CHAPITRE m. — CONSIDÉRATIONS SUR. LES BARRAGES
Tout d'abord, on a estimé indispensable, pour avoir toute sécurité, de ne fonder ces culées que sur des assises rocheuses. C'est dans ces conditions qu'à été élevé, en 1888, le barrage de Saint- Ruph, arrondissement d'Annecy (Haute-Savoie), et, en 1890, le grand barrage de Reninges, arrondissement de Bonnevitle (Haule- Savoie),
Depuis lors, on a donné une certaine extension à ce mode de fondations, qui a été employé notamment en 1897 et 1898 dans les torrents de l'Arbonne (affluent du Nant Blanc) et de Reclus, arrondissement deMoutiers (département de la Savoie).
Dans l'Arbonne, la voûte qui supporte chaque ouvrage est représentée en élévation par une portion d'arc de cercle de 4 mètres de corde pour 1 mètre de flèche, ce qui correspond à un rayon de 3 m. 5o.
Les naissances de chaque voûte sont disposées sur un même plan horizontal et s'appuient sur des dés en maçonnerie, quand le roc de la berge est très friable ou désagrégé.
Les voussoirs des parements ont tous été travaillés à la grosse pointe et appareillés; ceux du restant de la voûte ont été simplement taillés sur leurs faces latérales.
Tous ces ouviages sont actuellement atterris; aucun d'eux n a donné lieu à la moindre réparation, et cependant les barrages de Saint-Ruph et de Reninges ont eu à supporter l'effort de crues considérables et de laves charriant des blocs volumineux.
On peut dire» d'une façon générale, d'après l'expérience faite , que les barrages construits sur voûte présentent, au point de vue de la solidité, de sérieux avantages sans qu'on ait constaté aucun inconvénient à ce mode de fondations.
Le vide laissé sous le barrage n'est pas un obstacle à la production de l'atterrissement. 11 suffît de l'obstruer, après achèvement, par une maçonnerie grossière en pierre sèche ou même par quelques pièces de bois disposées de façon à permettre aux eaux de s'écouler tout en retenant les pierres et les graviers.
58 ÉBOllLEMENTS. GLISSEMENTS ET BARRAGES.
D autre part, ces ouvrages coûtent moins cher que ceux fondés, comme il est d'usage de le faire, sur des massifs en maçonnerie, La dépense occasionnée par Tachât d'un gabarit pour soutenir la voAte en construction et par la taille des voussoirs atteint à peine une somme de 5o à 60 francs, qui serait absolument insuffisante pour payer les frais de dérivation du torrent. On économise donc, dans la plupart des cas, la valeur des fouilles et du massif de maçonnerie des fondations et Ton n'a plus à redouter les crues subites venant combler des fouilles prêtes à être maçonnées.
Barrages en maçonnerie mixte. — Dans les Alpes, on a construit un grand nombre de barrages en maçonnerie mixte, c'està-dire que, par mesure d'économie, on n'a établi en maçonnerie de mortier que le parement aval et le couronnement de ces ouvrages, sur une épaisseur variant entre o m. 80 et 1 mètre, et que, pour le surplus, on a fait usage de maçonnerie de pierre sèche.
Cette disposition, qui ne présente pas d'inconvénient dans quelques cas, et notamment quand les barrages sont atterris par une crue unique, est cependant assez dangereuse. II arrive fréquemment qu'une petite crue ayant momentanément obstrué l'aqueduc qui sert à l'écoulement des eaux du torrent, il se forme un lac en amont du barrage. La pression exercée par la masse d'eau accumulée se transmet intégralement à travers la maçonnerie de pierre sèche jusqu'au revêtement en maçonnerie de mortier, dont l'épaisseur est manifestement insuffisante; suivant la valeur de la pression, ce revêtement cède plus ou moins complètement, provoquant toujours des dégâts importants qui compromettent très gravement la solidité du barrage.
EnBn, le défaut d'homogénéité des deux maçonneries encastrées l'une dans l'autre occasionne aussi quelquefois des fissures dangereuses, surtout dans les très grands ouvrages.
Plusieurs solutions pourraient être tentées : la première, qui parerait au premier des inconvénients signalés , consisterait à placer