LA SOCIÉTÉ PROTECTRICE DES ANIMAUX
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
Elle était pourtant pleine d'espoir et de désir de vivre au commencement de ce matin-là.
Elle a vu le jour dans un petit bureau bien sombre de la rue Saint-Pierre. Les grandes choses et les grandes entreprises ont d'ailleurs assez sou vent de ces commencements modestes.
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A son premier sourire, le sombre bureau s*est éclairé, presque rédiaufie. Il y a eu comme un tressaillement de bonheur dans les moisissures du crépi ; le criquet solitaire s'est élancé jusqu'au bord de son trou ; Taraignée est demeurée suspendue sur un rayon inachevé de sa toile. 11 y a eu comme une odeur appétissante de bien-être futur, traversant rapidement la solitude de ce réduit. Les passants ont mis l'œil au carreau et se sont ensuite parlé bas. Mystère !
A peine sortie de ses langes, elle s'est armée en guerre et s'est élancée, dans sa petite taille ramassée, vers Tennemi qu'elle était appelée à combattre.
Elle entreprenait la grande croisade vengeresse des races muettes contre les races parlantes ; l'émancipation du joug ella^^yj^tj^^^aig^uillon.
CANACMANA
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Elle devait ôter l'homme du siège pour y mettre le coursier et flanquer le cocher à la place de sa bête.
Honte à qui prend le fouet: malheur à qui met la bride : anathème à qui relie le collier au timon ou pousse la barbarie jusqu'à boucler les
sangles.
L'animal qui ne peut pas se plaindre trouvera désormais des interprètes pour faire punir ceux qui le gênent. La justice lui ouvrira ses portes et sa cause sera plaidée devant le tribunal.
Voilà pourquoi cette chère nouvelle-née s'était armée de toutes pièces : voilà le grand but de sa croisade.
Gomment ne pas réussir avec une semblable
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cause en mains ; comment ne pas vaincre en combattant pour un tel principe ?
Ses premières attaques furent des succès, ses premières batailles des victoires. Son petit gouvernement fonctionnait bien, ses finances étaient prospères, ses employés grassement payés.
Elle était devenue tout-à coup une puissance redoutable : tout le monde en tremblait. Il se fit un cercle ou plutôt une cour de suppliants autour de son petit bureau, devenu du jour ou lendemain le centre d'un grand pouvoir.
Les uns venaient en tremblant consulter le secrétaire intime sur la longueur qu'ils devaient donner au manche du fouet, sur l'épaisseur licite de la mèche. Les conducteurs d'omnibus venaient faire fixer le nombre de passagers qu'il leur était
Institution des Sourds-Muets
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permis de prendre ; les charretiers, la quantité de quintaux qu'ils pouvaient faire tirer, sans enfreindre les règlements de la petite reine. On a même vu plusieurs riches bourgeois aller la consulter sur l'espèce de paille qu'ils devaient employer pour les lilières, et s'informer si l'adoption du lit de plume dans les écuries ne serait pas un changement désirable !
Le petit factotum de la petite reine, joignant à ses hautes fonctions celle de procureur spécial, donnait des conseils à celui-ci, faisait des menaces à celui-là, encourageait l'un par un sourire mielleux, foudroyait l'autre par un éclair de sa terrible prunelle.
« Sachez, messieurs, que ma souveraine a décidé d'en finir avec ces pratiques cruelles qui s'exercent sur les races muettes et domestiques. L'hommii
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a fait son temps, le règne de la bête commence. Réjouissez-vous, ô chevaux, et vous, bœufs, réjouissez-vous ! Poules et canards, tressaillez d'allégresse, et saluez l'aurore de votre régénération. Le grand œuvre commence. Pour protéger l'animal, nous anéantirons l'homme, nous le supprimerons. Nouveaux Césars, nous jetterons la chair humaine aux lamproies. Nous »
Ainsi parlait le secrétaire intime de la petite reine, devant son auditoire tremblant.
Tout-à-coup (ô sublime invention du télégraphe !) arrive une dépêche qui lui tranche la parole. On le voit successivement pâlir, verdir, puis s'évanouir. Le papier glisse de ses mains inertes. L'auditeur le plus voisin, qui se trouvait à genoux, saisit le chiffon et lit : « Battus complètement dans les deux derniers engagements. La
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justice est contre nous. Deux actions renvoyées avec dépens. »
A celte nouvelle, la foule des victimes laisse échapper un cri d'allégresse, et s'élance dehors, abandonnant le petit bureau retombé toul-à-coup dans son ombre et sa moisissure premières.
Le même jour, la petite reine, c'est à-dire «la société de protection envers les animaux de Québec » tomba dans une maladie de langueur qui ne lui a pas permis de quitter sa chambre depuis.
On espère que cet état empirera, ou tout au moins ne s'améliorera pas, car le dernier des règlements qu'elle voulait mettre en force était dirigé contre ceux qui appâtent les poissons avec des vers vivants.
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Toute la pêche croulait.
11 y a un statut pour protéger les animaux domestiques contre les cruautés des hommes.
Nous sommes avec le législateur qui a fait une œuvre non- seulement utile, mais nécessaire.
Mais nous ne sommes pas avec les gens qui se mettent ensemble pour torturer le sens de cette loi et tourmenter leurs semblables; qui, sous prétexte de proléger le cheval, plongent l'homme dans la misère, après s'être engraissés de ses dépouilles ; qui enfin, à la première défaite, où la Cour les condamne avec dépens, s'éclipsent de la scène et soufflent sur leur beau feu.
Moins ces paliiotismes-là sont communs, mieux les choses vont.
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Nous aimons l'homme qui met l'épaule au timon et pousse sérieusement; mais foin de la petite mouche qui harcelle et qui pique, mêlant son petit bourdonnement à la voix de ceux qui travaillent, pour avoir l'occasion de faire du frou frou ou de gober une miette.