LÉ TS
OBSERVATION PREMIÈRE Due à l’obligeance de M. le professeur Sarda
Présence d'écchymoses sous-pleurales dans un cas de fracture du sternum.
Voici, rapidement reconstituée d’après les détails qu'a pu. recueillir l'instraction, l'observation du malheureux Pierre M...
Dans la nuit du 28 février au 1* mars ; il regagnait, un peu pris de boisson, la ferme où ilétait occupé, quand il fut assailli par une bande d’agresseurs qui le terrassèrent et lui dérobèrent sa montre. Il opposa une vive résistance au cours de la lutte. Il resta quelque temps étendu sans connaissance ; puis revint à lui, se releva, et se rendit à Montpellier, où il se fit examiner par un pharmacien. Celui-ci le tranquillisa, l'engagea cependant à rentrer à l'hôpital; et’ notre homme, seulement un peu moulu, s'en va à la recherche d'une auberge, où il se repose pendant deux ou trois jours, sans toutefois garder le lit. Puis, ses ressources épuisées, il repart pour aller reprendre son travail. Mais il avait trop présumé de ses forces. Une vive douleur dans le flanc le gène beaucoup; il traine pendant deux ou trois jours encore, {toujours sans prendre lé lit, etle 8 avril, vers T heures et demie du matin, c’est-à-dire huit jours après l'agression, il rendait le dernier soupir.
Voici le rapport médico-légal :
Je soussigné, G. Sarda, docteur en médecine, chargé du cours de médecine légale à la Faculté de Montpellier, commis par ordonnance de M. Brousse, juge d'instruction, à l'effet :
1° D'examiner attentivement le cadavre d’un individu ayant dit s'appeler Pierre M..., âgé de 53 ans, domestique au mas des C..., roule de P..., qui, dans la nuit du 28 février au 1 mars courant, aurait été victime d’une agression et d'un
A EN RE vol, et qui serait mort le 8 courant, vers 7 heures 4/2 du matn, au mas des C..., cadavre qui, suivant nos instructions, a été déposé à la morgue de la Faculté de Médecine ; et de rechercher s’il porte des traces extérieures de coups et blessures : 2° De procéder à l’autopsie de ce cadavre, à l'effet de rechercher si la mort du sus-nommé doit ou peut être attribuée aux lésions ou aux blessures constatées sur son corps, ou si ces coups et blessures peuvent s'expliquer par une cause accidentelle ;
Serment préalablement prêté entre les mains de ce magistrat, ai procédé, à la morgue, le 9 mars 1897, à 4 heures de l'après-midi, en présence de MM. Brousse, juge d'instruction et Gaillard, substitut, aux constatations et opérations suivantes. …,
A. — Le cadavre qu'on croit être celui du nommé Pierre M... est recouvert d’un tricot de laine blanche, d’une chemise blanche à raies bleues, d’un pantalon de velours à côtes, marron foncé ; une cravale en loques, rouge et bleue, est nouée sur le col de la chemise.
Ce cadavre est celui d’un homme de taille un peu au-dessus de la moyenne, de complexion un peu grêle, et plutôt maigre. Les membres sont en rigidité cadavérique complète ; la physionomie est calme; la bouche et les yeux ouverts, les pupilles normalement dilatées, celle de droite un peu trouble. Des lividités cadavériques occupent toutes les parties déclives, dos et face postérieure du cou et des membres. Pas de vice de conformation ni d’infirmités. Les cheveux, châtain foncé, sont parsemés de nombreux fils blancs; ils sont demi-courts. La moustache, assez forte, est de même coloration que les cheveux, mais plus grise ; le menton et les joues n’ont pas été rasés depuis environ deux semaines; sourcils et cils noirs. L'aspect général est celui d’un homme de cinquante à cinquante-cinq ans. Aucun liquide ne s'écoule par les ouvertures
naturelles, qui ne présentent rien d’anormal, aucun signe de putréfaction, pas d'emphysème sous-cutané.
Sur la partie médiane du thorax, large ecchymose, de couleur uniformément verdâtre, paraissant remonter à quelque huit jours de date, s'étendant de haut en bas, depuis l’articulation de la deuxième côte jusqu'à l’appendice xiphoïde et, dans le sens transversal, de droite à gauche du sternum, qu’elle dépasse d’un centimètre environ des deux côtés. L'épiderme, à ce niveau, ne porte aucune trace de déchirure. A droite et à gauche de cette ecchymose, on sent les côtes mobiles. L’attention .est vivement attirée de de côté, ce qui nous détermine à commencer l’autopsie par l'ouverture du thorax.
B.— Après avoir pratiqué une incision longitudinale depuis la partie médiane du maxillaire inférieur jusqu'à l’appendice xiphoïde, nous disséquons, couche par couche, la région du cou qui ne présente aucune altération morbide, aucune trace de violence. Le larynx est normal. Une ligature est placée autour de la trachée et de l’œsophage.
A droite et à gauche de l'incision qui passe sur le sternum,: la peau et les tissus sous-jacents sont disséqués minutieusement et couche par couche. Au-dessus de l’ecchymose précédemment mentionnée, se trouve une infiltration sanguine qui occupe tous les interstices musculaires : à droite, jusqu’environ deux centimètres du bord droit du sternum; à gauche, tout l’espace compris depuis le sternum jusqu’au bord antérieur du creux axillaire, recouvrant une grande partie du grand et du petit pectoral. Ce sang est coagulé. Il provient done d'une hémorragie qui doit avoir suivi le traumatisme et que révèle l’ecchymose. En hauteur, cette infiltration s'étend du quatrième au septième espace intercostal.
Le sternum est le siège d’une fracture transversale allant d'un bord à l’autre de l'os, et située entre la troisième et la quatrième côte.
ET OR Luxation de l’articulation du sternum avec le troisième cartilage costal gauche.
Luxation des articulations des deuxièmes, troisièmes et quatrième côtes, avec les cartilages correspondants à droite et
à gauche. C'est ce qui explique la mobilité constatée à la pal-
pation.
Le plastron thoracique enlevé, les organes de la cavité sont examinés en place.
Les poumons sont volumineux. À leur partie moyenne et vers leur bord libre, ils présentent quelques taches ecchymotiques, les unes grosses comme la tête d'une épingle, les auires comme une lentille. Le poumon droit présente, en outre, au niveau de la deuxième côte, à partir du bord droit du sternum, une ecchymose rouge brun, large comme un travers de doigt, longue de 3 centimètres. Tout le reste de l'organe est de couleur foncée. Le péricarde paraît sain, 1l contient environ deux cuillerées à café d’un liquide clair, citrin. Les deux feuillets sont lisses, normaux.
Le cœur est un peu surchargé de graisse, sans hypertrophie. Les gros vaisseaux ne sont pas athéromateux.
La plèvre droite est saine, sauf quelques adhérences au sommet.
La plèvre gauche est enflammée ; le feuillet pariétal adhère, dans la moitié inférieure, à la cage thoracique; le feuillet viscéral est comme soudé au processus dans les points correspondants. La cavité pleurale contient un litre environ de liquide séreux.
C. — Les poumons, le cœur, la trachée, sont enlevés ensemble pour un examen séparé.
Le cœur pèse 430 gr. Il est un peu surchargé de graisse. L'épaisseur du ventricule gauche est de 20 millim., celle du ventricule droit de 8 millim. La plus grande épaisseur de la couche graisseuse estde2 millim.