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VITE D ENSEMBLE

De retour à Lausanne, je prends le lendemain le chemin de fer pour Genève, où je descends rue de la Plaine, à la pension Fleischmann. J'ai déjà mentionné, en parlant de « la vie en Suisse », cet hôtel comme l'un de ceux où l'on est le mieux traité et à meilleur compte. Au surplus, les hôtels fastueux, sans exagération des prix, manquent à Genève moins que partout ailleurs, notamment sur les bords du lac et sur le quai du Mont blanc.

On peut dire que Genève est la perle et la véritable capitale de la Suisse, par sa population de plus de 100,000 habitants, la magnificence de ses constructions, de ses ponts, de ses quais, son commerce d'horlogerie et de bijouterie, sa situation entre le

lac Léman et le confluent dn Rhône et de 1-A.rve.

Ville de liberté, française par la langue, parisienne par le luxe, les usages et les mœurs, Genève a sur Paris l'avantage d'avoir partout des voies spacieuses, du grand jour et du grand air. Un réseau de tramways à chevaux et à vapeur active la circulation dans tous les sens. Son Kursaal entouré de jardins, ses cafés élégants comme ceux de nos boulevards, ses riches magasins forment bordure sur les quais du Rhône.

Aussi le fleuve apparaît-il, chaque soir, comme éclairé à giorno. A cet éclairage s'ajoute, le dimanche, l'illumination coloriée d'un immense jet d'eau.

Ce jour-là, dès le matin, sa gerbe glorieuse, jaillissant du milieu de la jetée du Port, plane au-dessus de la ville. Découvert de toutes parts, il paraît beaucoup plus élevé que le grand jet d'eau de Saint-Cloud.

Les machines des forces motrices du Rhône, qui l'actionnent — machines qu'il faut visiter sur la route du bois de la Bâtie — sont elles-mêmes un chef-d'œuvre de

mécanique plus prodigieux que les grandes roues hydrauliques de la Machine de Marlij.

Si l'on veut commencer la visite de Genève par un coup d'œil d'ensemble, il faut se rendre au Pont du Mont-Blanc.

Jeté à l'extrémité du lac Léman, sur l'évasement en forme d'entonnoir où s'engouffrent les eaux de tous ses affluents, ce pont monumental est en même temps un excellent observatoire.

D'un côté, le grand lac bleu, les bateaux de ses pontons, les somptueux hôtels de ses quais, avec le Kursaal et le monument de Brunswich ; au fond du tableau, à droite, les cimes neigeuses du Mont-Blanc, « le géant de l'Europe. »

De l'autre côté, le Rhône aux lueurs d'émeraude, qui traverse la ville, rapide et superbe, pour recevoir, à sa sortie, l'affluent de l'Arve.

L'aspect de l'ancienne ville féodale et de ses monuments, que domine la cathédrale Saint-Pierre, tranche curieusement sur celui de la ville moderne et les fastueux alentours du jardin Anglais.

En détail et de près, le contraste est plus frappant encore.

Près des merveilles de l'art moderne, avec son luxe, son confort, ses encadrements de verdure et de fleurs, on trouve des rues de pierres noircies par les siècles, une architecture imposante et hardie, enchevêtrée, composite, italienne ou gothique, tout en dehors, hérissée de reliefs, d'angles et de pointes, avec des enseignes pendantes et des gargouilles qui dessinent dans le ciel des ligures fantastiques. Ce ton d'archaïsme, plus ou moins varié — dont Berne est restée le type le plus pur — est, à vrai dire, le caractère commun à la plupart des villes de Suisse. A Genève il tend à s'effacer devant l'envahissement de l'utilitarisme, à se noyer dans l'expansion des constructions, des édifices modernes. La ville, transformée, comme Paris, en capitale cosmopolite, y gagnera ; l'art historique et pittoresque y perdra davantage. Ici, la complexité, la multiplicité des styles n'est que l'image des péripéties de l'histoire de Genève.

D'origine gauloise, elle fut pendant les

cinq premiers siècles de l'ère chrétienne soumise à la domination des Romains, pour passer ensuite sous celle des Bourguignons.

Longtemps en proie aux luttes intestines auxquelles se livraient ses évêques, chefs de la cité, et les seigneurs du pays genevois, elle conquit sa liberté au seizième siècle, en embrassant la Réforme protestante.

Incorporée àlaFrance de 1798àl814, c'est à cette dernière date qu'elle est entrée dans la Confédération Suisse. Mais ce n'est qu'à partir de 1847, après l'adoption de sa Charte démocratique actuelle, qu'elle a mis fin à ses guerres civiles et levé, par la suppression de ses fortifications, l'obstacle qui s'opposait au grand et rapide développement qu'elle a pris depuis.

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