LA TABLE D HOTE
On trouve dans la plupart des tables d'hôte et des restaurations une » nourriture saine et abondante », mais peu variée.
Entre les services extrêmes, qui sont l'imprescriptible soupe au fromage et l'inamovible gruyère, les plats ne changent guère.
Je ne parle pas de la truite, dont la seule vue exaspérait si fort le capitaine Bitterlin. La truite — mets national suisse, n'est
qu'un mythe, une boutade d'Edmond About.
On ne la sert guère que sur les bords du lac de Genève.
Ce sont à peu près partout les mêmes plats de viande, accommodés de la même manière, avec ou sans pommes déterre autour.
Partout même disette de légumes frais et de fruits.
Le vin n'est un peu abordable que dans les cantons à langue française. À Neuchàtel, par exemple, on vous offre un clairet du crû, avec lequel les Neuchâtelois se fabriquent. . . du Champagne, s. v. p. !
Au vin qui manque, on supplée par la bière, qui est excellente.
Excellent aussi, pour ne pas l'oublier, le premier déjeuner, toujours le même : Lait et café, sucre ou miel (exquis), beurre ou confiture, pains au lait. Le tout à discrétion. Prix : 1 fr. à 1 fr. 25.
En résumé, le menu est, en Suisse, assez uniforme. Ce qui ne l'est pas, ce sont les prix. Plus on s'enfonce dans les stériles régions alpestres, plus ils s'élèvent. On trouve à bien meilleur compte le vivre et le
couvert à Râle, à Neuchâtel, à Genève surtout. Il semble que le voisinage de la frontière française adoucisse à la fois les mœurs et les prix.
Ainsi trouverez-vous à Genève, par exemple, (en retenant, si possible, votre chambre à l'avance), une excellente pension de famille, chez M" ,c Fleischmann, rue de la Plaine, moyennant une dépense quotidienne de il à 7 francs.
Par contre, vous aurez quelquefois à passer sous les fourches caudines de certains hôtels monopoleurs.
G'esl ainsi que l'Hôtel du FUghi-Kul m exploite le spectacle du lever du soleil — qui fait presque toujours relâche, — comme l'hùtel du Giessbach exploite l'illumination des cascades du même nom.