‹ Echos de Québec [microforme]Chapitre 11 sur 25 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT

LO “li ke Lo :ue LL : (f20 = Li 125 LZ Us

Photographic 23 WEST MAIN ST SCIENCRs rss Corporation

88 Les pauvres en habit noir

cause ? Je l'ignore ; mais ce que je sais, c'est que, de tous les fournisseurs de la famille, le boulanger et le laitier sont ceux qui-persistent le plus longtemps après que l'argent a cessé de se montrer.

Mais cela mème vient à prendre fin. Le boulanger et le laitiér se sont lassés comme les autres : il n’y a plus riën à manger, il fait froid et les enfants pleurent.

Le pauyre homme part; car ici, la femme, malgré son courage, n’y peut plus rien. Où aller? A qui s’adre:ser ? Il a déjà parcouru toute la ville ; il a déjà demandé à tout le monde. Sur la rue, il rencontre des amis avec lesquels il lui faut causer en souriant tandis qu'il a la faim dans les entrailles et le désespoir au cœur.

Il entre quelque part où on lui offre à diner, et s'excuse en disant qu'il sort de table; mais le véritable motif de son refus, c’est qu'il craint de

c'est que, boulanger

plus long- |

)ontrer.

Le boues autres :

oid et les

a femme,

Où aller?

te la ville:

r la rue, il aut causer entrailles

à diner, et Æ

L mais le craint de

kige à Mesure que sa main s’app

e, el il me faut faites-moi donc le plaisir Malheureusement, voilà deux mois qu’il use de ce pelit Slratagème, qui ne peut & pratiquer qu’une fois sur Chaque individu.

Il revient chez lui, écoute

à la porte et n'ose pas entrer parce qu'il entend ple

urer, Il retourne sur

roche. Il intro-

90 Les pauvres en habit noir

duit fièvreusement ses doigts dans son gousset, À certain d’y sentir le contact du précieux métal, Les rues lui paraissent immenses ou toutes resser. rées ; le sol s'élève ou s’abaisse lorsqu'il veut y poser le pied. Tout ce qui l’entoure revêt des formes fantastiques et produit un bourdonnement étrange ; ses tempes se serrent et des sueurs froides perlent sur son front ; son œil commence dus fo à avoir cette fixité que l’on remarque chez les gens qui concentrent les dernières forces d’une raisor qui leur échappe, pour tenter de dissimuler c@ départ. Il marche et parle avec cette précautio

exagérée de l’homme à qui le vin commence

paralyser la langue et les jambes.

Dans cinq minutés, cet homme va se laisse

cheoir ou plutôt se sentir écraser sous le farde: qui l'oppresse. S'il est près de chez lui, mieux ; car voici ce qui va arriver. Dès qu'il se

Les pauvres en habit noir 91

gousset, M imbé, on le transportera à sa maison; des étran-

x métal. BSwrs—ce sont toujours des étrangers qui rendent es resser - Mes services—le porteront sur son lit; on deman- Lil veut yEiera du vin, du bouillon, du vinaigre, je ne sais revêt des donnement@kurera ; les ei fants, en voyant leur père presque des sueurs | commenceilus fort. Qui sait? le plus petit, malgré tous les hez les gens

‘une raisoi

quoi; la pauvre femme, qui n’a rien de tout cela, or et leur mère se lamenter, vont pleurer encore

forts de sa mère pour le calmer, va peut-être bre le mot atroce : j'ai faim ! L’horrible situation

issimuler C&

nétre mise à nu: c’est inévitable. Les étrangers nt offrir les premiers secours, puis les amis, ommence his les parents. Bref, voilà une famille sauvée une mort effrayante et mise à l'abri de la faim

ur un mois, ou peut-être plus. Pendant ce a se laissé

g le farde ez lui,

is, il peut se produire bien des choses. Le mps marche vite, mais les événements vont vite si, Il ne faut jamais être trop certain d’attein- Dès qu'il Ve son but ; mais, d’un autre côté, il ne faut

92 Les pauvres en habit noir

jamais en désespérer quand on a encore un jou Les devant soi. à sh

Cependant, il peut arriver—et il en est général lement ainsi—que le délire ne dirige pas la cours du pauvre homme vers le voisinage de sa demeurewthe: S'il y a une rivière, c'est presque toujours là qu' descend. Y a-t-il, dans ces eaux sombres € froides, un magnétisme qui agit sur le cerves ébranlé, un vertige attirant comme le vertige de abîmes ? Je ne sais pas, mais l’homme descend

vers l’eau.

1 se baissera, peut-être pour ramasser une dé ces pièces d'or qui miroitaient tout à l'heu devant lui, ou s’élancera pour saisir une apparitidé qui passe devant ses yeux troublés, l’image de femme, de ses enfants... Il se produit un br sourd : c'est fini. Dieu a jugé cette victime de faim et des préjugés humeins. |

Les pauvres en habit noir 93

Les jugements ks hommes.

de Dieu sont plus justes que ceux

Ù Le lendemain, les journaux rapporteront ce

ile accident, el, u', mois äprès,

les amis les plus Khes même l’auront complètem

ent oublié.

Page 1