‹ Echos et glanuresChapitre 34 sur 51 · LE 22 JUILLET · texte numérisé non relu

LE 22 JUILLET

Mes Révérends Pères,

Mes chers Frères en Notre-Seigneur

et en saint François,

Au retour de votre pèlerinage annuel au célèbre sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré, en route pour le sanctuaire béni de Notre-Dame du Cap, vous avez voulu faire une visite à ce nouveau sanctuaire dédié à saint Antoine de Padoue, et destiné à TAdoration Perpétuelle du Très Saint Sacrement. Il vous a semblé que votre pieuse excursion serait plus complète si, après avoir imploré les faveurs de sainte Anne, l'illustre aïeule du divin Sauveur, et avant d'aller déposer vos hommages aux pieds de la Vierge du Cap, vous veniez vous prosterner en adoration devant le Dieu, fils de Marie, petit-fils de sainte Anne, à la gloire duquel a été érigé ce sanctuaire eucharistique et franciscain.

Au nom de Monseigneur l'Archevêque de Québec, dont je suis l'humble mandataire, au nom du Père vénéré

que je vois à votre tête et qui est Fange terrestre de cette église comme saint Antoine dont vous avez pu admirer la statue en est l'ange céleste, au nom de la Communauté des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, mes filles spirituelles bien-aimées et vos sœurs en saint François, je vous souhaite la plus cordiale et la plus reconnaissante bienvenue.

Je ne suis nullement surpris que vous vous soyez sentis attirés vers cette église, tout inachevée qu'elle soit encore. Son double titre, son double caractère de sanctuaire eucharistique et franciscain, était fait pour parler à vos cœurs de tertiaires, pour en éveiller les fibres les plus sensibles et les plus sympathiques.

Ce sanctuaire, vous le savez déjà, est avant tout un sanctuaire eucharistique, et son histoire, qui ne date pourtant que d'hier, est déjà merveilleuse. Je n'ai pas le temps de vous la raconter. Qu'il me suffise de vous dire qu'il doit son existence, ses ornements et sa beauté, à un élan de dévotion et d'amour qui se traduit tous les jours par des miracles de charité.

Québec, le vénérable berceau de la foi dans l'Amérique du Nord, l'Eglise de Québec, mère de tant d'autres églises, et l'initiatrice de tant de pieuses entreprises, n'avait pas encore de sanctuaire spécialement consacré à l'Adoration du Très Saint Sacrement. L'heure voulue par la Providence semblait se faire attendre pour cette œuvre, la plus belle pourtant de toutes les œuvres de piété, et dont les fruits, pour n'être pas toujours visibles, n'en sont que plus certains et plus précieux.

Ce n'est pas, certes, que Québec manquât d'âm.es éprises d'amour pour le Dieu de l'Eucharistie et dévouées à ses intérêts les plus chers. Depuis un certain temps déjà un groupe important de dames pieuses, parmi lesquelles j'en sais une dont le nom sera écrit en lettres d'or dans

les fastes de cette église, avait sollicité et obtenu de l'autorité diocésaine la promesse que dans un avenir assez prochain une communauté de femmes étrangère à notre pays serait chargée de l'adoration du Saint Sacrement.

Tout semblait donc être prêt pour cette œuvre de bénédiction par excellence. Il ne manquait plus que les adoratrices officielles, et l'on pouvait croire et espérer qu'elles ne tarderaient pas à venir.

Un jour elles arrivent en effet, ces femmes bénies ; ou plutôt, devrais-je dire, un jour on découvre qu'elles sont déjà arrivées ; mais ce ne sont pas celles qu'on attendait, et on ne les connaît pas, et elles-mêmes, pauvres voyageuses battues par la tempête, sont loin de soupçonner où les conduit une Providence parfois difficile à suivre dans ses voies, mais toujours sage, toujours juste, toujours maternelle.

Ici, mes Frères, se montre bien visiblement l'action de Dieu. Ce sont les fils de saint François, les Pères Récollets,, qui les premiers autrefois apportèrent à Québec le Dieu de l'Eucharistie ; ce sont des filles de saint François qui, contre toute attente et même à leur insu, seront choisies trois siècles plus tard, pour former autour du Dieu de l'Eucharistie une garde d'honneur et d'amour.

Je ne vous raconterai pas en détail l'histoire de leur arrivée ; je ne vous dirai pas les péripéties et les angoisses par lesquelles passèrent ces vaillantes fondatrices, depuis le moment où elles débarquèrent sur nos rives jusqu'à celui où d'étape en étape, conduites par des voies qui semblaient bien étranges et qui pourtant n'étaient autres que les voies de Dieu, elles vinrent définitivement planter leur tente sur ces hauteurs historiques, où Notre-Seigneur lui-même avait résolu de placer son trône. Disons seulement qu'en vraies filles de saint François, les fondatrices de ce monastère supportèrent avec un héroïsme sans égal

les plus dures épreuves, physiques et morales, qui aient jamais marqué les débuts d'une communauté sur une terre étrangère.

" Merveille évidente que cette fondation, m'écrierai-je en empruntant les paroles de votre Révérend Père •Gardien dans la délicieuse allocution qu'il adressa des degrés mêmes de cet autel au pèlerinage des dames du Saint Sacrement de Montréal, il y a quelques semaines à peine, merveille évidente que ne comprennent pas ceux qui ne voient que les faits isolés et ne croient qu'au hasard, mais qu'admirent dans le ravissement ceux qui -croient à la Providence et l'adorent dans l'histoire. "

Le doigt de Dieu est ici. Tout est merveilleux dans cette fondation, tout est conduit par une main invisible, plus forte, plus sûre que la main des hommes. Merveilleux le départ de France des nouvelles fondatrices pour un pays qui devait leur être si sympathique, où cependant les attendait tout d'abord la plus cruelle comme la plus inexplicable des déceptions. Merveilleux leur établissement dans ce quartier, le plus beau de notre ville, auquel dans leur humilité elles étaient loin de songer, et d'où semblaient devoir les exclure leur pauvreté, leur complet dénuement, les préjugés de toutes sortes que tout d'abord on avait conçus contre elles. Merveilleux le choix de ce site fait un peu au hasard, déterminé par des circonstances tout à fait accidentelles, et que de récentes recherches historiques dont les conclusions sont inattaquables, viennent d'identifier comme l'endroit précis où s'est livrée la fameuse bataille des Plaines d'Abraham. Ici même, sur l'emplacement occupé par cette église, fut rangée en ligne de combat la petite armée de Montcalm, et le sol que nous foulons a bu à longs traits le plus pur sang français et catholique. Merveilleux encore le développement extraordinaire de cette communauté qui, dans l'espace de si peu

d'années, sans ressources matérielles, par la seule attraction d'une règle sévère, d'une vie de mortification et de pénitence, s'est accrue de près de cent membres sans compter les sujets qu'elle a envoyés dans presque tous les pays du monde. Merveilleuse la construction de cette église, commencée péniblement avec les aumônes des pauvres, et qui, dans sa simplicité, se révèle tout d'un coup — pourquoi ne le dirais-je pas, puisque tout le monde le proclame ? — l'un des plus beaux temples du pays entier.

Merveilleux, ajouterai-je en finissant, le concours qui se fait déjà vers ce sanctuaire, avant même qu'il soit livré officiellement au culte public, merveilleuses les destinées qu'on lui prédit, et les fêtes qu'on lui prépare et qui seront dignes sans doute de ce centre naissant d'œuvres eucharistiques.

Votre présence ici aujourd'hui, mes Révérends Pères, est de bon augure et semble bien propre à confirmer nos prévisions et à nous faire concevoir les plus douces espérances. Québec, nous pouvons le dire en toute assurance, puisque ce n'est plus un secret, saluera bientôt votre retour permanent dans ses murs. Parmi les œuvres nombreuses qui vous y attendent, l'une des plus importantes sera celle de ce sanctuaire. Les filles de saint François dont la garde m'est si chère, auront encore, par leurs vœux, par leurs prières, par leur fidélité à leur séraphique Père, accompli ce miracle de renouer la chaîne un instant brisée des traditions franciscaines, de préparer le terrain aux Pères du Premier Ordre, de contribuer puissamment à ramener dans la bonne vieille ville de Champlain les frères et les héritiers naturels de ceux qui en furent les premiers apôtres. Puisse ce vœu de nos cœurs être bientôt exaucé !

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