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de me tenir, afin d'empêcher de me blesser.
Plusieurs prisonniers me saisirent alors les mains, mais je fermai les miennes avec tant de force qu’ils en poussaient des cris; puis j'en saisis d’autres par les bras et leur enfonçais littéralement les doigts dans la chair.
Ceux-ci ne revenaient plus. J'en saisis un autre avec mes deux bras et, l’amenant sur moi, le serrai si fort qu’il en devint violet. Je lui cassais la nuque. Deux hommes voulurent m’ouvrir les bras, mais ils nous soulevaient tous deux de terre sans que mes bras s’ouvrissent. Je tenais mon poignet gauche avec ma main droite et il était réellement impossible de m’ouvrir la main. L'autre n'avait presque plus la force de crier. Enfin je me donnai une convulsion différente et étendis les bras, ce qui lui permit de se releve” \ disant: ‘Qu'il se tue s’il le veut, \ r-audit fou, j'en ai assez, moi. Il a les bras coume du fer !”
Je prolongeai mon accès au moins vingtcinq minutes. J'étais en nage. Je fis semblant d’être épuisé et laissai tomber mes bras d ramollis sur le plancher. Béchard vint mettre une harde. pliée sous ma tête et je passai une
demi-heure à écouter ce qui se disait autour “ de moi. |
Je vis que tout le monde prenait mon haut mal et ma folie pour parfaitement véritables et que personne n’avait le plus léger soupçon de ma ruse. La preuve 1a plus concluante pour eux était la force extraordinaire que je déployais. Personne, en prison, ne me savait plus fort que le commun des hommes, et on attribuait naturellement à l’épilepsie ou à la folie ce qui n’était que le résultat de ma force musculaire. |
Je les entendais tous dire: ‘ Il n’y a qu’un épileptique ou un fou qui puisse étre aussi fort que ça.”
Je me convainquis donc que ma ruse réussissait admirablement. Quand j’eus écouté pendant longtemps, je me levai subitement et fis mine de tomber sur le cercle qui m’environnait; maïs Béchard s'étant avancé vers moi, je pensai qu'il valait mieux laisser croire que quelqu’un, au moins, avait de l'empire sur moi, et je redevins tranquille.
Je lui offris la main, lui fis de profonds saluts, lui montrai un grand respect et lui prenant le bras, me mis à me promener avec
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lui. À ceux qui voulaient s'approcher, je montrais les dents ou les poings, et tout le monde se tenait à une respectueuse distance.
Je restai tranquille et composé jusqu’au soir.
Les jours suivants, je continuai de tomber régulièrement du haut mal à neuf heures du matin et à quatre heures du soir, et, dans les intervalles, à commettre tous les actes de folie imaginables.
J’ouvrais les fenêtres, je secouais le tuyau, Je courais dans l’appartement comme un cheval de course, je faisais des encans de terres, de maisons, et je faisais des niches aux tourne-clefs.
Le geôlier en chef vint le troisième jour, sur leur rapport, voir ce que tout cela voulait dire. Je lui offris la main tranquillement, et comme il me tendit la sienne, je lui fis craquer les os et jeter un cri qui fit rire tout le \ monde; puis, je pris un air hébété qui le convainquit que je ne savais ce que je faisais. C'était un homme de six pieds, au moins, et assez fortement constitué. Je lui mis les mains sur les deux épaules, et le regardant fixement, le secouai. un peu, et voyant qu’il se laissait faire, je le saisis par le milieu du
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corps et le soulevai à deux pieds de terre au bout de mes bras. Je vis qu’il était lui aussi étonné de ma force. Je le déposai tranquillement à terre et lui fis un salut. Il dit alors aux autres prisonniers: ‘ Il est difficile de garder ce pauvre homme-là ici, si sa folie continue. J’en parlerai au shérif.” Puis il leur recommanda de bien prendre garde de m'irriter, parce que, dit-il, ‘‘ il peut être terriblement dangereux avec la force qu’il mon- . tre ; il m’a soulevé comme un enfant.”
Cinq jours se passèrent ainsi, et le soir du cinquième jour de ma folie, me trouvant seul avec Béchard, je lui dis tout à coup, en reprenant mon air de bon sens:
— Eh bien, Béchard, trouvez-vous que je sache bien faire le fou ?
Jamais je n’ai vu d'expression de surprise aussi profonde que celle exprimée par la figure de Béchard en ce moment.
— Comment! me dit-il, en se levant tout d’une pièce, tu n’es pas fou |
— Pas plus que la semaine dernière | mais parlez moins haut, car vous allez me trahir.
— Ah! mais franchement, voyons! Est-il possible que tu aies vraiment ton bon sens?
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— Maïs vous m'avez donc cru fou pour tout de bon!
—Eh! mon Dieu, oui! Fou à lier! Plus fou que les fous! Je n'ai jamais rien vu de pareil !
— Comment trouvez-vous que je les fais danser ?
Béchard avait toujours les yeux grands comme des piastres.
— Mais, c’est pourtant vrai, dit-il, il a sa raison! Ah! pour ça, par exemple, il y a.
plusieurs prisonniers qui t'ont donné au diable. Le geôlier m’a dit qu’il ne pouvait pas te garder. Puis, me regardant dans les yeux:
Mais tiens, c’est inutile, je ne peux pas croire que tu ne sois pas fou!
— Mais je vous avais dit que je le serais!
— Je le sais bien, mon Dieu, mais comment s’imaginer qu’un homme dans son bon sens puisse faire le fou comme ça? Quand je t'ai vu si fou, vrai comme je m'appelle Béchard, j'ai cru que le bon Dieu t’avait puni d’une pareille pensée et t’avait réellement ôté la raison. J'aurais mis la main dans le feu pour jurer de ta folie! Quoi, vrai, là, tu n'es pas fou ? d