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corps de près de 5,000 hommes. Partez au jour demain matin, et rendez-vous à Lacolle où les armes doivent être arrivées maintenant. Il doit y avoir cinq mille fusils et des munitions. Prenez des voitures ; je vous donne carte blanche pour la dépense, et fuites que le tout soit ici à midi au plus tard. Choisissez des hommes actifs et de bonne volonté pour vous aider et faites toute la diligence possible.
Si nous avions eu alors, tous tant que nous étions, notre froide raison, et j’oserais dire, notre simple bon sens, j'aurais dû, moi pour un, voir que tout cela était uns moquerie et un mensonge, depuis le premier mot jusqu’au dernier. Dans l’état où étaient les chemins (on sait dans quel état ils sont toujours en novembre), ce n'était pas cent cinquante voitures qui pouvaient transporter cinq mille fusils et des munitions en proportion. Or, prétendre faire décharger d’un bateau les fusils et les munitions, les charger sur des voitures, qu'il fallait commencer par trouver, et les amener à Napierville pour midi, c'était tellement une impossibilité physique, qu’un pareil ordre ne pouvait venir que d’une tête
en désordre ou d’un homme qui voulait nous jouer jusqu’à la dernière minute.
Mais l’ordre était donné si sérieusement et avec tant de bonhomie apparente; maître Côte avait l’air si joyeux de pouvoir enfin nous annoncer que les armes tant désirées et tant promises étaient enfin là à notre portée; nous avions tant de désir de toucher enfin de bonnes armes au lieu de nos mauvais fusils de chasse qui n’avaient jamais tué que des perdrix ou des lièvres, et qui semblaient avoir peur de déplanter un Anglais, que nous accueillîmes la nouvelle avec des hourras sans fin, au lieu de nous appliquer à l’analyser, ce qui nous en eût de suite fait voir la fuusseté.
Je me donnai bien garde d’attendre le jour, et je partis de suite pour Lacolle, déterminé à tout faire pour remplir ma mission à mon honneur. Chemin faisant, je m’arrêtai à chaque maison où j'espérais trouver un cheval ou une voiture, et j’ordonnai plutôt que je ne demandai aux gens de partir immédiatement pour aller chercher des armes à Lacolle.
: Quelques-uns ne faisaient pas d'observation, mais la plupart craigraient de s’avénturer par un temps affreux et des chèmins pires