‹ Echappé de la potence [microforme]Chapitre 12 sur 16 · NN D FE · texte numérisé non relu

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On nous achemina de suite du côté de la prison. Les rues étaient dans un état affreux.

La boue liquide nous couvrait le pied. En voyant une escouade de prisonniers, la canaille se mit à se grouper autour de nous et à nous lancer des pierres et de la boue. Les injures et les hurlements de cette foule étaient formidables. Autant cette canaille était lâche devant des hommes en état de lui faire face, autant elle était brutale et nudacieuse avec des hommes hors d'état de “e défendre. Les volontaires formaient deux haies de chaque côté de notre petite bande st eurent à repousser la foule qui ne leur fpargnait pas plus la boue et les pierres qu’à aous-mêmes, car les projectiles volant au hasard, ils en avaient leur bonne part.

À cinq heures, nous arrivâmes enfin devant les murs de la prison. La foule redoubla ses projectiles et ses hurlements, et on nous fit entrer dans la cour avec toute la précipitation possible. Quelques-uns des prisonniers étaient littéralement couverts de boue de la tête aux pieds et étaient méconnaissables.

Une fois dans la prison, on entra nos noms dans un registre et je fus conduit au quatriè-

me étage, dans la partie appelée la chapelle, mais qui n’avait jamais servi au culte. C'était l’exhaussement ds la toiture que l’on voit encore à l’aile nord-est de la prison. Ce n’était alors qu’ un grenier vaste, sans séparations, et où je trouvai un grand nombre de mes amis.

J'avoue franchement que ce fut un rude moment pour moi que celui où je franchis la porte de la prison. Il va sans dire que je ne connaissais encore que le mot, et que rien n’avait pu me donner l’idée de la vie qu’on y mène. Quand je me vis dans ces corridors obscurs, avec un homme qui me conduisait, portant un paquet de grosses clefs ; quana je vis ces murs qui défient la violence, ces cellules occupées par des visages amis, l’étroit espace où ils étaient confinés, l’apparence lugubre de l'édifice et les figures non moins lugubres des geôliers, il me sembla que, coupable ou non, un homine ne pouvait être tranquille dans une pareille enceinte, à moins d’être une de ces natures abruties que la Providence semble jeter de loin en loin dans la société pour inspirer l'horreur du crime.

Je fus conduit, comme je viens de le dire,

ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE. 85 au quatrième étage, où je rencontrai plusieurs de mes amis et de mes connaissances. Je ne Jeu1 trouvai pas une expression qui me parût en harmonie avec l'horreur que m’inspirait leur terrible logis. Je voyais chez presque tous ane expression résignée, quelques-uns même n'avaient rien perdu de leur gaieté.

Cela contrastait si fort avec l'horreur dont j'étais moi-même saisi, que j’en éprouvais la plus pénible surprise et que je répondais avec une lenteur marquée aux nombreuses questions qui m'étaient faites de toutes parts.

Tout ce monde-là, dont quelques - uns étaient réservés à une si terrible vengeance, me souhaitait la bienvenue avec empressement, comme si un compagnon de plus pouvait soulager l’infortune générale. L’homme est ainsi fait: une nouvelle victime fait pleurer ceux du dehors et sourire ceux du dedans.

Il y avait déjà plus de cinq cents détenus politiques quand je fus écroué. La chapelle en contenait plus de deux cents. Ils avaient tous passé par le même état de serrement de cœur sous l’empire duquel j'étais encore, et plusieurs me dirent: “Ah bah! tu feras

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comme nous, tu en prendras ton parti, toi aussi; ils ne nous pendront toujours pas tous ! Eh bien, nous sommes préparés à tout, mais chacun espère toujours un peu que le mauvais lot ne tombera pas sur lui. Dans deux jours, tu seras, comme nous, décidé à accepter la mort avec courage, si elle se présente, tout en conservant l'espoir d’y échapper.”

Je m'aperçus néanmoins qu’un certain nombre de détenus voyaient sombre dans l'avenir, et que la tranquillité de plusieurs d’entre eux venait plutôt de ce qu’ils comptaient sur l’absence de preuves contre eux, que sur l’indulgence des juges. Ceux qui savaient que les preuves de leur participation au mouvement pourraient facilement s’obtenir étaient loin d’être tranquilles, et quelques-uns des officiels qui visitaient régulièrement la prison ne manquaient pas d’insinuer que ceux qui feraient des déclarations seraient traités avec indulgence, pendant que les coupables seraient punis avec rigueur.

Des offres considérables ont même été

faites, mais on ne put trouver de traîtres, et

les preuves à charge vinrent toutes du dehors, | |

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