CHAPITRE II. — GLISSEMENTS ET ÉBOULEMENTS. A
naçante, et le 9 février 1899, une tempête de pluie et de neige s'étant abattue sur la vallée de Tlsère, une tranche de terrain complètement boisée s'effondra, précipitant vers les régions inférieures 30,000 mètres cubes de nouveaux débris.
Enfin, le vendredi a 5 mars 189s, i5,ooo mètres cubes se détachèrent encore de Tangle supérieur Ouest de la combe. Cette masse, tombant de 700 mètres de hauteur, balaya tout devant elle, fit réapparaître la roche sous^jacente cachée depuis le 1 8 octobre 1891; blocs et terres animés d'une vitesse considérable franchirent l'ancien cône d'éboulis et ne s'arrêtèrent qu'à 100 mètres des premières maisons du village.
Les causes du premier éboulement peuvent être attribuées à la fois à la nature du terrain, à la présence de la source de Pierre- Combet et à la pente excessive.
Les boues glaciaires, les pierrailles et les blocs entassés formaient un sol sans cohésion; reposant sur un plan incliné à io3 p. 100, parfaitement lisse et poli, ce sol devait avoir fatalement une tendance à glisser, aussitôt que des infiltrations un peu abondantes auraient adouci le frottement, tout en augmentant le poids de la masse.
Après la première chute des matériaux, les berges sont demeurées vives avec des pentes bien supérieures à celle du talus naturel des terres, vers lequel elles devaient tendre nécessairement sous l'action de la pesanteur, aggravée par l'influence des agents atmosphériques. Des éboulements secondaires devaient aussi, à bref intervalle, succéder au premier choc, puisque, outre l'exagération de la pente des berges, les parties de la forêt de Montmélian avoisinant l'éboulement, étaient complètement ébranlées. De nombreuses crevasses, où s'infiltraient les eaux, témoignaient de l'effort et des dislocations subis par ces terrains, lors de l'arrachement déterminé par le glissement initial du 1/^ mai 1891. Tous les éboulements secondaires se manifestant par l'effondrement de bandes de terrain se détachant de la masse, suivant des lignes pa-
fik EBOULEMENTS, GLISSEMENTS ET BARRAGES.
rallèies à la berge , on pouvait redouter de voir le mal s'étendre et gagner peu à peu , en détruisant la forêt de Moutmélian , jusqu'au moment où il ne serait plus resté que la roche dénudée.
D'autre part, ces chutes successives de matériaux suscitaient d'autres craintes non moins graves. Les eaux tombées dans la combe, creusée au flanc de la montagne, arrivant dans le cane d'éboulis, devaient pour en sortir s'y percer un chenal et pour cela transporter les déblais, sous forme de laves, dans les vergers et même dans les rues du village.
Devant la perspective d'une succession pour ainsi dire ininterrompue d'éboulements et de laves, il ne serait plus resté aux malheureux habitants d'Arbin, de salut que dans la fuite et l'émigration.
Les crues d'août et de décembre 1891 suffisaient à elles seules pour justiGer cette résolution.
Si, en effet, on fait la récapitulation des dégâts quelles ont causé, on trouve que 5o propriétaires ont été touchés; au ont eu leurs maisons envahies parla lave, leur mobilier détérioré, et les 36 autres ont vu leurs terres ravagées, recouvertes d'une épaisse couche de blocs, de pierrailles et de boue.
Une estimation très modérée des dommages subis en a fixé la valeur à 35,ooo francs.
Devant une pareille situation, l'Administration des eaux et forêts n'hésita pas à assumer la tâche de combattre le fléau. Elle y fut aidée par le concours financier du département de la Savoie et des communes d'Arbin et de Moutmélian.
Les travaux, entrepris dès 1899, curent pour but principal :
1** D'assurer la fixation des terres dans la montagne; 2*^ D'assurer le libre écoulement des eaux sur le cône d'éboulis, eu empêchant la formation des laves.
Mais avant de procéder à l'exécution des ouvrages de consoli-