SEDAN
Que voulez-vous qu'on écrive, quand on a l'esprit bouleversé et tout rempli de ce drarao sanglant dont chaque épisode frappe le cœur d'un écho triste comme la mort?
Il n'y a que cela ; on ne pense qu'à cela ; oniic parle que de cela.
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Tout le monde se renvoie cette parole de l'écriture : Quomodo cecidit vir ille potens ?
Et les gens qui n'ont pas de préjugés, qui voient les choses avec tristesse, mais sans fièvre ni parti pris, répondent :
Il est tombé parce qu'il a rencontré une arme contre laquelle le meilleur bouclier est impiuissanl : la trahison. Il est tombé parce que sous chacun de ses pas se cachait une embûche, autour de sa tente, dans sa tente même, chaque nuit, une sentinelle vendue à l'ennemi.
Car ce n'est pas contre les Prussiens seuls que Napoléon 111 a fait la guerre.
Ce ne sont pas eux seulement qu'il avait pour ennemis. Derrière Bismark et le roi Guillaume
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est un parti qui a plus fait pour la chute de Napoléon et l'humiliation de la France, que les Prussiens eux-mêmes. Les radicaux, ces grands patriotes, qui aiment leur patrie jusqu'à lui labourer le flanc du fer ennemi, afin d'y semer et faire germer leurs idées régénératrices ; ces sublimes dévoués qui sont prêts à tout sacrifier pourvu que ce ne soit pas eux ; qui se font un échafaudage de cadavres pour ramper jusqu'au pouvoir avec la (risle ambilion d'attacher leurs noms à la déchéance de tout un pays ; qui arrachent des places publiques les statues de l'Empereur afin d'y faire grimacer leurs hideuses figures !
Voilà les véritables, les pires ennemis.
Oh ! non, celte guerre n'est pas une guerre comme les autres guerres ; d'homme à homme, de souverain à souverain, de peuple à peuple. Le
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fusil à aiguille tire de Paris autant que de Berlin ; seulement celui de Paris porte une balle empoisonnée ; il frappe par derrière et chacun de ses coups est mortel.
Bismark est une forte tête ; mais la France est une forte lame. Bismark n'aurait jamais gagné si la France avait pu combattre de ses deux mains et sans être obligée de se défendre par derrière autant que par devant.
Cela veut-il dire que tout soit dése?péré? Non, Dieu merci. La France ne peut pas tomber ainsi. Et s'il faut un miracle pourrelever sa vieille gloire éclaboussée par le fait d'hommes égarés plutôt que criminels, le Ciel en fera un tout exprès. De ces germes féconds qu'une avalanche a torturés mais non détruits, il surgira quelqu'un, tête ferme et bras invincible, pour faire rentrer dans la poudre
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îes ennemis du dehors comme ceux du dedans ; pour saisir etreleverd'unemainde fer ce drapeau dont la Prusse a déjà louché la hampe pendant qu'à Paris on s'en dispute les lambeaux lacérés; pour relever ce trône séculaire dont l'ennemi sape les bases tandis qu'une troupe d'hommes en délire cherchent follement à s'y asseoir tous ensemble !
Au-dessus de tous ces pouvoirs, de toutes ces autorités qui se heurtent, se renversent et se brisent tour à tour, il y a un autre pouvoir, une autre autorité qui voit tout d'un œil tranquille et qui attend patiemment son heure. Quand cette heure sera venue ; que Rochefortsoit au Sénat ou à Bicêtre ; que Gambetla soit ministre de la guerre ou rédacteur d'un journal ignoré, il viendra une secousse terrible, une convulsion énorme qui remeltra tout à sa place et fera de notre vieille France ce qu'elle a toujours été, une des premières
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nations de l'univers, et le diapason de toute l'Europe.
Le spasme qui l'agite se fait déjà ressentir autour d'elle. L'Angleterre se trouble; la Russie gronde, l'Autriche commence à songer ; les autres petits pouvoirs s'inquiètent.
11 faut donc espérer, et espérer toujours. Il sera bien assez temps de se désoler quand le dernier mot sera dit, si ce dernier mot doit nous être fatal.
20 septembre 1870.