‹ Échos des luttes contemporainesChapitre 3 sur 6 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

organe si éloquent et si affectueux dans mon ami M. Ligy. Mais qu'ils me permettent de remercier avant tout mes collègues de l'arrondissement d'Alost, en particulier M. De Sadeleer, pour le toast si cordial, trop élogieux, qu'il vient de me porter, et aussi mes chers Alostois : si je pouvais leur ouvrir mon cœur, ils y verraient les sentiments de vive gratitude qui l'animent vis-à-vis d'eux.

» Nos liens, formés dans les victoires, se sont resserrés dans l'adversité. Ils ont reçu ainsi une double consécration ; je ne les briserai pas, à moins que tel ne soit votre bon plaisir. (Cris de : Jamais!)

» MM. de Sadeleer et Ligy ont bien voulu parler avec bienveillance de ma carrière parlementaire. Qu'il me soit permis de dire qu'elle a été dominée par trois amours.

D'abord, j'ai aimé, j'aime cet arrondissement : j'en ai servi les intérêts généraux et les intérêts individuels. Je lui ai toujours été fidèle. Cependant depuis cinq ans, une sorte de bourrasque s'y est élevée contre moi.

» Il n'y a pas de fable malveillante qu'on n'ait colportée à mon préjudice ; il n'est pas d'injure, pas d'outrage, pas de calomnie que l'on n'ait répandus sur mon compte. Et, pour tâcher de me perdre, on a exploité les sentiments religieux et les sentiments de famille des bonnes populations alostoises.

» J'en cite deux exemples. On a dit et répété partout que j'étais d'origine juive. (Exclamations.) Eh ! Messieurs, si même cela était vrai, est-ce que les Apôtres n'avaient pas cette origine-là ? Mais

PREFACE Vii

c'est une invention pure ; on le savait : on ne s'est pas arrêté devant un mensonge.

» Ensuite, mes adversaires ont exploité mon attachement à l'œuvre du Congo.

» Ah ! Messieurs, je déteste, j'ai toujours détesté la lâcheté en politique comme en toutes choses.

» Oui, j'ai applaudi, j'applaudis encore à la lutte sur le continent noir de la civilisation chrétienne contre le fétichisme, l'anthropophagie et l'esclavage.

» Oui, j'envoie à l'entreprise du Roi l'hommage de ma respectueuse admiration.

» On n'a pas osé m'attaquer directement sur ce terrain, on a eu recours à un expédient. On est allé dire partout aux mères de famille, que je voulais leur arracher leurs fils et les envoyer comme soldats forcés dans ce qu'on a appelé le cimetière du Congo.

» On savait cependant que la Constitution l'interdisait ; on n'en a pas moins répété cette calomnie à satiété.

» Mais vous. Messieurs, vous n'avez jamais trempé dans ces coupables manœuvres ; vous vous êtes serrés autour de moi ! Vous n'êtes pas de ces prudents et de ces habiles qui abandonnent les persécutés ! * Vous avez fait mentir le proverbe d'après lequel l'ingratitude est le lot des hommes politiques ! Merci à vous ! Merci à tous ceux qui sont présents! Merci à ceux qui; absents de corps, sont cependant présents d'esprit !

» En second lieu, j'ai aimé profondément les institutions représentatives.

Vlll PREFACE

» J'ai donné ma foi politique au gouvernement parlementaire et aux libertés publiques.

» J'ai défendu l'autonomie communale contre la centralisation gouvernementale.

» J'ai soutenu l'enseignement libre, l'enseignement chrétien à tous les points de vue, sous tous ses aspects.

» En 1884, j'ai rétabli la paix dans toutes les paroisses ; j'ai toujours, du reste, préconisé l'alliance des deux autorités en vue du bien commun.

» Je me suis aussi préoccupé sans relâche des intérêts de toutes les classes, et en particulier de ceux des déshérités de ce monde.

» Mais voici qu'après m'étre livré pendant si longtemps à ces nobles pugilats, un douté étreint mon âme : je me demande si le gouvernement parlementaire est compatible avec le suffrage universel. L''avenir répondra ; je souhaite que la réponse soit favorable.

» En troisième lieu, j'ai aimé, j'aime de toutes les forces de mon être la cause catholique.

x> Il n'est pas. Messieurs, de plus grande cause qui puisse solliciter l'adhésion de Thomme.

» C'est la cause des martyrs qui ont versé leur sang pour l'émancipation de l'âme humaine,et pour faire prévaloir cette grande parole : Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu, et à César ce qui appartient à César !

» C'est la cause des saints qui ont opposé un idéal de vie à toutes les corruptions et à toutes les barbaries.

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