çtc. ; bref, toutes choses réputées immatérielles, conti-
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nues dans leur succession et constilaant Fèire vifmit et pensant. Le moi, pour ces psychologues, e'esl donc h vie, puis la pensée en action reconnoes par la cooseieDee, et toutes deux stables et permanentes.
Il faut le dire^ le moi n'est pas réduit, ainsi qa*oD renseigne encore, à la forme rétrécie de ce qui tombe sous la conscience au moment oà Ton s'examine, est surtout et avec raison représenté par tous les matériaux psychiques de nos connaissances qui, quoique inaperçus dans la mémoire, y ont une existence réelle, puisqu'on peut ensuite les faire reparaître par un efiort : ce qui oe peut être qu'autant que la mémoire est douée d'une conscience latente pour conserver fixement ces matériaux. Il y a dans Tesprit, dît Gudworth, mie foule de choses qu'il possède sans s'en apercevoir ; le géomètre endormi n'en a pas moins sa science entière : théorèmes, problèmes et figures ; et le musicien, pendant son sommeil, ne perd pas la mémoire des chants qu'il a appris. C'est que toute idée reste fixée dans la mémoire avec une vraie conscience, ou sans cela elle ne serait pas : seulement la conscience de cette idée étant permanente, non interrompue, nous ne nous doutons pas de son existence. Le moi est encore représenté par ces pensées actives et inconscientielles des spirites en accès et des dormeurs, pensées conscientes sur un autre plan, qu'ils ne reconnaissent et que Ton ne reconnaît, dans leurs manifestations intérieures, que par leurs effets au dehors.
Il a été dit plus haut que les manifestations du moi sont continues dans leur succession. Ce qui fait que l'an connaît son moi doué de permanence, c'est le pouvoir que l'on a, par des efforts unis à certaines conditions organiques, de renouer son temps passé au présent par la production différenciée et successive de sensations, de pensées et d'actes liés entre eux, tous événements inU-^
memeat personnels et paraissant inlérieurs et stables dans leur enchainement.
Poar le psychologue, on le voit, le pouvoir actif et intime de faire effort est lié lui-même aux sensations et aux idées, ces éléments psychiques et conscientlels avec lesquds ce pouvoir varie et qui, avec lui, sont les bases inséparables de la pensée ou des évàdcments du moi, de même que ceux-ci sont inséparables des conditions corporelles. Si Ton envisage parfois ce pouvoir à part de la pensée et comm * un lien des phénomènes du moi, c*est |Mir abstraction ; car sans les sensations, les idées et leurs organes sur lesquels 11 agit, il ne serait rien. Quoique considéré même par un seul côté, le côté cérébral actif et pensant, mais nullement matériel, le moi n'est donc pas une entité métaphysique, une creuse fiction : il se présente à Texamen par le seul aspect positif qu'on peut définir, parce qu'il est le seul que nous connaissions avec quelque certitude^
Le moi s'étend aussi vers les parties de l'économie que beaucoup croient inabordables à la conscience. Dans certaines maladies inflammatoires des os , des cartilages ^ des tendons , etc., on ressent des douleurs qui n'avaient Jamais été éprouvées auparavant et qui ont pour origine des nerfs réputés ordinairement insensibles ^ lesquels transportent alors à la conscience des sensations présupposant nécessairement une sensibilité antérieure quoique auparavant inconsciente au moi actif, comme une idée remémorée présuppose la réalité antérieure de cette idée, alors qu'elle était inconsciente.
Quand enfin, dans l'organisme, il se passe de ces tempêtes, ainsi que dans le somnambulisme, où la force nerveuse , rompant son équilibre , reflue vers les tissus de la vie végétative , et que la conscience y va saisir et rapporter au moi des sensations et même des idées;
quand la pensée consciente va y reproduire des mouvements f des bémorrhagies , des sécrétions plus ou moins abondantes, des états maladifs, des guérisons, etc., n'estce donc pas que le moi embrasse et embrassait déjà ces régions profondes? Si surtout cette pensée, soulevant quelques coins du voile qui recouvre la vie organique, va la soumettre au domaine conscient du moi , n'est-ce donc pas, puisque nous y acquérons de nouvelles connaissances psychiques , que des phénomènes de sensations , de pensées et de mouvements intelligents de même nature, mais d'une conscience amoindrie, s'y manifestaient et faisaient déjà partie de ce moi? Il n'y a pas à en douter, les centres, par les nerfs du grand sympathique, fonctionnent chacun dans leur spécialité, à peu de chose près de même que les centres des appareils des sens dans la leur, et cela, avec une sensibilité, une mémoire , une intelligence et une conscience le plus souvent inconnues à l'être ; mais positives et ayant leur siège et dans leurs foyers respectifs et dans un foyer cérébral commun, celui du sens intime de quelques auteurs, auquel ils ne doutent pas que tout ce qui est pensée vient aboutir. Et cette présence d'une pensée qui ne se sait pas, même dans le domaine de la vie végétative, admise en Allemagne depuis Leibnitz , n'est plus guère mise en doute nulle part parmi les hommes vraiment savants. On va jusqu'à admettre qu'il existe déjà, dès la période primitive des êtres, une activité mentale avec conscience latente d'où sort leur activité consciente, et l'on croit, avec Schelling, que tout mouvement, tout effort vital est le signe infaillible d'une pensée cachée et en action (i).
La pensée , soumise ou non à l'œil de . la conscience
(t) Voy. oav. cité de Ribot, p. 38i (Ext. dt An introd. to men tulphil., par J.-D. Morell).
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ordinaire, est donc partout dans Téconomie. Ce qui le confirme^ pardessus tout, c'est que si elle a, à son service, dans le système cérébro-spinal, des nerfs sensibles et des nerfs moteurs, on retrouve ces mêmes ordres de nerfs dans le grand sympathique qui en émerge. Non pas que le cerveau absorbe les propriétés pensantes de tous les autres centres ; mais il en est au moins le lien, le régulateur suprême : il a en lui ce qui peut exister à part en eux, la connaissance de tous les phénomènes du moi. Dès lors, peut-on ne pas admettre que les nerfs du grand sympathique , ainsi que les nerfs cérébro-spinaux , ne soient pas appropriés à des fonctions pensantes , les nerfs , pour les deux systèmes , existant avec les mêmes propriétés sensibles et motrices, et les centres, surtout les inférieurs, étant doués de pouvoirs réflexes analogues et étant des réservoirs de pensées dérivées du cerveau comme dans les instincts par habitude, ces dernières fixées en eux par le contre-coup d'un exercice habituel de ce centre des centres?
Ce que l'on a accumulé d'expériences et de raisonnements pour séparer les deux aspects de la vie, n'a qu'une valeur relative. Si , dans la présence ou l'absence de la conscience , l'on a cru trouver une ligne de démarcation tranchée entre la pensée cérébrale et la pensée cachée dans les autres centres nerveux et servant plus spécialement à l'entretien de la vie , on s'est grandement abusé. L'eût-on fait, il n'en resterait pas moins encore à dé- ' montrer un paradoxe insensé : c'est-à-dire les facultés cérébrales révélées au moi et si puissantes sur l'organisme à part de ce que l'on a appelé , avec un pédantesque dédain, le pot-*au-feu de l'économie. Les deux vies, animale et vég4(ative , et nous ne séparons pas en elles la pensée du sujet pensant auquel elle se rapporte, s'hiérarchisent et se confondent dans un moi indivisible et per-
manent, même sous le regard de la conscience; et si elles paraissent séparables , c'est parce que la conscience cérébrale n*embrasse que dans un cercle rétréci ce qui se rapporte à elle; en dehors de ce cercle, où rien pourtant n'échappe à son regard , elle ne pénétre à notre su dans les phénomènes sensibles et intelligents de la vie végétative > quoiqu'ils ne lui soient nullement étranger, que par le détail et dans des circonstances exceptionnelles.
On doit donc regarder le moi comme étant la pensée toujours et partout en action dans l'être humain, que cette pensée soit connue ou non par la conscience ordinaire, qu'elle soit même venue dès la formation du fœtus où plus tard; il embrasse toute l'économie, il la sert , la défend , la possède , il la forme , la modifie , nous ne savons pas toujours par quelles actions nerveuses , .mais cela est ; il est le feu sacré de la vie , et celle-ci , que l'on sépare faussement de la pensée consciente, est à notre su ou à notre insu , la manifestation permanente de la force nerveuse et de l'idée exprimée en signe par l'organisme.