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CHAPITRE II. — GLISSEMENTS ET ÉBOULEMENTS

Ce glissement est bordé, au sud-est, par des roches triasiques, et au nord-ouest par des roches jurassiques représentées par dos schistes noirs du lias.

Il est constitué par une terre argileuse mélangée d'une énorme quantité de quartiers de roc émergeant de toutes parts, de la façon la plus pittoresque. — Ici, c'est un amoncellement de blocs superposés formant comme les assises d'une gigantesque construction disparue, s'étageant parfois dans un équilibre instable les plus gros (i 5o à 2 00 mètres cubes) sur les plus petits (i à 3 mètres cubes); ailleurs, c'est un bloc gigantesque enfoncé par une pointe seulement dans le sol ; partout la preuve que cette terre argilo-calcaire , se laissant à peine entamer par la pioche quand elle est sèche, se transforme, sous l'influence d'eaux trop abondantes, en une masse visqueuse qui transporte avec elle les plus gros blocs d'une densité à peine supérieure à la sienne.

N'ayant pas à justifier l'utilité des ti-avaux entrepris, nous ne retracerons pas l'historique des dégâts causés par le Sécheron et des tentatives d'intervention faites antérieurement à 1887.

Il nous suffira de rappeler qu'en 1826, le glissement n'existait pas encore et que toute la superficie qu'il occupe aujourd'hui était recouverte d'une magnifique végétation forestière; que ces bois furent vendus et exploités en quelques années; qu'après leur disparition, des mouvements locaux se manifestèrent de plus en plus importants, et qu'enfin, le 2 novembre 1868, à la suite d'une fonte de neige abondante, toute la masse déboisée se mit en mouvement. Sur plus de 200 mètres de largeur, le sol s'avançait par ondulations, comme poussé par une force irrésistible.

Pendant deux jours, cette masse formidable continua à descendre sans interruption; puis le mouvement se ralentit, pour reprendre avec intensité, dès le printemps suivant, le i4 avril 1869, à la suite de la fonte des neiges.

A cette époque, de grands bancs de rochers, mis à découvert par suite des mouvements du sol, se détachèrent de la partie

haute de la montagne et le volume de cet éboulement vint en totalité augmenter encore la masse en glissement.

Dès lors, les coulées furent fréquentes; on en signale en novembre 1870, en 1871 et presque chaque année ensuite.

En 1887, après que les formalités nécessaires eurent été remplies, l'Etat devint propriétaire de tous les terrains instables qui appartenaient à la commune de Le Bois. La cession fut consentie à l'amiable et constatée par un acte de vente en date du 9 1 avril.

En même temps qu'ils négociaient avec la commune propriétaire, les agents des eaux et forêts avaient fait dresser un plan exact et détaillé de la région. Au cours de leurs très nombreuses reconnaissances, ils avaient acquit la certitude que le seul moyen de remédier aux dégâts causés par le glissement était d'en obtenir la fixation sur place. Gomme il était impossible de songer à établir des drains dans toute la profondeur des terres instables, on dut se borner à chercher l'assèchement relatif de la niasse au moyen d'un réseau de drains superficiels combiné de façon à capter immédiatement les eaux provenant de la fonte des neiges ou des grandes pluies, et à les entraîner rapidement par les pentes les plus raides vers deux collecteurs débouchant à l'aval du glissement.

En donnant à ces drains superficiels une certaine profondeur, on réunissait le double avantage d'empêcher la plus grande quantité des eaux de pénétrer jusqu'au plan de glissement et d'assécher complètement la couche supérieure des terrains instables. Ce second résultat était des plus importants, si on veut bien se rappeler que les terres du Sécheron prennent une cohésion et une ténacité si grandes, quelles se laissent à peine entamer par la pioche quand elles sont sèches. Or, la configuration des lieux est telle, que lo glissement est obligé, à sa base, de franchir un goulot fort étroit dans lequel il vient pour ainsi dire se coincer, de telle sorte que la couche supérieure durcie, ne pouvant se déformer au passage du goulot, présente par son poids et par sa ténacité une résistance considérable au déplacement des terres sous-jacentes.

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