‹ Echappé de la potence [microforme]Chapitre 3 sur 16 · ARR LR ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE · texte numérisé non relu

ARR LR ÉCHAPPÉ DE LA POTENCE

ment, réfléchissez; car, une fois lancé, il vous faudra, bon gré mal gré, aller au bout.

— Je ne suis pas homme à reculer, docteur. Mes réflexions sont faites ; je veux délivrer mon pays et je vous suis.

— Pas encore, fit-il. Il y a trop à faire ici pour que nous nous privions des services que vous pouvez rendre. Deux choses sont ne santes avant tout :

1o Organiser des comités qui Ttléndeot des compagnies plus tard.

20 Collecter des fonds pour acheter des armes.

— Voulez-vous vous dévouér à faire l’un et l’autre ?

— C'est fait, repris-je.

— Eh bien, alors, nous allons vous assermenter, et vous vous mettrez de suite à l’œuvre.

Je prêtai en conséquence le serment suivant :

‘Vous jurez d'employer votre énergie et votre courage pour chasser les Anglais du sol du Canada, et de ne vous arrêter que quand il n’en restera plus un seul dans ses Jimites.”

Après cela, Côte me dit:

— Maintenant, Poutré, nous savons que nous pouvons compter sur vous. Prenez un Évangile, et courez les campagnes pour administrer le même serment aux Canadiens patriotes qui voudront se joindre à nous. En même temps, vous solliciterez quelques souscriptions dont le produit sera employé ?

l’achat des armes qu’il nous faut pour réussir ; Car Sans armes, nous ne pouvons bouger. Voulez-vous faire cela avec zèle et discretion ?,

— Je le promets, sur ma tête et sur mon honneur. |

— C’est bien, bonjour, nous vous laissons à vos travaux, et commencez le plus tôt possible.

Ces deux messieurs me quittèrent alors, et moi je me sentis grandi d’un pied. Cette mission d’assermenter mes compatriotes, de collecter des fonds, de former des comités, me donnait à mes propres yeux une importance à laquelle je ne m'attendais pas. La situation prenait dans 1u£n esprit des proportions considérables, je me voyais sous le coup d’une responsabilité qui, après tout, était sérieuse, et je résolus de me mettre immédiatement à l’œuvre.

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Je n’ai pas besoin de dire que je dormis aussi peu que possible la nuit de ce jour-là.

Dès le lendemain, je me munis d’un Évangile et je parcourus les campagnes pour assermenter mes amis, et faire une collecte. J’assermentai en peu de temps au delà de 8,000 hommes, et quoique la collecte ne fût pas ce que j'avais espéré, elle produisait encore d'assez jolis résultats. Ce qui allait mal, c'était l’organisation des comités, parce que presque partout, les gens parlaient beaucoup, mais il n’y en avait pas un sur trente qui agissait. Toute proposition d’organisation était bien adoptée d'enthousiasme, mais jamais exécutée, et toutes les assemblées se passaient en vaines paroles.

Néanmoins le temps marchait, et les événements aussi. Nos renseignements des États- Unis indiquaient des préparatifs sur une grande échelle pour venir à notre secours.

On nous parlait de dépôts d’armes, de munitions, de volontaires prêts à passer la frontière pour grossir nos rangs. On parlait méme d'intervention du gouvernement aussitôt que nous aurions pu gagner le moindre avantage sérieux sur les troupes anglaises. Nous

nous bercions de ces idées, et nous regardions le succès comme très probable, puisque cette année, au moins, nous aurions des armes et des secours d'hommes et d'argent. Nous attendions donc avec une vive impatience le moment où nous pourrions manier les armes tant désirées et si longtemps promises.

Nous avions reçu ordre de nous tenir prêts à agir pour le commencement de novembre 1838. J'avais reçu le grade de capitaine d’une compagnie. J'étais tout feu, maïs je ne pourvais me défendre d’une certaine inquiétude, quand je songeais que nous n’avions pas encore reçu un seul fusil ni un seul canon. On nous disait bien de ne pas être inquiets et qu'au moment où nous en aurions besoin, tout viendrait à point ; maïs il me semblait que “venir à point” devait signifier plutôt avant la bataille qu'après. |

Néanmoins, le 12° novembre, l’ordre de se rendre à Napierville ayant été donné, je m’y rendis avec ma compagnie, le 2 au soir: nous étions au moins 3,000 hommes dans le village. Les volontaires s'étaient retranchés à Odelltown. Nous fûmesinformés qu’ils avaient fortifié l’église, et que c'était là qu’ils de-

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vaient attendre notre attaque. Le cimetière, comme d'habitude, s’étendait autour de l’église, et était fermé par un mur de pierre que l’on n’avait pas eu le temps de créneler.

L'attaque d’Odelltown ayant été décidée, aous fimes la revue de nos forces et de nos armes. Nous étions plus de 3,000 hommes et nous avions en tout 4.0 fusils de chasse, dont cent environ partaient, pour ainsi dire, quand cela leur plaisait. Et les armes des Etats- Unis venaient toujours, sans arriver jamais.

Le 6 novembre au soir, ordre est donné de nous tenir prêts à aller attaquer Odelltown de bonne heure le lendemain matin. Nous tenions donc enfin une bataille et nous allions rencontrer ces volontaires qui faisaient tant les bravaches quand ils avaient affaire aux femmes et aux enfants.

Un millier d'hommes furent commandés quoique nous n’en puissions armer que quatre cents; mais il était entendu que ceux qui n'avaient pas d'armes s’empareraient des fusils à mesure que ceux qui en étaient pourvus tomberaient dans la mêlée. Le

En 1838, la campagne était loïn d’être défrichée, autour d’Odelltown, comme elle l’est

aujourd’hui. Le bois n'était qu’à une très petite distance du cimetière. C’est le côté qui fut choisi pour l'attaque. En quelques minutes, nous franchîmes la distance qui séparait le bois du mur de clôture du cimetière, et à l’abri de ce mur, nous commençâmes un feu parfaitement nourri contre l’église, où les volontaires se tenaient. Ceux-ci avaient placé un canon près de l’église dans notre direction, mais il leur servit peu, car nous choisîmes un tireur de première force qui avait près de lui plusieurs fusils constamment chargés avec lesquels il abattait sûrement tous ceux qui se présentaient nour faire partir le canon. Après une heure ou deux de fusillade, qui n’eut que peu de résultat, la retraite sonna, et notre bande reprit le chemin de Napierville. Nous revinmes à la charge le lendemain matin pour arriver au même résultat. N'ayant pas de canon, nous ne pouvions attaquer sérieusement l’église ni essayer d’en déloger les volontaires. Après leur avoir tué quelques hommes et en avair perdu des nôtres, nous renonçâmes à l'attaque et retournâmes passer la nuit à Napierville. Nous avions perdu, dans les deux ren-

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contres, quurante-trois hommes, les volonlaires, nous dit-on, environ une centaine, car nous tirions mieux qu’eu Ce résultat ne menait évidemment à rien.

En retournant à Napierville, je parvins à me faufiler près du Dr Côte, et je lui demandai si nous n’allions pas avoir des armes et surtout des canons.

— Que voulez-vous que nous fassions, lui ais-je, sans canon, pour déloger cette canaillelà de l’église ? Si nous n’avons pas d’armes, mieux vaut tout abandonner! Où sont les arm: que vous nous avez promises? Sans armes, vous savez bien que vous nous menez à la boucherie.

Quoiqu'il essayât de faire bonne conte nunce, je vis bien, à son expression embarrassée, qu’il n’avait rien de bon à m'’apprendre. Il me parut cacher une idée qui l'obsédait et je ne lui trouvai pas le même air que d'habitude. Il me recommanda d’aller le voir à Napierville.

Je commencçai alors seulement à me douter que quelque chose n'allait pas bien. Il me vint à l'esprit plusieurs circonstances que ma préoccupation d’une idée fixe m'avait

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empêché de juger sainement. Plus je songeais à tout ce que j'avais vu et entendu depuis huit jours, plus je me disais en moimême: ‘ Il est clair que ces gens-là nous trompent et que nous n’aurons pas d’armes.

Après tout, s'il était vrai que des dépôts d'armes existassent de l’autre côté des lignes, quoi de plus simple que de nous les donner quand nous étions à Odelltown, qui est presque sur. la ligne? Ÿ avait-il du bon sens à nous mener deux fois nous battre sans armes quand on prétendait en avoir des dépôts dan le voisinage ? ”

Il m'en coûtait de croire à une aussi atroce supercherie que celle d’assembler quelques milliers d'hommes sur ln promesse de leur fournir de quoi se battre et de se moquer d'eux ensuite. Il y avait quelque chose de si infâme dans le fait de soulever une population pour la livrer ensuite aux vengeances du gouvernement, que je sentais le sang me monter à la tête quand je songeais à la possibilité de voir ce soupçon se réaliser. Je savais parfaitement qu'après ce que j'avais fait,

après mes courses dans les campagnes, mês

collections d'argent, mes assermentations, et

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enfin ma présence dans les rangs des pa-

onde- triotes, en armes contre le gouvernement, je 10i- | n'avais aucune grâce à attendre ni aucune ous ne indulgence à espérer. Je ne pouvais me faire ES. | à l’idée de n'être battu comme un sot pour Ôts | des gens qui se rmoquaient de moi et de mes Les, compatriotes. Je sentais ma gorge se serrer ner de colère à l’idée d’avoir été aussi impudemes- ment berné. Je me dis donc: ‘“ Nous allons 3 à voir ce soir ce que l’on va nous dire. Il faut 1e que ces bêtises finissent! Aller nous bactre An’! contre des murs avec des balles! nous y serons encore dans deux mois! Si nous avions ce seulement deux petits canons, comme nous Les délogerions vite cette canaïlle de volontaires! ur Et dire que depuis deux mois, on nous proer met des armes! et qu’au moment critique, il gi ne nous est pas encore venu un seul fusiil la- Et tous ces hommes confiants et honnêtes du qui sont là compromis par des fous ou des ne traîtres! Car enfin, il n’y a pas de milieu; Si. s’ils ont des armes et qu’ils ne les fassent pas Lis venir de suite, c’est une imbécillité qui n’a pas it, | de nom; s'ils n’en ont pas du tout, ces hom- | mes-ià nous trahissent donc depuis deux

mois! Et puis pourtant, si tel est le cas, com-

ment oseraient-ils rester avec nous? car enfin s'ils nous trahissent vraiment, ils doivent savoir que ni moi ni les autres né sommes disposés à les laisser tranquillement se mettre gi à couvert pendant que nous sommes destinés { | peut-être à la potence par leur faute! S'ils nous avaient dit de suite : ‘“ Nous ne pouvons vous procurer des armes,” personne n'aurait jamais songé à sortir de chez soi!

Nous rentrâmes à Napierville, le soir, plus découragés que fatigués. Obsédé comme je l’étais de craintes et de soupçons, je ne tardai pas à aller voir Côte. Je ne pus obtenir l’entrée. Vers neuf heures, j’y retournai. Même résultat. Cela devenait inexplicable. Il m'avait dit à moi-même d’aller le trouver. Enfin, à onze heures, je partis déterminé à passer sur le corps de dix hommes s’il le fallait pour arriver à lui. À ma grande surprise, j'entrai sans difficulté et Côte me dit:

— Mon cher Poutré, nou$ venons d’être in-.

formés que les troupes viennent dans la direction de Napierville. Elles sont encore à huit lieues d'ici; conséquemment elles arriveront après-demain matin sur les dix ou onze heu:es. On dit qu’elles forment un

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