‹ Echo et NarcisseChapitre 3 sur 16 · SCÈNE II SILVIUS, SERENUS · texte numérisé non relu

SCÈNE II SILVIUS, SERENUS

SILVIUS

Eh quoi! personne encore? Ah! vraiment, elle abuse Je crois qu'à nos dépens la coquette s'amuse.

Il suffit qu'on lui coure après,

Pour qu'alerte elle se dérobe.

Se lasse-t-on? Son rire frais Sonne et l'on entrevoit fuir un bout de sa robe.

On s'imagine bien caché

Sous les bois ombreux, loin des routes,

Mais dans quelque creux de rocher

Sa fine oreille est aux écoutes.

On est sans défiance. On devise entre amis Et voilà que le mot, à peine est-il émis, De l'autre bord des eaux vous revient équivoque.

Vous vous débattez dans le quiproquo.

C'est la malicieuse et la bavarde Echo

Qui vous contrefait et se moque.

SERENUS

Certes, la singulière enfant que nous aimons Semble obéir parfois à de méchants démons Qui lui soufflent l'espiègle rire.

Mais le ton qu'elle prend n'est pas toujours moqueur

Et les mots qui partent du cœur Sur quel air de tristesse elle sait les redire ! Mais comme un doux adieu, déchiré de sanglots, Dans son âmê se répercute et se prolonge, S'agrandit des soupirs des bois, du bruit des flots

Et revient tout chargé de songe !

Confidente très douce au véritable amant. Ce qui manquait aux mots, son âme le devine Et le langage humain mystérieusement Se dépouille et devient un céleste instrument.

En passant par sa voix divine !

SILVIUS

Je fus plus d'une fois frappé de cet accent D'âpre mélancolie et de grâce rêveuse.

Si la métamorphose est à peine douteuse. Le temps qui la vit faire est toutefois récent. Je ne sais si la cause en est pour nous heureuse. Echo, la folle Echo me paraît amoureuse. Mon cher, préparons-nous à de cuisants chagrins, Car ce n^est pas de toi ni de moi, je le crains.

SERENUS Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'ont commencé mes craintes;

SILVIUS Du moins, c'est d'aujourd'hui qu'elle entendra mes plaintes

SERENUS Quoi! de l'interroger aurais-tu le projet?

SILVIUS Elle s'expliquera tantôt à ce sujet.

SERENUS Je préfère ignorer et garder l'espérance.

SILVIUS Je préfère savoir et finir ma souffrance.

SERENUS Est-ce aimer que risquer la désillusion ?

SILVIUS Vouloir douter est-il signe de passion?

SERENUS Qui ne doute paraît trop sûr de son mérite.

SILVIUS Mais qui doute de son bonheur, s'en déshérite

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