‹ Ébauche de psychologieChapitre 6 sur 22 · SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

SENSIBILITÉ

Senfr; senft ettemes et sens intenies. — ImpresBîoos ; leurtf étémeDU ; pourquoi elles se différencient. — SensalioDs; leurs caractères ; leur siège ; leur localisalioD par Tespril au delà des sens.

Bien que Ton ne puisse guère parler des fonctions des sens sans décrire leur structure, mais préjugeant que nos fecteurs la connaissent, nous nous contenterons de dire, pour abréger, que ces organes sont des Instriimenis, lesquels, grâce à un mouvement de la force nerveuse à Pèxtrémité des nerfs sensibles qui s'y distribuent^, servent à' reconnaître les attributs-, les propriétés que nous assi-^ gnons aux objets et que nous- prenons même pour leur image. Ce mot image, employé dans le langage psycHologique et que nous ne rejetons pas absolument, sans être des mieux, choisis a pourtant sa raison d'être. SMl a Tattribution de faire comprendre, par exemple^ qp'une sensation remémorée est l'image de la sensation^ primitive

— iO —

s*il sert à expliquer que nous appliquons aux objets les sensations éprouvées par nous ; que le monde tel qu*il parait est ainsi Fimage, et même davantage, Tidentification de notre pensée, dans ces cas, ce mot est on ne saurait mieux approprié - mais il ne Test plus quand, dans Tacceptalion vulgaire, on croit que nos sensations sont les images vraies du monde extérieur. Lumière, couleurs, sons, douleur, etc., ces créations senries et résultats des rapports de ce monde avec nous-mêmes ne lui ressemblent pas plus qu*une cause à son effet, que la chaleur à un corps chaud. La douleur produite par une piqûre d'aiguille, un bruit, ne sont pas pour les personnesqui les perçoivent : la première une image de l'aiguille ; et le second une copie des vibrations de Fair. « Si Ton enlevait de la surface de la terre tous les êtres sentants, le feu n'aurait plus aucun attribut ressemblant à la douleur. Et de même si tous les êtres sentants étaient enlevés à la fois de la surface de la terre, le feu n'aurait plus d'attributs ressemblant à la lumière et à la couleur ; parce que la lumière et la couleur sont des modifications de l'être sentant, causées par quelque chose d'externe; mais qui ne ressemblent pas plus à leur cause que la peine causée par un instrument ne ressemble à cet instrument (i). » Hntre le milieu ambiant et nos sens, il n'existe que des rapports de causes à effets : en dehors du pouvoir continu qu'il a d'exciter telle ou telle variété de sensations, le monde, cette chose permanente et changeante mais inconnue en elle-même, est pour nous comme s'il n'était rien : les phénomènes, les états de conscience relatifs à lui sont tout.

Les sens se divisent en sens externes et en sens internes, d'après leur distribution. Les sens externes (il me suffit

(I) Voy. ouvrage cité de Ribot (parolei eitraites de l'on?, cité de Lewe), p. SSi.

de les énumérer) sont, selon leur importance : la Yue, Touîe, le toucher» Todorat et le goût. A Taîde des nerfs qui y plongent leurs extrémités et de leurs centres ou ganglions spéciaux et intermédiaires au cenreau, ils servent chacun dans leur langage, par leur contact direct ou indirect avec ce qui leur est extérieur, à imprimer dans leurs ganglions, puis dans le cerveau, les sensations des choses qui viennent les frapper.

Quelques mots en particulier et seulement sur le toucher et Fodorat.

Le toucher est un sens répandu sur toute la surface du corps, mais dont les fonctions présentent des différences marquées. On a observé qu'un anesthésié, insensible à la douleur, est affecté par le chatouillement d'une plume. Nous avons remarqué et fait remarquer mainte et mainte fois que des sujets mis en somnambulisme éprouvaient de légères contractions lorsqu'une mouche se promenait sur leur visage, tandis qu'en même temps ils ne se doutaient pas d'épreuves douloureuses. On croit même à une sensibilité spéciale du toucher servant à la distinction des températures et l'on a même affirmé qu'il y en a une pour l'électricité. Cette dernière ne nous parait que l'exagération de celle de la température ou de toute autre, car elle ne s'observe que chez des personnes très-nerveuses.

Quant à l'odorat, il est à présumer qu'il est doué de deux modes d'impressionnabilité dont l'un est obscur il est vrai. Cette manière de voir ressort de ce fait intéressant d'une dame de notre connaissance qui n'a plus idée des odeurs depuis une maladie qu'elle a faite ; mais qui, tout en étant incapable d'apprécier leurs caractères distinctifs, se trouve fortement incommodée de leur présence dès qu'elles dégagent de nombueuses émanations : elle ne peut pas souffrir de bouquets de fleurs odorantes dans ses appartements.

Examinés en général, les sens touchent réellement les objets de prés ou de loin, chacun à leur façon, et ils en tirent des signes différents selon leur spécialité. Parfois un sens dont les impressions sont exagérées supplée un autre sens: c*est ainsi qu'on voit journellement des sourdsmuets lire d*après le mouvement des lèvres ; qu*on a vu un père aveugle connaître par Todorat la moralité de sa fille (1), et d'autres aveugles lire avec les doigts, distinguer les couleurs des fleurs, comprendre ce qu'on leur dit en leur parlant sur la main, elc. (2) ; mais aussi, ce que peuvent faire des sens séparés et hyperesthésiés, combien réunis ne le peuvent-ils mieux, lorsqu'ils s'aident tour à tour? Car, malgré une sorte de remplacement mutuel, sans le tact, l'œil qui distingue l'apparence visible ne donnera jamais la vraie apparence tangible : par exemple, un homme qui n'aurait que la vue ne pourrait savoir qu'un objet est derrière un autre qu'il voit en même temps. En outre, pour celui qui ne posséderait que l'organe visuel, nul autre sens ne pouvant plus le remplacer, la couleur serait l'unique propriété des corps, et pour celui qui n'aurait que l'ouïe, ce serait le son. La privation ou la possession exclusive d'un ou de plusieurs sens doit donc donner ordinairement du monde extérieur tel qu'on le conçoit une idée étroite ; mais les sens existent-ils tous, et concordent-ils dans le même but, ce qui est de tous les instants, ils en procurent l'idée étendue que nous en avons, d'autant plus qu'ils complètent ou rectifient par leur concours mutuel^ ce que leurs congénères à eux seuls ne rendent pas ou ne rendent qu'avec inexactitude. Définir le caractère des sensations spéciales à chaque

(i) Voy. Anthrop. spëcuL, t. ï, p. H, par Tissot. Paris, Ladraoge, 18id.

(2) V. id., l. I, p. 97.

sens autrement que par ce qu'elles paraissent à la conscience est tout à fait impossible. Ce que nous en pouvons dircy c'est qu'elles nous sont exclusivement propres et qu'elles sont irréductibles : par la force nerveuse en action qui est à leur base, tous les phénomènes psychiques partent d'elles, et, par la synthèse, se réduisent à elles seules et à cet élément primitif. De plus, si elles proviennent d'une cause externe, elles ne sont pourtant en rien la représentation vraie de ce qui est extérieur à l'être. Les objets ne paraissent à nos sens que ce que nous les faisons ; ils existent, mais nous ne savons pas ce qu'ils sont. De plus, ils sont encore sujets à des modifications, mais ces modifications nous ne les connaissons que par des sensations, autres modifications parallèles qu'ils déterminent en nous: ce que les changements de ce qui nous est extérieur sont par eux-mêmes, il nous est impossible de le savoir. Qui a-t'il de plus ressemblant à soi-même qu'un courant électrique uniformément interrompu ? Eh bien, dirigé sur chaque sens, il détermine en eux la sensation^ qui leur est spéciale : elle est lumineuse pour l'œil, sonore pour l'oreille, et ainsi de suite. Si nos sensations étaient une représentation quelconque du monde extérieur, ici elles

devraient se ressembler, ce qui n'est pas ; elles sont donc absolument créées par nous et nous appartiennent, le courant électrique n'en est que la cause passive et occasionnelle. Et si l'on augmente ou diminue l'intensité de ce courant, nos sens s'aperçoivent de ces changements hors de pous par les changements consécutifs qu'ils en éprouvent ; mais pas plus que pour les corps en ce qu'ils sont, ils ne savent ce que ces changements extérieurs sont en eux-mêmes.

Les sens internes par lesquels les besoins, les impressions profondes se font sentir ont un semblable usage que les précédents, et ils ne paraissent présenter par leurs

fonctions que des formes différemment tranchées du toucher. De même que les précédents, ils sont doués d'appareils organiques complets, ou au moins ils doivent l-étre. On les distingue d*abord en sens qui servent à désigner des actes physiologiques ou psychiques à satisfaire : tels sont les sens où naissent les besoins de respirer, de manger, de boire, de rapprochement des sexes, de mouvement; puis en tact interne, sens étendu appartenant et au système cérébro-spinal et au système grand sympathique.

Le besoin de respirer qui est rapporté à la poitrine et dont le ganglion s'appelle centre respiratoire, est provoqué par le contact de Tair : faute de le contenter survient Tangoisse de TétoufTement. Les besoins de la faim et de la soif, que des aliments solides et liquides satisfont, se rapportent : le premier à Testomac, et il est dû à la déperdition des principes nutritifs; le second à la gorge, et il est causé par la diminution du principe séreux. Quant à celui du rapprochement sexuel, il y a dans chaque sexe un organe périphérique quelque peu similaire et se complétant par une adaptation de réciprocité et de finalité (i) pour la reproduction des espèces. De même que les précédents, une sensibilité spéciale le caractérise, et son fonctionnement n*est complet que par une intervention idéale du cerveau qui, le plus souvent, précède le développement de cette sensibilité. Le besoin de mouvement est le moins caractérisé de tous : il s'exprime à peine par une

(i) Les mois de fioalité, d*adiptalion des moyens au bat, etc , si- Itoiflent que nous admeltoDs dans les faits psychiques auxquels ils s'appliquent une ordonnance de causes à effets^ ou mieux d'idées fixes présentes à idées futures qui en découlent, un enchaînement invariable de prémisses à leurs conséquences dont les êtres ne se doutent nullement au moment même de leur production, ordonnance et enchaînement causés et prévus par eux avec une intelligence et ane conscience agissant comme sur un second pian et voilés à la conscience ordinaire.

sensation. Tous ces besoins partant d*organes distincts doivent se rapporter à des sens spéciaux possédant, de même que les sens externes, des ganglions intermédiaires sur le trajet de leurs nerfs avant d'aboutir à la substance grise du cerveau.

Quant au tact interne, une de ses formes la plus importante est le sens musculaire. Il nous donne les idées de résistance, et, pour beaucoup, les idées de durée et de vitesse. Lorsque, par exemple, nous voulons contracter les muscles du bras pour supporter tour h tour divers objets, il se fait, en raison du poids de ces objets, des efforts différenciateurs de notre part proportionnés à leur pesanteur, et c'est ainsi que nous apprécions la résistance relative de chacun d'eux. C'est la compression que les fibres musculaires plus ou moins tendues exercent sur les nerfs sensibles distribués au milieu d'elles qui nous donne la conscience que les corps résistent et, par suite, que nos efforts différent. C'est encore le tact musculaire en partie, par la coniinuaiion de ces mêmes efforts, qui nous donne le plus sûrement l'idée de durée et qui, par la rapidité de nos mouvements sentis, nous permet le mieux de juger de la vitesse deà autres corps ; mais il faut le dire, eu égard à la continuation des sensations diverses qui leur sont spéciales, les autres sens viennent ensuite^ conjointement et pour une bonne part, donner plus de rectitude aux notions sur les mouvements extérieurs.

Une forme du tact interne à laquelle est due aussi un rôle étendu, est celle qui a pour agent les nerfs sensibles du grand sympathique. Ce tact tout spécial à la vie orga^ nique est à la base des mouvements intermittents qui s'y passent et dont le type fondamental est le phénomène réflexe. Par les filets sensitifs et moteurs qu'il a à son service et IMndépendance des centres auxquels ceux-ci aboutissent, le grand sympathique a la propriété de pou-

voir agir plus que tout autre nerf en dehors de rintenrention cérébrale. De là la continuation des fonctions qui en dépendent, même après renlèvement du cerveau. Et œ tact se décompose, sans aucun doute, en autant de tacts secondaires qu*il y a de centres avec des fonctions organiques distinctes. Si les reins sécrètent l'urine, si le foie secrète la bile, si le cœur^ Tintérus se contractent, etc., n*eat-ce pas que les sensations qui sont à Torigine de ces mouvements spéciaux appartenant à des centres différents sont spéciales elles-mêmes ? On a la confirmation de cette induction par les effets des remèdes qui, généralement absorbés, agissent, les uns en surexcitant les reins ou le foie, et les autres, le cœur ou l'utérus. Si les filets grands sympathiques de ces organes qui reçoivent les impressions des agents médicamenteux n*avaient chacun des propriétés sensilives toutes particulières reliées h un noyau central propre, chacun de ces agents produirait nécessairement sur tous un seul et même phénomène ou n*en produirait pas du tout : il n'en est rien. Cependant malgré ces variétés de tact de la vie organique, nul doute è avoir que le cerveau, à notre insu, ce qui ne peut se faire qu*avec une conscience amoindrie, n*ait connaissance de toutes les impressions venant des nerfs de la vie organique. Pour expliquer, dans la totalité des tissus, Taction suggestive de la pensée pendant le somnambulisme, il faut bien que Torgane cérébral qui transmet des ordres aux glandes, aux vaisseaux sanguins^ etc., ait connaissance de sensations qui en partent. Si le cerveau n*y recueillait des impressions et par suite des idées, comment pourraitil y ordonner des mouvements ?

Il est encore une dernière forme du tact interne, c'est celle qui se révèle par les sensations de bien-être, de fatigue, etc. N'ayant rien de particulier h en dire, nous ne nous y arrêterons pas.

Les premiers éléments de la sensibilité sont les impressions produites dans les sens par l'initiative de Inaction nerveuse. On entend par impression le dessin primitif spécial qui se forme dans chacun de ces organes et qui, par leurs nerfs et les centres intermédiaires, toujours sous Tinfluence de la même action, va d*abord se fixer dans ces centres, et ensuite dans la substance grise des hémisphères cérébraux où il est transformé en véritable sensation.

Des expériences déjà anciennes auraient révélé que les nerfs des sens, la protubérance, les tubercules quadrijumeaux, etc., seraient doués de la propriété d*étre Télément des impressions dans ce qu'elles ont de général et d*uniforme : tels sont le bruit égal de tintement pour l'oreille, la douleur pour le toucher, la phosphorescence pour les yeux, etc. ; et ces expériences auraient en outre fait connaître que les lobes cérébraux, qui possèdent aussi toutes ces qualités générales à un haut degré, ce que prouve la reviviscence brillante des images dans les rêves, celle qui a rapport à la reproduction des sons, etc., seraient de plus le siège essentiel, mais non exclusif, des linéaments qui se détachent en relief sur le fond impresslf commun. G*est ainsi qu'une irritation du nerf optique ou des tubercules quadrijumeaux produirait une impression lumineuse ; mais une irritation des lobes cérébraux amènerait en outre la vision d'objets déterminés. Ce n'est pas là pourtant une raison, parce que le résultat n'en a pas été observé, pour que les ganglions des sens et les centres de la moelle ne jouissent pas de propriétés perceptives spéciales comme la substance grise du cerveau. Maintenant on est d'accord pour croire que les appareils des sens en entier, et les centres inférieurs différencient les sensations qui leur sont propres, au moins à l'égal du cerveau ; d'où Ton a inféré avec jus-

tesse que cet organe si importaDt n*est réellement qu'une addition à tous les centres secondaires (1).

D'après d'autres expériences assez récentes dues à M. Vulpian (2), il est à croire que les nerfs sensibles et moteurs auraient aussi la propriété réciproque de transporter indifféremment les impressions diverses des sens au cerveau ou de ce centre aux extrémités périphériques des nerfs moteurs : ainsi les nerfs du mouvement interposés et greffés bout à bout sur des nerfs sensibles peuvent devenir à leur place des conducteurs de la sensibilité, et réciproquement, ceux-ci des conducteurs du mouvement. De là on peut induire sans trop craindre de se tromper, que les nerfs sensibles doivent, à l'occasion, être aptes à conduire les uns et les autres au cerveau des impressions senties différentes de celles qu'ils transmettaient, et même communes à tous les autres sens. .

Ces résultats obtenus par M. Vulpian démontrent que si les nerfs des sens ont des propriétés conductrices déterminées, ils ne les tiennent que d'une irradiation venue soit de l'encéphale, soit des sens ; c'est ce que dit, du reste, le môme expérimentateur : « Les fibres nerc veuses ne diffèrent que par leurs fonctions. Et cette c différence de fonctions entre elles.... doit être cherchée € dans la différence des connexions de ces fibres, tant c avec les parties centrales qu'avec les parties périphéri- < ques (5). > Il découle de là encore, par réduction, qu'à la structure des sens seuls, par les extrémités périphériques des nerfs qui s'y portent, est dévolu le pouvoir entier de recevoir les impressions primitives en tant qu'elles sont dessinées ; en sorte que M. Durand (de Gros),

(1) Voy. ropioion de M. G. Lewe dansouv. cité de Ribot, p. 311.

(2) Voy. ouT. cité, p. asi.

(3) Voy. ouv. cité, p. 291. Paris, 1866.

en 1 855, avait déjà raison d'affirmer, après déduction, que, quel que soit le nerf qui fut distribué dans chacun des sens, il aurait tour à tour le pouvoir impressif appartenant à ces sens, et que par conséquent c*est le sens en lui-même, par sa construction anatomique, qui est seul l'organe différenciateur des impression, et non le nerf et Tagent nerveux (i).

En plus de la propriété qu'ont les nerfs sensibles de permettre aux linéaments impressifs partant des sens de se porter dans les centres inférieurs et d'y laisser des empreintes pour de là se déposer ensuite dans le cerveau, la sensibilité est complétée par le pouvoir dévolu aux parties grises des lobes cérébraux, toujours sous l'action directe de la force nerveuse, de recevoir les images imprimées dans les sens et de les flxer en elles-mêmes pour un temps plus ou moins long. Ce sont donc, en définitive, les linéaments des impressions formés dans les organes sensibles, l'éclairage spécial qu'ils y reçoivent ainsi que dans leur passage par les intermédiaires nerveux jusques et y compris le centre cérébral, et enfin la réception de ces mêmes linéaments impressifs et leur fixation, d'abord dans leurs centres propres, puis dans la substance grise du cerveau qui sont les éléments fondamentaux de la sensation.

Les sensations sont en outre, conscientielles ou inconscientielles (2), fugaces ou persistantes, agréables ou

(1) Voy. Phy$, phil., p. 10, et Electro-Dynamiime vital, p. liO. Paris, Germer-Baillière, 1855.

(3) Les mots : inconscientiel, iDcoDscient, iDscient, etc., reviennent soavent dans le cours de cet ouvrage, et ils sont nécessaires pour la distinction de Tintelligence qui ne se sait pas de celle qui se sait. Mais il n'entre jamais dans notre pensée, lorsque nous employons ces termes, que les phénomènes auxquels ils se rapportent ne soien nullement conscie&ts. Qu'on les envisage comme se passant dans le

désagréables, et de spécialités aussi diverses que les sens qui servent à les faire éclore ; elles peuvent non seulement rester dans le cerveau long-temps latentes et comme effacées, sans pour cela être disparues, pendant que d'autres impressions se fixent à leur tour en sensations ; mais encore elles ont pour caractère essentiel que, venues d'impressions 'non susceptibles de se reproduire du Oehors sans causes étrangères, elles renaissent par effort volontaire ou spontanément, et sont de cette façon de véritables images des sensations primitives qu'elles reproduisent ; en outre, elles sont ainsi et toujours, dans notre esprit, la représentation d'événements dus à des objets extérieurs dont le dessin change selon que varie l'action des objets et les organes des sens.

De quelque manière qu'elles se soient formées, les sensations sont le plus particulièrement localisées au cerveau ; car, par un effort mental, elles renaissent telles qu'au moment de leur formation, même lorsque les autres centres, les sens et les nerfs qui ont servi à leur formation, sont supprimés. Mais il n'en est pas moins vrai que lorsque ces organes, par lesquels sont nées les impressions, existent, un semblable effort mental a pour effet d'agir jusqu'à eux et d'une manière analogue à celle qui a présidé à la naissance des sensations, seulement son action a lieu par un mouvement inverse. Nos expériences hypnotiques nous ont appris que les sensations représentées dans les lobes cérébraux ont un écho exact dans les sens et, par conséquent aussi, dans les intermédiaires placés entre ces organes en corrélation opposée.

cerveao oa dans les autres centres^ ils appartieoDent à la conscieDce aa même titre que les phénomènes conicientiels : seulement quand ils se rapportent surtout au cerveau, il > a plus ordinairement conscience amoindrie ; et aux autres centres» conscience séparée.

Si du cerveau il y a un reflux de transmission par les nerfs et, à la suite» une reviviscence d*impressions dans les sens, il n*est pas étonnant que les sensations, dont le siège essentiel est dans la substance grise des hémisphères, soient souvent rapportées aux trajets des nerfs et aux organes où les impressions ont lieu. Cette erreur, si elle en est une, a sa raison d*étre. Mais il arrive fréquemment, et bien plus pour les sens de la vue, de fouie et de Todorat, que Ton rapporte faussement les sensations aux lieux où sont situés les objets, et par conséquent bien au-delà des sens, et ceci arrive même pour celles qui ont rapport au toucher (1). Ainsi nous situons sur Tèmail tout-à-fait insensible^ les corps étrangers placés entre les arcades dentaires ; et nous rapportons au bout libre des poils de barbe frôlés, les impressions éprouvées à leur racine. Dans tous ces cas, la projection des sensations en avant de Textrémité périphérique des nerfs est le produit d*un jugement erroné, et fait sans que nous nous en apercevâons, mais qui complète la notion que nous avons des objets en leur donnant une place. Ce jugement n'est, dans son extériorité, que Teffet d'une éducation des sens pour se mettre en harmonie avec la croyance invincible à ce qui n*est pas nous, de sorte que, s*il nous égare d'un côté, de Tautre il nous met dans le vrai par rapport aux positions des causes extérieures des sensations.

(I) Voy De l'intelligence, par Tains, t. II, p. 83^ 2* édition. Paris^ Hachette, 1870.

§ 2. — REMÉMOKATION.

Mémoire. — Idées. — Bemémoralioo. — Sensations eentrifoges ; représentation mentale ; hallucinations. — Siège des idées. — Effets produits par la remémoration d'une idée pare. — Lois de la faculté représentative et de l'oubli. — Propriétés mémorielles des autres centres que le cerveau. — Caractère personnel des idées.

La surface fictive des cellules de la substance grise des lobes cérébraux sur laquelle sont déposées et conservées, distinctes ou latentes, les empreintes des impressions puisées par les sens dans ce qui leur est extérieur, e*està-dire les sensations à Tétat concret (les résidus de HH. Herbart et Muller) (i), on la nomme mémoire. Dans la mémoire on ne saurait concevoir séparées les empreintes et cette surface, ou en termes plus techniques les sensations et les cellules nerveuses : ce sont deux choses intimement unies.

Les empreintes cérébrales des sensations sont appelées idées, non-seulement lorsque les sensations sont fixées, mais surtout dès que par un effort volontaire ou spontané, elles redeviennent senties. En ce dernier cas, toute action de la force nerveuse ou de Tatiention sur des idées, est attribuée à la remémoration ou faculté représentative ; aussi se remémorer, c*est renouveler les idées latentes ou réalités psychiques qui, sur un plan intérieur, expriment en permanence les phénomènes dus à Faction passée des objets sur les sens, et avoir en même temps la connaissance immédiate et la croyance que la pensée actuelle représente un autre acte de connaissance qui a été (2). Ces réalités idéales, nôtres, correspondent

(1) Voy. Manuel de physioL, t. II, 1. 6. Trad. Jonrdan.

(2) Voy. Fragmenté de la phil, d'Hamilton, p. 75. Trad. L. Peisse. Paris, Ladrange, 1860.

en nous avec le monde extérieur et intérieur d*où elles viennent en tant seulement qu*il est notre création propre, et lorsqu'elles renaissent par remémoration, elles sont toujours ce qu'elles étaient lors de leur première formation ; elles sont, à peu de différence près, car le temps les efface, la représentation, les images vraies des sensations primitives

Il y a deux sortes dMdées : i® les idées particulières, venues des sens et représentant chaque objet en apparence : telles les idées d'une fleur, d'un fruit ; 2® les idées générales, extraites des idées précédentes par une opération raisonnée, l'abstraction, que Locke avec justesse a regardée comme la seconde source des idées. Les premières idées, quoiqu'il n'en soit rien, sont acceptées d'emblée comme des représentations exactes des objets et sont regardées comme spéciales à ces objets. Les secondes sont des conceptions s'appliquant à des qualités que l'on croit communes à des objets différents : ou elles sont d'une représentation assez nette et assez vive de ces qualités : l'idée de beauté, par exemple ; ou elles ne sont représentées que par une sèche conception abstractive de ces qualités : l'idée de nombre, etc. Pour désigner les idées appliquées aux objets tels que nous les croyons, et les rappeler indirectement à l'esprit, on est convenu de les exprimer aux yeux et aux oreilles par des signes écrits ou des mots. Nous reparlerons d'ailleurs plus longuement et plus à propos de ces sortes d'idées au paragraphe suivant. .

L'acte par lequel la force Nerveuse fait reparaître les idées est désigné, avons-nous dit, sous le nom de remémoration : il est spontané ou involontaire. Si la force nerveuse, ou autrement encore l'attention, est l'agent qui favorise la formation des sensations dans les nerfs des sens et le cerveau comme la lumière, par compa-

raison, est l'ageot qui, dans une chambre obscure, permet la représentation des images imputées aux objets extérieurs ; si celte même force est la condition qui fixe ces sensations dans la mémoire comme la lumière, est celle qui permet aux images attribués aux objets de se déposer sur une plaque photographique : par la remcmoration, la force nerveuse, cet élément général et uniforme sans lequel il n'y aurait ni formation ni fixation des sensations, a la propriété de venir encore après coup éclairer dans la mémoire les empreintes fixées ou idées qui y sont latentes, et les y faire réapparaître à peu près de même que lorsqu'elles y furent déposées, tout-à-fait encore comme la lumière, pendant la nuit, permet de revoir les apparences sensibles des objets disparus à la vue.

Lorsqu'on évoque un souvenir, sous l'influence de l'excitation produite, l'image auparavant dégagée de l'objet absent renait comme si cet objet influençait encore le sens d'où elle vient, d'une manière obscure et quelquefois véritable. A cette simple remémoration d'une idée, une sensation analogue à la sensation primitive qu'elle représente, se fait ressentir et dans le centre cérébral et dans tout ce qui constitue l'organe sensible : il y a image renouvelée au cerveau et dans le ganglion spécial de cet organe ; puis impression à la fois dans le sens où elle s'est formée. Ce qui le prouve, ce sont les douleurs des hypocondriaques, qu'ils ne ressentent à l'extrémité des nerfs que parce qu'ils en ont recréé l'idée, et, au même point, les modifications de tissu que l'on produit chez les somnambules, à l'aide d'idées suggérées dans le sens de ces modifications ; mais, dans ces cas, le mouvement, au lieu de se propager comme dans la véritable sensation, de la circonférence au centre, rayonne au contraire du centre à la circonférence : delà la dénomination de centrifuge donnée à cette sensation par re-

présentation mentale, en opposition à celle de ccotripi^te donnée à la sensation primitive tl*où elle découle.

Quand la sensation remémorée ou centrifuge (sensation reviviscente de M. H. Taine) est la représentation peu vive de la sensation primitive attribuée à un objet, ou la représentation nécessairement obscure d*une idée dérivée ou générale, on dit qu*il y a simple représentation mentale ; mais quand cette sensation, ce qui arrive presque toujours lorsqu'il y a accumulation de la force nerveuse pour la faire naître, est prise pour la sensation réelle et primitive, il y a hallucination, si même Tlmage dont elle est Texpression n*esl pas bien nette. L'hallucination est la preuve que l'idée particulière et latente réveillée par remémoration, n'est réellement autre chose que la sensation vraie, mais mise en réserve ; et certainement quelque autre idée latente que ce soit, particulière ou générale, ne saurait manquer d'être encore, quoique inconsciente, une sensation véritable mais continue, et à un titre aussi légitime que la précédente. On le voit, la sensation et l'idée rentrent l'une dans l'autre : ce sont deux aspects d'une même chose. Et, comme la sensation formée au rapport d'un objet est à la fois exprimée au sens formateur et au cerveau, rien de plus logique que toute idée remémorée, surtout lorsquelle est vivement éclairée, ne soit à la fois aussi exprimée dans le cerveau et le même sens.

Si un organe où ont lieu des impressions ainsi que le ganglion du nerf qui s'y rend sont détruits par accident^ ou si le nerf qui anime cet organe est seulement coupé, l'hallucination ne se produit pas moins, du moment qu'il y a eu auparavant réception de l'impression au cerveau. Alors l'hallucination, au lieu d'être psychique et sensorielle à la fois, est simplement psychique. Ceci porte à conclure que le siège non entier, mais essentiel

des idées comme des sensalions est dans le cerveau qui perçoit et garde eu outre les images que Ton se fait des objets.

Les considérations précédentes suffisent pour nous montrer qu*à Topposé de la sensibilité qui est Teffet d*un mouvement nerveux allant des sens au cerveau pour aboutir à la fixation des sensations, la remémoration a pour caractère d'être la conséquence d'un mouvement psychique, parfois uniquement cérébral, mais se faisant d'ordinaire dans le cerveau avec contre-coup dans les ganglions et les nerfs des sens ; et qu'en outre, comme nous le verrons et ainsi qu'il a été entrevu par nous (i), si les sensations, puisqu'elles possèdent des appareils à part, peuvent se produire sans le concours actif du cerveau, à son tour la remémoration fonctionne parfaitement en l'absence des organes sensitifs : d'où il suit qu'on peut être dépourvu de mémoire, de raison, etc., avec des appareils des sens parfaits, et posséder des facultés remarquables d'idéation avec ces mêmes appareils complètement perdus.

La sensation centrifuge et l'hallucination, qui résultent de l'action de la force nerveuse sur des idées déposées dans la mémoire, ne sont franches que si ces idées sont particulières, c'est-à-dire venues d'un rapport direct avec leurs objets. Quand cette force réagit sur des idées générales comme celles de nombre, ou négatives de sensations vraies comme celles, par exemple, de ne pas sentir, de ne pas voir, etc., il n'y a aucun contre-coup sur les nerfs et sur les organes des sens, ces idées ne correspondant directement à aucun nerf et à aucun organe ; alors, la représentation idéale est essentiellement cérébrale et n'a qu'un effet négatif sur les tissus inervés,

(1) Voy. plus loin, S ^» Gonscibnce.

rnsLis réel en oe que, dans cerlains €83, elle peut les priver d'influx nerveux. Voilà pourquoi, chez les somnambules méme^ où la force nerveuse agit par accumulation, si elle s*exerce sur des idées déjà fort abstraites, les sens, grâce à cette plénitude d'activité au cerveau, restent d'autant plus privés d'excitation ; voilà f>ourquoi encore quand celte force s'exerce de la même façon et à plus forte raison, chez ces dormeurs, sur une idée négative d'une sensation : par exemple, de la sensation douleur éprouvée dans un nerf, idée négative purement cérébrale et qui est l'opposé de cette sensation réelle, la sensation douleur existante s'éteint, qu'elle ait pris naissance par un mouvement contripète ou centrifuge. En ce cas, la force nerveuse qui pouvait encore •exister en trop dans ce nerf sensible, en disparait tout à fait pour refluer dans le centre cérébral (i).

Nombre d'empreintes idéales sont susceptibles de se conserver dans le cerveau plus que d'autres ; elles le font dans le même ordre déterminé que ces dernières s'effacent. Du contrebalancement de ces phénomènes ressortent les lois du ressouvenir et de l'oubli. On peut sous le premier rapport regarder comme établi : qu'à égalité d'efforts d'attention pour les produire, les idées particulières se conservent mieux dans la mémoire que les idées dérivées ou abstraites : la cause en est qu'elles sont plus imagées, plus nettes, moins complexes; que les idées souvent remémorées restent autrement longtemps fixées au cerveau que celles dont on ne s'occupe plus ; que des choses paraissant complètement oubliées peuvent pourtant revenir à la pensée si des circonstances particulières favorisent une concentration de l'attention plus forte que de coutume; que les

(!) Voy. mon oaTrage : Du Sommeil, p.Sii et sniv., et obs., 3^ ptrlie.

idées, soit particulières soit générales, restent d*autant plus aptes à être rappelées à la mémoire, qu'elles y ont pris naissance à Taide d*une plus grande tension de l'esprit, sont plus récentes et que l'on est capable de faire de grands efforts pour les susciter : en tout cas, celles dont les reliefs sont saillants peuvent en réveiller à reliefs plus effacés, et, ainsi que nous le verrons bientôt, dans leur association, elles se présentent à la pensée selon leurs rapports de contiguïté et de ressemblance, et ordinairement selon l'ordre synchronique et successif dans lequel se sont formées les sensations et les idées antérieures qu'elles représentent. Quant aux lois de l'oubli elles sont, par une inversion naturelle, le complément opposé de celles qui précèdent. En voici quelque» formules: leur date de formation étant la même, les idées provenant de sensations mal dessinées et les idées dérivées disparaissent les premières de la mémoire ; parmi les idées également imagées, ce sont les plus anciennement formées qui se perdent d'abord ; si, chez les vieillards, on croit remarquer le contraire, on se trompe ; s'ils se souviennent de scènes de leur première jeunesse, c'est qu'elles proviennent de sensations vives comparativement à d'autres idées oubliées et venues de sensations plus récentes mais moins dessinées. A égalité de reliefs, les idées et les groupes d'idées que l'on ne se remémore plus disparaissent avant celles auxquelles on prête une attention répétée ; si les efforts d'attention se sont amoindris, il est impossible de se souvenir de ce dont l'on se rappelait fort bien avant cette diminution de l'activité mentale, etc. Somme toute, pour le même laps de temps écoulé, la remémoration se (ait d'autant mieux qu'il y a eu et qu'il y a d'efforts puissants employés pour fixer ou évoquer les idées ; et l'oubli se fait d'autant plus que les efforts dans le même but ont été ou sont amoindris. Ce principe fondamental des lois

de la remémoration et de Toubli est confirmé par des expérimentations que nous avons faites» il y a déjà longtemps, sur des somnambules (i).

Les empreintes idéales mémorielles ne se forment, ne se conservent et ne réapparaissent pas seulement en sensations centrifuges dans le centre cérébral, Tobservation et Tinduction portent à croire^ ainsi qu*on le verra, que d^autres centres ont les mêmes propriétés, mais en se mettant en harmonie avec ce qui se passe semblablement dans le cerveau, quoique ces centres puissent agir sans lui ; on sait déjà dans la science que sous Tinfluence de pensées cérébrales, des idées de nature analogue à celles de cette pensée se déposent en même temps dans ces centres moins importants, et, le signal donné, agissentd*accord avec elle comme il arrive dans les actes par habitude ; ce que prouve, par exemple, Faction acquise de se lisser les plumes ou d^écarter les objets qui les blessent, chez les oiseaux privés de leur cerveau et les grenouilles décapitées : dans ces deux cas, des idées représentatives provenant d'une réflexion intellectuelle répétée et antérieure président encore, dans des centres où elles sont déposées, à des actes ayant leur origine dans le cerveau devenu absent.

Qu'elles soient conscientes ou inconscientes ; qu'elles soient de première ou de seconde formation ; qu'elles soient remémorées ou non, les idées, parties intégrantes des cellules nerveuses, sont des formations réelles, quoique insaisissables, et appartenant en propre aux êtres qui les ont dégagées et produites. Même les idées particulières, puisées exclusivement dans le monde extérieur, n'ont rien de ce milieu que la représentation que nous nous en

(i) Voy. mon ouvrage : Du Sommeil, p. 88 et soiv.; p. 3U et snly.

faisons ; elles n'en sont en nous c[ae dès effets de transformation*. Par an appel préaîaWe de la force nerveuse dans les organes des sens qui reçoivent les impressions et le cerveau qui les convertit et les fixe en empreintes, les idées sont formées en nous et nous appartiennesnt en propre. Elles ne sont donc pas en dehors des êtres, elles y ont seulement une raison d'existence ; et, entre ceux-ci, encore moins sont-elles transporlables de toute pièce, ainsi que se le figure certaine école ; mais si elles sont transmissibles, c'est grâce à des signes écrits, à des mots, à des langues quelconques qui, à leur tour^ deviennent une représentation conventionnelle de laquelle on dégage, on forme et s'assimile de nouveau soi-même les mêmes idées que tous sont convenus de rendre, d'exprimer ainsi.

§ â. — INTELLIGENCE.

Nature complexe des actes idtellectaels conscients. — Fonctions spéciales (le rinlelligence consciente. — Des idées parlicalières et générales ; de leurs matériaux sous forme de signes on noms écrits, de mots prononcés. — Lois de la pensée et de la nature. — Méthodes logiques. — Association dés idées. — Unité du cerveau et de ses fonctions.— Des aptitudes. — Raisonnement et raison. — De l'attention ; son exercice conscient et inconscient sur les actes psychiques des deux vies animale et organique. — Union complète entre ces deux vies, considérées au point de vue de leur siège commun et de leur nature Intellectuelle.

De ce qui précède il découle que, dans le 'système nerveux en entier, centres et prolongements, il y a, grâce à des organes spéciaux qui leur sont adaptés, une force continuellement active, douée d'initiative et, en présence des objets, servant à la formation des impressions sensitives, des sensations, des idées particulières et ensuite à ^la formation des idées générales, puis enfin à la reviviflcation de ces idées. Ces opérations sont hiérarchiquenietit

e( lAdis^olui^lemefK liées entre eUe9, el les deriiièi-*es n*oi^t Ueu que greffées sur celtes qui viçope^K avauU Les (^u subjeeltfs simuUanés d'impression par les sens internes et externes et de réceplion au cerveau de ces impressions se désignent par le nom générique de sensation ceatripète, parce que, d*abord, ils sooi^ inséparables et les expressions d*un ménie pbét¥)mène, et, qu*ensuUe, ils se propc^ent de la c^'conféreoee au centre. Quant à la formation des idées, elle copsis^e dans la Qxation des sepsations sur les surfaces cérébrales ; les idées ne sont doi>c autre c^Qse que des sensations fixées qui, une fois déposées au cerveau, peuvent devenir latentes et conservent alors une existencj^ réelle, inconsciente tant qu*il ne se prodi^t pas d'interruption dans leur état de conscience. Surfaces cérébrales et idées y apposées, ou comme qui dirait : lablcau et peintitre; voilà la mémoire. Enfin une réaction delà force nerveuse sur les idées générales et sur les idées particulières remet surtout celles-ci au jour sous la forme des sensations primitives, et si elles sont parfaitement objectives^ elle peut los reformer exactement de même que si Tobjet était présent: cesi la remémoration. Comme dans ces derniers actes, les idées déposées dans la mémoire sont éclairées de plus de lumière par un afflux plus abondant de force nerveuse^, et que par cette différenciation dans la cause i| nsiit des sensations nouvelles ou idées senties tout 9 fait analogues aux sensations primitives qu'elles représentent ; comme ces idées senties se font du centre à la circonférence avec contre-coup impressif danç les sens quand les fonctions de ces derniers sont possibles, elles sont appelées aussi, avec juste raison, sensations centrifuges, et hallucinations, si on les rapporte à la présence de leur objet absent.

Au dessus de ces phénomènes cérébraux et organiques, il en est d'autres, plus relevés el ayant epcore pour mo-

leur premier la force nerveuse : je veux parler des phénomènes intellectuels ; ils ne peuvent avoir leur développement que par et avec les précédents dans lesquels ils se mêlent, se combinent et font corps avec une certaine solidarité ; car la sensibilité et principalement la remémoration font-elles défaut, ou bien se sont-elles faites ou se font-elles incomplètement et les matériaux qui en restent réapparaissent-ils à demi-effacés, les phénomènes intellectuels en reçoivent le contre-coup et sont affaiblis d^autant ou même anéantis.

Les actes intellectuels sont, je ne dirai pas les plus élevés de tous ceux qui se passent dans Thomme ; mais ils le grandissent le plus par leur importance et leor utilité. Le pouvoir de faire effort d'activité pour les produire est une puissance qui domine sens et sensations, mémoire et idées, et cette puissance dérive de la même force initiatrice, de la force nerveuse qui agit sur ces fonctions, mais se porte ici dans un ordre supérieur. Elle ne remue dom pas seulement ce qui appartient au souvenir des sensations ou les idées particulières, elle va au delà : en se portant sur quelques-unes de ces idées ou sur un grand nombre, elle en extrait en outre des idées d*une représentation déjà vague, mais analogue dans chacun des objets auxquels on la rapporte, c'est-à-dire, des idées générales comme celles de grandeur, de beauté, etc. ; ou bien, elle en tire d'autres du même genre qui sont des extraits communs d'une représentation encore plus abstraite, comme celles de nombres, ou presque nulle, telles sont celles de temps, d'espace illimités, etc., et que des métaphysiciens prennent pour originelles, nécessaires. On ne saurait plus nier que ces dernières ne soient la filiation d'idées particulières : les phénomènes d'observation les plus simples sur les fractions de la durée, idée générale dérivant de nos sensations musculaires et autres sensa-

lions successives et sur les fractions de retendue, idée découlant de la somme de nos efforts sentis et mouvementés jointe aux sensations précédentes nous ont amenés à ces conceptions les moins représentatives qui existent. Les axiomes eux-mêmes sont des oonceptions intellectuelles de vérités dont le critérium de vérification est encore Tobservalion (1). Toujours c'est sur des idées particulières, puis sur une expérience raisonnée que reposent en définitive les vérités à priori et autres. Par exemple^ c*est de Tobservalion de deux lignes parallèles^ perpendiculaires sur une droite donnée dans un même plan, que Ton conclut à ce quelles ne se rencontreront jamais. De plus, par des efforts doubles ou multiples d'attention, en mettant en présence et tour à tour les deux sortes d'idées particulières et générales, en les différenciant, les assimilant, etc., ce même pouvoir arrive h d'autres certitudes cachées, ou permet au moins de connaître celles qui sont déjà découvertes; il les dégage sous forme d'autres idées abstraites et représentant des jugements généraux (2), des vérités nouvelles, des lois.

Hais pour arriver à ces découvertes il ne faut pas seulement avoir en soi, à son service, des idées particulières s'appliquant à la désignation d'un objet ou d'un de ses caractères, et des idées extraites de celles-ci : c'est-à-dire générales et exprimant des caractères communs appliqués à plusieurs choses, il laut encore des signes extérieurs

(i) Voy. Système de logique, par J. Stuart Mill, l. l, p. i65l et boiv. Trad. L. Pei&se. Paris, Ladrange, 1866.

{t) Le jugemeut n'esl pas toujours la dernière phise d'un travail réflectif, ou, selon Kant, Tunilé de conscience de plusieurs connaissances : tout énoncé d une sensation^ d'un souvenir, d'un sentiment, est un jugement on une croyance que chacune de ces choses a des qualités propres.

de eonrentioi» qui représentent les unes et le» autre» de ces choses ou leurs attributs communs, à rœii, à rouie, cic.

Ces sfgnes ou noms écrits, mots prononcés, etc., en ce qui concerne les idées particulières, sont des représentations extérieures, mais conventionnelles de ces idées et, par' suite, des corps dont on les a dégagées. Différemment des signes extérieurs primitifs dont Tidée que nous en avons correspond exactement, au moins dans notre esprit, à ces signes quand elle revient à la mémoire avec toute sa netteté première, les noms qui en sont les remplaçants étant autres, ne correspondent pas nécessairement dans leur structure à celle qu*on attribue aux objets réels qu ils représentent sous une forme tout autre ; mais Ils en réveillent conventionnellement Kidée vraie, et ils font sur nous, à quelque différence d*intensltë près, les mêmes effets que si ces objets étaient présents ; car toujours, dès que nous prenons connaissance des signes écrits ou prononcés, nous avons en même temps une idée plus ou moins exacte des choses imagées dont ils sont les substituts.

Les signes ou noms écrits, etc.^ ayant rapport aux idées peu ou presque pas imagées, c^est-à-dire aux idées générales, dans ce qu'ils réveillent en nous par substitution, ne correspondent que par un extrait des plus abstraits aux attributs des corps extérieurs d*où ils dérivent ; ils n*en désignent qu'un seul commun à tous. Ces signes représentent des caractères identiques dans plusieurs objets^ caractères dont la représentation est vague, parce que ce qui en est l'image dans chacun de ces objets varie par rétendue, la configuration, la couleur, etc. Us sont la base sur laquelle s'opère le raisonnement, les classifications, etc. Leurs types les plus purs sont les chiffres : ils n'appartiennent plus au monde extérieur que par des noms ne réveillant presque plus rien d'imagé. Les chiffres

— — wt —

rcmplaoent des corps quelconques, représentés en réiKtè dans l'esprit en tant qu*ils sont séparés; Ms marquent le seul caractère extrait de ces objets : leur séparation en parties plus ou moins nombreuses. U arrive donc que, dans les calculs arithaiétiques, les objets que les chiffires désignent n*ont presque plus en nous de représentation attributive réelle; ce n*est plus que leur seule division qui, d'une manière générale, est représentée par ces signes factices. En algèbre, les opérations à effectuer s'écartant encore plus des divisions premières des objets que dans les opérations chiffrées, il faut alors, pour en représenter lesquantités de nouvelle convention, des signes généraux différents, plus abstraits et sans aucune relation plus particulière avec un nombre qu*avec un autre. Ces nouveaux signes, empreinte des traces de la route que Ton doit suivre dans le calcul par les moyens les plus simples, au lieu de représenter des quantités déterminées, sont les substituts de quantités indéterminées et sont par là éloignées d'un degré de plus que les chiffres des divisions placées à leur origine commune (i).

C'est sur les idées particulières et sur les idées générales, dégagées des objets les unes et les autres, que roulent nos connaissances intellectuelles. Le raisonnement qui les forme, sous son mode primitif, va d'abord des idées particulières aux idées particulières et les associe; puis de chacune de celles-ci, en extrayant un de leurs caractères communs, il s'élève aux idées générales : il les crée. De ces dernières, le même pouvoir plus complexe encore dans ses mouvements, en partant d'idées générales associées à des idées générales différentes sous formes de propositions dont les premières idées étant sujets les secondes sont attributs affirmatifs ou négatifs, s'élève enfin,

(ly Voy. De lUntêlligence, i. I, p. 18 et siiiv., par H, Taini.

NANCY. — TYPOGRAPHli:

Grande-Rue i^

Î7 — un immuablea et dans l'imposiviation.

is lois ne changent pas ; qu'un , les autres suivent unis par un lit que la liaison établie entre inérales est un moyen précieux idées générales inconnues qui

inconnus d'une loi en allant énéral, puis du général au plus lit à ce que l'on ignore, c'est iâque dont les procédés divers i opératoire, l'élimination suc- ! de la bi qui ne sont pas celles à ce que l'on arrive à découvrir 'squ'il n'y a plus de possibilité possible de continuer h induire, e méthode, celle de déduction :

obtenues par induction étant la réunion des unes aux autres qui s'y enchaînent et qui en Ceci fait, il ne reste plus alors nal de cette sorte de raisonneméme genre, la vérification ou cette méthode et confirme sa

;ique, les actes intellectuels se ppement à une loi trés-simple nous associons successivement nos sens ; par exemple : son ùr de musique oij le son sui-

iti : De rinlelligenee, par TtiNi, Syttime de logique, ptrJ. STuiitr

vani a son geitne* dans te so» qui le précède : e*e^ Tassor ciation successive par conligulié ; ou nous uaissco^ ces données eosembte ei presque inslanlanémcnt» ainsi qu'il arrive lorsque, envisageant un objet, nous y distinguons à la fois les notions de coideur, de forme, de dimension, de solidité, eie- : c*est l'association conjointe par contiguilé. D'autre part, rassemblant dans les objets et dans la mémoire les éléments des deux sortes d'association par contiguïté, si nous associ<xns de ces éléments les données ou images ressemblantes, ou ce qui se retrouve de commun dans plusieurs d'entre eux (et c'est déjà le raison-^ nement à l'état rudimentaire du particulier pour s'élever au général), nous avons le complément de la loi d'association, l'association par similitude.

Il arrive souvent qu'à mesure qu'elles se répètent sans s'être jamais désunies, les associations d'idées et princw paiement celles par contiguïté successives, deviennent de plus en plus rapides et certaines ; et alors l'association se produit au même instant comme par une intuition subite : ce que l'on désigne sous le nom d'association inséparable. Les idées que nous avons d'abord connues séparées, nous finissons par ne plus les y concevoir, et leur coexistence, quoique produit de l'expérience, parait intuitive, comme pur exemple, lorsque nous jugeons immédiatement par la vue qu'un objet est chaud et l'autre froid : qu'un corps est dur et l'autre mou. etc. Notre croyance immédiate au monde extérieur est toute entière le fruit d'associations inévitables d'idées venues séparément par les sens et non d'une connaissance intuitive directe. Nous connaissons un arbre, un fruit, etc., par les sensations successives ou simultanées que nous en avons eues, et notre observation journalière vient nous les faire connaître toujours davantage ; et si nous attribuons à chacun de ces objets des caractères en bloc, une idée d'unité,

ce n'est p&s que nous ayons notkm du tout avant de l'avoir des détails, et cela par une opération inl^uitive de Tesprit : nons avons d'abord vu, touché, goûté, odoré ces objets. Mais, au fond de ces apparentes intuitions et d'autres semblables qui ont tant abusé les philosophes, il existe toujours pour chacune un faisceau d'inférence allant des choses que nous connaissons par les sens à celles qne nous avons connues par la même voie : par exemple, des choses visibles aux choses qui ne sont pas visibles, mais qui l'ont déjà été, etc. (i).

On comprend d'après ce qui précède que les idées, quelles qu'elles soient, ne peuvent jamais faire autrement que de s'associer en grand nombre, d'une manière indéfinie et pendant un temps illimité. Une chose à remarquer, c'est que des idées particulières venues d'organes sensibles différents, puis des idées abstraites de celles-ci, s'associent par réflexion, de façon que l'on est étonné que celles qui ont surgi à la fin se rattachent à celles qui ont pris naissance au commencement, tant on trouve peu d'analogie ou même tant il y a de contraste entre elles. C'est là une indication que les cellules cérébrales, qui fournissent aux idées chacune une place, sont toutes en communication et par conséquent qu'il ne doit pas exister dans la substance grise de cantonnements affectés à des facultés spéciales, ou au moins, à des aptitudes indépendantes les unes des autres.

Nous le verrons encore mieux plus loin, l'observation et le raisonnement viennent démontrer en outre que les cinq facultés intellectuelles dérivent du pouvoir de prêter attention ; que par ce pouvoir commun la sensibilité est la condition de la remémoration, et qu'il en est ainsi de

(f) Voy. iLa phiL d^ffamilion, par J.i5vink«ff Mill, trad. Gazelles, p. 213. Paris, Germer-BailUëre, 1869.

suite de toutes les facultés qui précèdent à propos de celles qui suivent ; que de plus elles s*aident, se combinent dans leurs opérations : ainsi la seconde met à sa disposition la première dont elle provient, et les suivantes jusqu'à la dernière qui est la plus complexe absorbent les précédentes, et ne constituent pour bien dire avec elles qu'une faculté unique. Si les manifestations de la pensée sont inséparables par leur origine et leur mode de fonctionnement 9 il découle encore delà que la substance de chaque hémisphère cérébral où s'élaborent les idées ne forme nécessairement qu'un seul tout indivis^ sans région séparée correspondant à des facultés spéciales. Du reste à l'observation psychologique, des expériences de Flourens ont apporté un témoignage de plus, témoignage décisif à l'acceptation de cette vérité. Ce physiologiste (i) a prouvé, en retranchant des parties entières aux hémisphères cérébraux, que ceux-ci ne tardaient pas à*reprendre leurs fonctions pensantes. Chez une grenouille, entre autres, un huitième de ces parties supplée à ce que l'on en a supprimé. Il est vrai de dire que cette proportion présente moins d'écart à mesure que l'animal en expérimentation s'élève dans Téchelle des êtres : ce qui porte à supposer, dans ces cas et surtout chez l'homme, qu'il serait possible qu'à chaque faisceau nerveux afférent se rapportant à une fonction, il correspondit à la substance grise périphérique du cerveau des sphères y adaptées plus ou moins étendues ; mais 11 faudrait admettre en même temps qu'elles empiéteraient les unes sur les autres, au moins à une grande distance, et s'y mélangeraient.

Mais si les facultés n'en sont qu'une ; si le cerveau pensant

(1) Voy. De la vie et de l'intel., p. 53. Paris, Germer-Baillière, 1852, 2* édit.

est indivisible, comment résoudre le problème de l'existence des aptitudes ? On nomme ainsi des dispositions intellectuelles, naturelles ou acquises qui portent ceux qui les possèdent à la culture de branches spéciales des connaissances humaines et les y rendent supérieurs. M. Ott, dans un mémoire lu à la Société médico-psychologique (i), tout en admettant qu*il n*y a qu'une faculté cérébrale, le raisonnement (c'est de ce nom qu'il la désigne, et elle ne peut s'exercer que dans la substance grise des hémisphères), la regarde comme l'appui unique, le support des aptitudes. Pour lui, les aptitudes naturelles, en tant qu'elles sont nettement déterminées, dérivent, dans leur germe, d'appareils nerveux dont le siège principal n'est pas toujours dans le cerveau, mais y a des ramifications. Ces appareils se reconnaissent en ce qu'ils sont représentés dans leur entier par un organe périphérique de sensations ou de mouvement, et par un organe interne de réception, un ganglion (2) ; et en ce qu'ils concourent chacun à une fonction de la vie. Aussi les aptitudes ontelles leur base dans la perfection de ces centres inférieurs à fonctions distinctes et dans celle de leurs appendices ; et c'est è la suite du développement plus parfait de l'un d'entre eux, que le cerveau est conduit à lui prêter plus particulièrement son concours intellectuel.

Cette manière de voir, aussi ingénieuse que vraie, raccorde une certitude psychique : à savoir que les hommes possèdent des aptitudes spéciales, elle la raccorde à un

(i) Voy. Ann, méd. psych., p. 289, 1870.

(S) Il résulte des expérieDces da professeur Gndden (voy. Ann» méd, psyeh., p. 125, 1872), quMI se trouve dans reocéphaie des centres sensoriels bien localisés correspondant aux nerfs périphériques des sens. Ces derniers étant détruits artificiellement, on voit se produire Vatrophie des centres correspondants, et vice versé. C*est incontestablement de ces centres sensoriels dont M. Oti vent parler.

iah anatonii({tte : l'existence réelle de centres séparés qui, lorsqulls ont un haut degré de perfection, devienncDt des instruments prédominants au service desquels vieonent se mettre les facultés intellectuelles ; celles-ci paraissent comme entraînées à leur remorque. Ainsi est éliminée la théorie de Gall devenue presque insoutenahle, qui rapportait aux hémisphères cérébraux surtout la localisation des facultés nombreuses de sa nomenclature; ainsi est comblé le vide entre les deux termes de celte loi : qu'à une fonction psychique déterminée doit correspondre un appareil ; loi dont le premier élément, Texis- 4ence des aptitudes, avait seul jusqu'alors les caractères de la vérité.

Ce principe général admis, le même psychologue classe les fonctions nerveuses d'où découlent les aptitudes, dV .près les appareils des sens externes : vue, ouïe, etc.; d'après les appareils des sens internes : besoin de nutrition^ de propagation de l'espèce, de mouvement, etc.; d'après la prédominance des centres émotifs, lesquels servent à renforcer la pensée, à lui donner plus de ton, etc.

Il est une autre classe d'aptitude, celle des aptitudes acquises. Comme les goûts, comme certains penchants, elle a son point de départ dans l'idée fixe et, à la suite, dans la propriété d'un chacun h développer et perfectionner plus particulièrement, par l'exercice continu de la pensée et dans le sens étroit de cette idée, un ou même plusieurs organes dépendant des centres inférieurs. Ces aptitudes, si elles méritent ce nom, n'acquièrent jamais l'éclat de celles qui sont naturelles, et elles ont l'incon- "vénient de détourner les facultés mentales de leur.direction vers des fonctions organiques spéciales peut-être très-dé veloppées.

Les unes.et les autces aptitudes, '.entraînant un travail

de tête plus on moins opiniâtre, ont pour corollaire de réagir dvec force sur Torgane cérébral, de développer à la longue ses facultés et même d^angmenter son volume, fiu moment qu'H est connu que par une inervaiion continue, Texerciced^un sens, d*un membre, favorise sa puissance d*action, voire même son développement matériel, on peut bien admettre que la pensée doit s'élaborer avec plus de facilité et de force dans un cerveau exercé, et même que la masse de cet organe doit ainsi acquérir plus de volume. Si le crâne de Thomme a gagné une surface plus étendue depuis les âges préhistoriques ; si les formes de son corps sont devenues moins bestiales, c'est que les mobiles de ses actes ont de tous temps et de plus en plus excité ses pouvoirs intellectuels, et par cette excitation, en réagissant sur le corps, ont imprimé un mouvement parallèle au cerveau et aux parties qui en dépendent.

Pour en revenir, disons par peur d*oubli et pour n'être pas trop incomplet, que Ton a nommé esprit, dans le sens étroit, l'ensemble de toutes les fonctions intellectuelles : ce mot embrasse tous les états de connaissance en tant qu'ils sont révélés directement à la conscience ; il signifie ce qui, à Taide du cerveau, sent et pense conseiemment : comme si l'esprit n'était pas tout ce qui pense par le moyen du système nerveux en entier, qu'on le sache ou non au moment même ! On a gardé la dénomination de raisonnement aux formes catégoriques du mouvement intellectuel à la recherche du vrai, à partir de l'association des idées particulières pour s'élever aux dernières opérations de l'induction et de la déduction ; et de raison, à la connaissance des vérités ainsi acquises par le raisonnement.

Enfin, il est un ordre d'opérations où l'intelligence, puisqu'il y ^a réflexion et choix, vient, à l'aide de la re*

mémoration et des îdées^ mettre à sa remorque une certaine quantité de force nerveuse devenue libre, et la diriger où l*on veut en plus ou en moins dans les parties de Torganisme que Ton croit même les plus indépendantes de Taction intellectuelle. Il y a là les bases importâmes d*une brancbe de la psychologie à laquelle nous reviendrons, branche pleine d'avenir, mais encore à peine effleurée, celle de Tinfluence de la pensée sur le physique et même sur le moral. La loi des phénomènes qui en sont le fondement, une fois dégagée de sa gangue, s'imposera définitivement dans la science ; et Ton s'étonnera que pour arriver à la connaître un siècle de recherches et de luttes n'ait pas été de trop.

Mais, pour mieux saisir, dans leur mécanisme^ les uns et les autres fonctionnements des actes réfléchis, sensitifs, etc., et surtout les balancements de forces auxquels ils donnent lieu dans l'organisme^ on reconnaît que, par l'initiative de la force nerveuse, il existe un pouvoir général qui est à la base des actes pour sentir,*se remémorer, faire naître et diriger avec effort, qu'on le sache ou non, les opérations intellectuelles, etc. : abstractivement parlant, c'est l'attention, toujours active ou prête à agir et à s'accumuler sur le point où a lieu la moindre excitation. Des psychologues regardent encore l'attention, comme la faculté cérébrale de Tespri t à se fixer avec effort sur un objet déterminé pour l'examiner sous joutes ses manifestations, ou à se livrer au raisonnement, à l'élucidation de problèmes scientifiques : dans le premier cas, il y a observation ; dans le second : réflexion. Cette définition de l'attention, en tant qu'elle s'applique seulement aux efforts volontaires faits pour sentir et raisonner est trop étroite. Ne peut-on pas dans une plus large acception du mot, attribuer aussi^ le pouvoir d'attention à celui qui découle du système nerveux toijgours et partout

actif par lui-même, mais en rapport avec le cerveau et les autres centres nerveux pensants, lorsqu'il arrive que pendant la veille, avec indifférence, la force nerveuse est mise en mouvement sur des éléments sensitifs, mémoriels et intellectuels ; ou qu'elle agit avec incohérence, sans choiXj au début ou pendant le développement des phénomènes psychiques du sommeil ; ou même qu'elle s'ébranle à notre insu, mais avec un choix auparavant déterminé et une conscience séparée ainsi qu'il arrive aux spirites en accès ?

On peut même avec raison étendre cette dénomination au mouvement actif de la force nerveuse dans les actions les plus intimes de la pensée : par exemple lorsqu'on lit, il se passe habituellement entre les idées éveillées et celles qui s'éveillent une association inconsciente de sensations et d'idées où l'effort d'attention n'en continue pas moins son chemin : c'est que cette association intermédiaire et vraiment conscientielle est aussitôt oubliée que connue. On peut aussi, et sans non moins de raisons, appliquer cette même dénomination à ce qui se passe dans les profondeurs du système ganglionnaire : et certainement dans ce dernier cas surtout, la force nerveuse, quoique agissant presque toujours à notre insu dans chacun des centres, sans effort et sans préméditation reconnue, y remue des sensations, des idées, et fonctionne avec une initiative intelligente et une conscience appartenant comme à un autre nous-même, mais décelant un effort réel, quoique inconnu : une véritable attention. C'est que partout où parait de rintelligence en activité, il ne se peut qu'il n'y ait effort en même temps ; les efforts ou l'attention en mouvement, à notre su ou non, accompagnent toujours la formation et la succession de nos événements : ils en sont le lien. Il n'existe en réalité entre les phénomènes du système cérébro-spinal et ceux

du système ganglionnaire que celte différencie àans Taction formatrice dont ie mot attention expriniic l'Immanence : à savoir, que les premieris sont d'ordinaire conscients et le plus souvent avec efforts^ et (pie les seconds d^épourvus d'efforts sentis ne le sont presque jamais.

-On ne pourrait nier iVbîquité de l'attention comme pouvoir, qu'autant qu'il n'y aurait pas de phénomènes intellectuels et sensitifs en dehors de l'organe cérébral ; 'mais il en existe, et ce n'est pas nous seul qui l'avons remarqué (1) et qui le disons. Elendoîiis-nouS sur eux, ^et pour n'être pas suspect, nous laissons la parole à de» autorités compétentes. Dans son discours de réception à l'Académie française (2), H. Cl. Bernard, à propos des actes intefllectuels et inconscients de' la vie organique, lesquels découlent de sensations, s'exprime à peu près ainsi : « Quant à l'intelligence elle-même, si on la con— -sidère d'une manière générale et comme une force qui harmonise les différents actes de la vie, les règle et les approprie à leur but, les expériences physiologiques nous démontrent que cette force n'est point concentrée dans le seul organe cérébral supérieur, et qu'elle réside au contraire, à des degrés divers, dans une foule de centres nerveux inconscients échelonnés dans tout l'axe cérébro-spinal, et pouvant agir d'uiie façon indépendante, quoique coordonnés et subordonnés hiérarchiqueiïierit les uns aux autres. »

M. H. Taine (5) assure aussi, en termes moins formels il est vrai, que la pensée agit avec indépendance et à notre insu dans chacun des centres nerveux. On raisonnement analogique fort serré le'porte à cette conclusion :

(1) Voy. Du Sommeil, p. 432, etc.^ etc.

()) Voy. France médicale, p. ^39, ao. 1869.

(à) Voy. De PinteU., 1. 1, p. 838.

% Si, di(~il, noi^ ir4^iMvon8 aiV^urs que (Jansi le cerveau, mue structure nerveuse, des excitations, des réactions, bref, tous les accompagnements et toutes les indications physiques que nou4 avons rencontrées autour dés événements moraux dont nous avons conscience, nous avons le droit de conclure, là aussi, à la présence d'événements moraux que noire conscience n'atteint pas. » Et ce droit s'impose à lui : c Puisque, ajoute-t-il plus loin, dans la protubérance et les lobes cérébraux, Taction de la substance gri^e éveille des événeipenls moraux tous de la même espèce, sensations temporaires ou sensations revivisceotes, on doit admettre que son action éveille partout des événements moraux d'espèce voisioe ; et puisque même, dans la protubérance et les lobes, la majeure partie de ces événements n'apparaît pas à la conscience, rieii n'empêche que dans la moelle, son action n'éveille aus^i des événements moraux et analogues à la sensation] situés cette fois, non par accident, mais par nature^ hors dçs prises de la conscience. »

Enfin sur le même sujet, le plus explicite des psychologues anglais, M. Murphy (1), se prononce d'une manière encore plus complète. 11 admet dans l'intelligence deux formes distinctes, selon qu'elle est inconsciente et consciente : la première préside à l'organisation plastique du corps ; la seconde se manifeste dans les opérations habituelles de l'esprit, ^lais en outre, reprenant une théorie allemande, il soutient qu'entre l'intelligence vitale et l'intelligence ordinaire il n'existe aucune diffé*renee. « L'intelligence qui forme les lentilles de l'œil est la même qui, dans l'intelligence de l'homme, comprend la théorie des lentilles ; l'intelligence qui évide les os et

(1> Voy. oav. cilé de Ribot, p. 40i. (Eit. de Habit andintel ligence.)

les plumes des ailes dans Toiseau, pour unir la légèreté à la force, est la même intelligence qui, dans Tesprit de Tingénieur, a imaginé la construction sur des colonnes de fer é vidées comme ces os et ces plumes. >

Ainsi diaprés des auteurs accrédités, en plus de Tintelligence qui se connait, il en existe encore une autre de même nature et occupant le même siège ; mais inconsciente, ou plutôt consciente avec une conscience à elle ou amoindrie^ destinée aux actions psychiques internes, et capable même de se produire par les centres inférieurs dans une entière indépendance du cerveau. Le foyer de ces deux modes intellectuels d*agir est le cerveau et son prolongement, la moelle ; d'après nos expériences hypnotiques, le cerveau doit toujours avoir connaissance de ce qui se passe dans la moelle et ses appendices ; Tintelligence consciente et inconsciente n'en font réellement qu'une. Ce qui le prouve, c'est que : 1® le système nerveux, point de départ des deux vies animales et végétatives, ne forme qu'un seul tout et, dans le domaine de Tune et de l'autre, ce sont absolument les mêmes éléments nerveux qui en sont le fondement : fibres afférentes, substance grise centrale, fibres efférentes. Si les nerfs sensibles, le cerveau, la moelle, les nerfs moteurs^ toutes parties constituant le système de la vie animale, sont des organes propres à former les sensations, à recevoir et combiner les idées et à les faire mettre à exécution : grâce à un pouvoir commun, les nerfs semblables qui appartiennent à la vie organique et émergent du même cordon central et des mêmes points, jouissent nécessairement par ce même pouvoir des mêmes propriétés intellectuelles. Et comme la substance grise, lien de jonction des nerfs sensibles et moteurs des deux vies, se continue dans toute la moelle pour aboutir au cerveau, elles ne sont réellement sépara-

blés que par les actes conscients et inconscients ou plutôt moins conscients qu'elles présentent ; ^ dans les deux vies et réciproquement, des nerfs sensibles de Tune aux nerfs moteurs de Tautre, les actions réflexes se croisent par Tintermédiaire des cellules centrales. Si ces cellules n'étaient pas communes ; si elles n'étaient pas le théâtre commun des sensations et des idées élaborées des deux parts, cette action croisée ne pourrait se produire ; 3® à la suite d'irritations faites tour à tour sur la protubérance annulaire, les couches optiques, les corps slriés, les pédoncules cérébraux, le bulbe, la moelle, il se produit, soit des mouvements des muscles de Teslomac, soit de la vessie, soit de l'intestin, etc. En outre, des lésions de la protubérance peuvent être cause d'albuminurie, de polyurie, d'une sécrétion salivaire abondante ; une suggestion (i) pendant le sommeil artificiel amène l'accélération des mouvements péristaltiques, l'augmentation des excrétions glandulaires, etc. (2), bref, agit sur l'organisme à tel point qu'il parait puiser toutes ses fonctions au cerveau et n'être que l'expansion de cet organe. A l'inverse, des sensations viscérales ordinairement inconscientes sont parfois perçues au cerveau dans les maladies internes, dans le sommeil dont il vient d'être parlé et où le dormeur retrouve même les symptômes d'affections en voie de formation et jusqu'alors inconnues pour lui. Ces deux ordres de fait>, centrifuges et centripètes, partant surtout du même point central ou y aboutissant, dont quelques-uns, reliés pour une part à l'intelligence consciente et dépendant nécessairement d'une même

(1) La soggestioû est ropération par laquelle l'endormeur, à l'aide de la voix» éteod par l'idée les rapports intellectuels du sujet endormi avec ses propres organes et avec les personnes et les objets environnants.

(3) Voy. Du Sommeil, p. 132 at saiv.

forée eft actioi» paJaqu'ilB se fu^kHiDeot emtfe eiu,. wèèam wM le regard de la même eonscience, sont la déoMaariration plus qu'évidente que les phénomèDes psychiques lies deux vies, ont un même siège au eervesMi ei que, par conséquent, au fond ils ne peuvent dififêrer ; 4* des exrpériences pratiquées sur des animaux inférieurs : oiseaux, grenouilles, eic.^ont donné la preuve que. la vie conUaue fort bien des moi» entiers après que Ton a enlevé préa-* lablement le cerveau. Ces résultats importante, et Tanencépholie ne permettent plus de douter que les centres intérieurs ne puissent se suffire à la rigueur, et n'aient uq« conscience à eux ; mais aussi, les effets produits sur leurs fonctions par influence cérébrale» chez les somnambules, démoptrent que le cerveau possède les mêmes pouvoirs intelligents et coascientiels que ces centres» et, comme nous Pavons déjà déclaré, il n'en est à nos yeux que le résumé, le double, et pajc ces pouvoirs et par son volume.

Disons encore que, par le pouvoir d'attention qui est à sa base, Tintelligepce qui veille à la vie végétative commence dès la formation du fœtus, et que le cerveau à cette époque en est presque exclusivement Torgane avec la moelle ; qu'elle se développe en même temps que le corps, l'entretient, en harmonise les fonctions et le mainiienl dans son ensemble unitaire ; qu'elle a, en un mot, l'organisme pour expression vivante ; disons qu*à son tour, sur le terrain préparé par cette dernière, l'in— telligence ordinaire prend naissance par les sensations, ramasse ses matériaux dans le monde extérieur surtout, les objective, les élabore, pénètre même dans les ténèbres de l'inconnu, en extrait des produits, bases de découvertes auxquelles il ne manque que la vie ; répétons enfin, que ces deux intelligences à centres plus spéciaux pour la vie organique que pour la vie animale et absokioaent

àemMKblQS 4ms. leurs- éMment^ i^Mleaii^ls, 9» c«Wml dans TorgaQa cérébral en ua foyej? cooiscien^L QommuQ pour di^Ecrger en d«ux seas opposés : l'uoe^ non çaxi^ le savoir, iBûis ii noitce insu» crée le monde iiuéri^ur :. c'est aou^^méines ; l*«HHre> avec une oons^iericc phnke Ql en*lier»» crée le monde extérieur tel qMe 00110 to co9cev<Mi9 et non lel qu'it est,, et e*est encore noust miïfmp.

Comme complément indispensable au pava^aphe qui eoncerDe>PinleHi^nce,J*y nattache réludedtes iBslineis et des seiWmenls : lies premiers étant des actes intellectuels qui ont chacun pour base une idée une veiHte de raisonne* ments habituels, idée formulée par le sujet ou tuansmise ^ kii héréditairement par les parents ; les seconds étant le produit d'idées générales consécutives k des idées particulières, idées qui, par cela même qu'elles sont générales, sont des fruits de raisonnenoents comparatifs, et. ont un- écho sensiitf d'une nature générale et non ^péciaJement affecié à un seul organe, à un seul sens, ainsi qu'il arrive lorsqu'on se remémore une idée par-^ itculiére.

A. — Des instincts.

Définition *de Tinstinct. — De Tidée fixe, sifcne caraetéristiqoe des ÎBBtiflcCs. — Des diverses sortes d'instincls.

On entend psof instinct une excitaifoa intérieure, per-^

manente, produite par une idée fixe que l'on ignore et (fuî, sans que l'on connaisse au moment même la conv^-^ aaoce des moyens aux fins, porte à accomplir des aeles inteltigents et utiles à la conservation et au perfectionoenœot des individus et des espèces ; et ces* actes insliac-* tifs, déceulant d'une réflexion primitive» ne deviennent tels qu'à la suite d'habitudes acquises et trafV9mi^es stvec

fixité» par Tidée qui est à leur origine, du siqel à lui-même ou de lui-même à sa descendance.

Pour comprendre parfaitement les instincts, il faut d*abord savoir ce qu*est Tidée fixe. 11 y a idée fixe, lorsqu'une idée ne cesse pas de se présenter à Fesprit d'une manière continue ou à peu près, et domine toutes les autres conceptions ; qu'elle est le point de ralliement vers lequel aboutissent les formes variées des manifestations intellectuelles.

Les idées fixes sont physiologiques ou morbides.

Physiologiques, elles sont la base des préoccupations constantes auxquelles chacun est soumis dans la vie. Plus ou moins persistantes et raisonnables dans leurs mouvements pendant la veille, elles se continuent souvent dans rétat de sommeil, et principalement lorsqu'elles sont affectives : alors, en ce dernier état, elles ont une marche déréglée; il y a folie physiologique.

G*est, après les aptitudes et servi par elles,* c'est grâce à la prédisposition aux idées fixes, chez certains hommes, et à leur permanence dans Tesprit, que l'on a fait les plus grands progrès dans les sciences, les arts, l'industrie, etc. Sans une idée fixe, Guttenberg n'aurait pas découvert les caractères mobiles, et Colomb, un nouveau monde. Sans une idée fixe autour de laquelle gravitent sensations, idées, raisonnements; sans cette espèce de vision constante vers des découvertes qu'entrevoit le regard intellectuel du chercheur, la pensée en équilibre instable, et par suite à la remorque des impressions des sens et des tiraillements incessants que provoquent les besoins du corps à satisfaire, la pensée serait toujours restée au service des nécessités vulgaires de l'existence. Kien n'aurait soutenu l'homme de génie pour se frayer la route vers les horizons lumineux qui le fascinaient : il se serait bientôt affaissé sous l'indifférence, les moqueries ou les persécutions.

Morbides» les idées fixes ne sool autre diose qoe des idées déraisonnables, qa*une disposition maladive de Tesprit empécbe de contrôler : on les discerne en oe que ceux qui les éprouvent, par exemple : les fous, ne peuvent se reconnaître sous leur puissance ; ils se croient toujours raisonnables et ayant leur sensibilité normale, quand au contraire, intelligence, sensibilité sont en tout ou en partie troublées.

Des idées fixes aux instincts véritables la transition est insensible. Tous les instincts complets ont pour caractère d'être basés sur une idée fixe dégagée antérieurement par Tesprit du sujet ou des parents à leur su ou à leur insu, et, chez ces derniers, transmise par hérédité à leur descendance, lis se divisent : 1^ en instincts par habitude; 2" en instincts proprement dits; 5® en instincts aflèclifs ; 4® en instincts organiques. .

I* lostinets par habitode.

Les actes par habitude sont la conséquence d*idées fixes venues d'ordinaire à la suite d*un raisonnement. Lorsque des idées concernant des actes corporels viennent souvent à l'esprit, et que ces actes réfléchis se répètent souvent, on finit, Tordre donné, par les exécuter enfin automatiquement, en pensant à autre chose et sans s'en rendre compte au moment même, grâce à l'intervention des centres inférieurs, lesquels en sont devenus en second lieu les points psychiques conscients essentiels. Ces actes par habitude, consécutifs dans les centres secondaires à des idées acquises d'une certaine fixité, et transmises du cerveau, sont certainement plus que des instincts rudimentaires : irréfléchis lors de leur production habituelle et se déroulant d'eux-mêmes, ils sont déjà par ces raisons regardés par de distingués naturalistes comme des linéaments des instincts proprement dits et des instincts affec-

tifo, e( c'est avea vérité, puisqu'ils ent ea eui^ l'îdiie ixe pour élément primiUf et fondamental. Pour ma part, je vais plus loin et ne balance pas à classer les actes par habitude au nombre des vrais instincts ; ils en sont certes plus qu'une ébauche : se répétant souvent, il ne leur nian<|ue pour être complets que d'être transmis par hérédite et par conséquent non volontairement appris ; car déjà comme eux ils sont des suppléments mteUectuels de perfection. C'est sans doute aux instincts par habitude, sauf qu'ils sont encéphaliques tout à fait, que se rattachent aussi, mais de loin, les actes d'imitation, le sommeil périodique et les mêmes associations d'idées répétées souvent chez les vieillards, associations psychiques non suivies ptar l'intermédiaire des centres secondaires^ d'actes répété^ Hiachinalement à leur suite.

3* lostiocts proprement dits.

Ces instincts sont des dispositions idéales qui se manifestent^ avec conscience entière ou vague et avec irrésistibilité» par des actes d'emblée, non volontaires, non réfléchis quoique intelligents, actes supposant leur objet dans le but spécial de conservation qu'ils cherchent à atteindre. Cette adaptation de l'acte instinctif au but, sans coordination réfléchie au moment même de l'exécution, est une preuve indirecte que les êtres animés sont surtout dès la naissance et avant que les facultés réflexives se soient développées, en la possession d'idées fixes innées, et que guidés par elles dans leurs actions, ils ont déjà en quelque sorte une vision latente des milieux extérieurs dans lesquels ils sont destinés à vivre.

On regarde généralement les instincts dont il s'agît comme des fruits héréditaires d'actes par habitude d'abord réfléchis et conscientiels, puis insciemment transmis des piirents à leurs produits. Rien de plus vrai quç cette ma-

— ij« —

T)iëre de voir basée dû reste sur de nombreux fafts d'observation. Elle équivaut à dire que si les instincts sont les effets d*actes réfléchis souvent répétés, c'est qu'ils proviennent des idées habituelles nécessairement antérieures à ces actes, lesquelles, lôrs des mystères de la génération, se gravent en empreintes idéales de filiation ea flliatron, et restent prêtes à se manifester h leur heure, b 'l'ombre d'une conscience latente qui le&conserve dans ce but. Si, "p&t les idées qui les enveloppent, les instincts se transmettent des parents aux enfants et aux générations qui les suivent, et cela par un mouvement prolongé dans Tintention de conserver les individus et les espèces; cette prévoyance héréditaire nous porte à admettre, par anticipation à ce que nous avons à dire sur les instincts organiques, que le liquide fécondant d'abord, et ensuite l'œnf fécondé du couple procréateur gardent aussi en dépôt et ensemble, nous ne savons (rop comment, mais avec une virtualité qui se sait, un certain nombre d'idées latentes et représentatives du nouvel être organisé, lesquelles instinctivement sont le point saillant qui doit servir à présider au développement continu de cet être. Et puisque, d'après ce que nous avons déjà pu voir, les fonctions intellectuelles évoluent consciemment du simple au composé : c'est-à-dire des sensations aux idées et des idées aux combinaisons d'idées; puisque l'organisme, ce livre vivant de la pensée, suit, mais avec une conscience cachée, la même marche à partir de la cellule pour arriver à sa composition la plus compliquée, n'est-ce donc pas que, comme pour l'évolution intellectuelle, les images instinctives sur lesquelles il est éilifié sont les premiers matériaux parmi ceux du même genre qui en sortent de plus en plus parfaits ? Pourquoi non ? M'existe-t-il pas toujours en dépôt dans le cerveau, des masses d'idées qui y ont été déposées et y restent latentes pour y surgir au

moment venu de les utiliser afin d^aider au développement indéfini de nouvelles conceptions intellectuelles? Une pareille mise en réserve et une pareille évolution ne peuvent-elles donc avoir lieu aussi à notre insu, mais avec une conscience propre, dans ce mouvement psychique profond auquel le corps est soumis, et ne suffisent-elles pas pour expliquer son développement uniformi^ment progressif?

Sauf quMls sont automatiques comme les habitudes et ne sont nullement raisonnes dans le moment de leur exécution ou dans celui qui la précède, les actes instinctifs en question sont de même ordre que les actes intellectuels ordinaires : primitivement réfléchis, Tidée est à leur point de départ commun ; de plus, leur but aussi est en même temps la conservation des êtres et des espèces. Ce sont des suppléments préexistant à rintelligence réfléchie pour lui préparer ses voies, et la remplacer en attendant qu*elle prenne son développement et agisse.

On remarque que les instincts proprement dits diminuent et s^efTacent à mesure que rintelligence grandit, et qu'ils sont d'autant plus marqués et énergiques qu'ils ge manifestent dans les êtres inférieurs de Téchelle animale. En principe, ils sont d'autant plus faibles que la réflexion a de tendance à dominer, et, plus cette faculté s'exerce, plus ils se subordonnent à elle quand ils ne disparaissent pas entièrement. Voilà pourquoi les animaux apprivoisés ont des instincts affaiblis, s'ils ne les ont pas perdus. Mais d'autres milieux favorisent-ils la formation de nouvelles habitudes, de nouveaux instincts peuvent en naître, et cela souvent, surtout chez les animaux à l'état sauvage.

Un des caractères des instincts proprement dits, c'est qu'ils ne s'attachent qu'à des objets spéciaux et personnels, et que, lorsqu'ils sont forts, ils vont à leur but sans dévier : c'est la pierre qui tombe ; c'est le projectile qui suit sa parabole.

On peut classer parmi les instincts proprement dits : la tendance à prendre le sein, à choisir les aliments nécessaires à Texistence; la disposition à construire des demeures et à les adapter à Téducation de la progéniturCy ou à Tentassement des provisions ; la faculté innée de se diriger vers les milieux où l'on doit passer sa vie, y déposer ses œufs ou y élever ses petits ; celle d*émigrer vers des contrées lointaines et complètement inconnues, comme par un pressentiment de ce qui peut 8*y passer, etc.

8® loftincis affectif!.

Ces instincts diffèrent des précédents en ce qu'ils sont composés de deux éléments distincts : Tun commun aux précédents, Tidée mère, innée et fixe ; Tautre propre à eux seuls : Félément affectif. Par Tidée fixe, ils touchent aux instincts proprement dits ; par Télément affectif, ils tiennent aux sentiments sur lesquels je m'étendrai bientôt. En outre, ces instincts appartiennent plus à Tàge de raison que les précédents, sont moins automatiques, et s'associent dans une plus large mesure aux conceptions de Tintelligence réfléchie. Aussi étant moins tenaces et moins impérieux, la faculté intellectuelle peut déji les diriger avec plus de facilité et quelquefois les rendre latents ; surtout ils présentent moins les caractères d'une impulsion fatale, irrésistible. Quelques-uns même sont dépouillés de toute tendance vers un but de conservation personnelle ou sociale ; d'autres enfin correspondent à des appareils organiques et en reçoivent du renforcement.

Quand, par exception, dans l'espèce humaine, certains instincts affectifs sont violents et extrêmes, celui qui subit leur influence se rapproche de la béte : d'un égoîsme étroîu il méconnaît ses devoirs sociaux et sa moralité disparaît en quelque sorte ; il ne peut plus être éclairé par le flambeau de la réflexion.

Malgré tin antagonisme réel entre quelques-ons de ees fnstinets trop extrêmes et Vintelligence qui en est efliMsée, fl en est à Tappui desquels vient cette dernière ; alors elle s*y associe, les aide en concordant h un but commun : la conservation de Tespèce et de Tindividu : eux, dans m sens étroit ; elle, dans un sens large et en les dégageafnt de leur tendance trop exclusive.

Ils se divisent : i^ en instincts égoïstes : certains besoins factices transmis par hérédité, la curiosité, Tacquisivité qui aboutit à Tavarice, Tapprobativité qui conduit à Tambition, etc. ; ^ en instincts expansifs : Tamativilé, la philogéniture, Tadhésivité, etc. ; S** en instincts complémentaires : la ruse, la destructivité, Pinstinct évasif, elc.

io Initincts organiques.

Il a été établi plus haut que les idées latentes dans la mémoire sont les fruits d'empreintes déposées dans le cerveau à la suite d'impressions conscientes des sens ; il faut savoir aussi, tout étrange que cela paraisse, qu'il est des Idées dérivant d'impressions senties sans qu'on s*en doute au moment même, et que des actes intellectuels conscients peuvent après coup provenir de ces sources dernières, ce que j'ai remarqué sur des somnambules, qui raisonnaient en se fondant sur ces éléments psychiques sans qu'ils se doutassent même de leur source «n apparence inconsciente (1). Or, comme dans le système cérébro-spinal, toutes impressions ou sensations non-seulement perçues et devenues latentes mais encore perçues il notre insu et devenues ensuite conscientes ainsi quèles précédentes, implft|uent incontestablement des idées et de l'intelligence et, par suite, du mouvement, il doit en être de même dans le système du nerf grand sym^mthique :

(1) Voy. Du Sommeil, p. 67.

quoique inconscients d'ordinaire, des phénomènes intelligents doivent s'y passer et les mouvements qui y ont lieu ne peuvent autrement que de s*y rattacher. Dans ce système qui forme un tout harmonique avec le cérébro-spinal, on remarque rarement par la conscience qu'une impression se transforme en sensation, puis en idée, dans le cerveau, et encore moins dans les centres inférieurs ; mais enfin le fait existe : n'en aurait-on pour preuve que la traduction qui s'y fait d'une impression en mouvements bien ordonnés, tels les mouvements réflexes, simples ou associés^ avec le peu que l'on en sait, on est porté à conclure, vu surtout qu'il y a dans la vie animale des phénomènes sensitifs et idéaux obscurs à la conscience, que la vie végétative sa congénère est aussi, mais sous l'œil d'une conscience presque séparée, un foyer où s'élabore, d^une manière continue ou intermittente et presque toujours à notre insu, des sensations, des idées et des actes.

Ce qui donne plus de poids à cette déduction, c'est que chez les dormeurs artificiels, au moyen de l'idée suggérée et rendue fixe par suggestion, on ramène, après réveil, les fonctions végétatives dérangées dans le cercle où elles se mouvaient d'habitude et on les y maintient pour l'avenir ; et ceci ne peut se faire qu'en mettant ces fonctions sous le joug d'une idée semblable à celle qui les influençait auparavant. On tel résultat n'a lieu en eux que parce que, directement, la pensée n'a de possibilité d'agir que sur ce qui est l'expression de la partie constituante d'ellemême. Et ce qui confirme surtout en quelque sorte cette manière de Toir, c'est l'automatisme, rinlermillence régulière et monotone des actes de la vie organique, phénomènes dont on ne peut se rendre compte qu'en les rattachant à des idées fixes veillant à notre insu h l'entre^ tien et à la eonsenration do corps, et transmisei bérédilairement des parents aox eniauits, ee qoe déeèient les

formes du corps et les fonctions des organes toujours les mêmes d'une descendance à Tautre.

Dans les centres inférieurs présidant surtout à la vie organique, des idées fixes, et ce sont les plus héréditaires de toutes, nous apparaissent présidant à ce que la force nerveuse reflue f égulièrement par des nerfs (nerfs trophiques, etc.) dans les parties qui leur sont soumises. Elles sont à la fois agissantes dans leurs eentres spéciaux et, par les nerfs, dans les organes terminaux y adaptés ; et tout porte à croire qu'elles sont représentées en entier même dans des fragments de ces divers organes. Une telle conception de l'omniprésence permanente de l'idée, ou plutôt de la sensation centrifuge active partout où se trouve du tissu nerveux, donne à comprendre comment le corps peut être l'expression matérielle d'idées harmomques diverses toujours agissantes et pourvues sans aucun doute de nerfs spéciaux, idées à la fois présentes dans les centres et ces nerfs et même séparément dans leurs particules les plus ténues ; aussi énergiques à la circonférence du corps qu'à son milieu et aussi entières en un point qu'en l'autre. C'est par cette conception qu'on peut s'expliquer l'intelligence ordonnatrice et curatrice, celle qui reproduit les organes de certains animaux ; c'est aussi de même qu'on peut se rendre compte des gi'effes animales : pourquoi la patte d'un jeune rat, dépouillée de sa peau et introduite dans le flanc d'un autre rat, s'y développe en conservant les proportions relaiives de ses diverses pièces osseuses comme si on l'avait laissée en place sur le rat amputé (i ) ; pourquoi la queue coupée d'un têtard de grenouille, alors que ses éléments anatomiques sont à l'état d'ébauche, se développe régulièrement après sa section (â) ; pourquoi enfin le périoste se revêt

(1) Voy. OQT. cité de Valpian, p. S93.

(9) Voy. oav. eilé de Volpian, p. 306.

(Tune cooche osseuse Ih où on le transporte dans Téoo^ nomîe : les idées dont ces parties séparées sont Tex^ pression matérielle y sont restées nécessairement actives par tes centres ou leurs nerfs et môme par les rudiments nerveux qui les am'ment, et gràee à la circulation qui, dana deux de ces cas, s'est établie entre les vaisseaux du CMrps des animaiix en expérhnentacion et leur greffe vi-* vante.

Les instincts par habitude, proprement dits et affectifs sont-iU localisés dan& des parties du système nerveux qui leur soient essentielles ? La croyance en la localisation de plusieurs de ces instincts dans des régions spéciales du cerveau, a été jetée dans la science par Gall. Leur localisation régionale dans cet organe est certes une pure hypo* llièse ; mais leur siège comme idée flxe déposée au cerveau , et même le siège secondaire et de même nature psychique de quelques'^ns d'entre eux dans des centres inférieurs Q*en est pas une. Il est prouvé que les animaux dont on ir enlevé les lobes cérébraux perdent aussitôt toutes les dispositions attribuées à ces instincts, excepté celle» qui proviennent de rbabiiude : ils ne cherchent plus à prendre leur nourriture, k propager Tespèce, etc. La seule localisation cérébrale de ces instincts, dont la base est «ne idée , ne saurait être que celle de toutes les idées qui remplissent la mémoire ; ils ne doivent occuper qu'un point microscopique dans les cellules de la substance grise des hémisphères et non pas une région entière. Mais si les instincts par habitude persistent après TablaitoQ du cerveau, c'est qu'ils ont acquis, par contre-coup, un second siège dans les centres inférieurs , sans que l'on puisse pourtant leur y assigner aussi une place d'une cerUône étendue-

Quant aux iratiiidls organiques : de même cpie Taotion «péciide des nerfs des aens externes fait admettne im

ganglion au tronc de chacun de ces nerfs; de même, Tinfluence particulière et localisée de certains médicaments^ lesquels agissent par impression sur des filets nervepx distincts, est une indication, Tabsorption des remèdes devenant générale dans Torganismé, qu*il y a pour ces instincts, non-seulement des nerfs à spécialité propre, mais encore des centres secondaires avec une conscience à eux. 11 est déjà admis par les physiologistes (|u*un centre respiratoire siège dans la moelle allongée, pourquoi R*existerait-il pas des centres génésique, hépatique, reinal? etc.

B. — Des sentiments.

Deax éiémenls dans les sentimeDts : Tidée et rémotion. — Différeoce entre les sentiments et les instincts affectifs. — Mécanisme par lequel se forme l'émotion. — Des diverses sortes de sentiments.

Par un effort dirigé sur les idées particulières devenues latentes, la force nerveuse, pour peu qu'elle s'accumule au cerveau et aux sens, fait reparaître les sensations comme si elles étaient primitives, et comme si leurs objets étaient encore présents. Dans ces cas de remémoration, il arrive que les sensations ont lieu, surtout dans les organes sensibles périphériques, absolument comme lorsqu'elles y étaient déterminées par les objets. Eh bien! si dans certaines conditions, en se remémorant des idées particulières latentes auparavant dans le cerveau, il se forme une telle répercussion sur la sensibilité des parties organiques, ganglions et nerfs des sens, par lesquels sont entrées les sensations mères de ces idées ; dans les sentiments en voie de formation, même les plus simples, il se fait un contre-coup analogue sur des centres et des nerfs sensibles éloignés du cerveau, et c'est par un semblable mécanisme, la même accumulation de force et les mêmes éléments intellectuels, sinon sensitifs : seulement il se

présente celte différence que, les idées ravivées dont ils sont Texpression étant générales et n*ayant pas par conséquent de conducteurs centrifuges spéciaux, au lieu de se traduire par une sensation dans un seul sens, s'expriment par un contre-coup senti, mais dispersé, et qui a le plus souvent son effet dans des divisions du vaste réseau du grand sympathique, et notamment le plexus solaire.

Toujours, à la base d*un sentiment, on remarque une ou plusieurs idées générales venues par associations d*idées et qui en forment le véritable noyau (i) : ces idées font appel à un excès de force nerveuse dont Feffet se traduit hors du centre cérébral par une sensation revivifiée plus ou moins vague, plus ou moins localisée, plus ou moins prolongée, mais presque toujours forte et qui parfois surtout s'exprime par des mouvements particuliers dans les tissus et dans les liquides de l'économie vivante : tels sont ceux du rire, du larmoiement, etc. Or, cette sensation suscitée dans le sentiment par l'idée remémorée, c'est l'émotion.

Les émotions, qui expriment seulement un côté des sentiments, au lieu d'être, ainsi que l'ont compris la plupart des psychologistes, d'une nature simple et unitaire, ne sont que des rayonnements sensilifs puissants d'idées remémorées, même lorsqu'ils sont agréables, et qui, s'ils ne partent pas toujours d'idées générales venues du monde extérieur, sont au moins consécutivement l'expression d'idées générales, intéressées ou désintéressées y ayant rapport. Si ces observateurs ont pris les sensations émotives pour un tout, dans les phénomènes complexes

(i) Voy. onv. cité de Ribot, p. 7ê (ext. de l'Analyiis de Jàmbs MiLL), et Rapp, du phy$, et du mo^. de Cabanis ; iotrod. par Cbrism. Paris, Y. Massoo, 1S69.

dont ellet font fartie, c'est 4|«e tew meniifiieiiieni mr Ywgàtàmoe esi ipielqseftns n Tîolent, si étendo, si dar^Ue, que Irs idées qui tes ont fait naître, réduites i an poiitt étroit, en sont presque eomplétemeot obscurcies ; elles n'y apparaissent plus que eomme des étoiles à cri^ vers un brouillard.

Où le voîi^ tes sentiments oui de coamiuo avec les instincts affectifs qu'ils sont composés de deux élénietits essentiels et inséparables : Tun cérébral et intellectuel, ridée; l'autre sensitif, Témotion, laquelle est dans les sen* timents ce que l'élément affectif est dans les instincts qu'il qualifie, ce que la chaleur est au foyer qui la dégage. Ici» grAce à l'accumulation de la force nerveuse, l'idée enfante rétnolion comme une idée particulière remémorée se traduit en une sensation centrifuge; et de même que l'on ne se doute pas parfois, dans Tballucinalion par exemple» qu*une idée particulière soit la cause de cette sensation centrifuge caractéristique que l'on prend pour primitive» tant cette sensation l'enveloppe ; de même dans les sentiments, on ne s'aperçoit ordinairement que de l'émotion qui la noie et nullement de l'idée.

Ce qui différencie les sentiments des instincts affectirs» c'est que les instincts ont pour base une idée innée, fixe et produite le plus souvent par des habitudes antérieures des parents, et que le contre-coup de celte idée est presque indéterminé; tandis que les sentiments ont pour fondement une idée remémorée, toujours acquise par le sujet, et devenant seulement quelquefois fixe, surtout dans rétat maladif. De plus, les sentiments sont pour la plupart caractérisés par une répercussion plus localisée dans l'organisme.

Je viens de comparer l'émotion produite par une idée à la sensation revaviscente qui accompagne la remémoration d'une idée particulière. Rien n'est plus vrai. De

nènie que dans ce dernier eas, par suite d*uD appel plus grand de la force nerveuse, la sensation rend plus vive la pensée; de même dans les sentiments, Témotion, à un même appel, donne du ton à Tidée générale dont elle découle : elle l'ampltâe, la soutient, la fixe. Et si Ton remonte à la cause de ce retentissement, on la trouve , prenons pour exemple démonstratif le sentiment du beau, dans ce que les idées qui siègent à son point de départ sont, ainsi qu*il vient d*étre dit, des idées générales, propres seule* ment à des hommes qui ont réfléchi, et ne représentant plus que par quelques côtés étroits les idées particulières dont on les a dégagées. Du moment que les idées qui font partie des sentiments, par cela qu'elles sont abstraites, ne sont plus des idées ayant rapport à des objets de représentation bien définis, il résulte que chacune des sensations émotives qui en sont les effets, au lieu de se spécialiser dans un seul sens comme une sensation particulière remémorée, font nécessairement écho dans tout ou partie de Torganisme, parce qu'elles n'ont pas à proprement parler, ou plutôt ont trop de nerfs spéciaux à leur service. Il n'en peut être autrement. Delà il suit : que différemment des sensations centrifuges ordinaires, effets d'idées particulières dont le retentissement s'effectue du cerveau vers des organes périphériques particuliers, les sentiments ne sont autre chose, par l'idée remémorée, que des sensations centrifuges d'idées générales nullement localisées dans un sens isolée mais ayant un écho sur une grande étendue de tissus, sur une généralité d'organes.

Mais il faut le dire, ce qui le plus souvent, et par dessus tout, imprime son cachet et donne de la force aux sentiments, même aux plus simples désirs, ce sont, par l'idée, leurs rapports avec la personnalité; ils ont un but réfléchi, la conservation de soi-même ou celle des autres pour

soi, el cela à quekfoes exoepUons près. Une idée parliculîère, même relative à la personne, ne peut, du moment qu*elle est partieulière, produire une émotion qu'en s'adjoignant par association inséparable, ce qui a lieu d'ordinaire, une oo plusieurs idées corrélatives déjà acquises et plus généralisées : ee sont ces dernières seules qui deviennent le pivot du sentiment. Ainsi seule, la représentation imagée de la couleur d'un fruit ne suffit pas pour en développer le désir, d'autres idées associées et cimentées par le raisonnement viennent s'adjoindre à cette représentation : telle est oelle^ par exemple, de la saveur agréable qu*il nous a fait éprouver et que Ton va éprouver encore ; celle de le partager avec des amis, de leur faire apprécier sa supériorité au goût comparativement à d'autres fruits, etc., et l'émotion qui en naitra sera proportionnelle à l'intensité représentative des idées générales réveillies de la sorte. Prenons encore un autre fait, un fait relatif à l'enfant inexpérimenté. Tant quW n'aura pas réfléchi sur le danger ou appris à le connaître d'avance, par conséquent tant qu'il n'aura pas crté d'idées générales, il ne saura pas éviter un danger lorsqu'il se présentera, quelle que soit la force de sa représentation mentale pour un objet particulier : il s'amusera d'un serpent avec autant d'indifférence que s'il tenait un jouet, et il ag<ra ainsi, y songera sans s'émouvoir j usqu'à ce qu'il aura appris à ses dépens ce qu'il en eoiJie ; mais l'expérience acquise, à l'aspect de ce reptile et même en y pensant, il éprouvera une émotion légitime : l'idée du mal ressenti et à la suite l'idée générale et personnelle de crainte sans doute déjà éprouvée, viendront s'associer Tune après l'autre à l'idée particulière du serpent.

Dans tous les cas, il faut donc avoir réfléchi, extrait des caractères communs à des objets, c'est-à-dire créé des idées complexes, ou, ce qui revient au même, avoir

raisonné sur les causes de ce qui nous est agréable ou désagréable, nuisible ou utile, et en avoir connu les effets, pour que la présence d*un objet réveille en nous une ou plusieurs idées générales qui leur soient corréla* tives, et y fassent à la suite jaillir une émotion. Déjà, de son temps, James Mill (1), en faisant dériver les senti* ments esthétiques d^une association didées, avait entrevu, non le mécanisme de formation de Félément émotif, mais sa filiation, c Ceux, dit-il, qui n'associent aucune idée agréable avec des sons ou des couleurs, ne sentent pas le beau. Les enfants attendent long-temps avant de montrer aucune sensibilité à la beauté des sons. Et le commun des hommes est de même totalement indifférent à un grand nombre de sons que nous appelons beaux. Pour le paysan, le couvre-feu marque simplement une heure de la soirée, les clochettes d*un troupeau sont signe qu*il y en a un dans le voisinage, le bruit d'une cascade est le signe d'une chute d*eau. Donnez-lui les associations que les imaginations cultivées joignent à ces sons, et il en sentira infailliblement la beauté. » Et les émotions qui en naîtront seront souvent d'autant plus fortes qu'elles se renforceront du souvenir d'émotions semblables fréquemment répétées. Il est même des sentiments comme celui de l'amour, qui, simples dans les émotions irrésistibles qu'ils procurent, sont très-composés si on les envisage dans leurs images primitives. Les idées, causes d'admiration, d'attachement, d'approbativité, d'estime de soi, etc., viennent fondre en eux les émotions qui leur sont particulières (2).

L'idée générale et même les idées générales qui amè-

(1) Voy. on?, cité de Ribot, p S'i (ext. d'Analysis).

(2) Voy id., p. 196 (exi. de Spécial Synthisis, par Hbrbert

Spbmgsr).

— tJ8 —

. nebt la senatioa émotive ne poovanli 8ilrto«t si eDes sont multîplesy se spécialiser dans un seul sens et y avoir un écho spécial par représentaiion mentale, réagissenl donc alors sur Torganisme d*une manière moins nette ei plus étendue qu'une idée particulière ne le fait par re^ mémoration dans Torgane qui lui est propre ; mais aussi comme elles ont un grand nombre de condocietirs et qu'elles font rejaillir du cerveau de la force nerveuse en aiiofidanee, en raison de leur puissante signification, leur action en dehors de lui est souvent violente, perturt)atrice et elle embrasse quelquefois le système nerveux en entier. Les ganglions et les nerfs du grand sympathique en subissent surtout le contre-coiip avec force et en même temps avec la lenteur et la persistance d'action qu'ils mettent dans leurs mouvements fonctionnels. Aussi, rien de plus commun que de rencontrer des accî<dents maladifs à la suite des émotions qui se sont manifestées avec énergie.

Outre les éléments idéaux et émotifs dont il vient d'être parié, il y a des sentiments qui offrent aussi, comme les instincts , un but à atteindre , et puisque le mouvement organique qui les caractérise est parfois durable et énergique, on le suit ensuite avec un entrainement dont il est impossible de se défendre.

Il est des sentiments qui se traduisent par des impressions nerveuses tranchées et des effets organiques caraetéristiques : par exemple , la joie procure une sensation expansive , détermine le rire, active l'appétit, accélère la circulation et rend la respiration plus large : les énergies mentales et autres seulement surexcitées, sont ici en plein exercice normal ; la tristesse, au contraire , produit une sensation compressive, amène de l'inappétence, fait couler les larmes, etc. : en ce cas, les mêmes énergies aboutissent à un trouble violent de l'économie.

Ainsi qu*îi arrive des linéaaieiils de clique idée r»* raéinorée venue d*iin même sens , lesquels ip|Niniissenl tous discincts sous le jour d*un éclairage commun; ainsi il est d'autres seniiments que Ton ne différencie entre eux que par les linéaments divers des idées qui en sont les causes, Félément émotif qui les sentimentalise étant commun à tous. Comment distinguer, par exemple , la pitié de la tendresse , sinon par les idées qui leur sont propres? Dans ces sentiments, Témotion spéciale à chacun d'eux est indéterminée par elle-même, quoique réelle, et les idées qui les distinguent n'y paraissent que comme des images différentes sur un fond de tableau commun.

Puisque les sentiments ont pour noyau des idées à écho sensitif , et que toutes choses senties ont leur contraste, ou au moins sont différentes d'intensité, on peut déjà distribuer les sentiments en deux grandes divisions . selon les deux caractères opposés des sensations d'où ils viennent.

Désir. — Répognance. ' ËmoIttioD. — Jalousie. Modestie. — Orgueil.

Plaisir. — Peine.

Amour. — Haine, donfiancc. ^ Méfiance.

Géucrosilé, ~ EoYÎe.

Pitié. — Dureté.

Espérance. — Crainte. Timidité. — Hardiesse.

Tendresse. — Colère. ' Pudeur. — Impudeur.

Fierté. — Honte.

Espeir. — Désespoir.

Etc., etc.

On les distingue aussi en sentiments heureux ou malheureux; en sentiments calmes ou violents; même on les caractérise selon que leur état est transitoire ou permanent, ou bien qu'ils sont produits par causes subjectives ou objectives , etc.

Les sentiments énoncés ci-dessus sont personnels. Il efi est aussi d'impersonnels; ils sont comme une sublimation des sentiments personnels les plus nobles, et, de même que les instincts, ils finissent par revêtir les caractères de ridée fixe. Ce sont d'abord les sentiments du

vrai et du juste : ceux-ci, pris dans chacun en particulier, se nomment bon sens ; répartis dans tous , ils se nomment sens comniun. Viennent ensuite les sentiments du beau et du bien, le sentiment religieux, et enfin celui du devoir. Lorsque ces sentiments s'élèvent à leur manifestation la plus haute, on a Fenthousiasme : c'est la folle sublime, celle des grandes choses, celle de la vertu.

Page 1