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conduire jusqu’à Pautre bout de la chapelle.
Voyant que je ne résistais pas, ils làâchèrent prise peu à peu, et me serrèrent moins. Alors, au moment où ils y pensaient le moins, j’écartai violemment les deux bras, et cela, si brusquement et avec tant de force que J'en étendis trois par terre. La surprise les fit, com.ne de raison, me lâcher tous, et avant qu’ils n’eussent eu le temps de me saisir de nouveau, je fis un bond en arrière et me mis en garde. Deux voulurent me ressaisir, Je les fis rouler de deux coups de poing et voyant les autres hésiter, je me Jetai sur eux à corps perdu, et ils se sauvèrent à droite et à gauche. Resté maître du terrain, je fis défense à qui que ce fût de me regarder, parce que ‘le gouverneur allait faire sa toilette ;”? et je me reposai en marchant tranquillement, faisant semblant de croire que personne ne me regardait. | Sur ces entrefaites, un des tourne-clefs entre dans la chapelle. Je me précipite sur lui en criant : “au voleur !” l’empoigne et le fais pirouetter en tout sens. Il voulut se défendre, mais je l’envoyai rouler à dix pieds d’un coup de poing sur l’épaule.
Il se relève tout abasourdi et se jette sur moi autant par colère que par devoir, mais je le
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saisis par le milieu du corps, ie soulève et le lance dans la porte. Ilen gémit! Si c’eût été une porte ordinaire de maison, il eût certainement passé au travers; mais les portes de prison sont solides, et le pauvre diable hurla un aye ! aye ! des plus sincères. Jentendis alors quelques prisonniers dire : “il va le tuer, c’est sûr.” [’autre leur ordonna de Paider à me lier; mais ils lui dirent que je venais d’être attaqué de folie furieuse, que j'en avais déjà écharpé plusieurs d’entre eux, que je pouvais battre dix hommes, tant la folie me donnait de force ; qu’il fallait plutôt me colmer que m'irriter...... enfin, ils firent si bien que le tourne-clef se calma en disant : “Maudit fou, j'ai cru être à ma dernière heure. On ne peut pas garder un pareil animal ici.” Je donnai alors aux prisonniers l’ordre de mettre le voleur à la porte. Comme ils hésitaient, naturellement. je leur jetai un rugissement sur la tête, et l’un d’eux dit au tourne-cief : “Vous voyez bien que c’est un fou, laissez-vous faire, car il va nous abimer encore.” Le tourne-clef se décida donc à se laisser pousser hors de la porte et, quand elle fut fermée, je dis aux prisonniers que je les récompenserais généreusement pour avoir chassé ce voleur, Je me mis
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14 alors à parler tranquillement, mais en tenant À: des propos si ridicules que mes compagnons ‘1h de captivité en avaient le fou rire.
108 Midi arrivant sur ces entrefaites, Béchard ni : vint m'offrir de diner avec lui. J’acceptai hi. avec empressement, lui pris le bras et, lui 100 rnontrant la plus grande cordialité, j’allai
manger avec lui. Je me tins tranquille jusqu’à quatre heures. Alors je me donnai une nouvelle attaque d’épilepsie, et fis des contorsions terribles. On voulut encore avoir ‘1 recours à l’eau salée, mais, je me rappelais L trop la cuisson que j'avais ressentie le matin dans les yeux, pour leur permettre de contiil nuer ce jeu là. Aussitôt que je vis la tasse \: s’approcher, je lui donnai un coup de revers en de main qui envoya sauter à vingt pieds, et D je continuai mes soubresauts et mes coups fr. de tête sur le plancher aa point que les assistants en frissonnaient d’horreur. Cinq ou six s’approchèrent pour me tenir, mais Je les en- | voyai rouler à droite et à gauche soit avec les ji bras, soit avec les pieds, avec une force à
L laquelle ils ne comprenaient rien. Quelqu'un
! revint alors avec l’eau salée, mais j’étais dé- | terminé à n’en pas laisser tomber une goutte no sur ma figure. On n’approcha pas la tasse cette fois, mais un linge bien imbibé, L’in-
dividu s’approchant de moi sans précaution, je lui envoyai son linge en plein sur la figure. Il eut de la saumure dans les yeux, à son tour, ce qui lui fit sortir un très énergique juron. Tout le monde se mit à rire, et je ne pus m’en empêcher moi aussi, mais Je changeai assez vite mon rire en grimace permanente pour qu'on ne s’apperçût de rien.
Néanmoins comme on était resté sous l’inpression que l’eau salée m'avait fait du bien, le matin, on en demanda encore, mais celui qui avait voulu me rendre ce bon ofhice passa la tasse et ie linge à un autre en di.
sant : ‘ Allez-y, vous autres, moi j’ai fini.”
Un prisonnier vint avec précaution, en se mettant à ma tête, pour m’arroser la figure.
Quand il fut à bonne distance, et au moment où son linge m’arrivait sur la figure, je lui envoyai, à titre de convulsion, mon poing si juste sur le nez, qu’il en vit vingt-cinq chandelles. [Il s’en alla saigner plus loin. Comme je me démenais toujours, on décida encore de me tenir, afin de m’empècher de me blesser. Plusieurs prisonniers me saisirent alors les mains, mais je fermai les miennes avec tant de force qu’ils en poussaient des cris ; puis j’en saisis d’autres par les bras et leu enfoncais littéralement les doigts dans la
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chair. Ceux-ci ne revenaient plus. J'en saisis un autre avec mes deux bras et lamenant sur moi, le serrai si fort qu’il en devint violet. Je [ui cassais la nuque. Deux hommes voulurent m'ouvrir les bras, mais ils nous soulevaient tous deux de terre sans que mes bras s’ouvrissent. Je tenais mon poignet gauche avec ma main droite et il ét:"° réellement impossible de m’ouvrir la main. L’au tre n'avait presque plus la force de crier, Enfin je me donnai une convulsion différente et étendis les bras, ce qui lui permit de se relever en disant. ‘ Qu'il se tue, s’il le veut, votre maudit fou, j’en ai assez, moi. Ila les bras comme du fer ! ”
Je prolongeai mon accès au moins vingtcinq minutes. J’étais en nage. Je fis semblant d’être épuisé et laissai tomber mes bras ramollis sur le plancher. Béchard vint mettre une harde pliée sous ma tête et Je passai une demie heure à écouter ce qui se disait autour de moi.
Je vis que tout le monde prenait mon haut mal et ma folie pour parfaitement véritables et que personne n’avait le plus léger soupcon de ma ruse. La preuve la plus concluante pour eux était la force extraordinaire que je déplovais. Personne, en prison, ne me savait
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beaucoup plus fort que le commun des hommes, et on att“ibuait naturellement à l’épilepsie ou à la folie ce qui n’était que le résultat de ma force musculaire.
Je les entendais tous dire : ‘Il n’y a qu’un épileptique ou un fou qui puisse être si fort que ça.”
Je me convainquis donc que ma ruse réussissait admira blement. Quand j’eus écouté pendant longtemps, je me levai subitement et fis mine de tomber sur le cercle qui m’environnait, mais Béchard s’étant avancé vers moi, je pensai qu’il valait mieux laisser croire que quelqu'un, au moins, avait de l’empire sur moi,et je redevins tranquiile. Je lui offris la main, lui fit de profonds saluts, lui montrai un grand respect et lui prenant le bras, me mis à me promener avec lui. A ceux qui voulaient s’approcher, je montrais les dents ou les poings, et tout le monde se tenait à une respectueuse distance. Je restai tranquille et composé jusau’au soir.
Les jours suivants, je continuai de tomber régulièrement du haut mal a neuf heures du matin et à quatre heures du soir; et, dans les intervailes, à commettre tous les actes de folie imaginables.
J’ouvrais les fenêtres, je secouais le tuyau,