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CHAPITRE II. — GLISSEMENTS ET ÉBOULEMENTS. Al

nouvellement formée, entièrement dénudée, rassemblait les eaux en un instant, comme eût pu le faire un entonnoir, et les amenait jusqu'au milieu du cône d'ébouiis où elles disparaissaient.

Le dimanche 2 3 août, au matin, deux coulées de laves se détachèrent de lamas de terres et de blocs : la première , à l'ouest, peu considérable, ne transporta que des pierrailles et, après un parcours de 35 mètres environ, s'arrêta au milieu des prairies; à l'est, un fleuve de boue très considérable s'ouvrit un chenal, transporta des pierres cubant parfois plus d'un mètre, atteignit le village, renversa les murs de clôture, combla les caves, les celliers, emplit les rues et déboucha enfin par le chemin de grande communication n** 1, jusque sous le pont du chemin de fer. Une vingtaine de maisons furent ainsi envahies.

A la suite de cet orage, le profil de la combe s'était encore accusé davantage. Elle se reliait par une pente douce avec les bois qui la bordaient vers l'est, tandis qu'à l'ouest une berge en partie rocheuse, en partie composée d'une sorte de béton de terres et de blocs, formait un angle de 70 degrés environ avec l'horizontale. Des crevasses nombreuses en échancraient l'arête et faisaient prévoir de nouvelles chutes de matériaux.

Les pluies d'automne déterminèrent, en efl'et, le glissement de toute une portion de la berge droite ( en appelant ainsi celle qui se trouve à droite du thalweg pour un observateur placé au sommet de l'éboulement et regardant la pente), dans la nuit du 12 au i3 octobre 1891, puis le dimanche 18, à 11 heures du matin. De nouveau, les eaux n'eurent plus d'issue; le chenal qu'elles s'étaient creusé au mois d'août fut obstrué.

Les intempéries de l'arrière-saison amenèrent la formation d'une nouvelle coulée de laves de 26 mètres de largeur, le 1 8 novembre, toujours à l'est. Celle-ci se dirigea vers le centre du village d'Arbin; heureusement, la pluie ayant cessé, les habitants en furent quittes pour la peur; 5o ares seulement de vignes greffées disparurent ce jour-là sous une couche de boue.

La situation n'en restait pas moins grave et menaçante, et des chutes d'eau un peu prolongées devaient fatalement amener de nouveaux désastres. Dès le iU décembre suivant, une série d'averses abondantes venait déterminer une lave qui, coulant plus à Test que les précédentes, stérilisait de nouvelles cultures. La maison la plus exposée se vit enlisée jusqu'à la hauteur du toit; des celliers 9 des hangars furent démolis, et la lave, coulant par quatre ruelles^ vint dévei'ser son flot boueux sur le chemin de grande communication n^ i , qui forme la principale artère du village. Pour échapper à l'envahissement, les habitants s'enfuirent par les toit^ et on lança des passerelles en planches au travers des rues, pour permettre la fuite*

La route de Montmélian fut transformée en un torrent jaune, épais, qui charriait les blocs, les planches, entraînant tout ce qui se trouvait sur son passage.

Dans la montagne, les matériaux en mouvements entrechoquaient et faisaient un bruit qui ressemblait à une lointaine fusillade. A chaque instant les dégâts augmentaient. Les autorités prévenues télégraphiquement ne purent qu'assister impuissantes à un aussi épouvantable désastre.

Une compagnie de ligne, en garnison à Montmélian, accourut et procéda au sauvetage des bestiaux et du mobilier des malheureux habitants. 55 maisons furent évacuées. La population dut aller chercher un abri dans les communes voisines à Montmélian, à Cru et, à Francin.

Enfin la pluie cessa et le courant de lave suspendant sa marche laissa partout, comme trace de son passage, la ruine et la désolation.

Le chenal Ouest n'avait heureusement donné aucune coulée; le désastre eût été irrémédiable, si son action s'était jointe à celle du chenal Est.

L'examen du terrain, auquel il fut procédé immédiatement, ne permettait malheureusement pas de prévoir la fin de tant de maux : la berge droite de la combe, toujours fort escarpée, demeurait me^

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