LE GRAND SALÈVE
Me trouvant à Genève un dimanche, je suivis le monde genevois à sa promenade favorite : le bois de la Bâtie.
Bien que cette « éminence boisée » n'ait qu'un rapport éloigné avec notre Bois de Boulogne, elle est tout au moins d'une grande fraîcheur. Des allées qui l'entourent etde sa terrasse on jouitd'un beau coup d'œil sur le confluent du Bhône et de l'Arve, ainsi que sur le groupe du Mont-Blanc. On en distingue nettement les trois pics, dont le principal s'élève à 4,800 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Mais c'est du Grand Saïève; et surtout des Voirons., que le panorama s'élargit.
Devant me borner à entreprendre l'ascension des Salèves, je prends, au Cours de Rive, le tramway à vapeur qui conduit à Veyrier.
La campagne qui se déroule à droite et à gauche rappelle celle que traverse la ligne de Paris à Saint-Germain, parsemée, comme elle, de jardins et d'élégants cottages.
De Veyrier, je gagne le pied de la montagne, puis le village de Monnetier, en laissant à gauche, sur un roc à pic, le chàleau du même nom. Ces hauteurs paraissent inaccessibles et sur le sentier aride par le-
quel je les escalade le soleil darde aplomb.
Les 110 marches qu'on y rencontre à l'endroit le plus rapide lui ont fait donner le nom du sentier du Pas de l'échelle.
Le chemin est encore long, mais moins pénible, de Monnetier au sommet du Grand Salève.
On trouve là une des vues les plus grandioses. Gomme du Righi-Kulm, on a devant soi une forêt de montagnes, une mer tourmentée de sommets neigeux.
Ce sont les anneaux de la chaîne des Alpes, dominée par la formidable masse du Mont-Blanc, qui se déploient à l'est, audessus de la vallée de l'Arve.
A l'ouest, la majestueuse vallée du Rhône.
Au nord, Genève et sa petite méditerranée.
Au sud, le paysage mouvementé qui s'étend jusqu'à Annecy et dans les teintes duquel s'épuisent toutes les nuances du vert.
Il me restait à faire autour de Genève une promenade et une excursion, auxquelles je ne renonce pas, si Dieu me prête vie.
La promenade est celle du Musée de
l'Ariana, avec retour, soit par Ferriey, soit par Chambe.su.
L'excursion est celle de Chamonix. C'est à vrai dire un autre voyage ; mais il n'exige plus guère que deux ou trois jours, depuis qu'une agence spéciale a organisé un service de voitures, combiné avec les heures des trains.
Il permet, non seulement l'exploration de la Haute-Savoie jusqu'à Chamonix, mais aussi la traversée de la mer de glace et, à la rigueur, l'ascension du Mont-Blanc. Cette ascension, il est vrai, n'est pas permise à tout le inonde. Elle ne l'était autrefois qu'aux aventureux. Elle l'est aujourd'hui aux simples intrépides, grâce à la bonne organisation des caravanes.