‹ Échos de QuébecChapitre 18 sur 32 · LA LITTÉRATURE CANADIENNE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE CANADIENNE

La littérature et les beaux-arts sont intimement liés à l'histoire de la civilisation chez tous les peuples. Ils sont comme un thermomètre qui indique ses mouvements de progrès ou de rétrogression, ses alternatives de force et de faiblesse, «es époques de gloire ou de décadence.

La littérature canadienne

C'est à l'aide des monuments qu'elles ont laissés que nous avons pu connaître et juger les races aujourd'hui éteintes ; et c'est dans les trésors de leurs archives que nous allons, encore aujourd'hui, étudier les magnificences et les misères de Jérusalem, d'Athènes, de Rome, de Mexico et de la grande capitale du royaume des Incas.

Mais la littérature, les arts et la civilisation sont eux-mêmes subordonnés à une autre grande puissance ; ils sont, malgré eux, les humbles sujets d'un autre grand principe sous l'égide duquel ils fleurissent et prospèrent, mais, en dehors duquel, tout en jetant çà et là quelques fugitives étincelles, ils s'acheminent fatalement vers la désorganisation et les ténèbres de l'oubli. Et ce grand principe qui les nourrit et les soutient ; cette grande puissance qui les inspire et les illumine, c'est la religion et seidement la religion.

Olez cette force, inspiratrice parce qu'elle est

La littéralure canadienne

mystérieuse, véritablement civilisatrice parce qu'elle est divine, et tout tend à retourner, non pas vers la barbarie, ce qui ne serait qu'un demimal, mais vers le sensualisme et l'abrutissement, ce qui est le comble du malheur. On peut éclairer l'ignorant et adoucir les mœurs du barbare, mais il est impossible, humainement parlant, de guérir celte terrible maladie, le sensualisme qui est devenu, pour certaines sociétés, ce qu'est l'usage de l'opium pour les Indes et la Chine, une seconde nature.

Il me serait difficile, dans un seul article, d'embrasser tout le sujet que j'ai annoncé. Je me contenterai donc, pour aujourd'hui, de traiter la première partie, qui a rapport à la littérature. Les beaux-arts, c'est-à-dire la musique et la peinture, les seuls que nous ayons ici, avec, peut-être, un peu d'architecture, feront le sujet d'un second entretien.

La littérature canadienne

Et d'abord, il serait peut-être à propos de nous demander, en commençant : Avons-nous dans cette province, une littérature proprement dite? La question, déjà posée, a été résolue dans le sens négatif. J'ai le plus grand respect pour celte opi- Dion, mais je pense, néanmoins, qu'elle n'est pas tout-à-fait juste.

Il est bien vrai que nous ne sommes pas un peuple distinct et fils de ses propres œuvres. Nous ne sommes qu'une fraction séparée d'une autre grande nation dont nous parlons la langue, et dont nous reflétons, plus ou moins, le caractère et les habitudes. Mais il n'est pas moins vrai, d'un autre côté, que nous avons notre existence à part et que le milieu dans lequel nous avons vécu depuis trois siècles, sans altérer les sentiments d'affection qui nous relient à la mère-patrie, nous a donné un certain cachet qui nous est propre, et qui se retrouve, naturellement, dans ce que nous produisons.

La liltéralure canadienne

El si ce signe distinctif n'était pas suffisamment accusé chez nous, nous pourrions en montrer un autre exemple frappant chez nos voisins qui, sous ce rapport, sont dans une position semblable à la nôtre, moins toutefois cet envahissement d'un élément étranger qui nous a forcés de nous replier sur nous-mêmes, et d'apprendre à ne compter que sur nous, pour ne pas nous laisser envelopper et permettre d'effacer peu à peu notre nom du livre des nations.

Aux Etats-Unis, nous avons la langue anglaise, mais ce n'est déjà plus l'Angleterre. La littérature et les beaux-arts ont quelque chose qui les distingue de la littérature et des arts de la Grande- Bretagne. Ce serait trop sortir de mon sujet que de vouloir indiquer ici ces nuances. Il suffit, au reste, d'attirer l'attention sur ce fait pour le constater.

La littérature a eu chez nous une enfance longue et difficile. On ne peut même pas dire qu'elle ait

encore dépouillé ses derniers langes. Nos pères n'avaient le temps ni d'étudier le style ni de tourner des périodes. Le peu d'écrits q-u'ils nous ont laissés ont été burinés à grands traits par le soc du défricheur, ou l'épée du soldat. Et, cependant, ces pages sublimes resteront dans les fastes de notre histoire comme autant de monuments offerts à l'admiration des âges futurs. C'est la grande époque des temps héroïques.

Mais lés choses ont changé ; ce n'est plus dans une carrière aussi dangereuse que nous allons aujourd'hui cueillir des lauriers. C'est sur un terrain plus pacifique que nos lettres essayent leurs premières forces, et s'engagent dans cette voie de progrès qui semble s'ouvrir devant elles.

Les premiers efforts dans ce sens ne datent pas encore de bien longtemps.

Le Répertoire National, fondé à Montréal, en

La liUérature canadienne

1848, est à peu près la première tentative que l'on ait faite dans le but de piovoquer la plume de nos hommes instruits, et de fixer le fruit de leurs travaux d'une manière permanente. 11 est bien entendu que je ne parle pas de la presse qui, malheureusement alors comme aujourd'hui, à de rares exceptions près, étqit loin de pouvoir servir de modèle sous le double rapport du style et de la dignité.

Le Répertoire National portait pour épigraphe cette phrase sans prétention : « Les chefs-d'œuvre sont rares et les écrits sans défauts sont encore à naître. » Hélas ! c'était bien vrai, et jamais recueil n'a été plus fidèle à sa devise. Cependant, il est juste d'apprécier ici plutôt les intentions que les résultats. A ce point de vue, le Répertoire National a rendu un grand service. Il a été pour nous ce premier pas qui coûte tant, ce premier effort qui se remet de jour en jour, ce premier mot, cette

La littérature canadienne

première phrase d'un écrit qui sont si longs à trouver.

Ce début n'a pas été brillant, avouons-le, mais respectons, en même temps, une tentative qui, dans son idée première, ne manquait pas de grandeur.

Les quatre volumes du Répertoire contiennent une tragédie en trois actes et en vers, de M. Gérin- Lajoie, intitulée : Le jeune Latour. Cette pièce avait été représentée au séminaire de Nicolet, en 1844. M, Gérin-Lajoie n'avait alors que dix-neuf ans : c'est sa meilleure excuse. Cette composition, cependant, malgré ses défauts, laisse deviner le talent qui devait plus tard faire honneur aux lettres canadiennes.

Les quatre volumes renferment, en outre, une foule de petites pièces en prose et en vers, comédies, vaudevilles, légendes, historiettes, signés par

La littérature canadienne

Dupont, Lenoir, L'Ecuyer et autres. Ce sont diîs premiers essais plus ou moins bien réussis et sentant, d'une lieue à la ronde, V amplification de rélève de belles-lettres. On y trouve également un grand nombre de satires de M. Bibaud, lesquelles, certainement^ ne sont pas w ces écrits sans défauts qui sont encore à naître. » Le tome troisième, surtout, est, presqu'en entier, composé de pièces de poésie comme nous en avons tous commises dans ces beaux jours de la jeunesse où Ton ne doute de rien, pas même de 1 avenir, où l'on a foi dans toute chose, surtout dans son talent de poète. En revanche, le tome deuxième contient cinq discours de M. Etienne Parent, reflétant ce cachet de distinction qu'on ne retrouve que chez bien peu de nos littérateurs.

C'est également vers ce temps qu'il faut placer la naissance du premier 4/iwm de la Minerve, revue de littérature et de modes, illuslrée. C'était une

10 La Uuérature canadienne

entreprise colossale pour l'époque. Aussi, a-t-on dû l'abandonner au bout, je crois, de deux ou trois années. Je n'ai pas pu me remettre sous les yeux ce premier ^/èitm dout les exemplaires sont, aujourd'hui, exlrémemeut rares ; et mon savoir n'est ici appuyé que par mes souvenirs, lesquels, vous le comprendrez sans peine, datant d'aussi loin, sont nécessairement assez obscurs. Je me rappelle néanmoins, fort distinctement, la faveur avec laquelle avait été accueilli le premier roman canadien, par M. Georges de Boucherville, intitulé : Une de Perdue Deux de Trouvées. Ce fut, parmi la jeunesse surtout, une révélation. Nous ne comprenions pas, à cette époque, qu'un des nôtres put concevoir et écrire en entier une œuvre de cette importance.

La suspension {\eV Album est venue interrompre la publication de cet intéressant récit que M. de Boucherville a repris ensuite, dans \^^ Revue Canadienne, en 18G4. Les derniers chapitres, cepen-

La liltéraliire canadienne 1 1

dant, composés près de vingt ans plus tard, sont loin d'avoir cette verve et cette fraîcheur qui caractérisaient la première partie -de l'ouvrage.

On pourrait aussi signaler, à cette époque, la première Revue Canadienne, Y Album de la Revue Canadienne et le Ménestrel, journal littéraire et musical. Mais ces publications n'ont fait qu'apparaître pour s'éteindre presqu'aussitôt.

J'ai pu et j'ai même dû oublier quelques noms dans cette courte nomenclature ; car notre siècle marche si vile que vingt- cinq ou trente années constituent déjà un passé assez reculé dont les souvenirs s'obscurcissent et s'effacent presque dans la poussière brillante que soulève notre course un peu échevelée.

L'année 1857 a vu la naissance du Journal de rinstruclion publique, publié par M. Chauveau. Quoique cette feuille s'occupât de pédagogie plutôt

12 La littérature canadienne

que de litttTatiire, elle a cependant donné un certain élan aux lettres canadiennes par des écrits empreints d'une grajide distinction. Ses excellentes revues bibliographiques surtout, n'ont pas peu contribué à éclairer le goiit de notre public, et à inspirer à nos écrivains celte crainte salutaire qui est le commencement du succès, et qu'ils avaient semblé ignorer jusqu'alors. M. Cliauveau avait d'ailleurs une plume qui savait se faire remarquer et faire école ; et il est souverainement regrettable que d'autres préoccupations l'aient empêché de se livrera une carrière pour laquelle il était si foi tement doué.

Nous voici maintenant arrivés à une seconde époque de notre littérature. Je veux parler delà création des Soirées Canadiennes, dont la première livraison parut en février 1861. Car il faut bien remarquer que l'apparition d'une publication nouvelle indique toujours un mouvement nouveau

La littérature canadienne 13

dans les idées, une aspiration neuve qui sent le besoin de se communiquer à un public plus étendu.

Jusque-là, sous le rapport littéraire, Montréal semblait avoir le pas sur la vieille cité de Charaplain. Constatons, sans vouloir trop en tirer vanité, mais aussi sans fausse humilité, que, depuis lors, Québec s'est noblement vengé.

Les Soirées Canadiennes sont véritablement le premier recueil sérieux de notre littérature. Les promoteurs de cette œuvre éminemment utile portaient des noms qui étaient alors et sont encore aujourd'hui des autorités dans les lettres canadiennes. Le style s'était formé. On avait dépouillé cette phrase qui se traînait, sans se fixer, du latin à l'anglais et de l'anglais au latin, quand elle ne s'habillait pas dans la vieille façon de Montaigne et de Rabelais. Car, quelque respect que l'on doive avoir pour l'antiquité, il ne faut pas, d'un

14 La littérature canadienne

autre côté, exagérer coUe passion d'archéologue qui peut plaire par un certain aspect original, mais qui finit par paraître tout à fait démodée.

Il faut, sans vouloir trop se lancer dans les singularités de l'âge présent, suivre un peu son siècle, et ne pas persister à arborer la perruque frisée et poudrée, quand chacun s'en tient aux cheveux que la nature lui a donnés. L'excès, en quoi que ce soit, n'est pas de mise ; et je crois que, après tout, il vaut mieux suivre le conseil d'Horace et prendre un juste milieu.

Est modus in rehus, sunt certi denique fines Quoa ultra citraqtie neqttit consistere rectum.

C'est ce que les fondateurs des Soirées Canadiennes me paraissent avoir compris et tâché de faire adopter. Ce recueil renferme des écrits qui méritent d'être relus et étudiés. Trois Légendes de i7ion Pays, par M. Joseph-Charles Taché, sont écrites dans un style trés-pur et offrent des ensei-

gnements qui sont de tous les temps et de tous les âges. Ces enseignements conviennent surtout à notre époque où les croyances alïaiblies par les dissentiments, oii les principes chancelants sous les efforts d'une lutte violente, ont bescdn de se retremper au souvenir de cette grande et vigoureuse nature, de celte admirable simplicité des premiers occupants de notre sol que la religion a^ pour ainsi dire, émondés et transformés, sans les altérer ni les détruire.

M. Taché a signé, dans les Soirées, plusieurs écrits portant tous le même cachet de celte foi sincère, et de cette philosophie chrétienne si admirable que notre siècle cherche à remplacer, fort mal à propos, par toutes sortes de systèmes dont le dernier éclos ne poursuit son règne d'un jour, qu'après avoir dévoré ses aînés.

La Jongleuse, de M. l'abbé Casgrain, a également paru dans ce recueil. C'est une de ces

16 La littérature canadienne

légendes fantastiques comme nos pères en racontaient au coin du feu pendant les longues veillées de nos hivers canadiens, et qui avaient pour théâtre les bords poétiques de notre grand tleuve.

Car nous avons sur les autres nations cet avantage littéraire que notre civilisation a marché côte à côte, pendant longtemps, avec un peuple encore barbare. Pour trouver des épisodes féeriques, nous ne sommes pas obligés, comme les Européens, de remonter le cours des siècles, et de fouiller des monuments plus ou moins indéchiffrables. Nous avons l'âge primitif presque sous les yeux, et nous pouvons puiser largement dans les trésors d'une péiiode héroïque qui nous est contemporaine.

Comme tous les récits de cette époque de notre histoire, la légende de M. Casgrain met en scène les farouches Iroquois, ces ennemis si redoutés, non-seulement des blancs, mais de toutes les

La littérature canadienne 17

nations sauvages du Canada. L'auteur y adopte ce style original et imagé qui, en traitant un autre sujet, aurait p:i paraîlre un peu trop miroitant, mais dont Téclat convient très bien, cependant, à ces récils féeriques où le mystérieux et l'imprévu vous empoignent à chaque chapitre, pour vous faire voyager à tire d'aile dans leur sphère enchantée. Cette légende est, néanmoins, remplie de hauts enseignements et laisse, à ceux qui l'ont hie, des impressions d'autant plus fortes qu'elles ont été communiquées dans cette manière originale et vive qui captive la mémoire après avoir frappé l'esprit.

Ce fut toute une surprise, et je suis certain (\\\q bien des jeunes talents, après avoir lu ce récit imagé et si fortement coloré, ont rêvé, sans les atteindre, des succès extraordinaires dans un style qui est réellement plus facile à lire qu'à bien traiter.

Il serait trop long d'analyser tous les écrits aux-

18 La littérature canadienne

quels les Soirées ont donné une hospitalité aussi honorable d'une part que de l'autre. Qu'il me suffise de noter les poésies de MM. Fréchette, Chauveau, Fiset, Lemay, Lame et Taché. Je ne puis pas, cependant, m'empêcher de mentionner d'une manière toute spéciale La promenade des trois morts, de M. Octave Crémazie, ce poêle par excellence de la patrie, que des circonstances si regrettables ont enlevé à nos lettres dans un moment où elles avaient tant besoin de l'éclat de son talent pour éclairer leur route et soutenir lei'rspas encore mal assurés. Qu'il me soit permis d'adresser, en passant, une parole de sympathique admiration à un homme qui peut bien avoir eu, comme nous tous, dans la vie, son heure malheureuse et sombre, mais qui, néanmoins, du fond de son exil, a droit aux égards et au respect dus à une royauté que le malheur d'un moment a fait tomber de son trône, sans lui enlever son auguste caractère.

La littérature canadienne 19

Autour des noms que j'ai déjà cités viennent se grouper des œuvres de mérite de MM. Ferland, Bourassa, Larue, Renaud et de Boucherville. II me tarde, cependant, d'arriver à deux ouvrages qui ont eu alors leur retentissement, et qui, aujourd'hui encore, n'ont rien perdu de la bonne impression qu'ils avaient produite. Je veux parler des Anciens Canadiens de M. de Gaspé, ^ et de Jean Rivard, par M. Gérin-Lajoie.

Je n'ai pas besoin de faire ici l'éloge de M. de Gaspé, ce courageux septuagénaire qui écrivit son premier volume à Tâge où d'autres songent à jouir d'un repos bien mérité. Je me rappelle, cependant, l'étonnement générai que provoqua l'apparilion de ce livre si frais et si plein de cette verve gauloise qui. Dieu merci, n'est pas encore éteinte parmi nous. Ce fut un maître coup d'aiguillon

1 Les premiers chapitres de cet ouvrage ont paru dans les Soirées,

20 La littérature canadienne

appliqué à noire jeunesse naturellement paresseuse, lorsqu'il s'agit de cultiver les arts et les lettres. L'exemple était parti de haut ; mais il a porté et porte encore son fruit.

M. de Gaspé, du reste, ne devait pas s'en tenir à ce premier essai. Il a, par la suite, publié, dans le Foyer Canadien, une étude remarquable sur les Récollets, et ses Mémoires que notre population littéraire a lus avec délices, et auxquels une plume plus autorisée que la mienne a déjà su rendre justice.

Jean Rivard, par M. Gérin-Lajoie, n'est pas ce qu'on peut appeler une œuvre de style. C'est, cependant, un travail bien écrit, et qui a surtout une utilité pratique que personne ne songera à contester. C'est un genre nouveau, appartenant essentiellement à ce pays, et qui devrait tenter un peu plus la plume de nos écrivains. Le meilleur éloge que l'on puisse faire de ce livre, c'est de dire

La littérature canadienne 21

que les autorités l'ont jugé digne d'être distribué en prix dans nos écoles.

Je m'aperçois que j'aurais dû ouvrir plus tôt une parenthèse pour signaler un ouvrage qui, tout en n'ayant aucune prétention littéraire, est, néanmoins,un monument dont les letlresde tous les pays s'honoreraient àbon droit. Jeveuxparler de l'œuvre de notre grand historien, le regretté M. Garneau. Une étude du genre de celle-ci ne doit pas, en général, mentionner les travaux purement historiques ; mais j'ai cru qu'il était convenable d'établir une exception en faveur d'un livre qui fait autant d'honneur à la littérature qu'à la science, et je suis certain que personne ne me reprochera d'être sorti de mon sujet en rendant ici hommage à un grand esprit, dont les travaux consciencieux n'ont peut-être pas toujours été appréciés autant qu'ils le méritent.

J'ai mentionné, tout à l'heure, le Foyer Cana-

22 La litlérature canadienne

dien. Hélas ! tout ce qui est humain n'a guère de durée. Ajoutons, en nous frappant la poitrine, que tout ce qui est canadien est malheureusement moins durable encore.

Les Soirées Canadiennes ne retrouvaient déjà plus cette unanimité d'impulsion qui avait caractérisé leurs débuts. Je ne veux pas dire que la discorde fût dans le camp ; mais, enfin, je constate le fait que le Foyer Canadien est entré dans l'arène avant que les Soirées en fussent sorties. Etait-ce dans le but de faire une concurrence, ou pour offrir une aide généreuse ? Celle époque est encore trop rapprochée de nous pour que je veuille la juger : l'histoire contemporaine est pleine de danger pour celui qui ose l'écrire.

Quoiqu'il en soit, peu de temps après, les Soirées Canadiennes sont passées de vie à trépas, et le Foyer Canadien n'a pas tardé lui-même à suivre dans la tombe ses sœurs aînées.

La Utlérature canadienne 23

On retrouve, dans le Foyer, les mêmes écrivains, à peu près, que dans les Soirées. C'est une publication faite avec beaucoup de soin, sons tous les rapports, et qui n'a pas manqué de donner une impulsion utile à notre littérature. Le quatrième volume, cependant, inaugure un genre qui ne devrait peut-être pas trouver place dans un recueil de cette nature : chaque livraison renferme une ou deux pages de variétés el de bons mots d'un goût assez douteux.

Aussi, (le ce moment, le Foyer baisse, faute d'aliments convenables, et finit par s'éteindre tout-à-fait sous les cendres.

Dans l'intervalle, la jeunesse de Montréal, jalouse peut-être de l'importance que prenaient les lettres de Québec, avait fondé, en 1864, la Revue Canadienne, qui, plus heureuse que bien d'aulics publications, a pu franchir les époques difficiles et compte maintenant une existence de

24 La liltérature canadienne

près de douze années. C'est un âge enviable, sous une latitude comme celle de notre pays.

On Irouve, parmi les fondateurs et les collaborateurs de ce recueil, des noms bien connus dans nos lettres : MM. Bourassa, deBoucherville, Fabre, Royal, de Bellefeuille, Marchand, Marmette, de Guise et beaucoup d'autres. -

. Comme toutes nos publications, la Revue Canadienne a eu ses journées de soleil et ses journées d'ombre, et bieu des choses médiocres s'y sont introduites en contrebande. On y trouve, d'un autre côté, des études remarquables sur le droit constitutionnel, le droit civil et le droit statutaire, des revues bibliographiques laites avec habileté, et surtout avec conscience, ce qui est beaucoup plus rare. Une de perdue deux de trouvées^ par M. deBoucherville; Jacques et Marie, par M. Bourassa ; Le Cœur et l'Esprit, par M. Fabre ; deux comédies de M. Marchand, et De Québec à Mexico,

La litlérature canadienne 25

par M. Faucher, sont des œuvres qui peuvent se comparer avaiitngeusemenl avec beaucoup d'écrits q.ie nous offrent les revues étrangères sur des sujets analogues. De Québec à Mexico est le premier ouvrage de longue haleine dû à la plume de M. Faucher, qui du coup s'est placé au premier rang parmi nos littérateurs. M. Faucher a dernièrement réuni tous ces écrits dans quatre jolis volumes dont une litlérature plus vieille que la nôtre s'honorerait à bon droit.

Des études historiques et religieuses d'un grand mérite ont également vu le jour dans la Revue Canadienne. C'est ap^si là que M. Marmelte, notre romancier historique, a fait ses débuts. L'auteur du Chevalier de Mornac a heureusement fait oublier celui de Charles et Eva. Du reste, on n'est pas obligé de faire de sa première œuvre un chef-d'œuvre, et on ne doit pas regretter, en tous cas, d'avoir signé Charles et Eva quand on peut,

par la suite, montrer cette môme signature, avec un légitime orgueil, à la première page de Vlnlendant Bigot.

Il me serait impossible de donner ici une liste complète de tout ce qui, dans celte publication, est digne de remarque. Ce que je tiens à constater, c'est que la Revue, tant qu'elle est restée véritablement canadienne, a vu des jours prospères. Du moment qu'elle a accueilli des auteurs étrangers, et qu'elle s'est mise à reproduire les œuvres, assuiément belles, mais peu canadiennes, de Gustave Aimard, de Louis Yeuillot, d'Hippolyte Audeval, de M"^ Cravenet autres, elle est entrée nécessairement dans une période de décadence. Et la chose se comprend facilement. On forme une liste d'abonnés pour une publication destinée à promouvoir la littérature canadienne, à la répandre et à la faire connaître ; puis, on donne à ses lecteurs, au lieu d'écrits indigènes, des reproductions

La UUcrature canadienne 2 7

étrangères. Evidemment, les directeurs ne remplissent pas leur partie du contrat, et l'abonné, libéré, en quelque sorte, de ses obligations, leur tourne le dos.

Aussi, depuis un peu plus d'un an, la Remœ a-t-elle dû adopter une autre ligne de conduite et revenir à l'idée dont s'étaient inspirés ses fondateurs. Il est à espérer que ce retour aux bonnes traditions sera bien accueilli et surtout bien rémunéré.

Je mentionnerai encore YEcho du Cabinet de Lecture Paroissial, excellente compilation fondée en 1859, et j'en finirai avec cette partie un peu aride de mon sujet pour considérer le temps actuel et l'étal de la littérature canadienne pendant ces dernières années.

Et c'est ici que nous pouvons nous demander, après avoir parcouru rapidement celte période de

28 La littérature canadienne

près de trente ans, si véritablement, aujourd'hui, il y a lieu de constater un progrès bien réel.

Je ne voudrais pas avoir l'air de flattei' les écrivains de mon époque ; mais il me serait difficile de ne pas reconnaître qu'il y a un progrès, nonseulement réel, mais extrêmement accentué.

Jusqu'à ce jour, au point de vue de la littérature, l'Europe nous ignorait complètement ou à peu près. Mais, depuis quelques années, nos écrivains ont pu franchir ce cercle étruit dans lequel ils étaient enfermés, pour se produire au dehors et parler dans un horizon un peu plus étendu. On nous lit en France ; on nous lit surtout aux Etats- Unis, et df>s revues de ces deux pays ont nonseulement signalé et commenté, mais reproduit les meilleurs écrits de nos littérateurs.

Le beau, quelque part qu'il se manifeste, provoquera toujours Tadmiralion ; l'essentiel est qu'il

La littérature canadienne 29

soit mis en lumière. Un discours, par exemple, comme celui qu'a prononcé M. Chauveau lors de l'inauguration du monument commémoratif de la bataille de Sainte-Foye, fait nécessairement sa marque, même chez les nations qui sont le plus habituées aux grandes joules oratoires. On est forcé d'avouer qu'un peuple qui possède un orateur capable de penser et de dire de semblables choses, n'est pas un peuple illettré, mais fait preuve, au contraire, d'un goût extrêmement développé pour les œuvres véritablement littéraires.

Les conférences de M. l'abbé Holmes, dont on vient de faire une seconde édition, sont, dans un autre genre, un de ces monuments qui parlent par eux-mêmes ; et le fait qu'on ait senti le besoin de reproduire une seconde fois ces admirables discours indique à lui seul, pour notre époque, un progrès étonnant dans le sentiment du bon et du beau littéraires. Je sais bien que ces deux ora-

30 La littérature canadienne

teurs distingués ont, en eux-mêmes, tout ce qu'il faut pour provoquer et attacher l'admiration ; mais Je désire faire ressortir ce fait que leurs belles œuvres empruntent de la publicité qu'ont su conquérir les auteurs de nos jours, un regain de faveur et d'éclat qui ne peut que profitera tout le monde.

Je pourrais dire la même chose des écrits poétiques de MM. Fréchette et Crémazie, que nous n'avons pas été seuls à admirer et que la France a salués avec un légitime orgueil.

Il serait extrêmement délicat pour moi d'entrer ici dans une étude détaillée des œuvres qui viennent de se produire ou qui se produisent actuellement. Je ne puis pas, cependant, m'empêcher de signaler les écrits remarquables de MM. Casgrain, Faucher de St. Maurice, Marmelte, Lemay, Larue, Buies, Evanturel, Marchand et Routhier, qui, dans leurs divers genres, contribuent puissamment à promouvoir notre littérature, et à la faire non-seulement

La littéralure canadienne 31

connaître, mais estimer à l'étranger. C'est grâce à eux si nous pouvons, aujourd'hui, parler à un public plus étendu et faire de nos écrits une chose qui rémunère et peut, par conséquent, se soutenir par elle-même. Car, il est inutile de se le dissimuler, les littérateurs, pas plus que le reste de l'espèce humaine, ne sauraient vivre de l'air du temps ; et ce qu'on est couvenu d'appeler le nerf de la guerre peut, à aussi bon droit, s'appeler le nerf de la littérature.

Autrefois, et cet autrefois ne remonte guère à plus de dix ans, l'écrivain travaillait pour le seul amour de l'art, ou, du moins, dans le seul but de se faire une réputation. Ce sont, sans doute, deux motifs pleins de noblesse et de grandeur, et ceux qui ont le moyen d'y chercher exclusivement leurinspiration n'en ont pas un mérite moins digne d'adm-ration. Mais, en somme, sans être trop matérialiste, il faut bien compter un peu avec les

32 La Ultcrature canadienne

exigences do la vie terrestre, et je ne crois pas, comme certaines personnes — celles-là n'ont sans doute jamais senti l'aiguillon de la faim — ^je ne crois pas que l'on prostilue l'art en le faisant servir à produire le pain quotidien. On a écrit d'admirables choses, sur ce sujet, pour encourager les artistes dans tous les genres à mépriser les souffrances de la chair, ( t â poursuivre, sans défaillir, leur noble but, en tenant leurs yeux fixés sans cesse sur ces étoiles brillantes, mais glacées comme l'étoile polaire : la gloire el la renommée Hélas! il est difdcile de tirer ijuclque chose de son encrier lorsque l'encre s'y gèle, et il est presque impossible de se recueillir quand c'est la faim qui se charge de donner constamment des distractions. Le génie seul est capable de ces actes surhumains ; et, de nos jours, les génies sont rares. Notre lalitude impitoyable pourrait, d'ailleurs, paralyser leur aile et abaisser quelque peu la hauteur de leur

La littérature canadienne 33

vol. II est bien probable, dans tous les cas, que ces admirables conseils dont je parlais tout à l'heure ont été écrits dans un fauteuil moelleux et sous la chaude influence d'un brasier pétillant. Il n'y a rien comme les prodigues pour donner des cours d'économie. Il n'y a rien comme les riches pour savoir bien prêcher les avantages de la pauvreté.

Quoiqu'il en soit, dans les circonstances oîi nous sommes, il est impossible de ne pas avouer que la rémunération des œu\Tes de l'esprit ne soit une des conditions nécessaires au progrès de notre littérature. Et il est de fait que de l'adoption de ce système date l'essor qui a été imprimé aux lettres dans ce pays.

Les fondateurs de la Revue Canadienne ont été, je crois, les premiers à consacrer ce principe. Malheureusement, leurs ressources limitées ne

34 La littérature canadienne

leur ont pas permis de réaliser toutes les espérances qu'ils avaient laissées entrevoir.

VOpinion Publique est ensuite entrée dans cette voie, et a pu s'y maintenir au profit des uns et des autres.

L'Album de la Minerve, ressuscité en 1872, avait également adopté ce système, et l'aurait exploité avec beaucoup de succès, si d'autres entreprises plus considérables et plus importantes n'eussent obligé ses promoteurs à suspendre leur intéressante publication.

Il y a, toutefois, un fait maintenant bien établi, c'est qu'aucune revue ne peut, dorénavant, subsister parmi nous si elle ne se résigne à rémunérer convenablement ceux qui fournissent l'aliment à sa vie intellectuelle.

Du reste, nous devons à ces généreux bienfaiteurs de la littérature canadienne un tribut de

La littérature canadienne 3o

reconnaissance que nous leur accordons avec la plus entière sincérité. Mais il y a, cependant, quelqu'un à qui nous devons encore plus, qui a été le véritable promoteur et le soutien de ce nouvel état de choses ; qui s'est interposé, avec toute l'autorité que lui donnait son indépendance, entre l'auteur et les éditeurs; qui a forcé ceux-ci à reconnaître la suprématie de ceux-là, et qui a imposé ce principe, juste d'ailleurs, que l'écrivain qui compose un livre a droit à une rémunération au moins aussi grande que celle du proie qui en fait l'impression. J'ai nommé M. l'abbé Casgrain.

M. Casgrain peut être appelé justement le père nourricier de la littérature canadienne. C'est lui qui la tirée de l'état de sujétion où elle languissait, pour lui permettre de s'asseoir au soleil du droit et de la liberté. 11 a luimôine donné le précepte et l'exemple.

36 La littérature canadienne

Là-dessus, il ne peut, ou, du moins, il ne doit y avoir qu'une opinion.

Parmi les jeunes littérateurs de nos jours, il y en a peu qui ne lui doivent un bon conseil ou une aide donnée à temps ; et beaucoup de nos écrivains sont parvenus aujourd'hui à se faire un nom, qui n'y seraient jamais arrivés s'ils n'avaient rencontré sur la route cet ami plein de dévouement et désintéressement, qui sait mettre de côté toutes les petites jalousies de métier, et qui se réjouit du succès des autres comme de son propre succès.

Ces choses sont assez rares pour qu'on ne les passe pas sous silence.

Maintenant que nous avons vu, à vol d'oiseau, pour ainsi dire, ce qu'a été et ce qu'est notre littérature, nous pouvons légitimement nous demander— et c'est par là que je terminerai — quelles peuvent être nos espérances pour le futur.

J'ai étudié de près le mouvement littéraire, depuis quelques années, et il m'a semblé que les progrès immenses que nous avons accomplis nous donnent le droit d'avoir une entière confiance dans l'avenir. Mais, pour arriver à des résultats sérieux, il nous faut deux choses.

D'abord, il est indispensable d'apporter, non pas un changement radical, mais certaines modifications dans notre système d'instruction.

J'ai le plus grand respect pour l'antiquité ; et les monuments littéraires qu'elle nous a laissés, après avoir éclairé nos esprits, feront encore, pendant bien longtemps, l'admiration de ceux qui viendront après nous. Mais il me semble, d'un autre côté, que nous ne tenons pas assez compte de l'âge présent. Je ne veux pas qu'on abandonne Homère et Virgile ; mais je voudrais que leurs admirateurs fussent moins exclusifs, et nous permissent d'étu-

38 La littérature canadienne

dier davantage ceux qui sonl plus rapprochés de nous.

Dans toutes les branches des connaissances humaines, il y a eu, à l'origine, des tâtonnements et des essais. Puis, les siècles, dans leur marche, se sont servi des découvertes de leurs devanciers pour pousser plus avant leurs recherches, et arriver à des résultats que ceux-ci n'avaient pu atteindre.

Si, aujourd'hui, chaque savant était obligé de recommencer les calculs effrayants qu'ont dû s'imposer les Copernic, les Galilée, les Newton, les Morse, pour arriver aux résultats qu'ils ont obtenus, la science en resterait au même point, sans avancer d'un seul pas. Mais on fait mieux. On prend ce qui est déjà fait ; on l'approfondit, on l'améliore, on le perfectionne. C'est ainsi qu'on avance et que chaque siècle apporte son contingent de découvertes et de perfectionnements sous l'œil de Dieu,

La litlérature canadienne 39

qui bénit ces travaux lorsqu'ils sont faits dans un bon esprit, et qui les anéantit quand ils tendent à s'éloigner de la source de toute science et de tout progrès.

Je n'ignore pas que ces idées ne sauraient s'appliquer entièrement à la littérature ; mais faut-il admettre, d'un autre côté, qu'elle soit le seul art où le progrès reste en quelque sorte impossible, et que l'antiquité, sur ce sujet, ait dit le dernier mot ?

Certainement non.

Je conçois qu'on doive s'éloigner, autant que possible, de cette littérature immorale et matérialiste qui, de nos jours, envahit le monde, et tend à l'éblouir par un clinquant de faux aloi ; mais, par contre, il y a des beautés, des magnificences que l'on semble rejeter avec un peu trop de mépris.

Le tout est de bien choisir, et c'est ce que nous ne faisons pas assez. Une arme dangereuse dans

40 La littérature canadienne

une main inexpérimentée peut devenir le salut même avec un bras qui sait s'en servir.

Nous avons cette main inhabile, je l'avoue ; mais nous possédons également ce bras exercé et ferme : c'est à lui que j'en appelle pour nous guider dans une voie qui ne peut que nous conduire au succès.

Il y a une seconde cause qui entrave, parmi nous, les progrès de la littérature. C'est l'absence complète d'une véritable critique littéraire.

J'ai remarqué que, dans notre province, lorsqu'il se produit une œuvre littéraire, on la blâme à outrance, où on l'élève jusqu'aux nues. Il n'y a pas de milieu : le livre est plat ou sublime. Cela vient de ce que, généralement, la plume du critique est placée entre les mains d'une personne tout-à-fait inexpérimentée, qui, ne pouvant juger par ellemême, et, souvent, n'ayant pas mêine lu l'ouvrage

La littérature canadienne 41

dont il s'agit, donne libre cours à la haine ou à l'amitié que peut lui inspirer le nom de l'auteur. Souvent, un livre d'un mérite réel subit la censure vinaigrée d'un mousse de la plume, tandis que, le lendemain, une fadeur littéraire est placée par le même au rang des chefs-d'œuvre.

Cet état de choses est profondément regrettable et de nature à décourager tout effort sérieux vers le progrès de nos lettres.

Je nepuism'empêcher, en terminant, de témoigner, au nom du public lettré, mes remercîments aux directeurs de l'Université Laval, pour l'initiative patriotique qu'ils ont prise en ouvrant des concours publics où la jeunesse littéraire peut venir disputer la palme du mérite. L'Université n'avait pas besoin de ce nouveau sacriûce pour mériter les sympathies et l'admiration de tous ceux qui savent apprécier le dévouement qui se cache

42 La littérature canadienne

sous le manteau de l'humilité chrétienne. Mais elle a voulu prouver que ce sont toujours ceux qui ont le plus fait qui font encore davantage. D'ailleurs, le proverbe le dit ; « Noblesse oblige ; » et le Séminaire de Québec a un passé qui ne lui permet pas de faire les choses à demi.

Ce bel exemple a porté ses fruits, et j'ai vu avec plaisir que l'Institut Canadien de Québec a été le premier à le suivre en ouvrant, cette année, un concours d'éloquence.

Avec l'élan qui est déjà donné, et des encouragements pariis de si haut, la littérature, dans là province de Québec, ne peut manquer d'arriver à ce degré de perfection qu'ambitionnent tous les véritables amis de la religion et de la patrie.

Page 1