‹ Échos de SuisseChapitre 25 sur 59 · SU · texte numérisé non relu

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de Bourgogne, ni des ducs de Zsehringen, chargés par les empereurs d'Allemagne du gouvernement de la Haute-Allemagne, dont faisait partie la Suisse actuelle.

Je note seulement ce qui intéresse la contrée que nous parcourons.

Tandis qu'à l'ouest les évèques de Lausanne, de Genève et de Sion refusaient de reconnaître l'autorité des ducs deZîehringen, Uri, Schwyz, Underœald — trois petits pays égaux aux plus glorieux ! — désignés sous le nom de WaldstœUen (pays forestiers), se liguèrent en 1114 avec la ville de Lucerne, pour secouer le joug allemand.

L'empereur Henri V avait donné au célèbre couvent d'Einsiedeln les Alpes environnantes, habitées par des paysans libres, dont il ignorait même l'existence. De là, fréquentes rencontres et luttes homériques, . pour la jouissance des pâturages, entre les bergers du monastère et les hommes de Schwyz. Une forte amende fut imposée à ces derniers ; et ce fut pour s'y soustraire qu'ils suscitèrent la première Ligue avec leurs voisins.

Tel fut le germe de l'alliance perpétuelle des « Quatre-Cantons ». Elle ne fut. scellée qu'au siècle suivant, le 1 er août 1291, par le Serment du Grùtli.

LE GRUTLT.

Ainsi s'appelle la petite prairie escarpéX 1 , coin sacré du sol helvétique, où, sous la conduite de Guillaume Tell, de Walther Fiirst et d'Arnold de Melchthal, se réunirent, il y a six siècles (le 1 er août 1291), les 3:) conjurés des vallées d'Uri, Schwyz et Underwald. Déterminés à arracher leur pays à la tyrannie d'Albert de Habsbourg, c'est là qu'il jurèrent que « leur alliance durerait « autant que leurs montagnes ».

C'est là que, le 28 août 1891, des bateaux nous amenèrent de Brûnnen.au milieu d'un cortège d'étudiants portant le costume traditionnel : écharpes et casaques éclatantes, inanches à larges revers, grandes bottes, casquettes minuscules.

C'est là qu'il nous fut donné d'assister à la cérémonie comme raorative du sixième centenaire C'est là qu'au milieu des bannières frémissantes des 22 cantons, après une distribution générale de prix de gymnastique, j'entendis d'abord un long discours allemand, souvent interrompu parles hurrabs de l'assistance, puis un discours français, très chaud, très vibrant, animé d'un grand souffle patriotique. L'orateur était, m'a-t-on affirmé, un curé de Fribourg.

Dans ce cas, et s'il est permis par l'un de juger les autres, les membres du clergé suisse diffèrent singulièrement de leurs confrères français. Ce prêtre Fribourgeois était, en vérité, un éloquent tribun républicain, un apôtre de la démocratie, prêchant d'abondance la haine des tyrans. Il n'avait pas attendu la récente Encyclique du pape pour jeter aux orties le droit divin et proclamer la légitimité du gouvernement populaire.

C'est au Grùtli enfin, sur cette plate-forme verdoyante, cachée dans les sapins à 200 mètres au-dessus du lac de Waldsttetten, encastrée pour ainsi dire dans la muraille

du Seelisberg, que j'ai compris combien les Suisses sont hommes à tenir le serment de leurs aïeux.

Le Seelisberg est toujours debout. Toujours reste inébranlable l'alliance qu'ils viennent solennellement renouveler à son abri. La foi jurée vit dans leurs cœurs, immuable comme leurs rochers, dont les puissants échos répercutent, multiplient et propagent vers les confins de la patrie les détonations du canon de Schwyz.

Je ne sais par quelle association des contrastes ces salves retentissantes me rappellent inopinément le canon de la tour Eiffel, célébrant le centenaire de la Révolution française. Cela me fait le bizarre effet d'un roulement de tonnerre qui réveillerait à mon oreille l'écho lointain d'un pétard.

Simple effet d'acoustique, bien entendu, et pétard n'ôtant rien ici au merveilleux prestige de notre grande Exposition.

La cérémonie terminée, la foule s'écoule et dévale le long des sentiers ombreux qui descendent au bord du lac.

La flottille de bateaux qui doit nous re-

conduire à Brùnnen est envahie. C'est un joyeux brouhaha, dominé par l'éclat des fanfares ; c'est un vivant fouillis de costumes brillants, de fleurs et de bannières, qui s'agite et miroite sur tous ces bateaux. La forte houle qui les berce rappelle que le lac d'Uri est aussi le lac des tempêtes.

Les vagues déferlent avec furie (comme au jour où Tell délivra sa patrie), au moment où nous passons devant le rocher du Mythenstein. On y lit en lettres dorées colossales cette inscription :

« Au chantre de Tell, Frédéric Schiller, « les cantons primitifs ».

Nous assistons, après le débarquement, à une scène piquante.

Un homme, tout de noir vêtu, le curé de Fribourg déjà nommé, est en un instant entouré, assailli par la foule bariolée des étudiants. Ils l'entraînent fraternellement, — sans résistance du reste — dans un chariot enrubanné, vers le banquet qui doit joyeusement terminer la fête, à Schwyz.

Schwyz ! qu'on aperçoit là-bas, au pied des gigantesques Mijthen.

Schwyz ! d'où est née la Suisse et à qui elle doit son nom.

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