‹ Echo et NarcisseChapitre 10 sur 16 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Pélops, Bellérophon, les paysans lyciens changés en grenouilles, voilà un sujet et des personnages qui, au premier abord, ne semblaient guère d'actualité et cependant, en nous reportant à la lointaine et mystérieuse époque où se constituaient les éléments de la civilisation, ils nous mettent en présence de conflits religieux et politiques, qui peut-être ne sont pas sans analogie avec ceux d'aujourd'hui.

On peut, sans fausser l'histoire, faire coïncider la véritable naissance de la civilisation grecque avec l'apparition de la religion d'Apollon.

Apollon^ fils d'une femme, — Latone, — et du dieu suprême, est peut-être le premier des dieux grecs en ' qui l'homme et le dieu se fondent harmonieusement. C'est aussi une sorte de médiateur, si l'on veut, et un bienfaiteur des hommes. Sa religion semble être avant tout une religion de lumière et de poésie.

Comme tous les cultes nouveaux, ce culte ne s'introduisit pas sans résistances. Il lui fallut des miracles ou

plutôt des récits terrifiants propres à faire réfléchir les incrédules.

La métamorphose des paysans lyciens en grenouilles fut un de ces « miracles » ; celle de Niobé et de ses enfants, tués par les flèches d'Apollon, en fut un autre, — double vengeance de Latone insultée.

Niobé était fille de Tantale, roi de Lydie, et sœur de Pélops^ par conséquent.

La catastrophe dont la légende la fait victime est contemporaine de la destruction, par un tremblement de terre, de la ville de Sipyle, en Asie-Mineure, capitale de Tantale.

Admettons que ce fût à la suite de cet événement que Pélops émigra en Grèce, où son action fut si grande qu'il donna son nom. au Péloponèse et fonda une dynastie célèbre et puissante; son descendant, Agamemnon, devint le roi des rois, autrement dit l'empereur des Grecs, qui, sous sa conduite, firent la guerre de Troie.

L'arrivée de Pélops en Grèce marquerait ainsi une des plus grandes dates de la préhistoire des Grecs.

Cette révolution eut lieu probablement beaucoup plus tôt que ne le dit la légende grecque, qui, abréviative comme toutes les légendes, fait de Pélops le grand-père d' Agamemnon, dont il fut sans doute un ancêtre bien plus lointain.

Quoi qu'il en soit, on savait, au temps d'Homère, que la dynastie était d'origine étrangère et que ses princes avaient pour caractéristique d'être blonds;

ils passaient ainsi pour posséder beaucoup d'or^ pour aimer Vor. D'effroyables tragédies avaient ensanglanté leur maison, ce qui témoignait chez eux d'un fond de barbarie encore toute fraîche. Ajoutons qu'ils étaient à la tête d'une véritable organisation féodale, celle des Achéens, caste noble, hautaine et batailleuse, audessous de laquelle on aperçoit à peine le peuple. — Et il est loisible de voir là des traces d'une origine germanique...

En face de Pélops, j'ai cru pouvoir mettre en scène Bellérophon, car c'est dans cette même Lycie, où se passe le petit drame des paysans changés en grenouilles, que ce héros mythologique tua la Chimère.

Homère nous dit de Bellérophon qu'en proie à une sombre mélancolie « il mangeait son cœur à l'écart », et les poètes tragiques nous le représentent achevant sa vie dans une tentative désespérée d'escalader le ciel, à l'aide de son cheval ailé Pégase. Je ne connais pas de plus beau symbole de la grandeur et de la misère de l'homme que ce double mythe dont la réunion donne un sens si profond.

Dans la rencontre de Bellérophon et de Pélops, j'ai voulu symboliser la rencontre de deux mondes, de deux races, de deux idéologies, au moment précis où, avec l'apparition de l'Apollinisme, la civilisation prend conscience de ses lois et de ses destinées. Et je conçois cette aventure comme le premier acte lointain ou le prologue du drame que nous vivons aujourd'hui.

PERSONNAGES

PÉLOPS

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