‹ Ébauche de psychologieChapitre 7 sur 22 · IMAGINATION · texte numérisé non relu

IMAGINATION

La faculté complexe de rimagioation confirme la loi que de la plus simple facaité à la plus compliquée^ les unes sont après les aulres des cooditioos de celles qui suivent. — Ce qu'est IMma^inatioo. — Sa solidarité arec les autres facultés.

Il a été établi précédemment : que les sens apportent les impressions reçues des objets dans le centre cérébral où celles-ci sont perçues et transformées en idées particulières par un effort d'attention ; que par un autre effort, en suscitant les mêmes idées venues des sens et gravées dans la mémoire , on reforme parfois les sensations primitives au point qu'elles paraissent réelles; que, par un même effort, l'on peut extraire de ces idées particulières des idées générales, sans représentation mentale coïncidant nettement avec les sensations et les idées d'où elles sont tirées, les susciter au besoin et ensuite associer ensemble les unes et les autres ; que pour peu que les idées générales remémorées soient représentatives , il en résulte parfois , au lieu de sensations remémorées particulières et exactement imagées , des sensations généralisées variant selon la nature des idées qui les causent , sensations appelées émotions , lorsqu'on veut désigner leur caractère purement sensitif, et sentiments, quand on considère qu'elles sont chacune unies intimement à une

D a été éubC cnfio que, ptr un eflort d^attcntion , toajours pareQ , «m poK faire surgir les idées peu ou entièrement reprëseniatiTes des qualités assignées aux objets, e*est-&-dire générales ou particulières, pour qu*en les opposant ensuite les unes aux autres , afin de les différencier et de les assimiler, on aboutisse ainsi à émettre des jugements, à acquérir de nourdles connaissances, k formuler des lob; il a encore été établi que les trois facultés mentales dont nous iKMts sommes occupé dérivent les unes des autres, les plus complexes s*appuyant sur les plus primitiTcs et les plus simples ; que les efforts d*attention faisant réagir de la force nenreuse sur les idées , sont avec celles-ci les deux éléments principaux des facultés de remémoration et d'intelligence dont la sensibilité est la base par la sensation et aussi par les mêmes efforts; et que toutes trois sont solidaires, car la première ou la seconde supprimée , les deux suivantes ou la dernière sont par cela même anéanties.

Mais ce n'est pas tout. Il est une faculté dont la sensibilité, la remémoration, Tintelligence , y compris les instincts et les sentiments, sont tour à tour les conditions d'existence : je veux parler de l'imagination , laquelle , si elle n'est pas la plus essentielle de toutes, est au moins la plus brillante et la plus complexe. De même que Tintelligenoe ne fonctionne pas sans les facultés qui la précèdent et lui apportent les éléments de ce qui les constitue elles-mêmes , et ainsi de suite à propos des sentiments à l'égard de la remémoration et de celle-ci à l'égard de la sensibilité ; de même l'imagination ne peut remplir ses fonctions sans le concours de ces fonctions réunies et de leurs éléments communs, attention et sensations, attention et idées : elles lui servent de points de départ , d'aides, de compléments; pour mieux dire, en un mot, èBes s'épanouissent en elle.

Imaginer, c'est avoir le pouvoir d'évoluticm psydhique porté à ses limites extrêmes et complètes; c'est, d'un côté , avec la force nerveuse ébranlée par un eSàrt d'at* tention , et de l'autre , avec les organes el les fonctions de sensibilité, de remémoration , d^intelligenee ; e^est, avec les Instincts , les sentiments et avec les réalités p«y« ehîques déjà acquises, former non -seulement d^autrw réalités de même genre , qui en dérivent et en sont h continuation transformée; mais, ce qui implique qu'une pensée actuellement formulée enveloppe la croyance hy*pothétique qu'elle peut devenir effective, c'est encore faire passer ces réalités de l'esprit qui les enfante , dans des signes ou autres productions objectives : sons exprimés, lettres, mots, figures géométriques, instruments divers, monuments, poèmes, tableaux, compositions musicales, etc. Et de même que les précédentes facultés agissent parfois à l'insu du sujet, l'imagination, ainsi qu'il arrive chez les somnambules et chez certains spirites, peut entrer en fonction sans qu'il reste ensuite dans l'esprit la moindre conscience de ce qu'efle a enfanté.

L'imagination embrasse le plus souvent les autres faeultés dans un seul faisceau ; die les ass^vit à son joog avec leurs organes pour les feire produire att-<lelà de ce qu'elles peuvent seules par elles-^mêmes. Tous les éléments de l'être humain : oi^nisme, fonce nerveuse, facultés et produits psychiques, viennent l'un après l'autre ou ensemble se mettre sous sa puissante influence, la servir, en être dominés et en subir le co(ntre**coup.

Mais si, avee les autres facultés, ses congénères, l'imagination est tout; privée de leur concours, elle n'est rien: sont-elles imparfaites? elle est pauvre; développées, elle acquiert de l'étendue, de l'éclat, de la force. L'idiot, qui n'a presque que des instinela, eal^ capable

d'écrire une oeuvre sentimentale, d'inventer une machine? L*aveugle, qui n*a nulle idée des couleurs , peut-ii jamais peindre une toile , et le 8ourd*muet est-il capable de composer un air musical? Mais que Ton prenne un homme ayant déjà ces facultés un tant soit peu développées et par conséquent des idées : il saura, comme le sauvage, inventer un piège, improviser un chant de guerre , bàlir une hutte et creuser uoe pirogue. Et s*ii s'agit de quelqu'un plus parfait, on aura un Homère, un Phidias, un Jacquard, un Fulton, etc.; car, dans les sciences aussi bien que dans les arts , il est impossible de produire sans l'imagination. Servie par la remémoration, elle réveille des idées et ressuscite les scènes de la nature; servie par Fintelligence qui la guide, elle utilise les connaissances obtenues par son aide et de celui des autres facultés et s'en sert pour d'autres découvertes ; puis, fixée par les instincts et les sentiments, poussée et possédée par eux comme par un démon , elle s'exalte et enfante des prodiges; elle invente des machines admirables, qui centuplent les forces humaines ; elle asservit les corps à la pensée, les transforme, les pétrit, les moule , leur fait rendre des accords que les oreilles n'avaient jamais entendus, des harmonies de couleurs et des traits qui n'avaient jamais frappé les yeux. C'est elle qui, il l'aide de l'intelligence pour guide, des sentiments qui soutiennent l'artiste et le passionnent pour le beau ; c'est elle qui, d'une coquille, d'une feuille de lotus , d'acanthe, que l'œil a examiné et que la remémoration représente idéalement, vient modifier ces réalités et les métamorphoser en d'autres réalités différentes : dans ces cas, par imitation et par une opération mentale consécutive, elle imagine des ornements de pierre, de bronze, etc., dont la forme toujours belle et la disposition , tout en s'éloignant de la disposition et de la forme primitive ,

s'adaptent merveilleusement à la destination que le génie de rhomme leur prépare.

De telles transformations et des plus complexes, elle en fait continuellement. Depuis la lettre inventée pour écrire des mots; depuis les mots rassemblés pour exprimer des séries d'idées et peindre la parole, jusqu'aux machines les plus compliquées ; depuis les chants aigres et les sculptures grossières des peuplades barbares , jusu*aux productions des plus grands virtuoses et des culpteurs les plus habiles, l'imagination ne cesse d'intervenir: elle excite les autres facultés, les pénètre comme elle en est pénétrée ; elle leur donne le souffle ; c'est un feu qui les échauffe, les anime dans le même but ; les fait produire au delà de ce qu'elles peuvent produire livrées seules à elles-mêmes. Et si l'intelligence s'endort, par exemple ; si elle leur fait défaut^ alors elle les aveugle et les lance dans le domaine souvent pathologique de la rêverie, du merveilleux et de l'absurde : ou si c'est le sentiment, elle se traîne platement dans le trivial ou l'imitation servile.

En résumé, de même qu'il existe un lien intime de filiation et de solidarité, à partir de la faculté de sensibilité jusqu'à celle d'intelligence, et que sans celles qui les précèdent, celles qui suivent n'existeraient pas ; de même toutes les facultés spnt avec les idées qu'elles font naître ou sur lesquelles elles s'exercent, les conditions indispensables de l'imagination. Servie par les sens et la mémoire, guidée par les instincts et l'intelligence réfléchie, soutenue par les sentiments, l'imagination en excitant ces facultés qu'elle embrasse, qu'elle coordonne dans leur action, entre par elles et plus loin qu'elles dans le domaine de l'inconnu ; elle invente, et d'après des conceptions nouvelles forme des types nouveaux .

§ 5. — CONSCIBNCB*

Union ialîme de la conscience a?ee les antres facaltés. — La condition de son fonctionnement, c'est te changement de set états ; ils se réduisent ï des constatations de ditférence : alors elle est primitive; et de tesaemblaiice : alors elle est réfléchie. ^ S'il est poa* sible qoe des événements de la oonseienee soient ressentis à la foisi ils ne sont cependant bien différenciés qoe lorsqu'elle s'exerce snr eox tonr à tonr. — Conscience k la fols multiple. — Conseiente dêdeoblée en dent courants isolés. — Conscience de la consoietiee. — Vivacité de la conscience ei proportion de l'nceamnlalion de la force nerveuse par des efforts d'attention. — Dans le système de la vie organique, les centres sont séparément doués d'une conscience k eut, et dont les conditions foncttonnelleft sont les mêmes qne pour la eonsoienw cérébrale<

J*ai fait déjà remarquer quMI y a conscience dans les raanifestaUoBS spéciales aux facultés décrites plus haut : k conscience seule décèle à Phomme les actes divers de leur activité fonctionnelle* Entre sentir, se rappeler, raisonner» ifnaginer et la conscience que Ton a en même temps des phénomènes propres à ces différents genres d'activité , il n'existe aucune séparation : Tunion est in-^ time» la conscience revêt et cpntient tous ces phénomènes; la faire disparaître, c'est les anéantir tous* Si Ton donne une place à part à ce qui rend lumineux les manières d'être de l'esprit précédemment examinées, ce n'est que dans le but d'atteindre par l'analyse les modes psychiques y attenant, et qu'il serait impossible de bien connaître autremeot*

La conscience naii en vertu d'un changement d'état dàlis les sensations, et oé changement engendre nécessaircnient les termes d'un rapport de dissemblance entre l'état sensitif qui précède et celui qui suit : c'est la con*sdence primilive. Elle ne peut continuer d'être qifau-

tant que ces ehangements continuent , et que leurs rapports de différence 8*établissent et augmentent à la fois. Un état de conscience non interrompu est une nonconscience; n*éprouverait-on jamais que la même impression , ou n*aurait-on toujours que la même idée dans Tesprit, on ne sentirait rien, ou Ton ne s'apercevrait pas de cette idée. On a la preuve de cette assertion pour les idées qui sont des sensations en réserve , dans la présence à notre insu de celles-ci dans la mémoire : faute d'interruption, de différenciation dans leur état de conscience pourtant réel , elles y restent longtemps latentes ; mais même après des années , accumule-t-on sur Tune d'elles de la force nerveuse par un effort , différencie-t-on cette même idée en passant du moins au plus , elle revient immédiatement à l'esprit et se fait sentir. Pour que la conscience existe, non-seulement à propos de la réception des sensations , mais aussi à propos du remuement commémoratif et réflexif des idées, elle doit donc être une différenciation continue de ses états constitutifs.

Mais les états variés de conscience qui se produisent tour à tour, lesquels impliqifent forcément une série dans leur développement, ne deviennent de véritables éléments d'intelligence qu'autant qu'ils sont connus comme semblables à certains états auparavant éprouvés et que la mémoire conserve. C'est alors seulement que l'esprit ayant recueilli des matériaux conscientiels déjà nombreux , les classe et fait ainsi acte de raisonnement ou de conscience réfléchie : d'un côté, il met dans une catégorie les dissemblances, et, de l'autre, les ressemblances. C'est par ces deux processus contraires que la conscience fait surtout preuve d'activité , et elle ne fournirait aucun élément à la pensée , si , à chaque instant , ses phénomènes n'étaient différenciés et ensuite assimilés.

De cette action de la conscience, il résulte que les sen^-

salions centripètes et centrifuges, puis le raisonnement qui s*étaye sur elles et sur les idées quelles qu'elles soient , se ri duisent , à partir de ce qui est le plus simple pour aller au plus composé » à une classification où , par des efforts d'attention , Ton désassimile d*abord les faits dissemblables et où Ton assimile ensuite les faits semblables. Et^dans la science ainsi que dans les choses les plus communes de la vie, grâce à la conscience» Ton ne fait que grouper les rapports similaires et séparer ceux qui ne le sont pas. Si le progrès prend un développement continu, c'est que Ton accumule de jour en jour plus de différences et de ressemblances ; car, quelle que soit la méthode, tout raisonnement dans ce mouvement humanitaire en revient toujours à différencier et à assimiler, à désintégrer et à intégrer (1).

La conscience qui fait que l'on se reconnaît actif au moment même des actes psychiques , et qui s'exerce sur le domaine des autres facultés avec lesquelles elle est intimement unie, en tant qu'elle peut être réveillée par une excitation , est un véritable Argus , mais dont les regards embrassent alternativement les objets auxquels ils s'attachent. Non pas qu'elle ne soit capable d'avoir même plusieurs modes d'activité à la fois , ce qui arrive quand on voit, entend, déguste, etc., au même instant (c'est là une preuve de son ubiquité d'action dans le cerveau , et principalement dans les appareils des sens) ; mais alors , les sensations ressenties, quoique différentes, sont sans netteté et d'autant plus vaguement déterminées qu'elles présentent de variétés et que leurs sièges de réception sont rapprochés : il faut , pour que chacune d'elles soient bien exprimées , que l'attention se porte sur elles tour à

(1) Voy. ouT. cité de Ribot, p. 310 (exi. de Princ. ofpsyeh., par Hbrbirt Spinckb).

lour. De même» pour des sensatioiis appartenant au même organe, par exemple, des douleurs tenues du seul sens du tact et éprouvées dans plusieurs parties du corps en même temps : elles ne sont réellement bien connues et différenciées qu*autant qu'elles varient dMotensité, de distance et qu*on 6*arrête sur chacune d'elles; qu'autant que les éléments de la conscience deviennent successifs. Si ces sensations étaient exactement semblables au même instant et quelque peu rapprochées dans leurs points de formation tactils et cérébrals, on éprouverait sans doute une impression pénible et uniforme analogue à celle que Ton a en appliquant les cinq doigts de la main sur un corps chaud.

L'alternative différente des états de conscience et leur succession continue, quel que soit Torgane sensible qui les apporte, sont véritablement la condition et la loi qui assure la production de ces états, et la connaissance que Ton en a. Cette vérité parait surtout au grand jour lorsqu'on r^échit : les diverses idées que l'on fait surgir» que l'on rapproche, que l'on oppose, ne se prodoiseni ainsi que parce qu'elles sont distinctes et successives, et c'est en raison du contraste de leur succession qu'elles apparaissent à l'esprit avec une égale clarté.

S'il existe à la fois au cerveau une certaine ubiquité dans les états de conscience qui se rapportent à chaque sens, et même à l'un d'entre eux en particulier, cela tient surtout à ce que ces organes, qui y touchent par leurs ganglions, sont de petits appareils différenciateurs séparés qui en disséminent et en renforcent l'action. Cette particularité explique comment, l'esprit étant trèseonoentré, le cerveau, par les sens et pour ainsi di^e comme è son insu, peut encore être en même temps doué d'une conscience amoindrie en recevant de nouvelles impressions, et comment il retrouve finalement les

iraoes de oes nouveaux événemeDta eooaeieiitiels dont il n'avaîl paa paru s*aperoevoîr lors de leur formation. Je suis arrivé à formuler eette manière de voir à la euite d'expériences sur des somnambules que )*avai8 crus long-temps plongés dans un isolement eomplet, parce qu'ils m'avaient toujours paru insensibles aux épreuves que je leur avais fait subir ; le hasard me fit découvrir des marques indirectes qu'ils avaient pourtant^ malgré leur absorption mentale, éprouvés de véritables sensations, et ce qui me confirma dans cette croyance, c'est que je pus leur faire ressaisir, par remémoration et pendant des sommeils subséquente, les linéaments de ce que, en dehors de leur concentration d'esprit, ils avaient ressenti avec une sorte de minimum de conscience lors de leurs précédents somnambulismes (i). £n outre que les appareils des sens agissent chacun à pari, il ressort de ces faits que leurs parties ganglionnaires viennent mettre sans doute à la disposition du cerveau déjà averti, et à son moindre appel, les idées dont elles sont avec lui les -dépositaires ; sans ces auxiliaires, un tel ressaisissement d'idées acquises presque en l'absence du cerveau actif pourrait-il avoir aussi aisément lieu ?

Il est du reste certain, et les faits vrais dont il s'agit n'attaquent nullement ce principe : à savoir que la con* dition des états de conscience, c'est qu'ils soient distincts et se succèdent ; il est certain, ce que décèlent les exercices spirites, que l'action conscientielle cérébrale peut en même temps, avec l'action divisée des facultés, se partager en deux courants : par l'un, elle veille au grand jour de l'esprit du crisiaque dans tout le cerveau et les appareils des sens ; par l'autre, elle veille insciemment, mais du cerveau aux muscles moteurs des doigts et comme

(1) Voy. Du Sommeil, p. 67.

dans Tombre, sur des points où par eontre-coup la force nerveuse est accumulée. Des deux côtés, se manifeste une activité par laquelle les faits de conscience se succèdent avec intelligence comme s*il y avait deux êtres pensants (i).

Non-seulement chez les spirites, mais chez tous les hommes la conscience se dédouble dans son mouvement cérébral. Dans ce cas plus commun, Taction de rintelligence se divise, elle s^isole d*une partie d'elle-même pour attester en elle et dans les autres facultés en exercice, les phénomènes conscients qui y naissent et s*y passent : c*est la conscience de la conscience ; elle n*est par l'effort de contention volontaire qui raccompagne ordinairement, qu^un développement plus marqué et plus dédoublé de la conscience réfléchie, laquelle, après la différenciation des états de conscience primitifs, les assimile ; et contrairement à ce qui a lieu dans les exercices spirites, ici la conscience fonctionne sciemment aux deux pôles opposés de Taction mentale. G*est par ce moyen réflectif que les psychologues s'observent et étudient l'homme en eux-mêmes ; c*est ainsi que des fous assistent à la marche de leur folie, la regardent se dérouler dans ses phases ; ils sont les uns et les autres comme s*il y avait deux êtres conscients en eux : Tun qui contemple, et Tautre qui est contemplé.

Étant liée étroitement aux autres facultés, la con-

(1) Pendant qa'ils sont appliqaés ^ regarder courir leur crayon, les spirites écrivanls tracent des lignes^ ou en n*en connaissant le sens que jusqu'au mot commencé ; ou sans le connaître, si leur écriture attribuée par là à des esprits est difficile à déchiffrer sur le champ. Il en est même qui tiennent conversation avec une ou plusieurs personnes, et les compositions littéraires qui sortent en même temps de leur plume, complètement ï leur insu, sont parfois trèsremarquables comme pensée et comme style.

science esl soumise avec elles au pouvoir de faire des efforts, et alors ainsi qu'on Ta déjà vu, elle devient d'autant plus vive que, par ce pouvoir général^ il s'accumule de force nerveuse dans les opérations psychiques. Aussi, par suite, toujours agissant avec les mêmes facultés et si la concentration d'esprit est grande, elle prend connaissance de phénomènes qui auraient pu lui édiapper, et elle acquiert en lumière ce que celles-ci ' gagnent en perfection. Sous sa clarté, des idées déposées dans la mémoire et oubliées depuis long-temps, elle les met sous un de ses rayons, et les faisant sortir de leurs ténèbres, elle reforme les sensations par lesquelles elles sont venues : c'est un flambeau qui accompagne toujours et partout de même les autres facultés. Mais, lorsque ces phénomènes conseientiels de surexcitation ont lieu, on perd d'ordinaire et en même temps le pouvoir de sentir renaître la .conscience dans les autres parties du corps ; elle y cesse, au moins en apparence, d'y être à la piste des sensations. Ainsi, l'attention se porte-t-elle sur un seul mode d'activité : une sensation spéciale à la vision, par exemple; la force nerveuse s'y accumulant, on perd au moment même la possibilité de voir par excitation renaître la conscience sur tous les autres points de la périphérie du corps et dans les autres sens : on s'en isole ; tandis que cette même sensation devient nette en proportion de la concentration dans laquelle on est entré pour observer avec les yeux. Voilà pourquoi les opérations chirurgicales sont si douloureuses sur les sujets non chloroformés, et que les hypocondriaques, en s'en occupant sans cesse, éprouvent des douleurs intolérables ; voilà aussi pourquoi, par la révulsion opérée loin des tissus où l'attention ne se porte plus, les blessés, pendant le combat, ne ressentent pas leurs maux, et que l'on pratique à des somnambules des opérations dont

ili lie 9e ^wi^M. p«s« De ce qui précède il déomle qw ottea^ le même aujet» la coi^ence a*exeroe d*aatam pli» que d'uQ càiéf par un effort d'atteoiioDy il s'aeeumule de force nerveuse aur un organe quelconque ; el elle est di^ poaée à s'exercer d'autant moii^^ que» de l'autre e^, par conire<-coup9 cette force est de beaucoup diminuée.

Quelle que soit sa forme, la eonscienee est donc un pouvoir qui édaire en même temps qtt*U constate, distingue» enregistre les difiCërences et les ressemblances des phénomènes que Tétre s'attribue ou attribue ao monde extérieur. Elle ne peut s*exercer qu'autant que ses états sont interrompusi successifs et changeants ; et» en définilivCf c'est sur eux que savants et ignorants fon-* dent toutes leurs connaissances : le premier ne diffère du second que parce qu'il a classé un plus grand nombre de ces états. Ordinairement douée d'omniprésence ou au moins prête ^ s'exercer partout où se produit une excita* tion» la conscience, dans certains cas» a encore la pro-* priété de se diviser en deux courants intellectuels et d'y agir contrairement à son mode unitaire de fonctionner ; enfin parfois, elle acquiert une remarquable clairvoyance^ et cela en raison de la force nerveuse accumulée» d'une part, sur une opération d'esprit, et d'autre part, amoin-» drie dans le restant du corps. Mais ce n'est pas tout : ce feu vivifiant répand encore ailleurs sa clarté.

Nous l'avons déjà établi, en outre du cerveau, il existe dans toute la moelle et peut-être le nerf grand sympathique, un nombre indéfini de centres nerveux plus petits, solidaires les uns des autres et soumis à son influence ; tous, car la conscience est partout dans l'or** ganisme, sont semblablement à lui doués à part de propriétés psychiques conscientes et spéciales. Munis de nerfs sensibles et moteurs, ils possèdent une action cona* cientieUe travaillant à noUre insu et chacun dans leur

sphère de méniQ que si c'était pour un autre noua-mémey el bien cpie Torgane eérébral résume au sensorium commume avec une semblable conscience à pari (!) les événements qui se passent en eux* Une preuve entre plusieurs d'une conscience propre à chacun des centres ressort de l*effet spécialisé des différents remèdes exei^ taots et calmants sur une seule partie de réconomie, re^ mèdes dont l'absorption est cependant générale. Ces effets limités à un seul organe et non ressentis ailleurs» ne s'expliquent que parce que les agents qui les causent, répandus dans tout l'organisme à l'aide des courants circulatoires^ agissent seulement 'sur les uniques centres inférieurs et leurs appendices susceptibles d'en être im^ pressionnés. Selon que chacun de ces remèdes affecte plus particulièrement des régions innervées par les cen*' très et les nerfs auxquels ils s'adressent, leurs effets s*y révèlent h notre observation par des mouvements locaux accélérés ou ralentis, par des sécrétions abondantes ou diminuées, etc. Or, s'il est avéré que les uns agissent sur le cœur, les autres sur les reins, l'utérus, etc., il faut bien admettre qu'il existe, en dehors de la conscience commune dont le siège est au cerveau, des départements dans le système nerveux qui sont influencés en particulier de même que chaque sens externe l'est par son excitant direct. Et puisqu'il y a, relevant des centres et des nerfs qui vivifient ces départements, des mouvements réflexes différenciés, réguliers et indépendants, tels les battements du cœur, le péristaltisme, etc.^ c'est que pour y présider à des mouvements, une véritable conscience y différencie des impressions, des sensations réelles ; elle fait même plus, elle y fait continuellement

(1) Voy. plas loin^ à propos du Sensorium commune ce qai s'y rapporte : \V parlie, «h. 2, S 1.

acte de mémoire et dMntelUgence, puisque ces moùvements se répètent dans un but utile et intentionnel. Si la conscience n'agissait dans chacun des centres inférieurs parallèlement et sans y être pour ainsi dire entendu du dehors ; si elle n*y était quelque peu indépendante dans leurs actes si bien ordonnés, l*harmonie ne serait plus possible dans Torganisme, la confusion, le trouble serait partout, et Ton n*y admirerait plus cette diversité de toutes les fonctions groupées dans une indissoluble unité.

Complétant comme nous la doctrine courante des écoles sur les phénomènes réflexes, en ces derniers temps un aussi bon physiologiste quMl est bon psychologue et qui regarde, avec M'* Bain et Herbert Spencer, chaque centre inférieur comme possédant un petit sensorium commune^ M. G. Lewe a soutenu dans sa physiologie, avec hardiesse et une haute raison, que si Tirritation d*un nerf sensible sur un animal décapité aboutit à une * contraction musculaire communiquée par un nerf moteur, c'est qu'il s'est formé dans le centre intermédiaire une sensation avec conscience. Une preuve aussi pour lui que la moelle, composée de beaucoup de centres, est de même que le cerveau un foyer de sensations, de volonté et d'intelligence avec une conscience à elle, c'est que la structure ganglionnaire du cordon rachidien est identique à celle de la substance ganglionnaire du cerveau ; c'est ensuite que l'animal décapité, pincé, brûlé, torturé^ pousse des cris, cherché à se dérober k la douleur, à se débarrasser des instruments qui le blessent, des acides qui le brûlent (i).

(1) Voy. OQT. cité de Ribot, p. S52.

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