CONTRASTE
Un autre prodige, d'un genre opposé, m'attendait le lendemain.
Après l'image de la nature morte, de l'immobilité silencieuse et glacée, j'allaisvoir la nature en travail, en proie à un accès de fureur convulsive, sans trêve et sans fin.
J'allais voir le grand Rhin se précipiter d'un seul bond dans l'abîme, avec des rugissements d'une continuité assourdissante, avec d'énormes rebondissements contre les arêtes aiguës des rochers. J'allais admirer les formes protéiques de ses flots d'écume, de neige liquide et d'argent fondu; ses tourbillons de poussière liquide, qui s'évaporent en nuages et couronnentla Chute d'un nimbe irisé.
Mais, sans anticiper davantage, je reprends mon récit.
Ayant pris le premier train du matin pour Schaffhouse, j'y viens retrouver mon compagnon de route. Près de Dachsen, j'aperçois rapidement la chute du Rhin, en passant sur le pont qui la domine à gauche.