‹ Echappé de la potence [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 29 · TS · texte numérisé non relu

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paré ; je compris que nous étions sacrifiés, et plus j’y songeais plus j’acquérais l’intime certitude que les coups et les vengeances seraient pour nous et non pour ceux qui en étaient la vraie cause. ;

En 37, il n’y avait pas 4,000 hommes de troupes dans la province ; en 38 il y en avait 15,000, et autant de volontaires organisés et parfaitement équipés. Je compris enfin que le bon sens me venait juste deux mois trop tard !!

Rendu à la réflexion et à moi-même en quelque sorte, ma conscience et ma raison reprenaient leur empire. Mes propres actes, mes folies, je pourrais dire, me revenaient à Pesprit. Une voix intérieure me disait : ‘“Poutré, qui est responsable des souscriptions que tu as sollicitées ; des organisations de comités secrets que tu as dirigées ? Qui est responsable des trois mille assermentations que, sans mission, sans droit, et en violation de la loi et de toute notion de justice et de bon sens, tu as faites dans ces campagnes-ci ?

Tu as soulevé plusieurs paroïsses, tu as monté les gens contre le gouvernement sur l’espoir illusoire d’obtenir des secours et des armes ; où en êtes-vous tous aujourd’hui ? S’il y a du sang de répandu, des exécutions

faites, n’as-tu pas ta grande part de responsabilité ? N’es-tu pas un des grands coupables de la situation telle que vous l’avez faite par votre ridicule crédulité ? N°y a-t-il pas longtemps que tu aurais dû voir que l’on se moquait de vous et que l’on spéculait sur votre ignorance ? Combien de familles, peut-être, vont être plongées dans le deuil par ta faute ? Combien de tes amis vont être ruinés, peut-être pour toujours ? Peux-tu aujourd’hui réparer le tort que tu as fait à tant de monde ?”

Ces réflexions et bien d’autres assiégeaient mon esprit.

En arrivant à Napierville, vers midi, je ne tardai pas à être entouré par les groupes nombreux qui remplissaient les rues. Je n’eus qu’un mot à leur jeter : ‘“‘Pas d’armes,

‘mes amis, pas d’armes ! Trompés ! sacrifiés 1!

Où sont-ils que je leur dise en face ce qu’ils sont ?”

—Qui ?

-—Eh! Côte et Nelson; donc!

—Ah! Il paraît qu’ils sont partis!

—Malédiction ! Je m’en doutais ! J’arrive trop tard ! comment donc ai-je pu faire pour ne me douter de rien?

Ah ! ils ont mis leur peau en sureté ! Si

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j'avais été ici, misérables, vous ne seriez pas partis comme cela !

—Personne ne les a vu partir! On croit qu’ils ont dû filer avant le jour ! On les cherche depuis le matin, mais puisqu'ils ne sont nulle part, ç’est bien clair qu’on ne les reverra pas !

Qu'est-ce que nous allons faire, Poutré ?

Les troupes seront ici demain matin.

—Que voulez-vous qu’on fasse contre 5,000 hommes avec 400 mauvais fusils ! Ah! fis-je avec rage, si nous en avions donc une fois, des fusils, de vrais fusils de soldats. Mais à quoi sert? Tout est fini, c’est bien clair ! Débandons-nous et prenons chacun notre côté ! Malheur à qui sera pris ici.

Chacun reprit donc tristement et en songeant à l'avenir le chemin de sa concession et de sa maison. Je retournai, moi, directement chez mon père.

Les troupes entrèrent dans le village de Napierville vers onze heures le lendemain matin. Plus de 200 patriotres, presque tous habitants du village, furent fait prisonniers. Les troupes maltraitèrent indifféremment les patriotes et les loyaux, et ceux-ci furent pillés comme les autres. Plusieurs d’entre eux qui voulurent se sauver, voyant que leur fidélité ne les mettait pas à couvert des brutalités des

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