‹ Echappé de la potence [microforme]Chapitre 10 sur 16 · FÉES ÈS · texte numérisé non relu

FÉES ÈS

‘ Ce n’est pas à moi qu’on pourra faire le reproche d’avoir sacrifié personne en cette occasion; on comprendra que je ne fais qu'être consistant avec mes principes. Mais il y a des gens auxquels on pourra avec toute raison faire ce reproche qu’ils ont consenti à sacrifier ceux de leurs compatriotes qui ont pris part à la rébellion, il est-vrai, mais qui ont expié leur mauvaise conduite, leurs actes imprudents, par un long exil et des confiscations qui entraînaient le deuil et l’indigence pour leurs familles.

‘“ Pour moi, si j'avais été pour quelque chose dans cette affaire, j'aurais préféré aujourd’hui partager leur honte que d’enregistrer ici, comme vous le faites, un vote qui aura l'effet de valider les jugements de la cour exceptionnelle qui les a condamnés. Je suis heureux de dire que leur condamnation par celte chambre n’est pas un acte dont je sois aucunement responsable ! C’est un acte dont je vois avec plaisir que le ministère lui-même a bien voulu prendre la responsabilité ! C’est donc un acte qui me rapproche de lui, ou plutôt qui LE RAPPROCHE BEAUCOUP DE NOUS! Je voterai donc avec le ministère parce que, par

son vote, à concourt avec nous pour reconnaître que les cours martiales étaient des cours légitimement constituées. ”

Voilà donc un tory de vieille roche qui félicite le ministère libéral d'alors de sacrifier les droits de ses compatriotes ! qui se félicite lui-même de ce que les ministres se rapprochent des tories, et qui, dit-il, ne peut 8e refuser à voter des deux mains avec un ministère qui commet la lâcheté de sacrifier les droits des Canadiens!

Cette leçon même ne fut pas comprise |

Quand nous voyions le ministère recevoir des leçons de libéralisme de M. Papineau, cela ne surprenait personne, chacun étant dans son rôle. Mais voir un ministère libéral recevoir des leçons de libéralisme de M. Gugy!

cela nous fit comprendre, à la campagne, combien les libéraux étaient déchus, combien ils reniaient leur passé ! Pour que Béelzébuth applaudît les bons anges, il devenait clair qu'ils avaient perdu leurs ailes ! Le fait est que les libéraux donnaient le baiser de paix au torysme en la personne de M. Gugy!

Celui-ci n’approuvait certes pas ce que M.

Papineau voulait! Co baiser de paix portait

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ses fruits un peu plus tard, quand les libé.

raux s’alliaient avec sir Allan McNab, l’idole dés incendiaires de 491

Depuis ce temps, nous avons vu les libéraux graviter sans cesse vers le torysme, et rompre de plus en plus avec les traditions qui formaient autrefois la base de la foi politique du peuple. Autrefois, la qualité distinctive de nos chefs était le désintéressement personnel ; aujourd’hui l’égoïsme, l'ambition, le besoin de rester ministre sont tels que le mensonge, la corruption et dans une très

célèbre occasion, la moquerie du serment :

d'office, sont devenus les meilleurs moyens de conserver ses charges. Autrefois, le mobile des hommes au timon des affaires était l'honneur, aujourd’hui c’est l'intérêt qui se résume invariablement dans la sordide cupidité de ses membres.

Autrefois, pour devenir chef politique du Bas-Canada, il fallait avoir acquis les plus hautes qualités intellectuelles et morales:

aujourd’hui, pour rester ministre, on dirait, en vérité, qu’il ne s’agit plus que de les perdre ou de ne les avoir jamais possédécs, et même alors, on ne s’en croit pas moins, pour cela, du bois dont on fait les ministres,

On voudra bien me pardonner cette digression en faveur de l’importance du sujet.

Le lecteur se rappelle que j’ai laissé mon récit au moment où je voyais, de la lisière du bois, brûler diverses constructions dans la campagne.

Je retournai à ma cabane irrésolu et complètement découragé. Ces vengeances ne m'annonçaient rien de bon pour moi-même.

Il me faudrait donc passer aux Etats-Unis, car pour hiverner dans le bois, je n’y songeais plus; j’en avais assez du langage des arbres |

Il y avait longtemps que je réfléchissais sur ma position, quand j’entendis au loin les trois coups promis. Je courus du côté d’où ils venaient, et au bout de quelques instants, je me trouvai face à face avec un de mes amis.

— Et mon père? lui dis-je.

— ]1l m'envoie à sa place. Il est surveillé de près, et on lui a signifié aujourd’hui que s’il ne disait pas le lien de ta retraite, ses propriétés seraient brûlées. Cette exigence l’a fâché. Il a dit au colonel qu'il n’était pas homme à livrer son propre enfant quand même il saurait où le trouver, et que si on voulait brûler, il ne demandait qu’une demi-

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heure d’avis. Le colonel a trouvé cela insolent; ton père lui a dit que tous les coionels de la terre ne lui feraient pas faire une chose déshonorante, et le colonel lui dit qu’il enverrait brûler ses propriétés demain.

“Ton père te fait dire de t’en aller aux Etats-Unis. Tu as assez d'argent avec toi; si ses propriétés sont brûlées, il dit qu’il pourra les rebâtir avec ses épargnes, et il te ep de ne pas t’inquiéter de lui.

— Brave père, je ne te laisserai pas ruiner comme cela, répondis-je.

‘ Partons de suite, je m'en retourne avec toi.

— Mais tu vas être pris.

—$Sans doute. Maïs puisque c’est moi qui ai fait la folie, je ne laisserai pas mon père en supporter les conséquences, je vais me livrer.

Je partis donc malgré les représentations de mon ami, et nous arrivâmes à la maison vers onze heures du soir.

Mon père était seul, fumant la nipe devant le poêle. En me voyant, il devins d’une paleur mortelle.

— "Toi, Félix, et pourquoi viens-tu ?

— Mon père, je ne me pardonnerais jamais l'incendie de vos propriétés. C’est moi qui ai

tiré le vin, c’est à moi de le boire. Vous voir ruiner à votre âge ! Ah! ce n’est pas moi qui permettrai celal Puisqu’ils administrent le pays comme des sauvages, il n’est plus possible aux hommes de cœur de rester cachés.

Vous n'avez pas approuvé le mouvement, il serait trop injuste que le châtiment retombât sur vous.

— Félis. me dit mon père, des maisons et des granges 8e rebâtissent, mais une vie d'homme, c’est fini! Un dommage se répare,

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une tête tombe pour toujours. Epargne aux vieux jours de ton père la plus grande douleur qui puisse maintenant tomber sur lui, 11 | est encore temps, sauve-toi et passe les li- n

gnes. à — Mon père, je ne cours aucun risque en me livrant, car, quelque chose qui arrive, je m'en tirerai. Je vais donc d’abord sauver vos propriétés, puis je trouverai bien le tour de me sauver moi-même. Ne craignez rien pour moi, je serai aussi en sûreté en prison qu'aux Etats-Unis. Les Anglais nous ont battus, 1 : mais je me vengerai d’eux tout en n’exposant k pas ma vie. J'ai toujours dit qu’un Canadien 1 était plus fin qu’un Anglais, je tiens à le

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