LA THÉOSOPHIE DANS
LA VIE QUOTIDIENxNE
ment naissent en lui, Thomme sait, d’après ce critérium, s’il doit les encourager ou nom S’ils peuvent contribuer au plus grand bien du plus grand nombre, il les accueille ; s ils doivent nuire au progrès d’un être quelconque, ou simplement 1 entraver, il les repousse. Le môme raisonnement peut s’appliquer également à tout ce qui lui vient du dehors. Il peut en conscience soutenir toutes choses qui, considérées de ce point de vue, lui paraissent bonnes ; quant aux autres, il les éloigne.
Pour riiornme qui voit ainsi la vérité, l’intérêt personnel ne compte plus du tout, car il ne songe plus qu au bien de 1 évolution en général. 11 a ainsi un soutien inébranlable, un critérium infaillible qui lui ôte toute indécision, toute hésitation pénible. La volonté de Dieu c est que Phomme évolue. Par conséquent tout ce qui aide cette évolution doit être bon, tout ce qui l’entrave et la retarde doit être mauvais, quand bien même 1 opinion générale et la tradition immémoriale pèseraient en sa faveur. Il est vrai que nous voyons autour de nous de perpétuelles iniractions à la loi divine, mais nous savons que cette loi est beaucoup plus puissante que les chétives volontés de ceux qui lui désobéissent par ignorance ; nous savons qu’en travaillant avec la loi, nous travaillons pour l’avenir ; et si, dans le présent éphémère nos efforts ne sont pas appréciés, l’avenir nous rendra justice. Aussi ne nous soucions-nous guère des jugements de ceux qui ne comprennent pas encore, puisque notre connaissance des lois qui nous gouvernent nous permet de travailler dans la bonne direction.
Non seulement cette doctrine nous ôte toute crainte de la mort, mais notre conception de la vie dans son ensemble, en deçà comme au delà du tombeau, eu est
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transformée, et devient plus claire, plus rationnelle. Nous comprenons que celte vie terrestre n’est <ia’une faible portion d’une vie plus vaste, et que, s'il est vrai qu elle ait son importance spéciale (puisqu’elle représente le temps des semailles, tout comme la vie de l’audelà représente l’époque delà moisson), elle n’en est pas moins très courte, si onia compare à la vie céleste. 11 s’ensuit donc que ses peines ne sont que des peines passagères ; ses plus terribles luttes n’ont qu un temps, tandis que le fruit que nous en tirerons, s’il n’est pas éternel, aura du moins une durée relativement immense.
Ceux qui connaissent l’enseignement théosophique au sujet de la mort, ne se méprennent plus sur le sens de
cette expression conventionnelle: « la vie terrestre ». J ai
expliqué dans The other side of Death que les mortsne sont nullement partis par delà les étoiles, mais qu’ils nous entourent constamment. De sorte que quand nous parlons de la vie terrestre, nous nous servons d’un terme de convention qui veut dire tout simplement la vie dans le corps physique; car nous sommes aussi bien dans le voisinage, dans l’atmosphère de la terre après la mort. La seule différence est que nous n’y sommes pas enchaînés, que nous ne sommes pas liés à la terre par nos pensées, nos sentiments, nos aspirations. Nous avons rejeté le corps physique; nous pouvons par conséquent, nous élever vers des régions plus élevées et plus subtiles ; c’est dans ce sens qu’on peut dire symboliquement que nous nous sommes éloignés de la terre, alors même qu’en réalité nous n’avons fait aucun mouvement dans l’espace.
La conception orthodoxe ordinaire de la vie post mortem n’est pas très rationnelle, tandis que, d’après 1 en-
geignement théosophique, nous voyons une ascension suivie et graduelle de Thomme, Celui-ci évolue d’abord dans son corps physique, puis dans son corps astral, enfin dans son corps mental pour arriver ensuite à l’Ego, le moi véritable. Cette théorie a du moins le mérite d’être rationnelle, car elle suppose que les mômes lois gouvernent ce qui est en haut et ce qvii est en bas; or cela est évidemment plus logique que d’imaginer un passage soudain d’un monde connu, régi par des lois que nous comprenons dans une certaine mesure, à un autre monde où rien de nous est familier, et dans lequel ne semble agir aucune des lois que nous nommons icibas les lois de la nature. La théosophie apporte un évangile plus élevé, prêche une doctrine plus sainte; avec elle, la nature forme un seul tout grandiose, aussi bien sur les plans spirituels plus élevés, que sur le plan physique inférieur ; la Volonté divine s’exprime toujours au moyen d’une même loi inflexible, juste, noble, et partout secourable, après comme avant la mort.
Plus P anxiété au sujet de la religion.
Notre enseignement théosophique nous permet encore d’atteindre un autre résultat : la fin de toutes nos craintes, de tous nos tourments d’origine religieuse. On pensera peut-être que la majorité des hommes n’est guère accessible à cette anxiété, et cependant, quand on arrive à connaître quelque peu la vie intérieure des personnes vraiment pieuses, on voit que la tristesse et le trouble y occupent une grande place. Beaucoup d’hommes les plus nobles et les meilleurs s’inquiètent sans cesse,
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s’étudient d’une façon morbide, craignant constamment de n’être pas, à la fin, parmi les élus, craignant de ne pas remplir toutes les conditions requises par leur religion, sans qu’ils sachent exactement pourquoi.
Tous ces sentiments disparaissent quand nous comprenons que la volonté divine veut que nous atteiguions la plus haute évolution, que tout ce qui nous arrive, tout ce qui se trouve sur notre route a pour but de nous aider dans cette voie, et que nous seuls pouvons retarder notre avancement. Combien l’aspect de la vie change pour nous lorsque nous savons que tout cela est un fait! Nous cessons absolument de craindre pour nous-mêmes ; nous continuons notre route, accomplissant le mieux possible les devoirs qui se présentent, sûrs que si nous agissons ainsi, tout ira bien, sans que nous ayons besoin de nous examiner constamment, ni de nous inquiéter le moins du monde.
Il est vrai que le sage proverbe grec nous dit : « Connais-toi toi-même ! » 11 est vrai qu’il faut se connaître, savoir quels sont ses points faibles, mais il nous faut agir avec raison et bon sens, et, comme nous l’avons déjà dit, ne pas faire comme ces petits enfants qui, en plantant un jardin, arrachent sans cesse leurs plantes pour voir de combien elles ont grandi. C’est précisément ce que font beaucoup de braves gens. Ils sont constamment occupés à se regarder croître, au lieu de se contenter de faire leur devoir, d’essayer d’aider leurs semblables à avancer, et de songer que la puissance divine les pousse en avant d’une façon lente mais continue, et fait pour eux tout ce qu’il est possible de faire, quand eux-mêmes se tournent constamment dans la bonne direction et font véritablement de leur mieux.
Une autre question est celle qui se rattache au sort des êtres aimés que la mort a dérobés à notre vue. Que de gens ont enduré de terribles et inutiles souffrances pour s être demandé avec anxiété ce que devenaient leurs parents, leurs enfants, tous ceux qu’ils aimaient, ne sachant pas au juste ce qu’on peut exiger, quelles obscures conditions doivent être remplies pour obtenir ce salut fuyant, et être bien sûr de le posséder. Beaucoup de chrétiens pensent que celui qui se croit pu se sent sauvé, l’est réellement. C’est pour ainsi dire le salut par suggestion; l’homme qui se croit ou qui se sent sauvé, le sera; idée singulière en vérité I
Certilude de révolution.
Grâce à la théosophie nous sommes exempts pour nous-mêmes, et ce qui est plus important encore, pour ceux que nous aimons, de toute cette anxiété au sujet du salut, rsous savons que l’ignorance et l’erreur sont les seules choses dont il faille être sauvé, ^o’il n'y a pas de courroux divin (l’expression môme est impie), auquel il faille essayer d échapper. Le monde n’est pas gouverné par quelque démon omnipotent, épiant sans cesse l’occasion de s’emparer de ses pauvres créatures, pour les précipiter dans des tourments éternels, parce qu’elles ont désobéi à des lois auxquelles, dans leurs conditions actuelles et à leur degré d’évolution, elles sont pratiquement incapables d’obéir. Nous comprenons que tout cela n est qu une fable enfantine, une fable perverse et blasphématoire ; nous savons qu’au contraire, le monde est gouverné par un Pouvoir auguste et bienfaisant, qui
ÉCHAPPÉES SUR l’occultisme
veut révolution de l’homme, qui l’entraîne sans cesse en avant vers les sommets qu’il, lui faudra franchir tôt ou tard, le plus tôt sera le mieux puisque telle est la volonté divine. Qu’est donc notre faible vouloir pour qu’il puisse jamais prévaloir contre elle ?
Il nous faut donc évoluer, et nous améliorer sans cesse. La seule question qui se pose est de savoir si nous nous associerons de plein gré au plan divin, et si nous travaillerons avec la Bonne Loi qui nous a placés ici bas. Si nous le faisons, non seulement le progrès nous sera facile, mais nous aiderons puissamment nos semblables à gravir le même sentier, concourant ainsi à l’évolution au lieu de l’entraver.
Par contre, si nous entreprenons une lutte vaine et stérile contre cette divine volonté, nous n’en serons pas moins entraînés, mais au prix de bien des souffrances, et loin d’aider nos compagnons de route, nous entraverons le progrès de ceux qui auront le malheur de tomber sous notre influence mauvaise. Le méchant devra, tout comme le bon, passer du stade humain actuel à un stade que nous ne pouvons encore concevoir. Il rend seulement sa route plus pénible ; sa volonté, qu’il oppose à la volonté divine, devra être brisée, maintes et maintes fois, avant qu’il comprenne la nécessité de coopérer à la grande œuvre dont l’homme bénéficie.
Il ne s’agit donc pas de salut ; il s’agit seulement d’expliquer à l’homme le plan divin, de l’amener à le comprendre, pour qu’il se mette intelligemment à l’œuvre, et qu’il travaille avec la force divine et non contre elle. On comprend aisément combien une telle conception doit modifier la vie journalière.
Beaucoup d’hommes, et des meilleurs, se sentent ac-
câblés par le sentimenl des souffrances et des chagrina du monde. Voyant tant de perversité parmi les hommes qui luttent et combattent en tous sens contre le bien et la vérité, ils craignent qu’il n’y ail aucun moyen d’améliorer le monde, et désespèrent presque du Pouvoir divin. Peut-être est-ce ce sentiment qui donna naissance à cet affreux blasphème que le Christ, Sauveur de l’humanité, ne réussit à sauver qu’une poignée d’âmes, et, en confessant sa défaite, se voit contraint d’en abandonner neuf cent quatre-vingt-dix-neuf sur mille à son soi-disant ennemi I C’est là une idée singulière et indigne, mais les gens ne s’en rendent pas compte ; certains se réjouissent môme à la pensée que seul un petit nombre sera sauvé, pourvu bien entendu qu’ils soient de ce nombre.
La vérité est toujours plus haute que la conception que l’homme s’en forme ; nous avons raison de dire que le Christ en nous est le Sauveur de tous, mais il l’est de tous absolument et non de quelques-uns. Ce n’est pas la doctrine du salut fortuit, ou partiel, ni môme de « réternelle espérance », comme l’a écrit le chanoine Farrar, mais bien celle de la certitude éternelle., Nous savons quo tous les hommes, au dernier jour, auront leur place auprès du Très-Haut, tous sans exception, parce que telle est sa volonté. Or, cela chasse aussitôt de notre horizon l’incertitude qui accompagne la religion. Nous théosophes, n’espérons plus en un salut possible, mais nous savons que chacun aura sa part du progrès et du bonheur éternel, que le progrès est une nécessité, qu’il constitue l’immuable loi de l’univers, et qu’en agissant le mieux possible, dans les conditions où nous sommes placés, nous concourons si
ÉCHAPPÉES SUR l’OCGULTISME
peu que ce soit, à ce progrès éternel de ThumanUé dans son ensemble. Tous ceux d’entre nous qui saisissent bien cela sont beaucoup plus heureux et plus satisfaits que ceux qui tâtonnent encore dans cette condition ordinaire d’incertitude que l’on peut qualifier d’irréligieuse.
Nous voyons clairement notre vie. Comme les autres hommes, nous partageons la fragilité humaine ; nous ne nous élevons pas toujours à la hauteur de nos connaissances; nous tombons sur la route, nous nous trompons souvent comme les autres. Mais un avantage au moins nous reste, c’est de savoir ce que nous devons faire. Nous voyons clair devant nous, et nous ne succombonspas au désespoir s’il nous arrive, comme aux autres, do nous égarer.
Quand l’homme s’est proposé un but, lui arrivâl-iî mille fois de tomber sur la route, il serait pour lui non seulement inutile, mais aussi déraisonnable et coupable^ de désespérer; car chacun doit toujours avancer du point où il se trouve, et c’est en vain qu’il tenterait d’occuper la place d’un autre. S’il tombe encore, il se relève et se remet en route. Peu importe le nombre de ses chutes, il doit se relever et repartir à nouveau, paree qu’il faut absolument qu’il parcoure cette route du progrès. Ainsi il est inutile de s’asseoir en disant: « Je ne peux pas. » Il faudra que nous fassions la route un joui ou l’autre; par conséquent, plus tôt nous commencerons, mieux cela vaudra; d’abord parce que l’effort nou» sera beaucoup plus facile mainlenant que si nous le remettons à plus tard, puis, surtout, parce qu’en essayant dès mainlenant, si nous réussissons à faire quelques progrès, si nous nous élevons à un niveau supérieur, nous
serons en mesure de tendre une main secourable à ceux qui n ont pas atteint le même barreau de l’échelle que nous. C’est ainsi que nous prendrons part à l’œuvre divme de 1 évolution, chacun de nous, parce que chacun a sa position et ses occasions d’agir. Peu importe l infériorité de notre position actuelle, nous trouverions toujours quelqu un au-dessous de nous, quelqu’un à qui nous pourrons tendre une main secourable, quelqu’un à qui nous pourrons être utile. Ces considérations multiples montrent bien l’avantage que nous trouverons envisager la vie du point de vue Ihéosophique.
Il arrive aussi qu’un homme se voit en proie à une pensée persistante, qui lui revient sans cesse à l’esprit. La théosophie lui apprend que cette répétition construit autour de lui une forme-pensée qui réagira constamment sur lui, tendant à provoquer dans son corps mental des vibrations analogues, et ainsi à se représenter sans cesse à lui, k s’intensifier, et à lui devenir tellement habituelle qu’il ne pourra plus l’écarter ni s'en débarrasser par la suite. Cet homme comprendra donc l’immense avantage du contrôle de la pensée ; il ne cherchera k s’entourer que de formes-pensées d’un caractère élevé, qui l’aideront à progresser, rejetant les mauvaises pensées qui entraveraient son progrès ou le feraient retourner en arrière. Il s’ensuit qu’à ses yeux, plus rien n’est insignifiant. Il apprend à être exact et soigneux dans les petites choses comme dans les grandes. L’homme du monde peut se permettre de négliger les choses qu’il juge peu importantes, en se disant: « Ce travail est mal fait, mais peu importe, cela peut aller, nous nous en contenterons. » Mais l’étudiant en occultisme comprend qu’il ne peut adopter cette façon de voir j quoi qu’il
fasse, il doit l’accomplir consciencieusement, selon l’expression des chrétiens, « comme pour le Seigneur et non pour les hommes ». En effet, il ne travaille pas pour que les autres voient son oeuvre, mais pour que cette œuvre soit parfaite, ou aussi prêt que possible de la perfection. Il ne doit pas se permettre de négliger les petits détails de la vie ; s’il s’en occupe il faut que ce soit avec exactitude, avec soin, avec attention. Nous vo^yons ainsi que sa vie entière est influencée par ses connaissances théosophiques.
Noire altitude envers VHumanité*
Considérons maintenant l’attitude que le théosophe sera contraint d’adopter envers les autres hommes. Il sait que tous sont un, en réalité; que sur le plan supérieur où l’espace, le temps et la forme, tels que nous les connaissons ici-bas, n’existent pas, il règne une réelle fraternité spirituelle, il y a même plus qu’une fraternité, il y a Unité. En sorte que tous étant un, sur ces plans supérieurs de la spiritualité, nous sommes véritablement tous frères ici-bas,si peu qu’il y paraisse, si difficile qu’il soit de le croire, en voyant les guerres de races, les haines qui divisent les religions, les luttes acharnées entre les diverses conditions sociales, les basses rivalités, les agissements malhonnêtes qui trop souvent remplacent la loyauté en affaires. Celui qui a réalisé cette Unité spirituelle des plans supérieurs sait que, dans ce monde aussi, l’intérêt véritable d’un seul ne peut être opposé à l’intérêt de tous, qu'aucun profit réel n'est acquis par un seul homme, si celui-ci n’a en
vue le bien de l’humanité entière, et que le progrès d’un seul allège toujours un peu le fardeau des autres. L’avancement spirituel d’un seul amène un progrès léger, mais cependant sensible, pour toute la race, et l’homme qui souffre noblement dans sa lutte pour atteindre la lumière, soulève un peu aussi le fardeau de douleur et de misère qui pèse sur ses frères.
Lorsque l’homme reconnaîtra cette fraternité comme un fait, non pas comme un simple espoir cher aux désespérés, mais comme un fait positif, dérivant scientifiquement d une série d’autres faits, il changera complètement d'attitude envers ceux qui l’entourent : il leur prodiguera sans cesse sa sympathie et sou assistance, comprenant que rien de ce qui est nuisible à leur intérêt supérieur ne peut profiter au sien, et ne doit être entrepris par lui. Tout cela contribuera à élargir ses idées, et les problèmes de la vie lui sembleront moins compliqués, et beaucoup plus clairs, beaucoup moins insolubles qu’à l’homme ordinaire.
Son attitude vis-à-vis de ses semblables sera donc une attitude de large tolérance et de charité. De tolérance, parce que sa philosophie lui montre que ce qu’un homme croit n’importe guère, du moment que cet homme est vertueux et sincère. De charité, parce que sa connaissance plus étendue lui permet défaire la part de choses que l’homme ordinaire ne comprend pas. Son idéal est beaucoup plus élevé que celui de Lhomrae moins instruit, mais il est cependant beaucoup plus indulgent pour le pécheur, parce qu’il comprend mieux la nature humaine. Il comprend quel aspect le péché avait aux yeux du pécheur qui l’a commis, aussi esl-il plus indulgent que celui qui ignore ces choses.
ÉCHAPPÉES SUR l’oCGULTISME
Il va môme plus loin que la tolérance, la charité, la sympathie ; il a pour Thumanité un véritable amour,ce qui fait qu’il est toujours en éveil pour aider ses frères. L’entant qui aime tendrement sa mère épie constamment l’occasion de lui rendre quelque léger service, de lui faire un plaisir ou de lui épargner une peine. Telle est aussi l’attitude qu’adopte l’occulliste vis-à-vis de ses compagnons d’évolution. Il comprend que tout contact avec eux lui fournit une occasion de leur venir en aide. S’il contracte une amitié nouvelle, si un enfant naît au sein de sa famille ou qu’un nouveau domestique s’ajoute à sa maison, il cherche aussitôt ce qu'il pourrait faire pour eux, et comment il pourrait exercer dans leur vie une influence utile. La théosophie a tellement étendu ses connaissances qu’il y a peu de cas où son aide et ses avis ne soient profitables. Non qu’il soit sage d’imposer à tout propos ses opinions aux autres. C’est là un procédé mesquin et peu politique, et c’est cependant une des erreurs les plus communes que commettent les ignorants.
Si un homme ordinaire a une opinion bien arrêtée, soit sur des sujets religieux, politiques ou sociaux, soit sur un des nombreux sujets généralement discutés dans le monde, il s’efforce perpétuellement de l’imposer aux autres qu’il veut absolument amener à penser comme lui. Le théosophe sait bien que c’est là un gaspillage d’énergie; il se refuse donc à discuter. Si quelqu’un désire obtenir de lui des explications ou des conseils, il est tout disposé à les donner; mais il ne désire nullement convertir les autres à sa propre manière de voir. Il y a bien des cas où il ne peut rien dire de façon profitable, mais sa vie du moins témoignera en faveur de
SC3 croyances, ce qui est bien la meilleure manière de rendre témoignage à la vérité théosophique. Car alors les hommes se disent: « Voilà un être qui reste calme, serein, au milieu de toutes les épreuves, qui est toujours prêt à aider, qui ne pense jamais à lui mais toujours aux autres. peut donc être la croyance qui lui fait
adopter cette ligne de conduite? assurément elle est digne d'examen, de considération. » Ainsi, par l’exemple d’une vie élevée, nous pouvons conduire les autres vers le port paisible et sûr que nous avons déjà atteint nous-mêmes.
Môme ceux qu’un tel homme rencontre par hasard ne sont pas dédaignés. Gomme je l’ai déjà dit dans une conférence précédente, même dans un wagon de chemin de fer ou dans un omnibus^ il peut trouver des occasions de faire du bien. 11 peut voir un homme ennuyé ou triste, et peut lui envoyer des pensées secourables et encourageantes, et il s’apercevra peut-être que sous son influence, la tristesse de son voisin se dissipe, n est vrai que le résultat n’est pas toujours immédiatement visible, mais la pensée secourable a fait son œuvre, et il ne faut pas oublier que cette œuvre est parfois beaucoup plus considérable que nous ne pensons. Ce malheureux étranger était peut-être désespéré, et il a peut-être suffi de cette pensée consolante pour le sauver de la folie ou du suicide.
Combien la vie changerait à nos yeux si nous l’envisagions sous ce jour, et si nous cherchions sans cesse l’occasion d’être utiles, ne nous demandant pas: < Que puis-je gagner ?» mais : < Quel bien puis-je faire? » L’existence ainsi comprise est beaucoup plus intéressante, infiniment plus pleine et plus large que celle de
ÉCHAPPÉES SUR l’OCCULïISME
rinfortuné constamment enfermé dans ses idées étroites de perle et de gain personnels, resserré dans l’horizon restreint de ses peines et de ses soucis mesquins.
Le contrôle de la pensée.
Passons encore à un autre point. L’occultiste, dans ses rapports avec ses semblables, a toujours présent à l’espnt ce contrôle de la pensée dont j’ai déjà parié. Il sait que chaque pensée à laquelle il donne naissance, non seulement influe sur lui, mais influe également sur un grand nombre d’êtres; que les vibrations générées dans son propre corps mental, se reproduisent dans le corps mental des autres hommes, et que lui-même devient ainsi une source de santé ou de maladie mentale pour tous ceux qui l’approchent. Examinons donc la condition de l’homme qui est une source de mauvaises pensées. Prenons un cas très simple : supposons un homme émettant sans cesse des pensées basses el sensuelles. Cet homme sait bien qu’il ne peut pas exprimer tout haut ces pensées grossières, qu’il ne doit laisser voir ni à ses amis, ni aux hommes en général, ses sentiments intérieurs. Mais ce qu’il ne comprend pas, c’est que sa pensée est elle-même un foyer de contagion morale qu’il promène de par le monde. Il commet en somme le même crime que celui qui, atteint d’une maladie contagieuse, la dissimulerait et continuerait à se mêler aux hommes,propageant ainsi les germes infectieux de tous côtés. Cela constituerait un délit, nous le savons tous, et l’auteur de ce délit, s’il était découvert, serait sévèrement puni par nos lois. L’homme qui sème
le poison et la contagion morale est plus coupable encore, parce que ce genre de mal est plus insidieux, que ses ravages sont plus étendus et plus difficiles à faire disparaître que ceux d’une maladie physique.
Cette pensée doit surtout rester présente à Pesprit de ceux que leur destinée met en rapport avec les enfants. Parents, éducateurs et tuteurs ont, pour devoir le plus strict, de veiller, non seulement sur leurs paroles et sur leurs actes, mais aussi sur leurs pensées. Nous réprouverions tous Thomme qui se laisserait aller à des paroles de colère, à des actes de violence devant un enfant, car l’enfance doit imposer la retenue. Mais ce à quoi nous ne prenons pas garde, c’est que nos pensées ont un pouvoir non moins grand sur les enfants, parce que les jeunes corps extrêmement plastiques subissent facilement toutes les empreintes. Un acrobate peut faire faire à Tenfant dont les membres sont encore souples toutes sortes de tours, que les grandes personnes ne pourraient exécuter, même en s’y exerçant longtemps. Cette souplesse, celte plasticité qui caractérisent le corps physique de l’enfant, existent aussi dans son corps astral (siège des passions, des émotions et des sentiments), et dans son corps mental (siège de la pensée). Et lorsqu’un flot de colère ou de sensualité envahit une personne adulte, grande en est la réaction dans le corps astral si plastique des enfants qui ont le malheur d'être près d’elle. Ces vibrations excitent en ces enfants des vibrations analogues qui les prédisposent à la colère, à la sensualité ou à tout autre défaut. Ces passions-là ne s’éveilleront peut-être pas immédiatement en eux, mais elles produisent une vibration correspondante dans le véhicule astral des enfants de façon que, lorsque la
môme cause agira à nouveau; la vibration se reproduira plus facilement.
De la même manière l’homme dont les pensées sont ambitieuses,égoïstes ou mondaines est aussi une source de mauvaise influence, et s’il a des enfants près de lui, le corps mental de ces enfants est certainement impressionné, et s’imprègne de ces sentiments, de même que l’éponge s’imbibe d’eau. S’ils sont trop jeunes encore pour reproduire ces sentiments, la semence répandue portera son fruit en temps voulu. II en est heureusement de même pour les bonnes pensées. Les personnes qui entourent les enfants d’une atmosphère d’amour, développent chez eux ce sentiment. Le père de famille dont les pensées sont nobles et altruistes, qui prend soin qu’aucune pensée égoïste ou impure n’approche son enfant, fait tout ce qu’il dépend de lui pour faire naître dans l’esprit de cet enfant des pensées nobles et élevées, aussitôt que son mental sera capable de vibrer en réponse à de telles pensées.
C’est un spectacle bien douloureux pour le clairvoyant qui a vu ces belles âmes d’enfants, si blanches encore, ces auras si pures, de les retrouver après quelques années, souillées, obscurcies et ternies par les pensées égoïstes, impures et profanes des adultes qui les entourent, Seul le clairvoyant sait avec quelle rapidité, et dans quelle énorme proportion les caractères d’enfants s’amélioreraient si les adultes valaient mieux.
Nous touchons là à un sujet bien important,que j’ai déjà traité ailleurs: celui de nos relations avec les enfants, de nos devoirs envers eux, et de la façon dont nous réagissons sur eux, que nous le voulions ou non. Mais cela sort de notre sujet actuel. Remarquons cependant, une
fois de plus,le changement fondamental que renseignement Ihéosophique apporte chez Thorame, combien il comprend ses responsabilités, combien il doit s’observer dans ses sentiments, dans ses pensées les plus intimes, non seulement dans son propre intérêt, mais dans celui de ses semblables.
Cette idée d’assistance se retrouve dans toutes les relations de la vie. Autour de nous c'était le vaste règne animal, dont les individus entrent souvent en rapports étroits avec nous. Pourquoi ces rapports? Pour nous donner l'occasion de leur faire du bien. Car rapelonsnous que les animaux sont aussi nos frères, bien que des frères beaucoup plus jeunes: la môme vie divine les anime^ provenant il est vrai d’une vague plus récente que la nôtre, d’une émanation moins développée, mais ils n’en sont pas moins des frères, envers lesquels nous sommes tenus au devoir fraternel, et nous devons penser et agir de façon à ce que ces rapports engendrent toujours pour eux du bien et non du mal.
Je ne sais pourquoi le cheval et d’autres animaux ne travailleraient pas pour l’homme, puisque ce travail éveille en eux l’intelligence et le dévouement; mais on ne doit jamais les soumettre à aucun mauvais traitement, à aucun surmenage, à rien qui puisse retarder leur évolution qu’il est de notre devoir de favoriser. Nous pouvons demander à l’animal de travailler, et même de bien travailler, mais nous devons toujours le traiter avec douceur, l’aider à développer son intelligence, son amour, et son dévouement pour son maître.
Nombreux sont les cas où l’homme a abusé de sa supériorité dans ses rapports avec le règne animal ^qu’il a dominé, non par l’amour, mais par la crainte.
ÉCHAPPÉES SUR l’oCCULTISME
11 a martyrisé nombre de créatures qui le servaient, il leur a fait contracter des habitudes funestes afin de satisfaire ses propres passions, ses instincts cruels. C’est ainsi que par lui, le chien, ce noble animal, est descendu à un niveau inférieur à celui de son ancêtre le loup qu’il avait dépassé. Il l’a dressé à la chasse, non pour apaiser sa faim, mais pour le seul plaisir de tuer, ce que ne fait jamais l’animal à l’état sauvage. Par là, l’homme a créé chez le chien, un instinct de destruction qui,pour disparaître,nécessitera de longs âges et de grandes souffrances. Il ne faut jamais développer chez l’animal la cruauté, la peur et la haine, mais au contraire l’intelligence, l’amour et le dévouement. Partout et vis-à-vis de toutes les formes vivantes, notre devoir est d’aider, d’essayer de hâter la venue de l’âge d’or, où tous les êtres se comprendront et coopéreront à l’œuvre glorieuse de l’avenir.
En résumé, il faut considérer toutes choses sous l’aspect le plus élevé. Lorsque surgit en nous une lutte, «la loi des membres s’élevant contre ia loi de l’esprit » comme le dit saint Paul, rappelons-nous que nous sommes ce qu’il y a de meilleur en nous; et ce qui est inférieur n’est pas le vrai moi, mais simplement une partie indisciplinée de l’un de ses véhicules. Il faut nous identifier, non pas avec ce qui est inférieur, mais avec ce qui est supérieur, nous ranger de son côté, comprenant que c’est l’âme qui est l’homme véritable, au lieu d’adopter l’attitude à rebours que nous manifestons dans une locution usuelle, en disant : « mon âme », comme si l’âme appartenait au corps et que celui-ci fût nousmêmes. Les Hindous sont bien plus près de la vérité, en disant;«Mon corps afaim, mon corps est fatigué.» Cette
fori^ule, si étrange qu’elie nous paraisse, exprime la vérité, tandis que la nôtre est erronée. Tout cela nous montre que nous nous sommes aujourd’hui beaucoup éloignés de la connaissance véritable, puisque nous parlons de l’âme comme d’une possession du corps, alors que la corps n’est qu’une expression partielle de l’âme, un instrument qu’elle doit gouverner, contrôler, et qui ne doit pas, tel un cheval rétif, emporter son maître.
Voilà quelques-unes des différentes manières dont notre croyance théosophique affecte notre vio journalière, et voilà une partie des avantages que nous procure la théosophie. Elle nous apprend que nous pouvons, nous aussi, apporter notre humble collaboration à la grande loi de révolution, qui est l’expression de la Volonté de la Vie, de l’Existence divines, que chacun de nous peut servir de canal à sa puissance, que tous,sans exception, nous pouvons contribuer au grand œuvre qui est devant nous. Nous apprenons ainsi à rechercher sans cesse les occasions d’aider, à être toujours prêts à rendre même service, même aux gens auxquels nous pensions le moins et dans les occasions les plus inattendues ; car nous comprenons qu’en contribuant à cette œuvre grandiose, nous devenons les collaborateurs de Dieu, nous nous associons aux desseins du Logos, ce qui est pour nous l’honneur suprême, le plus grand privilège qui puisse échoir eu partage à l’homme.