‹ Echos des Psaumes dans le TalmudChapitre 2 sur 47 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le Talmud, dans sa partie législative (*), comme dans sa partie purement légendaire (?), aime a s’appuyer sur des citations empruntées a I’ Ecriture-Sainte, afin de mieux asscoir son autorité morale et religieuse; mais le fil qui relie ensemble texte et versets, est parfois d’une ténuité telle, qu'on a de la peine a apercevoir nettement le rapport existant entre eux.

Ce sont, en effet, bien souvent, de simples consonnances, ou meme des jeux de mots, difficiles, sinon tmpossibles a rendre dans une langue moderne, qui font les frais de quelques passages de la Bible, ou lui servent de prétexte, mais c’est rarement affaire d’exégése, dans le sens rigoureux du mot.

En relevant, dans ce travail, les Psaumes, disséminés par fragments, dans l’immense compilation qu'on nomme le Talmud, nous donnons, indirectement, un apercu général de la mentalité du « Peuple de Dieu »), en ce tournant de I’ Histoire gui a enregistré un événement gros de conséquences pour ses destinées futures; nous voulons dire : la destruction du Temple de Jérusalem !

Les Docteur de la Loi s’ingéniérent, par tous les movens imaginables, a apporter un baume a la grande douleur d'Is-

(*) Halakha.

(2) Agadda.

14 ~ Ecros pEs Psaumes

raéel, car ce n'est pas moins que son patrimoine qu'il s agissait de sauvegarder contre les aticintes de l’ennemi, qui révait de substituer a l’antique religion du Sinai, la civilisation grécoromaine avec toutes ses séductions; ei c'est avec un optimisme de bon aloi, une sorte de philosophie sourianie, qu’ils abordaient les sujets les plus divers, convaincus qu ils étaient, de trouver dans la « Parole de Dieu », !’ explication rationnelle des souffrances du moment.

Dans ce mystérieux coin de l’Orient, il y eut, en ces jours lointains, une magnifique floraison de penseurs, dont les investigations, sur les matiéres les plus variées, n'ont pas encore perdu ‘toute leur fraicheur et toute leur originalité. Nul na parlé, mieux quils ne l’ont fait, de la piété filiale (), de la constitution de la famille (7), du respect de l’autorité (3), du divorce (*), de la résignation (5), de la puissance des larmes (°), et, en général, de tout ce qui peut intéresser les peuples et les. individus. Ft, malgré certaines pages d’une allure bizarre, on peut affirmer que rien de ce qui est humain ne leur demeure étranger.

Et, en lisant les recommandations si nombreuses, faites par les auteurs du Talmud, concernant I’ obligation de se Ityrer a l'étude de la Loi, ii nous vient a l’esprit V'histoire de

(7), Ps. 137.

R. Yokhanam, fils de Saccai (*), qui, vers la fin du siége de Jérusalem, se fit transporter, dans un cercueil, au camp de Vespasien, pour plaider la cause de la Cité Sainte. Comme “le général romain était inflexible sur’ce point, ben Saccai lui demanda une faveur, minime aux yeux bornés du conquérant, et qui fut accordée sans peine : celle de fonder une école dans la ville de Jabné.

C’est cette humble école de Jabné qui a sauvé le Judaisme et lui a permis de répéter, avec le Psalmiste, dans le cours des siécles :

: Je ne mourrai pas, mais je vivrai !

Pour faire connaitre, en toute impartialité, l’esprit du Talmul, il serait a désirer qu’on y relevdat les citations de toutes les parties de la Bible, y figurant, comme nous l’avons fait, dans cet Essai, pour les Psaumes de David.

Nice, 1926. H. M.

(*) R. Yokhanan b. Saccai.

Docteur dela Loi, né vers l’an 50, avant l’ére vulgaire, fut un des disciples les plus illustres de Hillel. Réputé pour sa science et pour sa piété, il exerca une grande influence sur ses contemporains.

Pour donner une idée de son caractére, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de citer les derniéres recommandations adressées par ce rabbi a ses disciples. Ceux-ci, entourant le lit ot il agonisait, lun dirent: « Maitre bien-aimé, colonne puissante d'Israél, fais-nous « entendre ta voix et donne-nous quelques conseils avant de nous « quitter ». Et le moribond, élevant les mains, leur dit : « Puissiez- « vous toujours craindre Dieu, autant que les hommes ! » « Comment, s’écriérent-ils, autant seulement, et pas plus ? « Pas plus, arti- « cula le Maitre, et plat au Ciel que vous vous souveniez toujours « de cette derniére lecon ! »

R. Yokhanan b. Saccai mourut a un Age trés avancée, a 120 ans, d’aprés certains chroniqueurs.

I, | DPW MEPS OTR? TW WRT TON

Heureux l'homme aqui ne se conduit pas selon les maximes des impies|

et sur le chemin des pécheurs ne stationne pas

et, ow sasseoient les railleurs n'est pas assis...

de R. Simon, fils de Pazi :

Heureux |’homme qui n’est pas allé aux théatres et aux cirques des Cuthéens, qui n’a pas assisté 4 leurs spectacles de chasse, et qui, ne se contentant pas de l’observance des préceptes purement négatifs, n'a pas tenu le raisonnement suivant: « M’étant abstenu de fréquenter théatres et cir-

(1) Les Psaumes se composent de 5 livres, correspondant au Pentateuque ou 5 livres de Moise.

Voici leur division :

du Ps. I: « Heureux homme qui... » au Ps. 42;

du Ps. 42 : « Comme la biche... » au Ps. 73;

du Ps. 73: « Oui, il est bon, Dieu... » au Ps. 90;

du Ps. 90: « Priére de Moise... » au Ps. 107;

du Ps. 107: « Rendez hommage... » jusqu’a Ps. 150.

1S: - EcHos pes PsAUMES

ques ainsi que spectacles de chasse des Cuthéens, ma cons- cience est en repos )). En effet, il est dit :

mais dans la loi de I’Eternel se complait et sur sa loi revient, le jour durant, et la nuit !

(Kiddouschin 33a).

et Bw Nuys Sm NWN WRT “TWN Heureux homme qui...

de R. Samuel, fils de Nakhméni :

Tous les psaumes préférés de David commencent par le mot: « Heureux », et finissent (*) par le mot: « Heureux »). Exemple :

Heueae Chotante gute. (hy AD

Heureux tous ceux qui chercheni un abri en lui. (II, 12)

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(*) Il résulte de ce texte du Talmud, dit « Raschi », que nos - Psaumes I et II n’en formaient qu’un, autrefois.

~ Rascut (Rabbi Schelomo Yitzhaki), né & Troyes, en Champagne, en l’an 1039, fut un des plus grands savants de son époque. Il a commenté la Bible et le Talmud, et ceux qui se livrent aux études religieuses, consultent encore ses Notes, sans lesquelles, plus d’un passage du Talmud serait absolument incompréhensible.

Ecuos DES PsAUMES 19

pvt) mya 427 8? AWE WRT WS

de R. ’Hanina, fils de Téradyon :

Deux hommes qui se trouvent réunis et ne s entretiennent pas de choses de la Loi, offrent le spectacle de la réunion d’impies, dont il est dit : (1)

Heureux ’ homme qui ne se conduit pas selon les maximes des impies. |

Aboth. Ch. II.

BOT nyps GOT RN? WE DRT OR de R. Samuel, fils de Nakhméni :

« Heureux l'homme qui... »

Ce verset désigne le Patriarche Abraham qui n’a pas suivi les maximes des gens de |’époque dite « de la confusion des langues )), gens vraiment impies, ainsi qu'il est dit : « Allons, batissons-nous une ville dont le sommet atteigne le ciel; faisons-nous un établissement durable, pour ne pas nous disperser sur toute la face de la terre (Genése, XI, 4) »;

et dans le chemin des pécheurs ne stationne pas, ce verset désigne Abraham qui n’a pas frayé avec les habitants de Sodome, ces pécheurs endurcis, comme il est dit : « or, les habitants de Sodome étaient pervers et pécheurs devant

l’Eternel, & un haut degré (Genése, XIII, 13) »;

ef ou s asseoient les railleurs ne s'est pas assis, ceci désigne encore le Patriarche qui n’a pas lié amitié avec les Philistins, gens de plaisir, ainsi qu'il est dit : « Comme ils étaient de belle humeur, ils dirent : faites-nous venir Samson pour qu'il nous divertisse (Juges, XVI, 25) ».

(Sanhédrin, 11°).

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Mais dans la loi de I’ Eternel se complait

de R. Tankhoum, fils de "Hamilai :

L’homme doit diviser son temps en 3 parts: 1° étude de la Loi'(*) ; 2° étude de la Mischna (’) et 3° étude de la

Guemara (°).

Ce devoir est formellement indiqué dans la Loi, il est répété dans les Prophétes, et encore répété dans les Hagiographes, avec cette remarque: que celui qui s occupe des études sacrées, verra ses affaires prospérer. I] est dit, en

(:). La Loi ou « Mikra » : Lecture.

(2) Mischna : c’est l’étude de la Loi avec les développements fournis par la traditon et l’exégése.

La « Mischna », recueil de décisions doctrinales, entrepris par le Patriarche R. Jehouda (190-210), est divisé en 6 parties ou « Sédarim ».

(3) Guemara ou Talmud. C’est le travail comp!émentaire de la Mischna, qui fut achevé par R. Aschi, chef de l’Académie de Soura (375-427).

effet : « Observez donc les termes de cette alliance et les accomplissez, si vous voulez réussir dans toutes vos ceuvres )).

(Deutéronome, X XIX, 8).

Et puis : « Ce livre de la Loi ne doit pas quitter ta bouche, tu le méditeras jour et nuit, afin d’en observer avec soin tout le contenu, car, c’est alors seulement que tu prospéreras dans tés voies, alors seulement tu seras heureux »).

(Josué I, 8) ; et enfin :

Mais dans la loi de |’Eternel se complait Et sur sa Loi revient, le jour durant, et la nuit.

Et il est comme une arbre planté au bord des canaux d’irtigation] qui de son fruit fait présent en sa saison et dont le feuillage ne se flétrit pas.

Et tout ce qu'il fait, lui réussit.

(Sanhédrin, 11°).

sai?) DRY ney Tha

Et sur sa Loi revient, le jour durant, et la nuit

de Rabba :

Qu’on étudie d’abord la Loi et qu’on la médite ensuite, méme s'il ne nous reste rien de ce que nous avons appris.

(Sanhédrin, 11°).

De EcHOsS DES PSAUMES

du méme :

La Tora s’appelle d’abord la « Loi de |’Eternel »,

mais elle porte ensuite le nom de celui qui |’étudie, ainsi qu'il est dit :

Et sur sa Loi revient, le jour durant, et la nuit.

(Sanhédrin, 11°).

a3 Dp Ete Nw PyD TT Et il est comme un arbre, planté au bord des canaux d irrigation. | de R. Janai :

Le texte ne dit pas planté, mais transplanté; de la nous déduisons que celui qui n’apprend que d’un seul maitre ne se trouve pas dans les conditions voulues pour acquérir la science.

(Sanhédrin, 11°).

4 , bya wry 122 D’ ou vient que s agitent les nations,

et que les peuples grondent en vain ?

Un fils dénaturé dans une maison, est chose plus désas-

EccHos DES PSAUMES 23

treuse que Ja guerre de « Gog et Magog » (*). Pour celle-

ci, en effet, le Psalmiste dit :

D’ot vient que s’agitent les nations, /

sans trop s émouvoir du danger possible; pour celui-la, il donne libre cours 4 sa douleur, ainsi qu’il est dit :

Eternel, combien nombreux sont mes ennemis.

(Aboda Zara, 3°).

(*) « Gog et Magog », qu’on retrouve dans « Yadjoud) et Madjouj » des traditions perso-arabes, personnifient probablement, d’une mantére symbolique, 'e ou les peuples, qui feront subir a Israél une persécution effroyable avant la délivrance défimitive par le Messie. Selon lia plupart de nos théologiens, cette rude épreuve, amplifiée comme dans la légende plus moderne d’Armilus, est destinée a épurer Israél; elle ne doit avoir lieu que dans le cas ot la limite extréme assignée 4 notre exil’ par la Providence serait arrivée, et ol cependant nous ne l’aurions pas encore méritée, par notre pénitence.

« Une erreur populaire qui nous est commune avec les chrétiens et les mahométans, assimile entre eux ces deux noms. I] résulte clairement des textes d’Ezéchiel que Gog désigne le roi et Magog le pays, ou du moins le peuple dont il sera le chef et |’excitateur. Un fait non moins évident, c'est que « |’Antéchrist » des chrétiens et les croyances qui 3) y rapportent sont calqués sur notre doctrine de I’Anti-Messie qui a elle-méme son ongine dans la prophé-

tie d’Ezéchiel, XXXVIII, 8 et suiv. »

(Pentateuque de M. Wogue, le Deutéronome, page 582, note |).

II, 7 pit BRS

Quand viendra le Messie, fils de David, le Saint-béni-

soit-I] lui dira :

Fais m’en la demande et je te donnerai les nations pour patrimoine

ainsi qu'il est écrit (7) :

Je promulgue sous forme de décret ’Eternel m’a dit :

C’est moi qui aujourd’ hui tai engendré;

Mais quand il saura que le Messie, fils de Joseph (*), a été tué, il répondra : « Maitre du monde, je ne demande que la vie. ») :

Alors Dieu répliquera : « Avant que tu ne m’aies parlé, David, ton pére a prophétisé sur ton compte, en ces termes

ME Scpe SN ys)

(*) D’aprés certaines croyances juives, l’avénement du véritable

Messie, fils de David, devait étre précédé par celui du Messie, fils

de Joseph, dont la mission consistait dans la réunion des restes dispersés d’Israél, 4 Jérusalem, pour y fonder un nouvel Etat juif. D’aprés les mémes traditions, ce Messie, fils de Joseph, devait succomber sous les coups des légions romaines, conduites par un certam Armilus, et ce serait une époque de terribles épreuves pour les Juifs. Seulement, aprés des malheurs nombreux, le Messie, fils de David, entrera en scéne et rendra a la Judée son ancienne splendeur.

La vie qu’il a demandée, tu la lui as donnée, de longs jours, sans fin et a jamais.

(Soucca, 52?).

i) PAID TSW)

Rendez-lui ! hommage du baiser thal éviter qu'il sirrite, et que vous périssiez en chemin car elle s enflamme vite, sa colére.

de R. Simon-le-Pieux :

Celui qui refuse d’enseigner une décision doctrinale 4 son disciple (‘), méme ]’enfant dans le sein de la mére le maudit, car il est dit : Accaparer le blé (7), c’est se faire mau-

dire par le peuple (Prov. XI, 26).

(Sanhédrin, 11>).

Ill, |

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Psaume de David, quand i! prit la fuite devant Absalom, son fils.

Est-ce que ce psaume n’aurait pas da étre intitulé : « Complainte de David ? »)

(*) Celui qui étudie la Loi, sans chercher a faire de disciples, ressemble au myrthe du désert dont le parfum ne profite 4 personne. (Sanhédrin, 91, Rosch-Haschana, 234).

(2) « Bar » veut dire trés rarement « a », en hébreu, et plus souvent « blé ».

iS) Ba See.

de bonne humeur. I] en fut de méme pour David, lorsque le

Bow eek EcHos DES PSAUMES

R. Simon, fils d’Abischalom, eeeheue :

La situation décrite dans ce psaume ressemble 4 celle d’un individu qui a un billet a ordre 4 payer. Tant que l’échéance n’est pas arrivée et qu'il n’a pas payé son créancier, il est triste, mais dés que la chose est faite, il redevient

Prophéte lui eut annoncé !e chatiment qui devait le frapper pour sa trés grande faute, en ces termes: « Je ferai surgir le malheur contre toi, dans ta propre maison ») (II, Samuel XII, Il); il fut consterné et se dit: « Pourvu que ce ne soit pas un esclave ou un batard qui, sans pitié, se lévera contre moi ! Mais quand il sut que c’était son propre enfant qui se révoltait contre lui, et que c’était Absalom, il se sentit vraiment soulagé. C’est pour ce motif que ce psaume ne porte pas comme titre : « Complainte de Dayid ».

(Berakhot, 7°).

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