‹ Ecchymoses Sous-Pleurales: Modes de Production - Importance Médico-LégaleChapitre 9 sur 19 · CAS DANS LESQUELS ON TROUVE DES ECCHYMOSES SOUS-PLEURALES · texte numérisé non relu

CAS DANS LESQUELS ON TROUVE DES ECCHYMOSES SOUS-PLEURALES

Le but de notre travail est d'étudier spécialement la production des ecchymoses sous-pleurales dans les’ morts violentes et surtout dans les divers modes d’asphyxie. Toutefois, il nous parait nécessaire, pour être complet, de parler des divers cas dans lesquels on trouve ces lésions. Nous allons le faire le plus brièvement possible. |

Ces ecchymoses peuvent se rencontrer :

a) Dans les morts accidentelles ;

b) Dans les morts naturelles :

ce) Dans les morts faisant suite à une maladie infectieuse ;

d) Dans les morts provoquées par les maladies générales ;

e) Nous terminerons le chapitre en parlant des ecchymoses chez les nouveau-nés.

a) Morts accidentelles. — Wenzinger (thèse de Nancy,1886), cite plusieurs observations de sujets morts d'asphyxie (suffocalion, pendaison, strangulation et submersion) ; à l’autopsie, on a trouvé des taches ecchymotiques.

On les trouve aussi dans la mort duc à des causes physiques, froid, chaleur, électricité, courants électriques ; dans la mort survenant à la suite d’empoisonnements : par les gaz (oxyde de carbone, acide carbonique), par des substances minérales

(phosphore, arsenie, mercure, plomb), par des substances organiques (chloroforme, acide oxalique. strychnine,digitale, champignons vénéneux).

On les trouve enfin dans les accidents traumatiques ; nous ne pourrons mieux faire, pour le prouver, que de rapporter deux observations dues à l’obligeance de M. le professeur Sarda ; on les trouvera à la fin du chapitre.

Dès à présent, nous pouvons dire que ces deux observations nous sont d'un enseignement précieux au point dè vue médicolégal. Un médecin fégiste qui aurait admis, sans conteste, l'opinion trop absolue de Tardieu, à savoir que les ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques sont caractéristiques de l’asphyxie par suffocation, n'aurait eu aucune hésitation à déclarer que, dans ces deux cas, la mort était due à ce mode d’asphyxie.

Or, il est absolument démontré, d’après les résultats de l'expertise, l'étude minutieuse des blessures et des organes, que la mort était due au traumatisme et non au léger degré de suffocation auquel avaient été soumises les victimes.

Ces notions sont trop importantes pour qu'il soit permis de les ignorer ; on doit les connaitre afin d'éviter des erreurs de diagnostic absolument regrettables au point de vue judiciaire.

b) Morts naturelles. — Dans ce groupe il faut considérer les maladies du système nerveux, de l'appareil respiratoire et de l'appareil circulatoire.

En ce qui concerne les maladies nerveuses, les ecchymoses sous-pleurales ont été signalées dans l’éclampsie, lépilepsie, le tétanos, la méningite simple ou tuberculeuse, le ramollissement cérébral.

Charcot les a trouvées dans des cas d’hémorragie cérébrale, et Lionville chez des sujets morts à la suite d'attaques d'épilepsie, sur les poumons et le cœur.

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Dès 1873, « Baréty parle de certaines modifications pathologiques dépendant d'hémorragies et de ramollissements cir conserits du cerveau... et cite, en particulier, des ecchymoses sous pleurales siégeant du côté opposé à la lésion cérébrale. Olivier insiste aussi sur la relation qui existe entre les hémorragies viscérales constatées du côté paralysé et la lésion cérébrale. » (Thèse de Wenzinger). |

On peut encore après des lésions cérébrales spontanées déceler des ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-cutané épicrânien, ainsi que Louis l’a démontré, si l'individu a suecombé rapidement à l'ictus ; car Brouardel fait observer avec raison que les ecchymoses ont disparu lorsque l’hémiplégie à duré un certain temps.

Il faut connaître la production possible de ces taches épicrâniennes si on veut éviter de regrettables erreurs de diagnostic. es)

Il suffit, pour s’en rendre compte, de lire l'observation de Brouardel, rapportée dans son ouvrage sur la Pendaison (1897). «Une femme, au siècle dernier, dans le Pas-de-Calais, est trouvée morte. On constate sous la peau du crâne une ecchymose attribuée à une contusion, et dans l’encéphale un caillot sanguin. Le médecin légiste déclare que cette femme a reçu sur la tête un coup violent qui a déterminé une hémorragie cérébrale. On arrête les deux fils de la victime ; ils allaient être condamnés lorsque Louis intervient. Il affirme avoir vu, à la Salpétrière, des faits identiques : des femmes, frappées d'hémorragie cérébrale, présentaient, dans le tissu cellulaire souscutané du crâne, des ecchymoses pareilles.

» Les prévenus furent acquittés. »

Dans les maladies intéressant lappareil circulatoire, les ecchymoses sous-pleurales sont rares, nous ne nous y arrélerons pas.

[n'en est pas de même des affections de l'appareil respi-

raloire : des taches ecchymotiques peuvent s'observer dans la congestion pulmonaire, dans la pneumonie, la broncho-pneumonie, la coqueluche, le catarrhe suffocant. Nous reparlerons de cette dernière maladie à propos de la valeur des ecchymoses chez les nouveau-nés.

c) Maladies infectieuses. — Des ecchymoses sous-pleurales et sous-péricardiques ont été signalées dans la diphtérie, la scarlatine, la fièvre typhoïde,le typhus,le choléra, la fièvre intermittente, la fièvre jaune, la peste. Lionville en a trouvé dans certains cas de variole.

d) Les maladies générales dyscrasiques (scorbut, purpura, leucocythémie, anémie pernicieuse) et virulentes (syphilis, morve, farcin), sont aussi susceptibles de provoquer l'apparition de taches ecchymotiques.

e) Ecchymoses chez les nouveau-nés. — Si la présence des ecchymoses sur les poumons des nouveau-nés peut être d’un grand secours lorsqu'il s’agit de déterminer si la mortest due à un crime, il faut être cependant très circonspect dans les déclarations, il faut connaître la valeur réelle de ces lésions si l’on veut éviter des erreurs désastreuses.

On peut voir les ecchymoses sous-pleurales chez des enfants mort-nés qui ont succombé soit avant,soit pendant l’accouchement, au cours d’une manœuvre obstétricale ; on peut aussi les voir chez des enfants dont la tête a été soumise pendant le travail à une compression exagérée.

Ce fait a été souvent observé par M. Pinard alors qu'il était interne à la maternité.

Ces notions ont une importance considérable en médecine légale et Brouardel y insiste avec juste raison dans une page remarquable de son livre sur la Pendaison (1897) :

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« Je ne serais trop attirer votre attention surce point, dit-il. En effet, ces faits ont une grande importance en médecine légale, car lorsqu'un enfant vient au monde dans ces conditions, il peut, s'il y a auprès de lui un médecin ou une sagefemme expérimentée, être rappelé à la vie. Mais souvent

J'accouchée est seule, et alors, si on accepte la théorie de.

Tardieu dans toute sa rigueur, il faudrait dire que l'enfant est mort suffoqué. Eh bien ! non ! Cet enfant, même s'il n'a été victime d'aucune tentative criminelle, peut avoir des ecchymoses sous-pleurales uniquement parce qu'il a souffert pendant le travail.

« Il y a done là un gros problème médico-légal. En effet, quelles sont les femmes généralement accusées d’infanticide ? | « Ce sont des filles honnêtes, permettez-moi cette expression qui a l’air d'un paradoxe, qui ont fait une faute, qui en rougissent, qui veulent la cacher, et qui accouchent avec un courage Inoui, sans pousser un cri. L'accouchement d'une primipare est souvent long et laborieux ; l’enfant dont la tête a pu être lentement comprimée au passage, peut venir au monde mort et présenter des ecchymoses souspleurales et sous-péricardiques, sans qu'il y ait eu la moindre tentative criminelle. »

Plus loin Brouardel fait observer que les ecchymoses se ren-

contrent nombreuses dans la bronchite capillaire :

« Le catarrhe sufocant tue les enfants de 5 à 6 ans après

le troisième,.le quatrième ou le cinquième accès de suffocation, mais un bébé de 5 à T jours peut mourir dans le premier accès, au début de la congestion pulmonaire.

« Remarquez que les parents ne savaient pas que leur enfant était malade, la nourrice peut-être accusée de l'avoir étouffé dans ses bras en dormant. S'agit il de l’enfant d'une lille-mère, ce sera encore pis : on l’accusera de l'avoir

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« étranglé et les voisins affirmeront que l'enfant ne toussait

«€ pas.

« Il y a donc là, encore, un fait très important pour le médecin « Jégiste. »

Dans un autre ouvrage, La mort et la mort subite, Brouardel appelle l'attention des médecins sur une maladie appelée l'asthme thymique. C'est une affection due à l’hypertrophie du thymus, qui comprime les bronches et la trachée et peut être la cause de mort subite chez l'enfant. Dans ce cas, on trouve encore des ecchymoses sous-pleurales. On voit de suite, combien, en présence de ces phénomènes, il est nécessaire de toujours examiner le thymus d’un enfant mort subitement, afin de ne pas laisser planer sur une personne innocente le soupçon d'un crime.

Tels sont les cas où l’on rencontre les ecchymoses souspleurales. Après avoir rapporté les deux observations dues à l’obligeance de M. le professeur Sarda, concernant deux cas de traumatismes avec production de taches ecchymotiques, nous passerons à nos propres expériences.

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