CHAPITRE IL — GLISSEMENTS KT ÉBOULEMENTS
très, situé à la limite des départements de la Savoie et de la Haute-Savoie.
Il se jette dans la Chaise^ près du hameau de Corroies, à 425 mètres au-dessus du niveau de la mer, après un parcours de 6,3/iâ mètres.
Son bassin de réception occupe une superficie d'environ 670 hectares. A son origine, il se dirige tout d'nbord à travers les éboulis arrachés de la montagne par l'action dissolvante du climat; d'abord mince filet d'eau, il se creuse peu à peu et s'encaisse de plus en plus au milieu des pelouses dégradées. Grossi successivement par plusieurs petits ruisselels, il arrive aux cascades du Vernet, où se termine la première partie de son cours; les ravages qu'il produit dans toute cette première section sont sans importance et se bornent à quelquçs glissements dus à l'affouillement longitudinal qui s'accentue d'année en année.
Après avoir franchi en plusieurs bonds les cascades du Vernot, il se précipite dans une combe à berges escarpées, au-dessus desquelles sont bâtis, sur la rive gauche, les villages du Vernet et de Reculas, et sur la rive droite, ceux de Mont-Dessus et de Mont- Dessous.
La berge droite de cette grande combe, de 9/10 mètres de longueur, est constituée par une falaise rocheuse à pentes excessives, que coupe vers son milieu le torrent secondaire du Mont. Ce petit affluent, d'un parcours de 960 mètres, prend naissance dans des pâturages où il s'est récemment creusé un lit qu'il affouille avec énergie dans les deux sens. De là , des glissements et l'ouverture de nombreuses crevasses qui mettent en danger les granges bâties dans les prairies de la montagne.
Aussi, à chaque pluie un peu abondante, il se produit un transport de matériaux formant un véritable cône de déjection qui rejette le cours du Nant-Trouble vers la rive opposée, qu'il ronge sans cesse.
Le sol de la berge gauche, en effet, est formé par des amas de
terres noires, provenant d'une désagrégation profonde des schistes liasiques mêlées aux débris des roches supérieures. Cette berge, qui supporte à son amont le hameau du Vernet, ses cultures et ses vergers, est sans cesse affouillée au pied par le Nant-Trouble.
De là une instabilité permanente et des glissements constants de portions de champs, plus ou moins considérables, qu aussitôt les eaux remanient et emportent. Un sentier établi sur cette rive est l'objet d'un entrelien incessant; son plafond s'effondre, constamment entraîné vers le thalweg.
Lorsque survient une crue, les hautes eaux, affouillant avec violence, déterminent l'éboulement de larges pans de berges qui fournissent le principal aliment des laves les plus désastreuses.
Cette grande combe ^ qui occupe presque entièrement la section moyenne du torrent, représente donc la partie la plus dangereuse à tous égards, soit au point de vue de l'utilité publique, soit au point de vue du salut des villages voisins et des cultures.
La correction du Nant-Trouble, dépendait presque uniquement de sa consolidation, et celle-ci ne pouvait être obtenue qu'en arrêtant les affouillements du torrent, et en reconstituant par une succession d'atterrissements superposés une base large et solide, permettant aux berges de prendre une pente d'équilibre, tout en les mettant à l'abri des érosions.
La différence de niveau mesurée suivant le profil en long d'une extrémité de la combe à l'autre atteint aBo mètres, ce qui correspond aune pente moyenne de 26 p. 100. De l'étude à laquelle il fut procédé, dès l'année 1886, on conclut immédiatement à la nécessité d'attaquer la combe sur plusieurs points, tant pour augmenter la rapidité des travaux, que pour obtenir de suite une certaine stabilité générale de la masse en mouvement.
Un examen attentif permit de découvrir quatre promontoires rocheux émergeant du milieu des terres de la rive gauche et paraissant appartenir à la roche en place. Ces promontoires se trouvaient respectivement situés , le premier à la base du glissement