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ai fait la folie, je ne laisserai pas mon père en supporter les conséquences, je vais me livrer.
Je partis donc, malgré les représentations de mon ami, et nous arrivâmes à la maison vers onze heures du soir.
Mon père était seul, faumant la pipe devant le poële. En me voyant il devint d’une pàleur mortelle.
—Toi Félix, me dit-il, et pourquoi vienstu ?
—Mon père, je ne me pardonnerais jamais Pincendie de vos propriétés. C’est moi qui ai tiré le vin, c’est à moi de le boire. Vous voir ruiner à votre âge! Ah ce n’est pas moi qui permettrai cela! Puisqu’ils administrent Ja pays comme des sauvages il n’est plus possible aux hommes de cœur de rester cachés. Vous n’avez pas approuvé le mouvement, il serait trop injuste que le châtiment retombât sur vous.
—Félix, me dit mon père, des maisons et des granges se rebâtissent, mais une vie d’homme, c’est fini! Un dommage se répare, une tête tombe pour toujours. Epargne aux vieux Jours de ton père la plus grande douleur qui puisse maintenant tomber sur lui. Il
est encore temps, sauve toi et passe les lignes.
—Mon père, je ne cours aucum risque en me livrant, car, quelque chose qui arrive, je m'en tirerai. Je vais donc d’abord sauver vos propriétés, puis je trouverai bien le tour de me sauver moi-même. Ne craignezrien pour moi, je serai aussi en sûreté en prison qu'aux Etats-Unis. Les Anglais nous ont battus, mais je me vengerai d’eux tout en n’exposant pas ma vie. J’ai toujours dit qn’un Canadien était plus fin qu’un Anglais, et je tiens à le prouver. J'irai donc en prison et J'en reviendrai, soyez en sûr ; et je me moquerai d’eux à leur barbe par dessus le marché, sans qu’ils s’en aperçoivent.
Mon père me regarda fixement pour voir si je possédais bien réellement mon bon sens, et ajouta :
— Voyons Félix, à quoi bon ces folies ? Le temps de rire est passé quand la tête est en jeu. Après ce que tu as fait, tu ne peux pas espérer de pardon....
—Et j’entends bien ne pas demander de pardon non plus. J’ai un moyen sûr de me sauver sans faire de tort à personne, et je me sauverai, Si je passe aux Etats-Unis, vos propriétés sont brûlées demain ; si je reste je
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les sauve et j’en suis quitte pour quelques mois de prison ; il n’y a pas à hésiter et je | me livre. Tout ce que je vous demande c’est | d’être parfaitement tranquille sur mon compte,
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car mon moyen est infaillible.
d —Dis-moi au moins quel est ton moyen, me IE dit mon père.
| RE —Non, mon père, cela gâterait tout. Mainla } teuant, ce qui est dit est dit, et comme un 10 honnête homme n’a que sa parole, je n’en 08 démords pas. Je reste et je me livre. Je
vous reviendrai plutôt comme cela, que si je
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ne passe aux Etats-Unis.
1 __ Je mettais tant d’assurance dans mon affir- HN 0 . mation que mon père, à demi convaincu, me pe ®
ie dit : , di —Je ne sais ce dont il s’agit; mais puisque tu es si sûr de ton fait, je n’insiste plus.
Li Seulement, raopelles-toi qu’il vaut mieux Li pour un homme voir tomber sa tête que son il honneur.
Je compris l’idée de mon père et lui répondis :
| —Ne craignez rien là-dessus ; je vous jure (1 sur votre honneur et le mien que je ne vous eus ferai pas honte,
Li Maintenant couchons-nous : autant vaut | passer cette nuit-ci dans un lit qu’au Corps |
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de garde. Ah! je dormirai mieux que je ne l’ai fait dans le bois, allez! Rien ne tranquillise comme une décision arrêtée et finale.
Je dormis en effet comme avant le jour néfaste où Côte vint me donner ma mission.
D'ailleurs, après avoir dormi, par les âpres nuits d'automne, devant le brasier d’une cabane à sucre, envelnppé dans une peau de bœuf, n’ayant pour lit que quelques planches mal jointes, et avoir mené cette vie quinze Jours durant, c’est étonnant comme on trouve un lit bon!
Il était déjà tard quand mon père vint me réveiller. Il me représenta une dernière fois que je pouvais encore me sauver ; que le moyen que j'avais imaginé pouvait être dé- Joué peut-être, par la moindre circonstance imprévue ; que J’échangeais le certain contre l’incertain ; qu’une fois en prison, je n’étais plus maître de conduire les choses à mon gré, et qu’il était très-possible que je ne pusse pas exécuter le projet auquel je m'étais arrêté ...... mais je lui dis que étais décidé, que mon plan ne dépendait que de moi ; que rien ne pouvait le faire manquer que le défaut de volonté chez moi, et que là-dessus Je ne pouvais courir aucun risque.
Eh bien, me dit-il, fais comme tu voudras, mais sois prudent et diserot.
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Nous déjeunâmes assez tranquillement, mon père inquiet pourtant, et moi aussi parfaitement calme et composé que si j’avais dû assister à un contrat de mariage,
Sur les dix heures, je rassemblai quelques hardes et je dis à mon père que je partais pour le village.
—Je vais aller t’y conduire, me dit-il, Je connais le colonel, et qui sai‘, peut-être lui viendra-t-il une bonne idée. Pourtant je crois qu’il t'en veut beaucoup.
Une heure après nous étions au village de St. Jean. Nous nous rendîmes chez le coloneLM....... auquel je dis n le voyant :
‘ J'ai péché contre le gouvernement. Je reconnais ma faute et viens me livrer à vous.
Faites de moi ce que vous voudrez.”
Le colonel était ami de mon père, mais à cette malheureuse époque, les raisons ou les nécessités politiques, le besoin de faire sa cour, avaient bien plus de poids que les liens de l’amitié personnelle.
Le colonel ne me dit rien, mais on m’attacha les mains derrière le dos. Il n’y a aucun doute qu’il pouvait me relâcher s’il eût voulu, Il avait incontestablement la confiance du gouvernement, et celui-ci ne l’eût très-probablement pas désavoué s’il m'avait relâché
après examen. Mais j'étais marqué dès avant notre échauflourée comme une mauvaise tête et un esprit récalcitrant qui avait besoin d’une leçon un peu forte.
Quand mon père me vit ainsi lié, il me dit :
—Tiens, veux-tu que je te dise, tout cela a fort mauvaise mine. On t’en veut plus que je ne pensais. Tu aurais mieux fait de t’en aller de l’autre côté des lignes. “Vous avez tort, vous autres jeunes gens, de ne pas écouter ceux qui ont plus d'expérience que vous.
Je me sens le cœur serré comme s’il allait m'arriver un grand malheur.
—Tranquillisez-vous, lui répondis-je. Une fois en prison, je sais ce que j’ai à faire, et je vous reviendrai peut-être plutôt que vous ne pensez.
—Dieu le veuille, fit mon père.
Il me fitencore quelques recommandations, et me quitta pour retourner consoler un peu la famille.
Je couchaïi à St. Jean cette nuit là. Je ne dormis pas tout à fait si bien que la précédente, car on dort mal les mains attachées et n’ayant que le plancher pour lit. Le lendemain personne ne in’interrogea et, vers une heure, je partis ar le chemin de fer, en com-