CHAPITRE VI
Ce sujet doit être, à mon avis,d*un grand intérêt pour ceux qui comprennent le moins du monde tout ce qu^il embrasse. On se trompe bien souvent sur le sens du mol, de sorte qu’il est bon de commencer par une sorte de définition. Aujourd’hui on n’entend plus parler de mesmérisme, mais seulement d’hypnotisme; la question se pose donc aussitôt de savoir si ce sont là deux choses analogues. Je crois, pour ma part, qu’il vaut mieux établir quelque différence entre les deux, quoique la plupart des gens emploient les mots l’un pour l’autre. Le mot « hypnotisme » vient du grec « upnos >, sommeil ; de sorte que l’hypnotisme est l'élude de l’art d’endormir ; ce mot se trouve malheureusement associé à de mauvaises choses, et son histoire n'est pas très belle.
Sans aucun doute le nom de mesmérisme a été employé, à l’origine, pour tous les phénomènes que l’on désigne aujourd’hui sous le nom d’hypnotisme, et c’est Mesmer qui a découvert en Europe le pouvoir auquel on a donné son nom, Il fut raillé, persécuté par les ignorants et par les hommes de science aveuglés par leurs préjugés ; les médecins ne voulurent môme pas s’occuper de ses expériences. On nia simplement les faits,
tout corome, de nos jours, on croit intelligent de nier les faits spirites.
Il y a cinquante ans, un certain M, Braid, chirurgien à Manchester, publia un petit livre étudiant les faits à un point de vue nouveau. Il déclara qu’ils étaient tous dus à la fatigue de certains muscles de la paupière. I) appela son livre Neurypnologie, et on croit, en géné' rai, qu’il fut le premier à étudier ces sujets d’une façon scientitique.Cela n’est cependant pas exact,et son hypothèse n’explique pas la plus grande partie des phénomènes ; elle semble d’ailleurs n’avoir été acceptée oflicielleraent que parce qu’elle offrait un moyen honorable de quitter une position désormais intenable. Les phénomènes que les médecins avaient décidé de railler et de nier se produisaient constamment, et Braid présentait une méthode qui permettait de les admettre en partie sans avoir à faire l’humiliant aveu que Mesmer avait eu raison, et que la science orthodoxe s’était trompée. Aussi déclara-t-on que c’était là vraiment une découverte entièrement nouvelle, et qu’il fallait lui donner un nom spécial. Dans cette voie suivirent Charcot, Binet, Féré, et quelques écrivains récents, tous adoptant une vue très limitée de la question, négligeant de parti pris les faits qui ne s’accordaient pas avec cette vue limitée.
Mesmer, le véritable pionnier dans cette nouvelle voie, avait cependant bien mieux expliqué les choses avec sa théorie. Il affirmait Texistence d’un fluide subtil allant de l’opérateur au sujet, et, dans cette conjecture partaitement exacte, il fut suivi par les premiers expérimentateurs français, le marquis de Puységur, Doleuze, le baron du Potet, et le baron de Reichenbaçh.
EXPLICATION RAISONNéE DU MESMÉRISME
Expériences de Beichenhach,
Ce dernier fit et raconta patiemment une longue série d’expériences avec des sujets sensitifs, et ses oeuvres méritent d’ôlre étudiées avec soin. Sa première découverte montra qu’un certain nombre de ses jeunes patients pouvaient voir, dans une chambre obscure, des flammes émaner des pôles d’un aimant. Il s’aperçut ensuite que ses sujets voyaient des flammes analogues s’échapper des extrémités de ses doigts pendant qu’il faisait ses passes mesmériques. C’est à cause de cette ressemblance qu il donna au fluide, qui passe dans ce cas de l’opérateur au patient, le nom de « magnétisme animal ». Il eut l’idée que ce fluide avait quelque rapport avec la force vitale qui nous vient du soleil, et pour s’en assurer il fit l’ingénieuse expérience suivante.
Il arrangea un fil de cuivre de façon à exposer une de ses extrémités dehors au soleil, et il fit arriver l’autre extrémité dans sa chambre obscure. Il s’aperçut alors que quand le fil était dans l’ombre dehors, le sujet, qui se tenait dans la pièce, ne voyait rien ; mais si le fil était exposé au soleil, le patient pouvait aussitôt distinguer, dans la pièce, l’endroit où se trouvait l’extrémité du fil, car celle-ci émettait une faible lueur. Quand il attachait une plaque de cuivre à l’extrémité extérieure du fil, de façon à rassembler une plus grande quantité d’énergie solaire, le sujet voyait une lumière très brillante.
Dans toutes ses premières expériences, Reichenbach avait l’impression que cette sensibilité magnétique était un signe de mauvaise santé. Aussi fut-il bien surpris
ÉCHAPPÉES SUR l’OCCULTISME
lorsqu’il s’aperçut qu’une de ses patientes gardait ses facultés après sa guérison. D’autres expériences l’amenèrent à comprendre que la possession d’une telle faculté n’était nullement une question de santé, mais de sensibilité psychique, et il supposa môme, avec raison, que nous avons tous ce pouvoir, plus ou moins, mais que chez la plupart, il ne se montre que quand les facultés physiques ordinaires sont affaiblies par la maladie. On voit donc, d’après cela, que ces premiers magnétiseurs approchèrent de la vérité beaucoup plus que la plupart de leurs successeurs.
Aujourd'hui même,il n’existe pas de meilleurs comptes rendus d’opérations chirurgicales sous l’action du mesmérisme, ou de guérisons mesmériques en général, que ceux que l’on peut lire dans les ouvrages du D** Esdaile, de Calcutta, et du Elliotson qui opérait dans le quartier nord de Londres. A cette époque, 1842 je crois, l’intérêt fut vivement excité par une opération que fit à l’hôpital Saint-Barihélemy, à Londres, un certain M.Ward,qui amputa au-dessus du genou, la jambe d’un patient magnétisé.C’était un cas qui aurait dû satisfaire le plus sceptique investigateur; cependant, quand le rapport fut présenté à la Société médicale et chirurgicale de Londres, les membres de la Société refusèrent absolument d’écouter les témoignages, sous prétexte qu'une telle chose était manifestement incroyable et absurde, et que même si elle était vraie,elle serait contraire à la volonté divine, qui avait décidé que la douleur ferait partie des opérations chirurgicales ! On a peine à croire qu’une assemblée de gens instruits et, savants, ait pu raisonner d’une façon aussi stupide ; telle fut pourtant la décision enregistrée au procès-verbal I
explication raisonnée du mesmérisme
L'ignorance,
La situation s’est améliorée depuis,mais il y a encore, à ce sujet, beaucoup de sotte incrédulité, et ce qui est pire encore, de la part des ig^norants, beaucoup d’affirmations dénuées de fondement, et qu’il est difficile d’écouter avec patience. M. Sinnett a bien jugé cette situation en écrivant : € Personne ne doit être blâmé de ne pas étudier un sujet qui ne l’attire pas. Mais, dans la plupart des cas, les gens qui ont conscience de n’avoir qu une intelligence très bornée, éprouvent un respect convenable pour ceux qui sont mieux pourvus qu’eux. Un homme peut ne connaître que les sports, et cependant s’abstenir d’affirmer que les chimistes et les électriciens sont nécessairement des imposteurs ; un chimiste peut ne rien connaître de l’art italien, et cependant s'abs-^ tenir de déclarer que Raphaël n’a jamais existé. Mais parmi le commun des mortels,les gens qui ignorent les sciences psychiques, s’encouragent mutuellement pour refuser, de propos délibéré, d’admettre les faits, toutes les fois que l’on veut expliquer quelques-uns de ces phénomènes. L’épicier de campagne ordinaire, le reporter ordinaire, l’étudiant physicien ordinaire, toutes les fois qu’ils se trouvent en présence de quelque exposé des travaux de ceux qui étudient n’importe quelle branche de recherches psychiques, deviennent aussitôt absolument incapables de comprendre qu’il convient de respecter la science des autres, même si on ne la partage pas. Il est vrai que, au point de vue occulte, on comprend qu’il en soit ainsi, car l’incrédulité de l’humanité
ÉCHAPPÉES SUR l’OCCULTISME
non encore développée spirituellement est, pour la nature, le moyen de se protéger contre ceux qui ne sont pas encore préparés à se servir de ses dons spirituels plus élevés. »
Le livre auquel j’emprunte cette citation, s’appelle Explication raisonnée du Mesmérisme ; c’est un livre que nul ne devrait omettre de lire en étudiant celte question, car l’auteur étant un praticien du mesmérisme, de grande puissance et de grande expérience, expose la théorie théosophique à ce sujet, beaucoup mieux que je ne pourrais le faire moi-môme. Tout ce que je puis faire, c’est de vous donner une esquisse à grands traits, que vous compléterez vous-mêmes en lisant le livre de M. Sinnett.
Il est impossible de rien comprendre au mesmérisme sion ne le considère pas comme faisant partie d’un plan de l’univers bien ordonné,si on ne l’explique pas d’après ce que nous savons de la constitution de l’homme, et de ses rapports avec le monde qui l’entoure. Considéré ainsi, il devient aussitôt compréhensible, et il n’est plus difficile de classer et d’expliquer ses manifestations variées. 11 faut se rappeler l’explication théosophique des différents plans de la nature et des corps de l’homme correspondant à chacun d’eux ; le fluide mesmérique, émis par l’opérateur, étant subtil et invisible à la vue ordinaire, il affectera la partie plus subtile de notre corps ; il faut donc nous reporter à notre étude de cette partie de l’homme pour trouver une théorie rationnelle de ses effets.,Il est bonde se rappeler toujours que l’homme est un être vivant à la fois dans deux mondes, l’un visible, l’autre invisible ; un être qui existe simultanément sur plusieurs des plans de la nature, et en reçoit, cons-
ciemment ou inconsciemment, des impressions pendant toute sa vie.
Cela étant admis une fois pour toutes, nous sommes préparés à comprendre que toutes les explications, purement physiques, de Tétre humain, doivent être extrêmement partielles, et qu’il est facile de se méprendre sur les actions et les événements du plan physique, si on n’en connaît pas les causes sur les plans supérieurs, M. Sinnett, dans le livre que je viens de mentionner, compare notre position à cet égard, à celle d’un poisson qui, nageant dans l’eau, essaie de comprendre les mouvements de la quille d’un bateau qui se meut à côté de lui. Il pourra, sans aucun doute, comprendre la résistance que l’eau oppose à la quille, la déviation que lui imposent les courants,etc.; mais il se produira fréquemment des mouvements dont notre poisson ne pourra se représenter la cause, parce qu’ils appartiennent à un autre monde, à un monde supérieur. L’inclinaison de la quille, suivant que les voiles sont prises de tel ou tel côté, sera pour lui un mouvement mystérieux, inexplicable, et il l’attribuera sans doute à une volonté résidant dans le bateau. On peut s’imaginer qu’un poissonvolant arriverait, lui, à comprendre quelque chose aux conditions de l’air et de la mer, et approcherait ainsi beaucoup plus d’une théorie correcte. L’étudiant clairvoyant est comme le poisson-volant; il peut, jusqu’à un certain point, dépasser son élément, et pénétrer ainsi dans un monde plus vaste, dans lequel il apprend nombre de leçons.
Sur le plan physique, les pensées et les passions de l’homme ne sont connues que par leurs effets; elles sont cependant la force motrice, et doivent être prises en con-
ÉCHAPPÉES SUR l’oCCULTISME
sidération si nous voulons comprendre ; tout comme notre poisson fictif devra connaître un peu les voiles avant de pouvoir s’expliquer pourquoi son vaisseau se meut ainsi.
Nous pouvons aborder l’étude du mesmérisme de deux manières. Nous pouvons commencer à expérimenter par nous-mêmes, ou bien nous pouvons étudier les expériences des autres, au moyen des livres qu’ils ontécrits. A ceux qui choisiront les livres, je recommanderai pour commencer celui du D** Esdaile, comme étant le meilleur. Les sujets étaient tous des Orientaux, et ceux-ci sont, en général, beaucoup plus sensibles à l’influence mesmérique que les blancs.
Nature de ta sensibilité mesmérique.
Gela ne veut pas dire qu’ils ont une volonté plus faible, mais seulement qu’ils ont développé un certain côté de la nature humaine. Vous vous rappelez que je vous ai expliqué, dans des conférences antérieures, que l’évolution de l’homme s’accomplit par cycles, qu’elle consiste, pour l’homme, à s’envelopper de matière puis à s’en dégager, emportant les résultats de cette immersion, sous forme d’expérience gagnée et de qualités développées. Au cours de ce cycle, il arrive un moment où l'homme est complètement enseveli dans la matière, et, par conséquent, peu sensible à l’influence de forces subtiles.Ce pointde matérialité extrême coïncidant souvent avec un développement intellectuel puissant,nous avons alors une nature fortement matérielle combinée h une attitude mentale particulièrement matérialiste, et à ce
kkplication raisonnée du mesmérisme 177
raoment-là Thomme ne sera pas un bon sujet au point de vue raesmérique. Je ne dis pas qu’il ne pourrait pas avoir raison de cette résistance par une volonté suffisamraent puissante; mais cela demanderait plus d’efforts qu’il ne vaudrait la peine d’en faire; cet homme sera donc pour nous un sujet rebelle.
Avant cela il y a un moment où le côté psychique de l’homme est beaucoup plus accessible ; à un degré plus avancé de révolution, cette sensibilité reparaît. Mais à cette seconde période il n’est plus possible de dominer l’homme au point de vue mesmérique, à moins qu’il n’y consente, car il est alors arrivé au psychisme véritable, il possède ses facultés en pleine conscience et peut s’en servir à volonté et efficacement. Mais au point intermédiaire ce n’est pas son intelligence qui le sauve de l’influence mesmérique, comme il le dit souvent avec fierté,ce sont simplement ses conceptions matérialistes, C est parce qu’il est lié au plan purement physique qu il résiste à tout effort tenté pour l’impressionner du dehors.
Quand cependant on réussit à produire une impression, l’effet est souvent remarquablement frappant. Non seulement on peut subiuguer la volonté à un point incroyable, mais on peut aussi produire des résultats physiques tels que l’anesthésie, ou la rigidité, et on peut guérir facilement nombre de maladies. Comment cela s’explique-t-il?
Il faut se rappeler tout d’abord que le corps physique contient beaucoup de matières invisibles à la vue ordinaire. Il est formé, non seulement de parties solides et liquides, mais encore de gaz et de parties éthériques. Ces dernières jouent un rôle important dans la santé
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de l’homme ; tout son corps en est imprégné, de sorte que s’il était possible de lui ôter toutes les particules solides, liquides et gazeuses, la forme de son corps serait encore clairement marquée dans la matière éthérique. Cette partie de son corps qu’on a appelée parfois le double éthérique, est le véhicule de la vitalité.
Circn lation nerveuse.
Nous savons que nous avons, outre un système de veines et d’artères, un système de nerfs qui parcourent tout notre corps, et, de même que les artères et les veines ont leur circulation dont le cœur est le centre, les nerfs ont aussi leur circulation dont le centre est le cerveau. Ce n’est plus le sang qui circule, mais le fluide vital ; et ce fluide circule, non pas le long des nerfs eux-mêmes, mais le long d’une espèce d’enveloppe éthérique qui entoure chaque nerf. Beaucoupjrélectriclens^ croient que.X’élecLricité ne circulé ^as diTtouypJongjilJ^^ lii conducteur, mais bjen le long d’uneénveToppe ‘l’éther^ qui éhtOurè le fil. S’il eh èst’ ainsf, le pHén'Ômèhë est àbsotumefSt analogue à la circulation de la force vitale.
Normalement, chez l’homme sain, deux fluides distincts sont en rapport avec cet appareil circulatoire nerveux. Il y a d’abord l’aura nerveuse, qui circule régulièrement et d’une façon continue, en partant du cerveau comme centre; il y a ensuite le fluide vital qui est pris au dehors, et emmené, par l’aura nerveuse, sous la forme de particules roses très facilement visibles aux clairvoyants.
Considérons d’abord l’aura nerveuse.
Oq a remarqué que Inactivité normale du nerf dépend de la présence de ce fluide, ce que Ton peut démontrer par diverses expériences. Nous savons qunil est possible, au moyen de passes mesmériques, de rendre le bras d’une personne absolument insensible à la douleur ; on arrive à ce résultat en refoulant Taura nerveuse, de façon à en interrompre la circulation, le long de celte partie du corps ; le nerf ne peut plus alors faire connaître au cerveau ce qui lui arrive, ainsi qu il le fait généralement. Sans Téther spécialisé qui normalement reotoure, le nerf ne peut pas communiquer avec le cerveau ; c’est, pour le moment, comme si le nerf n existait pas ; en d'autres termes, il u’y a pas de sensation.
Le fluide vital est aussi spécialisé, et chez Thomme sain il se trouve en grande abondance. 11 nous vient du soleil qui est la source de la vie, ici encore, comme il Test dans le monde extérieur, par sa chaleur et sa lumière. Les atomes de Tatinosphère terrestre sont, en tous temps, plus ou moins chargés de cette force, qui est cependant plus active et plus abondante quand le soleil brille. Notre corps physique ne peut vivre qu’à la condition de Tabsorber. Par elle-même, elle est invisible, comme toutes les forces ; mais nous en voyons l’effet dans l’activilé intense des atomes qu’elle anime. Quand elle a été absorbée par le corps humain, et par conséquent spécialisée, les atomes revêtent la jolie couleur rose que j’ai mentionnée, et sont emportés par un courant continu, à travers le corps entier, le long des nerfs. L’homme qui jouit d’une santé parfaite, a trop de ce fluide qui rayonne de son corps constamment, dans toutes les directions ; de sorte qu’il répand littéralement la santé et la vitalité sur tous ceux qui l’entourenl,
ÉCHAPPÉES SUR l’oCCULTISME
quoiqu’il ne s’en doute pas. Au contraire, celui qui,par faiblesse, ou par quelque autre cause, ne peut spécialiser à son usage une quantité suffisante de la force vitale de Punivers, agit parfois, également sans s’en douter, comme une éponge, et absorbe la vitalité déjà spécialisée de toute personne sensitive qui l’approche, et cela à son profit temporaire naturellement, mais aussi parfois au détriment de sa victime. Il est probable que beaucoup de personnes ont ressenti ces effets à un degre moindre, et se sont aperçus qu’il y a, parmi leurs connaissances, des gens après la visite desquels elles se sentent toujours fatiguées et déprimées, sans savc^n* pourquoi.
Ce que donne le magnétisme,
Vous commencez sans doute maintenant à voir ce que ''i le màgnétisme donne à son sujet. Ce peut être de l’éther i nerveux, de la vitalité, ou les deux. Supposez un patient sérieusement affaibli ou fatigué, ayant perdu la faculté de spécialiser à son usage le fluide vital. Le magnétisme peut renouveler sa provision en lui infusant de son propre fluide le long des nerfs, il peut amener ainsi une guérison rapide.
Le procédé est analogue à celui que l’on adopte souvent pour la nourriture. Quand un malade est très affaibli, l’estomac ne peut plus digérer, et le corps n’étani plus convenablement nourri, la faiblesse augmente. Le remède employé dans ce cas consiste à fournir à l’estomac, une nourriture déjà digérée en partie, au moyen de pepsines ou autres préparations analogues. Cette nourriture étant assimilée, la force revient. De la même
explication RAISONNI^E DU MESMÉRISME 181
façon, un homme qui ne peut plus spécialiser le fluide vital, peut encore absorber celui quia déjà été spécialisé par quelqu'un d’autre, et regagner ainsi la force qui lui permettra de faire l’effort nécessaire pour rétablir l’activité normale des organes éthériques. Cela suffit contre la faiblesse.
Il y a d’autres cas où il s’agit de congestion; le fluide vital ne circule pas convenablement; l’aura nerveuse est paresseuse et en mauvais état II faut alors évidemment emprunter à l’aura saine du dehors, ce que l’on peut faire de diverses manières. Quelques magnétiseurs emploient simplement la force, et projettent de puissants courants de leur propre éther, espérant ainsi chasser ce qui a besoin de disparaître. On peut évidemment réussir ainsi, quoiqu’en dépensant beaucoup plus d’énergie qu’il n’en faut. Une méthode plus scientifique consiste à procéder plus tranquillement, en chassant d’abord la matière congestionnée ou malade, puis en la remplaçant par de Télher nerveux plus sain, de façon à stimuler petit à petit l’activité ralentie du courant. Si le patient a mal à la tête par exemple, il y a presque toujours de l’éther malsaiu congestionné au voisinage du cerveau, et la première chose à faire est de le chasser Comment? Comme on s’y prend pour infuser de la force, en se servant de sa volonté. II ne faut pas oublier que les subdivisions subtiles de la matière sont facilement affectées, modelées môme, par l’action de la volonté humaine.
Le magnétiseur peut faire des passes, mais il ne fait ainsi tout au plus que pointer son arme dans une certaine direction, tandis que sa volonté est la poudre qui fait partir la balle et produit le résultat, le fluide étant le plomb envoyé. Un magnétiseur qui connaît son mé-
ÉCHAPPÉES SCR l’oCCULTISME
lier peut très bien se passer de gestes s'il le désire ; j’en ai connu un qui ne les employait jamais, et regardait simplement son sujet. La main ne sert qu'è concentrer le fluide, et peut être aussi à aider l’imagination de l’opérateur. Car afin de vouloir fortement il lui faut croire, et son acte l’aide sans aucun doute à réaliser ce qu’il fait.
Si le magnétiseur peut infuser du magnétisme par un effort de sa volonté, il peut aussi, par un effort de volonté, en chasser ; cependant il lui arrive souvent aussi, dans ce cas, de s’aider d’un geste de la main. Pour un mai de tète par exemple, il posera ses mains sur le front du patient,et se les représentera comme d(3S éponges destinées à absorber, d’une façon continue, le magnétisme malsain du cerveau. II esl probable qu’il s’apercevra bien vite produire en effet le résultat auquel iP pense ; car, à moins qu’il n’ait soin de rejeter le mauvais magnétisme qu’il absorbe, il ressentira lui-même un mal de tête, ou commencera à souffrir dans le bras ou dans la main avec lesquels il opère II attire donc bien à lui de la substance malade, et il lui faut, s il veut continuer à se bien porter, la rejeter immédiatement, avant qu’elle n’ait eu le temps de s’installer définitivement chez lui.
Il lui faut donc avoir un moyen de s’en débarrasser, et le plus simple consiste à secouer les mains, comme s’il y avait de l’eau dessus. Bien qu'il ne la voie pas, la substance qu'il chasse esl physique, et doit être maniée par des moyens physiques. Il est donc nécessaire de ne pas négliger ces précautions,et de ne pas oublier de sc laver les mains soigneusement après avoir guéri une migraine ou une indisposition de ce genre.
EXPLICATION Raisonnée du mesmérisme 183
Après avoir fai^ disparaître ainsi la cause du mal, le magnétiseur se mettra à infuser de vigoureux et saiu magnétisme à la place, de façon à protéger le malade contre le retour du mal. On peut foir que, pour les affections nerveuses, une telle mélhode a de nombreux avantages. Dans la plupart des cas, il ne s’agit en effet que d’une irrégularité dans les courants fluidiques qui circulent le long des nerfs. Ou ils sont congestionnés, ou ils sont paresseux, ou au contraire ils sont trop rapides ; ils peuvent être insuffisants en quantité ou en qualité. En donnant des médicaments, nous ne pouvons qu’agir sur le nerf physique, et par lui, dans une faible mesure, sur les fluides qui l’entourent : tandis que le mesmérisme agit directement sur les fluides eux-mêmes, et va ainsi droit à la cause du mal.
Sympathie magnétique.
Dans les cas où l’on produit la transe, ou dans ceux qui ont pour résultat la rigidité de certains muscles, la volonté de l’opérateur entre également en jeu, et il y a toujours quelque force projetée au dehors. Seulement la volonté est dirigée différemment; au lieu de penser i\ guérir, ou à chasser de mauvais magnétisme, le magnétisme pense à dominer la volonté du sujet, ou à remplacer entièrement ou en partie, l’aura de ce dernier par la sienne propre. Dans ce dernier cas les nerfs du sujet ne communiquent plus avec son cerveau, mais une étroite sympathie se trouve établie entre les deux personnes en question. Cette sympathie peut se manifester de deux façons : l’opérateur peut seutir à la place
ÉCHAPPÉES SUR l’oCCULTISME
du sujet, OU le sujet peut sentir tout ce qui touche l’opérateur. J’ai vu des cas où, le sujet étant en transe,Topérateiir se tenant à quelques mètres derrière lui, si un tiers piquait la main de l’opéraleur (que celui-ci tenait derrière son dos, de façon à ce que le sensitif ne put absolument pas la voir par les procédés ordinaires), le sujet se frottait aussitôt la main correspondante, comme si elle avait senti la piqûre à la place du magnétiseur. Il est à présumer que l’éther nerveux de celui ci est alors en communication avec le cerveau du sujet, si bien que lorsque le sujet reçoit de cet éther l’impression qui, en d’autres circonstances, aurait été associée par lui avec une piqûre à la main, il suppose que cette impression vient de la source ordinaire, et il agit en conséquence.
Ce n’est là, après tout, qu’un phénomène de même nature que celui que nous observons après une amputation. Il arrive parfois que les nerfs qui communiquaient avec le bras coupé sont irrités ; le cerveau rapportera cette sensation à sa cause accoutumée, et le patient affirmera qu’il ressent une douleur dans sou bras amputé. On peut faire avec l'œil une expérience analogue En produisant une légère décharge électrique dans la tête d’un individu, on peut, au lieu d’agir sur le nerf optique, par la rétine, affecter directement un point du nerf. Le cerveau enregistre alors rétincelle, comme si elle avait été transmise par la voie ordinaire, de sorte que le sujet s’imagine avoir vu une étincelle au dehors. Le cerveau rapporte instinctivement l’impression qu’il reçoit, à la source d où lui sont parvenues jusque-là les impressions du même genre. C’est comme si l’on frappait un til télégraphique par le milieu, et que de ce point on envoyail un message ; l’opérateur à chaque extrémité s’imagine-
rail que le message lui vient de Topérateur à Taulre bout; il ne lui viendrait pas à l’idée que les signaux qui lui sont toujours parvenus de l’autre poste, sont envoyés celle fois d’un point intermédiaire.
Les Phénomènes»
On commence maintenant à apercevoir de quelle façon se produisent les phénomènes mesmériques. Cette aura nerveuse, cet éther nerveux, est l’intermédiaire entre la volonté et l’acte physique, d’une part, et entre les impressions reçues sur le plan physique et l’intellect qui les accepte et les enregistre, d’autre pari. De sorte ^1^^> quand le magnétiseur substitue sa propre aura nerveuse à celle du sujet, il peut être maître à la fois des actes et des sensations de son patient. Les nerfs qui, à 1 état normal, transmettent les messages venant du cerveau du sujet, transmettent maintenant ceux qui viennent d’un autre cerveau ; mais les muscles, recevant le message par la voie accoutumée, lui obéissent sans hésiter, et c’est ainsi que l’on peut faire faire au sujet toutes sortes de choses absurdes et ridicules. D’autre part, puisque la réception et la transmission de toutes les impressions venant du dehors, dépendent de cette aura nerveuse, quand cette aura se trouve maîtrisée par un étranger, on peut provoquer, chez l’égo peu développé, et par conséquent peu clairvoyant, toutes sortes d’illusions.
Je me rappelle avoir vu un bon exemple de cela en Birmanie. Notre président-fondateur, le colonel Olcott,
ÉCHAPPÉES sua l’occultisme
était très bon magnétiseur, et je lui ai vu faire pas mal d’expériences. Je me souviens qu’une fois il magnétisa un serviteur indigène qui ne savait pas un mot d anglais. L’homme avait son air habituel, on ne pouvait pas s’apercevoir qu’il était en transe, et cependant ses impressions étaient absolument dirigées par la volonté du colonel.
Notre président demanda, en anglais, quelle illusion il fallait produire, et quelqu’un suggéra de faire apparaître, dans un coin de la pièce, une ligne de feu. Le colonel fit une passe énergique dans la direction indiquée, projetant ainsi une vigoureuse pensée, puis on appela le domestique, et on lui dit de se promener autour de la pièce. Il se promena tranquillement,jusqu’au moment où il arriva devant la ligne imaginaire, et commença à manifester une grande surprise et une grande frayeur, s’écriant qu’il y avait du feu sur son chemin et qu’il ne pouvait passer.
Une autre fois le colonel traça sur le sol une ligne imaginaire et décida que le domestique ne la franchirait pas, l’homme étant absent bien entendu. Le domestique fut rappelé par son maître, et arriva d’un pas léger, comme d’habitude ; mais quand il se trouva en présence de la ligne imaginaire, il butta et faillit tomber ; lorsqu’il fut remis, il déclara qu’il devait être ensorcelé, car son pied était retenu, et ne pouvait faire un mouvement. Malgré plusieurs tenlatives’il ne put arriver à franchir cette ligne imaginaire, et se montra très étonné et très alarmé de se trouver devant une difficulté aussi incompréhensible.
J’ai vu beaucoup d’exemples de ce genre, et tous me semblent montrer qu’un tel pouvoir peut devenir
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EXPLICATION RAISONNÉE Dü MESMÉRISME 137
très daogereux, entre les mains d un homme sans scrupule. Ce domestique paraissait normal, et personne ne l’aurail cru dans un état inaccoutumé ; il était cependant tout à lait sous l’empire de l’illusion ; on aurait donc pu lui faire accomplir toutes sortes d'actions exiravaganles et même criminelles. Des expériences ont montré que dans ce cas l’action peut èlre retardée ; qu’on peut suggérer à quelqu’un de faire une chose déterminée le lendemain à trois heures par exemple, puis l’éveiller de sa transe. Le lendemain à trois heures, une impulsion soudaine et irrésistible, s'emparera du sujet, et, dans la grande majorité des cas, il fera l'acte qu’on lui aura suggéré. Quand je dis que l’impulsion est irrésistible je me sers peut-être d’un mot trop fort, car aucune impulsion n’est irrésistible ; mais la pensée qui surgira ainsi, ne sera pas distinguée par le sujet, d’une pensée ou d’une impulsion venant de lui, et, en général, les gens ne raisonnent pas beaucoup leurs impulsions, ne fout pas grand effort pour les peser et s’en rendre maître. Si l’acte suggéré est un acte mauvais, un sujet vertueux et pur sera horrifié ; une lutte s’ensuivra, qui se terminera, soit parjla soumission à l’impulsion, soit par la victoire sur elle. Je regrette de dire qu’à Paris on a tenté des expériences peu scrupuleuses de ce genre, expériences que je considère comme immorales et injustifiées.
Les résultats ont montré qu’il y a des cas où la vertu innée est assez forte pour triompher des efforts les plus tenaces, tentés dans le but de violer la conscience ; mais dans la majorité des cas, la tentation l’a emporté. Vous voyez donc qu’il est nécessaire que tout magnétiseur soit un homme vertueux et pur, car il est facile de se
laisser aller à faire un mauvais emploi de cette terrible force.
Un mot d’avertissement.
Pour celte raison et pour d’autres encore, il n’est pas bon de se mêler de mesmérisme dans le but de s’en divertir. Toutes les forces psychiques sont des instruments tranchants aux mains des personnes inexpérimentées, et tous ceux qui veulent faire quelques recherches dans cette voie devront s’y préparer par une étude complète des résultats auxquels leurs prédécesseurs sont parvenus; ce n’est qu’armé de science, protégé par la pureté de ses intentions, et par son désintéressement, que le néophyte peut se sentir en sûreté. Toutes ces choses ; mesmérisme, spiritisme, télépathie et id genus omne, doivent être étudiées sérieusement et scientifiquement, ou ne pas l’être du tout. Comme M. Stead Ta très bien dit en parlant d’études de ce genre : « Si vous ne pouvez pas, ou si vous ne voulez pas aborder le sujet sérieusement, vous ferez mille fois mieux de ne pas vous en mêler. Il n’est pas prudent pour un gamin de s’amuser autour d une ruche. Quiconque a de vagues notions de chimie peut faire de la dynamite, mais la préparation d un explosif amène une explosion plus souvent qu elle ne procure de bénéfice. Si donc vous vous sènlez disposés à entreprendre ces éludes avec l’espoir de vous distraire, tout investigateur sérieux ne peut que vous dire : « Abstenez-vous. >
II n’est pas nécessaire non plus que les gens paisibles soient constamment hantés par la peur de recevoir des
coarants effrayants ou étranges d’influence mesmérique, venus on ne sait d’oü ni coniineni:. Il est très facile à n’importe qui de résister aux efforts que l’on pourrait faire pour agir sur lui de cette façon, et quand on entend parler de cas terribles où quelque victime sans volonté a servi d’instruments à quelques coquins sans scrupules, on peut être certain qu’il y a eu une longue série d’expériences qui ont permis d’exercer sur le sujet une influence aussi mauvaise. Ce n’est que dans les romans qu’un seul regard d’un homme hardi et mauvais réduit 1 héroïne à la soumission la plus abjecte. Dans la vie réelle ceux qui sont désintéressés et décidés n’ont rien à craindre.
On pourrait, à propos du mesmérisme, étudier les dift'érenles sortes de clairvoyance qui peuvent se développer sous son influence ; mais j’ai consacré récemment, à ce sujet, plusieurs conférences, c’est donc à dessein que j’omets d’en parler ici. Avant que les facultés supérieures puissent être utilisées, il faut que les facultés inférieures soient dominées. Or comme beaucoup de personnes n’ont pas encore appris à le faire, ce n’est que lorsque quelque pression du dehors agit sur elles que leurs sens intérieurs ont quelque chance de se manifester. 11 vaut cependant toujours mieux s’occuper de ses affaires soi-même, et attendre que les pouvoirs psychiques se manifestent naturellement au cours de l’évolution, sans chercher à se servir de forces extérieures pour conquérir sa nature inférieure. Le développement naturel et progressif est toujours le meilleur et le plus sûr, et c’est toujours par le développement moral qu’il faut commencer. Purifions notre cœur pour qu’il devienne sincère ; développons notre
ÉCHAPPÉES SUR l’OCCULTÏSME
intelligence pour qu’elle soit toujours guidée par la raison et le bon sens; nous serons alors prêt à recevoir les pouvoirs psychiques et tnesmériques quand ils nous viendront, et cette parole i « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroîl» demeure aussi vraie de nos jours qu’elle l’était autrefois.