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LE LAC DE BRIENZ

Voulant assister le soir à l'illumination des cascades du Giessbach, je prends le chemin de fer de Meiringen à Brienz, puis, sans désemparer, le bateau qui m'amène au pied des hauteurs du Giessbach.

Du lac de Brienz je n'aurais rien à dire s'il ne m'était apparu, vers quatre h cinq heures du soir, couvert dans toute son étendue d'une lumière presque aussi aveuglante que celle du soleil lui-même.

Il est d'observation générale en Suisse que la succession des heures et l'incidence des rayons solaires sont les principaux éléments de cette incessante variété de teintes et de reliefs qu'on y découvre à chaque pas.

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Du matin au soir, d'une heure à l'autre, rien ne s'y ressemble, la couleur et l'éclat des lacs moins que tout le reste.

LE GIESSBAGH.

On peut monter à la Plate-forme du Giessbach en cinq minutes, par un petit chemin de fer sans locomotive, dont la ficelle actionne un wagon unique, à la façon des ascenseurs. On juge mieux, il est vrai, de la puissance de la chute en gravissant un sentier voisin, qui vous conduit au même but.

Mais je préfère ménager mes jambes pour faire, avant la nuit, l'ascension des sept cascades — 330 mètres au-dessus du lac de Brienz t

J'avais, au préalable, arrêté ma chambre, non pas au grand Hôtel de Giessbach (chat échaudé. . .), mais à l'Hôtel de Bellemie, situé un peu plus haut, et où je me trouvai fort bien.

Quand vous aurez contemplé de la Plate-

forme l'ensemble des cascades, je vous recommande d'en faire l'ascension, un peu fatigante sans doute, mais des plus remarquables.

Montez tout au moins jusqu'au second pont, d'où l'on a une vue superbe, tant sur celles qui grondent à vos pieds que sur celles qui s'affalent au-dessus de votre tête. Ce pont s'enfonce sous un rocher, du haut duquel la rivière s'écroule d'une seule masse.

La traversée du pont semble effrayante, mais une fois qu'on a franchi la poussière d'eau qui voltige à ses extrémités et masque son entrée comme une portière de mousseline blanche, quand on a une fois mis le pied dans cette caverne bourdonnante, sur les ais qui trépident, et qu'on se trouve tout à coup séparé du reste du monde par ce torrent déchaîné, au premier mouvement de terreur succède bientôt je ne sais quel sentiment de sécurité, mêlé de ravissement.

A défaut de la grande scène de tout-àl'heure, on a sous les yeux un féerique rideau de brocart d'argent, dont la chute continue, furibonde, vous hypnotise.

Plus haut, un sentier très accidenté conduit de cascades en cascades, par une pente de plus en plus ardue, jusqu'au sommet. Mon Guide m'avait alléché par la promesse de trouver là « le plus majestueux des panoramas. » C'est la première fois qu'il m'induit en erreur, mais la déception est complète.

Le panorama, intercepté par les hauteurs voisines, est plutôt virtuel ; il se réduit à quelques mamelons gazonnés, couronnés d'un chalet, où l'on trouve — non sans parlementer de — l'eau fraîche pour toute consommation.

Si vous m'en croyez, n'allez pas jusqu'au « plus majestueux des panoramas. » Contentez-vous des très heaux dioramas qui s'échelonnent jusqu'aux deux tiers environ du chemin.

Ces deux cents mètres de hauteur verticale, à gravir et à descendre (avec l'aide d'un alpenstockbien entendu), sont très suffisants pour vous permettre de faire largement honneur au dîner qui précède l'illumination des cascades.

A neuf heures, la cloche de l'hôtel du Giessbach réunit tous les voyageurs sur la Plateforme (entrée 1 franc), en face de la grande cascade.

Au signal donné par un coup de canon, les sept cascades superposées brillent subitement dans la nuit comme des torrents de flamme liquide, revêtant les diverses couleurs des feux de Bengale.

On revoitdu môme coup l'embrasement de la tour Eiffel et l'illumination des fontaines lumineuses. Et dans quel cadre ! au milieu des reflets d'un immense nid de verdure.

Rien ne peut rendre surtout la magnificence de la grande cascade. C'est une mer d'or, autour de laquelle retombent, à travers les sapins, des nuées de diamant.

INTERLA.KEN.

Le lendemain je traverse le lac de Brienz, me rendant à Bonigen, puis, par le chemin de fer, à IntejHahen.

Traversée par l'Aar — qui sort du lac de Brienz pour se jeter dans celui de Thun — Interlaken n'est pour ainsi dire qu'une longue avenue de riches hôtels aux jardins tleuris, hordéede noyers séculiers.

Dans l'embarras du choix, je m'arrête à l'un des hôtels les plus rapprochés de la gare.

Je ne voulais d'abord que toucher barre à Interlaken. Mais l'herbe tendre, le large horizon, sur lequel se détache la masse blanche de la Jungfrau, l'attrait piquant de cette colonie cosmopolite, le besoin enfin d'un jour de farniente après mes précédentes expéditions me décident à ajourner d'autant celles de Grindelwuld et Lauterbrunnen.

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