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crus entendre deux hommes ge parler. Cela me fit réfléchir, car pourquoi mon père eût-il mis un autre homme dans le secret? Les voix se rapprochant, je m’enfonçai complètement sous les branches et j’attendis. Au bout de quelques instants, j’entendis distinctement quelqu'un parler de moi. |
— Où diable peut-il être fourré? disait cet homme. Voilà plusieurs cabanes à sucre que nous ouvrons et: n’y a nulle trace d’anomme.
Il a dû pourtant... tiens en voilà une autre. Visitons-la toujours. J'étais à peine à cinquante pieds de la cabane; j’entendais parfaitement, maïs je ne pouvais rien voir. En ouvrant la porte, la même voix dit: ‘ Rien ici non plus.” Mais tout à coup, j’entendis la voix de mon père qui dit à l’autre: ‘“ Ah!
ah ! on a fait du feu ; la cendre est chaude, il n’est pas loin d'ici.” Ils sortirent tous deux de la cabane et mon père dit: ‘‘ Il n’est certainement pas loin d'ici, voilà une piste d'homme touts fraîche.” Comme il achevait ces mots, je me levai subitement en faisant sauter en l'air les broussailles qui me couvraient, et je m’avançai vers eux.
— Joli nid pour un patriote, me dit mon
pe
père, qui portait un petit coffre sous son bras. fe suppose que le patriote mangerait bien un Angiais par le temps qui court.
— J'en mangerais bien trois, répondis-je… j'ai une faim d'enfer.
— Il y a deux heures au moins qu’on te cherche. Tu es venu bien loin!
— Eh bien, puisque je me cache, autant vaut le faire bien tout de suite.
— Tiens, ne babillons pas et mange, me dit mon père en ouvrant son coffret, qui fit briller à mes yeux une magnifique brique de lard blanc de six doigts d'épaisseur, avec du pain, et une bouteille de réconfortant. La table fut bientôt mise et le dîner vite avalé. Pendant que je dévorais plutôt que je ne raph pole, moi, père me dit:
— Je t’assure que j’ai arrangé cet animal de D... cette nuit.
— Je le sais bien, j’ai tout entendu.
— Quoi, tu n'étais pas parti!
— J'ai été m’écraser à la porte du pignon, et je l’avais en face; j’entendais tout.
— Franchement je ne sais comment j'ai fait pour me dominer, et ne pas lui tordre le cou. Il me semblait que je le lui aurais tordu comme à un cou!
— J'étais réellement inquiet, tenez; car vous n’avez pas été prudent. Vous lui avez dit des choses qui pourraient tourner contre vous. C’est pourtant bien assez d’un dans le trouble!
— C'est vrai, c’est vrai, maïs le moyen de rester de sang-froid quand vous avez un coauin de cette espèce qui cherche à vous compromettre ! J'ai su, vers midi, qu’on a déjà arrêté plusieurs patriotes. Je crois que tu es mieux ici que dans leurs pattes. Il paraît qu'il y a beaucoup de menaces de brûler les propriétés ; je ne serais pas surpris de voir quelque feux de joie à la mode anglaise prochainement.
— Pourvu que ce ne soit pas chez nous!
— Eh bien, si c’est chez nous, il faudra bien l’endurer. Mais tiens, cela me fait songer qu'il vaudrait peut-être tout autant prendre ses précautions. C’est bientôt fait, avec eux, une brülade!
— C'est bon de prendre ses précautions, mon père, mais il est encore plus nécessaire d’être prudent dans ses paroles, et vous ne l’étiez pas beaucoup, cette nuit! Pensez donc un peu... si vous étiez arrêté, et moi qui ne
pourrais me montrer... où en seriez-vous, où en serait toute la famille ?
— Sois tranquille, j'y penserai à l’avenir,
et je ne m’emporterai plus. Ah! coquin de D... val
— Tenez, voyez-vous, 8i vous voyiez ce brigand-là passer ici, vous l’écharperiez.
— Ah oui, ça, c’est sûr ; mais au village ou à la maison, je serai prudent et ne me facherai pas ; ou si je le fais, je ne me fâcherai qu'en dedans. Sois-tranquille.
‘* Sais-tu que tu as choisi la meilleure cabane et le meilleur coin pour te cacher, continua mon père. Tu vois d’assez loin; tu peux te jeter en deux sauts au bas de la côte, et prendre assez d'avance pour te moquer d’une balle ; tu te fais des nids de broussailles où il faudrait un bon chien pour te découvrir; tu es aussi bien que les circonstances le permettent. Dorénavant, on ne te laissera plus crever de faim. Tu as des vivres là pour trois jours. Je ne puis venir souvent, cela éveillerait les soupçons.
‘ Nous allons retourner et Baptiste te rapportera ce soir des couvertures et une hache pour que tu puisses travailler à quelque chose
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et te réchauffer sans faire le fainéant devant le feu. Tu vas probablement avoir le temps de bûcher une bonne provision d’hiver. Ainsi, amuse-toi, fais bien le guet, et pense à tes blondes.
‘ À propos, je pourrais bien aussi t’envoyer an fusil. Tu pourras tuer par-ci par-là une perdrix ou un lièvre, et ça te fera un dessert.
— Eh bien, adieu! dis-je à mon père, en lui tendant la main, et s’il y a quelque chose d’extraordinaire, faites-moi le dire.
Je me retrouvai donc seul et dus, bon gré, mal gré, me remettre à songer. Vers neuf heures, autant que j'en pus juger, j’entendis un chant m’arriver à travers le bois. Comme ça ne pouvait être que Baptiste, je me dirigeai sur la voix, et lui pris une partie de son fardeau. Il me rapportait une peau de bœuf, un oreiller, mon fusil, une hache, une pipe et du tabac, du pain, un peu de linge de corps et quelques hardes; enfin il avait la charge d’un homme et demi. Il m’apprit l'arrestation de quelques amis, les traitements que les volontaires leur faisaient subir, et feurs menaces d’incendier les maisons des patriotes, /
— Tâche donc, dis-je à Baptiste, qu’il en passe un de temps en temps par ici; ceux-là paieront pour les autres, j’en réponds. Nous nous dîmes bonsoir et il me laissa dans la solitude de la forêt.
J'avais souvent entendu parler du charme des bois, de la vie champêtre, du bonheur de l'isolement; j'avais même lu quelques
. tirades là-dessus; mais j’invite ceux qui
écrivent ces fadaises à essayer, sur la fin d’un automne canadien, de la vie des bois, avec une cabane à sucre pour gîte et pour abri; je pense qu'ils se guériraient vite de leur croyance à la poésie des grartds bois et de la solitude qu’ils procurent.
Je restai seul quatre jours, et reçus alors une visite de mon père. On avait fait une recherche à la maison, et les chercheurs paraissaient croire que je n'étais pas loin. Il y avait déjà plus de deux cents arrestations de faites, et ceux que les volontaires trafnaient en prison étaient littéralement traités un peu plus brutalement que des chiens.
— J'en ai pour longtemps, j'ai peur, dis-je À mon père.
— Cela se peut. Mais ne te décourage pas,