‹ Ébauche de psychologieChapitre 16 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des états hypnotiques on antomatiqnes (i).

Les instincls proprement dits, les instincts organiques, etc., d*une part; les actes par imitation, par habitude, et les actes automatiques par dédoublement intellectuel qui sont nés dans Tun des modes passifs de Texistence, el dont nous venons de parler, d*autre part, appartiennent à une même famille, si Ton considère qu*ils sont tous les fruits d'un mouvement intelligent fait sans effort, et en apparence inconscient dans son développement ou au moins dans son origine. Ces derniers surtout onU pour condition essentielle, un état de passiveté particulier qu*il nous reste à envisager sous ses aspects divers. Selon que cet état est provoqué avec art ou qu*il naît naturellement, il découle quMI y a à examiner : d'abord le somnambulisme artificiel ou sommeil provoqué et ses dérivés, expression du premier mode de formation ; puis ensuite le sommeil ordinaire, expression du second. Ces deux états psycho*organiques qui, en principe, n'en font qu'un réellement, sont Tun et Tautre caractérisés par des effets d'accumulation de la force nerveuse au cerveau, et con-

(I) La matière de ce chapiire est, pour uue boune part, tirée de moD livre : Du Sommeil, Voir sur le même sujeli les ouvrages iolérestaots inlitulés : Étude tur la médecine animique, par Charpignon. Ptris, Germer-Dailjièrp, iS6i; et Coun thdor. et prut. de Srmdiimej fw Durand (de Gros). Paris, Germer Buillière, 18G0.

comilament parfois dans quelques organes seulement; et partout ailleurs ils sont caractérisés par des effets opposés de diminution de cette même force. Une contention plus ou moins énergique de Tattention sur une idée, ou au moins un laisser-aller naturel à concentrer sa pensée, est toujours la cause de leur formation, preuve déjà certaine, entre beaucoup d*autres, que le moral a sur le physique une influence incontestable.

§ 1. — DU SOMNAMBULISME OU SOMMEIL PROVOQUE ET DE QUBLQLTBS MODES PSYCHO-ORGANIQUES ANALOGUES.

Sigoet aTant-coonors do somnambalisme. — Il se présente soas deoi aspects : passif et actif. — Caractères da somnambalisme pusif. — De la soggestion et de ses effets. — Caractères da somnambulisme actif et digressions incidentes. — Signes terminaux da somnambalisme. — Des antres modes analogues.

Si d*aprés le procédé de Braîd, et pourvu qu*e]Ie y consente sans arrière-pensée et croie d'avance qu'elle sera influencée, on fait diriger quelque temps les yeux d'une personne sur un seul objet ; ou si cette personne attache ses regards sur ceux de Texpérimentateur, comme d'après les procédés français, il arrive, par suite de l'attention qu'elle met à jeter toujours la vue sur le même point , qu'elle isole ainsi ses autres sens du monde extérieur, et que ses facultés mentales restent inoccupées; alors son esprit s'immobîlisant sur l'idée de l'objet unique dont elle éprouve la sensation continue, elle ne peut plus faire appel aux matériaux delà mémoire, les sens et les facultés cessent leurs fonctions et, de cette façon, toute porte est fermée à la reproduction des actes intellectuels cérébraux comme elle l'est déjà aux impressions des sens, hormis la vue. Le résultat final de ces modes d'opérer est que la per-

sonne en expérimentation, ne faisant plus varier ses états de conscience, tombe en idée fixe sans s*en rendre compte (elle y tombe même par imitation, ce qui a lieu lorsque Tesprit est inactif pendant une expérience à laquelle on assiste), et enfin il arrive qu'elle s'y maintient et demeure isolée, non-seulement des matériaux que lui fournissait sa mémoire ; mais encore qu'elle reste privée de l'usage de ses sens déjà éteints, voire même de ses yeux qui finissent & leur tour pas s'insensibiliser et se fermer ; et ce résultat obtenu par elle sans qu'elle s'en doute, puisque le nouvel état de conscience est invariable, n'est que plus sûr, ce qui est connu depuis longtemps, si l'on met préalablement cette personne dans des conditions qui empêchent l'excitation des sens : tels sont le silence, les ténèbres, une température douce, un siège moelleux, etc.

Or, de cette immobilisation de l'attention sur l'idée unique et continuellement consciente de la sensation visuelle éprouvée, il s'ensuit, chez le plus grand nombre des sujets, qu'un nouveau mode d'être de l'organisme prend naissance : c'est le somnambulisme artificiel et, à son défaut, son diminutif, le somnambulisme imparfait, désigné aussi par le vulgaire sous le nom de charme; états absolument identiques, sauf la différence de concentration de la pensée, et qu'il conviendrait d'appeler : l'un sommeil profond provoqué, et l'autre sommeil léger provoqué.

Le somnambulisme artificiel se présente sous deux aspects : \^ ou il est passif; 2^ ou il est actif.

i^ Passif, ses caractères principaux sont : a, l'isolement du sujet à l'égard du monde extérieur, excepté de l'expérimentateur, et, en même temps, la sédation presque générale du système nerveux; 6, la permanence dans l'esprit d'une idée fixe au moins : d'où l'inactivité de la pensée et des sens, et par conséquent aussi l'immobilité

du corps ; e» la catalepsie ; dy Timpossibilité de changer ridée flxe par soi-même, et de sortir de cet état par uo effort actif ou volontaire.

Hais avant que ces quatre caractères du somnambulisme passif se soient déclarés, il se développe chez le sujet en expérimentation des signes prodromiques importants. D'abord le corps s'immobilise et les sens s'amortissent ; puis les sens les moins délicats : le goût, Todorat se ferment ; et ce sont les plus subtils, l'ouïe et enfin le tact qui s'éteignent les derniers, si toutefois ils s'éteignent tout-à-fait. En outre on remarque lors de la formation du somnambulisme, principalement lorsqu'on emploie le procédé de Braid, et chez les individus impressionnables seuls, on remarque quelques symptômes qui ne sont que le contre-coup d'une trop grande application à tenir les yeux fixés sur le même point : ce sont des mouvements alternatifs de dilatation et de resserrement de la pupille ; du clignotement, le larmoiement, une respiration gênée et bruyante ; et, dans des cas plus rares, l'accélération du pouls, de la pesanteur à la tête et aux membres, des secousses nerveuses, des contractions, etc. Je suis arrivé dans ces derniers temps, en modifiant les procédés connus et encore si imparfaits, à ne plus déterminer ces effets pénibles que très-rarement sur les sujets de mes expériences. Vient, en définitive, un moment où les paupières se ferment, les globes oculaires se convulsent en haut après quelques oscillations, et le corps tombe en résolution.

a. Si le sujet a été hypnotisé par un procédé autre surtout que le procédé de Braid, on remarque, après qu'il a clos les paupières, qu'il est entièrement isolé du monde extérieur par tous les sens : le tact, l'ouïe, le goût, l'odorat, la vue (si l'on ouvre les yeux, la pupille est le plus souvent dilatée), sont devenus insensibles à leurs excitants

spéciaux, et pour le monde extérieur et pour les personnes présentes, excepié pour Texpérimentateur. Le somnaoïbule entend ce dernier, le voit, s*il a les paupières ouvertes, et le sent, s'il en est touché ; cette particularité étrange tient à ce que le somnambule n*est devenu tel que par Teffet de Fidée qu'il a continué à garder de celui qui rendort. Comment pourraK-il en être autrement, ayant eu Texpérimentatcur dés le début de ses manœuvres et rayant encore sans presque de transition sous les yeux^ le touchant et Tentendant sans qu'il y ait eu, depuis le commencement de la séance, de solution de continuité dans Texercice de ses trois principaux sens à son égard ? 11 en est, en ce cas, absolument de même que lorsqu'on continue, après s'être endormi du sommeil naturel, à marcher ou à se maintenir à cheval^ obsédé par l'idée fixe et consciente de ces choses que l'on n'a cessé d'avoir dans l'esprit de la veille au sommeil.

Grâce à ce rapport étroit ainsi conservé, il est facile à l'expérimentateur, au moyen de la parole, d'étendre les relations intellectuelles de son somnambule, non-seulement avec son propre corps, mais avec toute autre personne et avec toute sorte d'objets. Cette manière si simple de faire communiquer le sujet en expérience avec le monde extérieur et avec lui-même, on l'appelle suggestion; elle sert surtout de moyen pour arrivera faire naître sur ce sujet des phénomènes excessivement intéressants et utiles.

En outre, on a observé que le somnambule n'a pas seulement les sens éteints à la suHe de cet exercice monotone de jeter les yeux sur un point fixe ; mais encore ses muscles n'exécutent plus aucun mouvement parce qu'ils ne reçoivent plus d'ordres, et le plus grand nombre des fonctions de la vie végétative éprouvent elles-mêmes une sédation marquée. Le pouls devient plus lent, le corps

se refroidit et les fonctions assimilatrices et désassimilatrices se ralentissent.

b. L'inactivité de la pensée chez les personnes qui viennent d*étre mises en somnambulisme est un fait certain. L'insensibilité des sens, qui n'apportent plus d'impressions, et l'immobilité du corps, qui n'exécute plus d'ordres, font déjà pressentir que les facultés cérébrales ne fonctionnent plus ; mais cette certitude ressort surtout de leurs témoignages : interrogées sur ce qu'elles pensent, aussitôt après leur entrée en cet état, elles avouent qu'elles n'ont en l'esprit qu'une seule idée, et méme^ preuve que la conscience continue d'une idée devient une non conscience, beaucoup d'entre elles disent ne songer à rien, quand pourtant elles ont conservé l'idée de l'expérimen- . tateur» puisqu'elles lui répondent. Cette certitude ressort encore du phénomène bizarre de la catalepsie et dont il va être question ; car si la catalepsie ou immobilité contracturée d'un membre dans quelle position on le mette, est l'effet d'une idée fixe suggérée, et si ce phénomène peut se présenter tant que dure le somnambulisme passif, à plus forte raison l'immobilité du corps qui précède et accompagne en même temps cet état, est-il l'effet d'une idée fixe, ou au moins le contre-coup obligé d'une concentration contemplative de la pensée, d'une non variation des états de conscience.

e. La catalepsie est la conséquence d'une idée fixe suggérée par le contact direct des doigts de l'endormeur sur les membres du sujet en expérience, membres qui, malgré leur poids, demeurent raides et immobiles pendant un temps assez long et dans les positions même les plus difficiles qu'on leur fasse occuper, ce qu'il n'est possible d'expliquer que par une invariabilité dans l'état de conscience qui est à l'origine de ce phénomène. A propos de ce caractère important du somnambulisme passif^ je ne

pois mieux faire que de transcrire ce que j*eQ dis dans mon livre : Du Sommeil (i). « Si une personne, non en rapport avec un somnambule» lui élève les bras, ils retombent à leurs places ou le long du corps, ainsi qu*un objet inerte. Au contraire, si c*est Tendormeur qui soulève ces membres, ils conservent tour à tour la position qu*il leur donne. Si enfin, lorsque ces membres sont dans une de ces extensions désignées sous le nom de catalepsie, la même personne qui a trouvé d*abord les bras du somnambule détendus cherche à les fléchir, à les élever, à les baisser : au lieu du relâchement antérieur, elle rencontre une résistance qu*il lui est même difficile de vaincre ; et cesse-t-elle de faire des efforts, les mêmes membres viennent reprendre, comme par Feffet d*un ressort, la place dans laquelle Fendormeur les avait laissés.

Gomment expliquer ces trois différents phénomènes arrivant Tun après Tautre ? Le premier, le relâchement primitif des bras et leur chute dans le sens de la pesanteur, lorsque la personne étrangère qui expérimente les abandonne à eux-mêmes, ce relâchement s'explique par l'isolement complet du dormeur à son égard. Celui-ci ne sentant pas dans ce cas, ne peut pas prendre connaissance de ce qu*on lui fait : aussi ses muscles n*obéissent à aucun ordre et ses bras retombent. Le second, la catalepsie ou rimmobilité des membres dans la position où les laisse Tendormeur, est la conséquence du rapport existant entre lui et son sujet : ce dernier, pur automate, accepte nécessairement de son endormeur toutes les idées qu'il lui impose par le toucher aussi bien que celles qu'il en reçoit, soit par le geste, soit par la paVole ; comme il est incapable par devers lui de passer d'une idée à une autre à cause de l'impossibilité où il est de faire un effort de

(!) Voy* Du Sommeil et de$ étate analogues, p. 57.

volonté, son esprit 8*en tient à Fidée (iu*on lui suggère finalement» et du moment que c*est celle d*avoir les bra^ dans Textensîon, il les garde étendus. Pour les changer de place, Fendormeur est quelquefois obligé d'attendre on peu, jusqu'à ce que le rapport s'établisse ; de plus, en les déplaçant, il sent presque toujours une légère résistance qui tient à ce que son sujet n'aide pas au tnou* vement par la yolonté, mais cède seulement à Timpulsion timnsmise. La troisième, la rigidité des membres en catalepsie pour les personnes qui ne sont pas en rapport avec le dormeur, est due, d'abord, à ce que celui-ci a ridée arrêtée de se tenir les bras dans la position qui leur a été marquée précédemment, et ensuite, à ce qu'étant trop isolé des personnea qui le touchent, il n'en subit pas la suggestion. Et si les membres fléchis de force reviennent à la place qu'ils occupaient comme s'ils étaient mus par un ressort, c'est que son attention est restée immobile sur l'idée de les tenir là où son endormeur le lai a suggéré préalablement : on a pu changer leur position, mais la preuve que l'on n'a nullement agi sur le cerveau, c'est qu'ils retournent d'eux-mêmes où ils étaient. La catalepsie est donc, chez les somnambules, la traduction en signe d'une idée imposée : c'est un résultat obligé de l'immobilité de la pensée. Cette inertie d'un membre, eflet d'un arrêt de l'attention sur une idée, ne démontre-t-elle pas que l'inertie du corps, dans le sommeil, est l'eflet d'un arrêt, ou au moins d'un fort ralentissement dans le mouvement de la pensée ? >

Cependant il faut le dire, comme le tact ne s'éteint jamais en entier, il arrive, par un toucher prolongé^ qu'au bout d'un intervalle de temps variable, il est possible à tout le monde de parvenir au résultat obtenu par rexpérimentateur. C'est qu'alors, à la suite d'une excitation d'une oertiiine durée, le somnambule finit par

recevoir des impressions tactiles et par accepter, en vraf automate, Tidée suggestive qui lui est ainsi imposée. Un tel résultat une fois obtenu, il est alors facile à la personne qui expérimente en second lieu de réveiller à son tour sympathiquement Toule et les autres sens du somnambule, d*entrer avec lui en conversation, etc.

rf. Il est impossible au sujet hypnotisé^ surtout dés le début, non seulement de sentir^ de raisonner, etc., de vouloir enfin ; mais encore, et c*en est la conséquence, de se remuer, de rompre la catalepsie, de sortir de son état par lui-même ; et qui plus est, il découle de là, et rcxtréme rareté des faits à Tappui le prouvent, que même dans une période plus avancée du sommeil, il est rarement capable d*avoir des idées spontanées, d*en susciter pour établir des raisonnements, etc., à moins qu*on ne le lui suggère ou qu'il ne se le soit suggéré avant de s*endormir. Sa volonté a perdu son ressort : il y a par Taccuraulation de la force nerveuse sur l'idée productrice du somnambulisme^ comme une interruption dans le cerveau des idées aux idées et de celles-ci aux sens et aux muscles. Ce n*est que sous la baguette magique de la suggestion que cet automate peut sortir d*une telle passiveté : alors, en vertu de son inertie, il se prête sans réaction à ce que Ton exige de lui et dans la mesure de ses pouvoirs.

LMsolemeni des sens, sauf pour rexpérimenlateur, la fixité de la pensée ou au moins son extrême ralentissement, l'inactivité de cette dernière et consécutivement celle de tout ou partie du corps y compris la catalepsie, l'incapacité d'avoir une initiative d'esprit spontanée : voilà donc les principaux caractères appartenant au somnambulisme passif.

2® Les caractères du somnambulisme actif sont ce qu'on les fait en mobilisant la force nerveuse accumulée eomnjç

puissaaoe disponible au eenreau aux dépens des autres parties du eoq>s, soit sur les fonciioas cérébrales du sujet, soit sur les fonctions des autres organes, et cela à Faîde d*idées suggérées dans ce but (1).

Puisqu'il y a toujours, dés la formation de cet état, communication par les sens du somnambule avec Tendormeur, celui-ci, ou par lui en les mettant en rapport, les personnes présentes peuvent à leur tour pratiquer la suggestion. Véritable automate et redevenu plus conscient, le sujet sur lequel on expérimente obéit avec ponctualité et sans résistance à tout ce qui lui est suggéré, soit pour se livrer à des travaux de l'esprit, soit pour exécuter des ordres, soit pour produire des effets physiologiques sur son organisme. On peut Foccuper à des opérations intellectuelles, le mettre en rapport avec les êtres et les objets par les organes sensibles, le faire travailler, marcher; agir de toutes les façons : sans volonté, il suit le mouvement donné à sa pensée d*une manière machinale et ne s*arréte que lorsqu'on intervient. Mais ce n'est pas tout.

(1) Pour biea m'expliqoer les rnooTements de It force nerrease, m UDt qu'agissant sons l'inSnenee de la pensée dans les eentrts et les nerfs auxquels celle force est unie, je la compare, distribuée dans leur trame pendant la Teille el en sanlé, à une quantité de liquide, je ne dirai pas toujours égale, mais circolant dans des réser? oirs et des canaux on ce liquide peut, instantanément ou k la longue, hausser dans une partie d'entre eux et baisser dans (es autres (ce qui arrÎTe comparatÎTement pour eeUe force dans le sommeil); et même, sous certaines influences, quitter en abondance certam nombre de réservoirs et de canaux pour se porter presque exclosÎTement dans un on plusieurs de ceux qui les avoisinent, et les remplir en proportion des Tides laissés par lui dans ceux qu'il a quittés. Et il en est ici de la force nerreuse, tour à tour circulant en quantité Tariable Ters les fonctions organiques si différentes entre elles, comme il en est de l'action d'un agent physique qui, selon chaque corps, l'actiTité qu'elle manifeste et son mode d'emploi, est cause d'électricité, ou de lumière, on de chaleur, on de décomposition chimique, etc. : elle reste, comme cet agent, toujours et partout la même.

Si on lui donne Tidée que chacun de ses sens maintenant obtus, puisque la force nerveuse qui les animait est concentrée dans un point du cerveau, si on lui donne ridée qu'ils vont agir Tun après l'autre pour percevoir les choses extérieures qui les concernent, ou qu'il va se représenter un objet par remémoration, raisonner, etc., ses sens ou son pouvoir de représentation mentale, ou âon intelligence fonctionnent en effet; mais avec une énergie plus grande que d'ordinaire, et d'autant plus intense que la faculté en fonction agit exclusivement, ce qui ne s'explique qu'à cause d'un excès de force nerveuse venue du point où l'idée fixe la tenait concentrée : aussî^ les sensations sont plus exquises qu'à l'ordinaire, les objets qu'on se représente réapparaissent souvent aussi lumineux et avec des contours aussi parfaits que lors de leur perception, et enfin les conceptions de l'intelligence sont parfois supérieures à celles de la veille. Nous fondant sur l'hypothèse probable d'une circulation constante et à peu près égale de force dans le système nerveux, nous avons été conduit à croire, par l'analogie de lois appliquées à d'autres mouvements de force et par des faits hypnotiques, que cette énergie doit avoir son développement en proportion directe de la quantité de force nerveuse accumulée par l'idée sur une minime partie de l'organe de la pensée, et en proportion inverse de l'insensibilité qui règne consécutivement partout ailleurs. Ce qui parait légitimer surtout cette induction peu hasardée, c'est que les effets suggestifs produits sur un grand nombre de sujets hypnotisés ont presque toujours été proportionnels à l'état de concentration de chacun d'eux. Si une personne endormie et traitée par suggestion, insensible à une piqûre d'épingle, par exemple, guérit d'une paralysie dont est débarrassée avec plus de longueur une personne encore sensible à la même épreuve, il faut bien conclure

que, par suggestion, Ton a détaché et mobilisé, du point Cérébral où elle est concentrée et mise en réserve, plue de force nerveuse vers les organes chez la première que chez la seconde, ce qui ne peut se faire qu*en proportion de l'accumulation de cette force au cerveau.

G*est surtout parce que chacune des facultés mentales ont la propriété, par la spécialité de leurs fonctions, d'être excitées tour à tour par un excès de force, qu'il est possible d*expliquer les éclairs de lucidité deg^ somnambules au milieu de leurs divagations, et, à leur égard, le fol engouement du vulgaire et d*hommes éclairés par trop enthousiastes. Du reste, cette surexcitation des facultés psychiques et des organes sensibles ne se montre d*une manière remarquable que chez quelques individus, et lorsqu'elle existe, elle est presque toujours bornée à une seule faculté et par suite accompagnée de déraison. Gherche-t-on par suggestion à étendre Faction de la force nerveuse sur un champ plus vaste, cette surexcitation s'amoindrit d'autant et même disparait. On en détruit ainsi la cause, parce qu'alors la force nerveuse, d'accumulée sur une seule fonction dont elle augmentait l'énergie, se disséminant sur les autres, devient moins concentrée et ne peut plus guère apporter en pouvoir à cette fonction que ce qu'elle avait déjà avant la production du somnambulisme. Cette loi de l'accumulation de la force nerveuse explique aussi comment, si Ton dirige cette force par Suggestion sur un seul système de muscles, on en fait, pour un temps assez long, augmenter la puissance contractile de la somme d'influence de cette même force soustraite auparavant au système nerveux et accumulée au cerveau pendant tout ce temps.

On le sait déjà, le somnanibule ne peut rien de ce qui précède par son initiative ; à peine est-îl capable, même l'impulsion donnée afin d'aider la marche logique

du raisonnement dans lequel il excelle, d*appeler à cet eflet le secours d*un sens, de la remémora tion, des mouvements musculaires, etc. Il n^élabore presque jamais ces opérations psychiques que dans un sens rétréci : le pouvoir d'examiner lui faisant défaut par quelques côtés, il n'est qu*un rêveur, plus clairvoyant il est vrai que le rêveur ordinaire, un automate plus actif que ce dernier; mais le plus souvent, quoique ayant reçu une impulsion préalable, il est incapable de diriger sa pensée avec assez d'exactitude pour ne pas se tromper et avoir conscience qu'il se trompe. Et celte difficulté d'être le maitre de ses facultés, de ses sens, de ses mouvements, etc. ; cette impossibilité de devenir capable de faire un effort de volonté pour arrêter ou guider ces opérations psychiques et physiologiques suggérées, il est bon d'y insister, elle a sa source, aussi bien que l'inactivité de l'esprit, dans l'afflux exagéré et dans l'emmagasinage consécutif de la force nerveuse sur une minime partie du cerveau, afflux et mise en réserve dont les effets sont, par l'absence obli* gée de cette même force ailleurs, de rendre inertes .ou paresseuses les autres fonctions pensantes qui dépendent de ce centre important.

Lorsqu'on ignore ce qu'est la vie, affirmer avec Moleschott (i) que la physiologie n'a affaire qu'à la chimie et à la physique, est plus qu'une légèreté. Mais la pensée, ce feu vivifiant qui, ainsi que nous le verrons mieux plus loin, pénètre l'organisme, le ramène à l'équilibre, le modifie dans ses états pathologiques, etc., en commandant à la force nerveuse^ la pensée n'est-elle donc rien ? Pour des esprits non routiniers, la complication des éléments et des formes organiques, la structure du corps, toutes , choses accompagnant la vie, devraient être déjà plus

(I) Voy La circulation de la vie^ t. H, p. 88.

qu*un indice qui! existe, unis au substratum organique, d*au(re8 agents que ceux des corps inanimés et qu'il faut enfin s*en ' occuper. Par exemple, ce qu'il y a déplus certain, la pensée qui nous révèle notre existence: Je pense y donc je suis; peut-on la rejeter et ne pas rechercher ses rapports avec la physiologie, quand on ne la connaît pas seulement par la conscience, dans ses manifestations senties, idéales et de mouvements ; mais aussi quand on a lieu de Tobserver tous les jours dans ses remarquables effets, à Taide du système nerveux dont la suprématie s'étend à l'organisme entier? Et lorsqu'on a constaté ces effets sur ce que l'on croyait du domaine exclusif de la physiologie, doit-on encore bannir la pensée de cette science et ne pas être plus porté à rattacher la vie à cette force qu'aux forces physico-chimiques?

Car sa puissance est extrême. Par l'idée que l'on inculque aux somnambules, on n'a pas seulement le pouvoir de faire affluer alternativement, en masse et aux dépens des autres parties de l'organisme, la force nerveuse ' sur chacun des sens, sur chacune des facultés psychiques et sur des faisceaux spécialisés de l'appareil musculaire, et d'exciter tour à tour les uns et les autres en proportion de la sédation produite ailleurs, ou vice versa ; mais on la détourne, on l'accumule encore sur n'importe quelle région des tissus innervés par le nerf grand sympathique, et l'on va aussi y chercher des sensations inconnues jusqu'alors, y provoquer des mouvements exagérés en puissance, ou y produire enfin des effets négatifs tout opposés. Ce dernier ordre de phénomènes déterminés dans la vie végétative, même pour les esprits prévenus, ne peut être difficile è croire, si déjà l'on songe à l'influence des passions soit sur le cœur et le système circulatoire, soit sur les autres viscères ; ou qu'on réfléchit au défaut de nutrition des membres consécutif à l'apoplexie , laquelle

empêche le fonctionnement du cerveau, et aux gangrènes^ telles que les escharres aux fesses consécutives à une hémiplégie récente par cause encore cérébrale.

G*est ici le lieu de se demander ce qui, dans Téconomie, est du domaine exclusif des forces physico-chimiques, et jusqu*oà agissent les forces nerveuses présidant à la vie.

Je ne suis guère porté à penser, avec la plupart des physiologistes, qtte le tissu nerveux nMntervient dans les fonctions nutritives et les contractions musculaires que d'une manière indirecte, et qu'il en est de même dans la gangrène, la suppuration, la stigmatisation, Talbuminurie et le diabète par lésion nerveuse ou par refTet d*un choc mental, etc. Pour ne parler que des fonctions assimilatrices et désassimilatrices, on sait que M. G. Bernard, tout en rejetant la .pensée que le grand sympathique agisse sur Toxigène du sang, le carbone et Thydrogène des matières organiques, admet pourtant, d'après des expérimentations probantes, que ce nerf exagère les combustions et les métamorphoses chimiques par une action particulière sur les éléments musculaires et contractiles (i), et il pense même qu'il empêche les éléments des tissus de venir en présence, ou qu'il les y amène en proportion restreinte (2) : ainsi, dans les cellules du foie, il déterminerait ou retarderait le conflit entre le glycogène et son ferment, conflit dont le résultat est la formation du sucre. Si le grand sympathique est ici une sorte de chimiste intelligent, quoique M. G. Bernard semble se défendre de cette manière de voir, tous les effets morbides et physiologiques énumérés plus haut n'ont-ils lieu seulement que parce que Tînflux nerveux sur les vaso-moteurs est plus ou moins diminué, et que l'arrêt dans la circula-

(1) Voy. Revue des eoun scient., p. 1388, ann. I87S. (S) Voy. id., p. 1954.

Uon entraine un changement dans les combustions internes et la nutrition ? Du moment que le nerf grand sympathique porte son influence au-delà des mouvements circulatoires et sur des principes immédiats (i) ; du moment que dans les expériences hypnotiques, ainsi qu*on va le voir, on recrée des effets semblables à ceux qui sont attribués, par deà physiologistes, à des transformations chimiques ou au moins à des mouvements inconnus et se passant dans le domaine de la vie, il est certes permis d*avoir plus que des doutes sur cette théorie adoptée, et de croire que c*est inchisivement jusqu*aux principes immédiats, tels : le sucre, Talbumine, que les forces nerveuses qui veillent à la vie, épuisent leur dernière action et s'y rencontrent avec les forces physico-chimiques où le rôle ^ de ces dernières y devient prépondérant. Aussi les considérations précédentes appuient et au delà Tinduction de H. J. D. Morell qui en est arrivé à admettre une étincelle naissante d'intelligence dès la formation de la première cellule (2).

Où il y a germe, reproduction par des organes spéciaux, vie enfin, on doit y supposer comme dans le fœtus à peine formé et ayant déjà en dépôt des idées instinctives latentes et transmises à lui par ses parents, sinon du tissu nerveux bien organisé ; mais des forces pensantes et déjà nerveuses, lesquelles, si elles ne sont pas reconnaissables de la même façon que les forces inférieures dont elles dérivent, le sont pourtant dans les organfsmes par des mouvements propres^ des compositions de tissu différentes et des formes complexes.

A ceux donc qui professent ou croient que la vie dans rhomme n*est pas sous Tinfluence directe du système

(1) Voy. Revue de» cours scient,, p. I%33.

(2) Voy. OOT. cité de Ribot, p. 384 (Ext. dt An introé. to mental philos ].

nenraix ci me doutent pas que les remèdes, lesqueb pour moi agtsseot par impression sur les surfaces des centres et de leurs nerfs, s'adressent parfois à un je ne sais quoi présidant à la vie et par réaction chimique sans doute, sans impressionner aucunement le système nerveux dont la vie ne dépendrait pas ; à eeiix qui pensent que dans beaucoup de maladies, ce sont les tissus d^ndant de cette même vie, et en dehors de Tinflux nerveux, qui sont seuls atteints, on peut affirmer, d'après des expériences sur les somnambules, que, «par représentation mentale et l'idée fixe qui s'ensuit, il y a en ces tissus production des mêmes effets que ceux qui sont déterminés par les remèdes ou la maladie (i). De plus, par suggestion, preuve de la supériorité de rinfluence psychique, on neutralise l'action médicamenteuse dans les organes de ces somnambules (2), et l'on y fait naître tous les symptômes maladifs dont il est possible, par l'idée, d'en réveiller le souvenir (5). Si la vie était séparable du système nerveux et du cerveau pensant, si die dépendait exclusivement de forces inconnues et de forces physico-chimiques, les parties que l'on suppose ne dépendre que d'elle sersrient-elles donc des interprètes aussi dociles de la pensée ? Que sont des pouvoirs qui régnent et sont gouvernés? Ces faits d'excitation et de sédalion produits par la pensée et tout à fait analogues à ceux des remèdes ingérés, absorbes, etc., bref. Impressionnant les nerfs ; ces faits étranges, et nous en avons vu plus d'un, de maladies développées encore par remémoration et ressemblant par leurs caractères aux effets des agents infectieux, toxiques, impressifs

( ) Voy. Du Sommeil, p. 368, i06, iZi, 485, i63 et svliy., etc.

(3) Voy. id., p. 50) et saiv.

(3) Voy. id,, p. 166 et suiv. i43.

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système vf|sculaire, depuis le cœur (i) jusqu'aux minces iraisseaux capillaires» les glandes, les muscles des intestins, etc., sont excités ou calmés tour à tour avec quelque énergie, si on en fait la suggestion. L*idée imposée agit par les nerfs qui président à la vie végétative avec moins d'intensité que par ceux de la vie animale ; mais elle agit, seulement plus longtemps après et avec plus de lenteur ; et ce que Ton peut en plus dans les deux grandes divisions de la vie, on le peut aussi en moins et en proportion inverse. On amortit, en Tune et Tautre, Taction nerveuse sensitive et motrice avec la même intensité qu*on la surexcite; il suffit, dans des maladies, par exemple, de présenter à Tespril d*un somnambule Tidée négative de son mai : c*est-à-dire une idée non sensitive, par conséquent sans écho, pour que toute excitation morbide disparaisse dans Torgane irrité ; comme il suffit, à propos d^une autre partie qui manque de ton, de suggérer à ce même somnambule Fidée représentative de son état physiologique, pour qu*à cet ordre, toute inertie fonctionnelle y cesse et que la vitalité y redevienne active. Daqs le premier cas, il y a appel et fixation au cerveau de la force nerveuse portée en excès vers les tissus ; dans le second, il y a, du cerveau où elle est en réserve

(1) Oa sait l'ioflaence des seotimentSy des passions sur les mooTCmenls da cœar. M. G. Bernard dit {Leçons $ur la physiologie, 1. 1, p. 269) : u II est telles circonslances dans lesquelles IMnflaence

de la sensibilité peut être une cause de mort C'est ainsi que peut

se produire la syncope sous l'influence d'une douleur vive, et peutêtre d'une émotion morale, n Par une irritation mécanique des nerfs sensibles, ce physiologiste est parvenu à amener un arrêt brusque des battements du cœur. Mais si une sensation vive arrête ces battements, il va de soi que chez les somnambules, l'idée remémorée de cette même sensation, ou au moins d'une sensation douloureuse analogue, doit/ avoir la même influence. Donc rien d'étonnant qu'une idée oa sensation fixée et remémorée affectant la sensibilité surtout, ne calne ou n'arrête les battements du eœur.

et par représentation mentale, afflux de cette même force vers les tissus qui en sont privés. Aussi, dans l*état somnambulique, arrive-t-on à des résultats thérapeutiques prompts, sûrs et bien supérieurs à ceux que déterminent les remèdes.

Les résultats avantageux de la pensée sur les lésions du corps, pendant certains états passifs (psychologie appliquée à la médecine), sont les premières conséquences réellement utiles déduites de nos connaissances dans une science qui, jusqu*en ces derniers temps, est restée loin derrière les autres. On peut encore aller bien au delà, sous le rapport utilitaire de cette science et dans la même voie, soit pour redresser les défectuosités morales, soit, encore pour développer les aptitudes intellectuelles de chacun (1). C'est ainsi que Ton a déshabitué des filles perdues de leur métier et que nous avons, après deux seules suggestions pendant le somnambulisme, donné de Tapplication au travail à an jeune collégien qui, du milieu de sa classe, s*est élevé presque aussitôt aux premières places. Chez lui cette sorte de surexcitation mentale dura six semaines, et s'il revint à son état d*esprit antérieur, c'est qu'il ne voulut plus se laisser hypnotiser. M. J. Stuart Uill (2) signale aussi comme corollaire des lois de la psychologie, Téthologie ou l'étude des caractères, laquelle en tire son origine comme les arts utiles découlent des lois de la physique et de la chimie. Des essais dans ce but,. indirects et peu scientifiques il est vrai, ont déjà été tentés : la physiognomonie et la cranioscopie, considérant le physique comme une expression du moral, en marquent les premiers pas.

(I) Voir à ce sajet l'opiniOD de M. Dnraod (de Gros) dans son Coun théor. et prat. de Braidisme, p. i li.

(i) Voy. oav. cité de Ribot, p. 103» et Système de logique de h Stitart MiLf., t. Il, p» ii9.

La constutalion, mais non les causes de la loi de dépla* cernent de la force nerveuse : active dans un point en raison inverse de la diminution de Tactivité de cette même force ailleurs» elle a déjà été faite par Bichat, à plusieurs reprises, dans ses recherches sur la vie et la mort (i). Il dit formellement : c Nous pouvons établir conune une loi fondamentale de la distribution des forces nerveuses que, quand elles s*accroissent dans une partie, elles diminuent dans le reste de Téconomie vivante, et... qu*elles se transportent successivement d*un organe à

un autre Pour augmenter les forces d*un organe, il

faut les éliminer ailleurs Celte loi remarquable de

Texcellence d*une faculté, d*un organe au-dessus des autres est presque constante dans la vie organique, etc.» Ceci démontre que ce grand esprit ajoutait une extrême importance à cette loi de rupture d*équilibre de Faction nerveuse. Et en effet, il regardait déjà comme une chose vulgaire « que la pratique de la médecine est en partie fondée sur ce principe scientifique (â) ». Pour notre part, nous ne faisons qu'étendre cette manière de voir qui doit embrasser la thérapeutique entière. La loi de déplacement antagoniste dans Taclion de la force nerveuse, signalée avec tant d'insistance par Bichat, et appliquée ensuite aux états hypnotiques par M. Durand (de Gros) (5), a été en médecine le premier rudiment de la loi de balancement et de compensation que Goethe et E. Geoffroy- Sain t-Hilaire ont étendu à tout le règne organique.

Une particularité remarquable, c'est que Teffet d'une suggestion, à propos d'une modification organique ou

(1) Voy. Rech, $ur la vie et la fnort, p. 96 et 98. Paris, Chtrpeotier, iSOi.

(S) Voy. id,, p. 18.

(3) Voy. Coun de Braidisme, p. 165.

d*un acte à exécuter, se continue avec une conscience latente même après que le sujet est sorti de son sommeil, et cela jusqu au moment fixé pour leur édosion. Des personnes constipées, mises en somnambulisme et traitées suggestivement dans cet élat, ont depuis lors continué d*aller du ventre tous les jours et aux mêmes heures, et cette habitude pr4œ ne s*est démentie de long-temps. Des femmes dont les menstrues étaient irréguliëres ou arrêtées, les ont vu arriver avec ponctualité et durer le temps voulu. D'autres auxquels on ordonne Texécution d*actes insolites ou qui seraient criminels si on ne les empêchait à temps, les effectuent avec exactitude ou préparent tout pour les exécuter au moment fixé pendant rélat qui suit leur réveil, et sans qu'ils aient gardé le souvenir que ces actes leur ont été imposés : ils sont convaincus, au contraire, lors de l'accomplissement ou de la préparation de ces actes, quMls s*y livrent de leur propre initiative.

On voit dans ces faits une idée suggérée pendant le somnambulisme actif, qui, devenue fixe et, au sortir de cet état même, inconsciente jusqu'à son développement complet, on la voit, malgré Tactivité ordinaire de la pensée, continuer sa trajectoire dans Torganisme avec un entrainement que rien n'arrête. Il y a plus : tandis que Tesprit est occupé aux actes habituels de la vie ; qu'il les accomplit sciemment et avec une entière liberté, plusieurs de ces idées, imposées dans le même état passif antérieur, ne cessent pas davantage leur mouvement latent, chacune dans leur sphère d'action, et aucun obstacle ne peut les empêcher de suivre leur fatale pente. Ce dédoublement de l'activité psychique a deux pôles opposés : l'un où agit avec fatalité une ou plusieurs idées en apparence inconscientes ; l'autre où se meut la pensée libre et consciente, est un fait important et pour nous hors de doute.

On retrouve encore ce dédoublement dans d*8(utres cas du somnambulisme actif et parfois dans le somnambulisme passif : pendant'qu*ils sont occupés à parler et même que leur pensée reste en arrêt sur Tidée qui a amené Tétat hypnotique, les dormeurs éprouvent pourtant des sensations (i). Les sens et le cerveau sont ici comparables aux surfaces photographiques qui, au milieu des ténèbres les plus épaisses, sont assez sensibles pour déceler les impressions lumineuses des objets dans la chambre noire. Ces sensations, les somnambules les éprouvent sans s*en douter, tant ils en ont une faible conscience ; et c*est par une suggestion de revoir ce qui s*est passé auparavant dans leur mémoire, et sans doute dans les ganglions des sens> qu'en y apportant de la force nerveuse accumulée, ils y retrouvent les linéaments de ce qu'ils avaient vu et entendu à leur insu.

Du reste, on le sait déjà, ce dédoublement de la pensée : active et consciente à un pôle, et plus ou moins passive, plus ou moins consciente et en arrêt à Tautre, on Tobserve dans la veille. On converse pendant la marche, et Ton fait aussi une foule d'autres choses qu*il est inutile de rappeler. D'une part, l'action cérébrale veille à la conversation ; de l'autre, les centres inférieurs président automatiquement à la marche, etc., d'après les ordres qu'ils ont reçus du cerveau. Et lorsque le psychologue s'étudie dans ses modes d'activité psychiques ; lorsque le fou regarde se dérouler sa folie d'un œil raisonnable, et que le spirite converse et écrit en même temps avec sens, mais il est vrai sans savoir ce qu'il écrit, n'y a-t-il pas aussi un dédoublement de la pensée, avec conscience entière, soit à un pôle, soit aux deux? D'après Hamilton, l'on peut même davantage. Ce philosophe sou-

(1) Voy. Du Sommeil, |>. 67.

tient avec énergie que Thomme est capable de suivre plusieurs états complets de conscience à la fois. Ainsi, dans le courant d'une lecture, on lirait les mots, interpréterait leur sens et celui des phrases par des efforts conscientiels d*attention simultanés et parallèles ; on diviserait même son attention lorsqu'on écoute Tharmonie d*un concert, lorsqu'on fait œuvre de comparaison, etc., et ce partage irait jusqu'à saisir à la fois six impressions différentes (i).

La suggestion, déjà si influente sur le sujet pendantet après le somnambulisme, est elle-même appelée à faire naitre et durer cet état psychique ou à le détruire. Il suffit de dire à une personne apte à subir raffirmation^ de tomber dans cet état pour qu'elle y tombe. On peut même lui indiquer aussi d'avance le thème d'un rêve : elle le brodera et n'en sortira pas de si tôt. Et quant à tout sujet hypnotisé, c'est assez de lui faire entendre que c'est fini pour qu'il revienne à sa manière d'être ordinaire. Même avant de le rendre somnambule, on n'a besoin que de lui dire à quelle heure il ne le sera plus, pour que cette suggestion préalable ait son exécution stricte. On le voit, c'est l'idée fixe suggérée, qu'elle vienne d'une époque antérieure au somnambulisme ou d'une affirmation pendant cet état, qui est en définitive au commencement, au milieu et à la fin des phénomènes du sommeil provoqué; c'est elle qui le maintient tout le temps qu'il dure ; c'est par elle que la force nerveuse s'accumule dans certaines parties de l'économie, et persiste à y rester aux dépens de la même force qui était distribuée dans les autres régions du corps.

Maintenant si l'état hypnotique disparu, on n'en conserve aucun souvenir, cela tient à ce que par l'idée d'en

(1) Voy. La philos. d'Hamilton, par J. Stuart Mill^ p. S39, etc.

sortir, on a redonné la liberté à la force nerveuse de reprendre également ses positions dans l'organisme ; par ce changement d*équilibre, cette force diminuant au cerveau où elle était accumulée, il est alors impossible, avec une moindre quantité d'elle-même, au sujet revenu à lui, de ressaisir dans sa mémoire ce dont il avait conscience un instant avant : preuve que les empreintes roémorielles du somnambulisme sont moins vives que celles de la veille ; c*est qu'elles sont aussi moins imagées et qu'elles ont moins longtemps occupé Tesprit. Mais une suggestion, avant de sortir de cet é(at> suffit pour que la force nerveuse restant en excès au cei*veau, rien de ce qui s*y est passé, ne disparaisse ensuite de la mémoire.

Quand un somnambule est abandonné à lui-même, il devient de moins en moins isolé et finit par rêver ; la nutrition fournissant de nouvelles forces, des sensations, des besoins se faisant enfin sentir, il est obligé peu à peu de sortir de son état. Cependant il est possiUe d'en prolonger indéfiniment la durée par une suggestion, réitérée d'y rester, et en donnant à ce somnambule l'idée de satisfaire les besoins qu'il ressent.

Pour sortir de l'état passif où il est, le sujet hypnotisé passe par les mêmes phases que pour y entrer, mais en sens inverse. Ce sont les organes sensilifs les plus fins qui, d'abord, reprennent leur excitabilité, et les moins subtils qui laretrouvent ensuite. Les facultés cérébrales sont aussi quelques instants obtuses, surtout lors des premières séances, et l'on remarque souvent une difficulté de se tenir en équilibre. Quant aux symptômes insolites de la sortie du somnambulisme, sauf quelquefois une sensation de froid, du frisson, ils sont à peu près nuls.

Par les mêmes procédés que ceux qui sont indiqués ci-dessus, on détermine un état moins net et moins tran*

ché que le somnambulisme : à son plus haut degré, cet état présente des signes à peu près semblables à eeux de ee dernier, sauf qu*il y a conservation des souvenirs ; mais à son degré le plus faible, il se présente seulement \in léger engourdissement des sens, de la pensée et du système musculaire. Cette seconde expression de Télat hypnotique provoqué a été appelé charme par les endormeurs empiriques. Il est mieux de lui donner le nom de sommeil léger provoqué»

11 me suffit de tioter que ce diminutif du somnambu^ lisme passif présente souvent, lorsqu*on abandonne le sujet dans cette espèce de sommeil, une plus grande disposition à mouvoir le corps, et en outre un développement de rêves analogues à ceux du sommeil ordinaire. De plus, de même qu*en ce dernier état et grâce à un effort initial d*attention, de la force nerveuse s'accumule et s*immobilise au cerveau sur une idée fixe : ordinairement celle de dormir qu'on lui présente ; c'est le pôle passif ; et par contre-coup au pôle actif, dans le reste du corps, il existe une diminution de cette même force et, par suite, une diminution de son action du côté des sens, des muscles et des facultés cérébrales même. Maintenant à mesure que, dans cet état, la concentration d'esprit est moindre, plus Tactivité cérébrale de la pensée, plus Tactivité des sens et des muscles analogue à celle des rêves est devenue possible au pôle actif, et moins conséquemment au pôle passif il est facile par suggestion, dinfluencer Torganisme à Taide de la force nerveuse concentrée et en réserve sur Tidée fixe, mais mise en mouvement. Cependant dans un degré encore peu marqué, dès que nait fa catalepsie, il est déjà aisé, surtout si Ton fait la suggestion dans un but de guérison, d'arriver à produire des effets curatifs ; et la puissance qu'un malade a sur lui-même augmente à mesure que les signes présentés

par lai se rapprochent de ceux da somnambulisme (1). Les autres états hypnotiquesi je ne ferai que les signaler. Ce sont : rabslraetion, due à une grande concentration de la pensée, comme lorsqu'on médite ; la fascination, causée par des idées fixes de crainte, d'admiration, etc. ; Textase, effet d*une idée religieuse contemplative, etc. Ces formes se rattachent par leurs caractères au somnambulisme passif. Mais la prédisposition organique qui favorise Timitation ; celle qui conduit à Tabsorption entière de la pensée vers Fexécution d*actes qui intéressent et appliquent : tels sont ceux de jouer, de combattre, etc. ; le double mouvement intellectuel spirite, etc., sont des formes ayant leur type dans le somnambulisme actif. Toujours, dans ces états, la même fluctuation de la force

(I) Sor 188 personnes venues chez mol, dans Tété de 1669, pour se ftire hypnotiser, il ont été complètement réfractaires ; 81 sont tombées en somnambulisme, et 186 en charme. Presque tontes étalent atteintes de maladies chroniques. Des affections dont quelques-naes avec lésions grates des tissos, et rebelles à tous les traitements, ont disparu dans un temps même relativement assez court, pour ne plus revenir ; ce n*est pas qu'il n'y ait eu de rechutes, mais elles ont été rares. Les succès les plus marqués ont eu rapport à l'anémie, et k toutes les sortes de maladies nerveuses, moins la folie, depuis les névralgies les plus simples jusqu'à l'ioeontinence d'urine des enfants déjà assez âgés, la migraine, les i«ccës byslériformes et même l'épilepsie. Les traitements par la méthode du sommeil provoqué, méritent de tenir une place importante dans la thérapeutique ; mais il faut se garder de croire que Ton peut les employer pour tout le monde. D'abord ils sont à rejeter chez les sujets que l'on ne pent influencer ou qu'influencer légèrement, quoiqu'il y ait des exceptions ; mais pour les antres, ils doivent être utilisés préférab'ement on au moins concomitament aux remèdes dans presque tontes lenrs mala* dies, et avec une assurance de succès dépassant toutes les conceptions d'espoir qu'une expérience de plus de 20 ans de thérapeutique pharmaceutique peut inspirer. Certaines amauroses, le cancer, les affections des os, la phlhisie pulmonaire, surtout au V et au 3*^ degré, m'ont paru à peu près entièrement rebelles à l'bypnotisation ; cependant il m'a toujours été possible de soulager les phthisiqnes.

nerveuse sous Tinfluenee de la pensée concentrée : à un pôlCi la force nerveuse s'accumule et se fixe ; à Tautre, elle diminue et devient moins énergique : à un pôle, elle est en arrêt ou devient active de la quantité qu'elle est amoindrie au pôle opposé.

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