‹ Echos et glanuresChapitre 35 sur 51 · LE 4 OCTOBRE · texte numérisé non relu

LE 4 OCTOBRE

Misericordia et veritas obviaverunt sibi ; Justitia et 'pax osculatœ suni.

La miséricorde et la vérité se sont rencontrées ; la justice et la paix se sont donné un baiser fraternel.

Ps LXXX, 11.

Mes chers amis,

Je ne veux pas commencer cet entretien sans vous exprimer tout le plaisir que j'éprouve à prendre la parole devant une aussi belle assemblée de frères et de sœurs en saint François, en une aussi solennelle occasion que celle de la fête de saint François lui-même, dans cette église dédiée au patriarche d'Assise, et dont la beauté simple et artistique à la fois, proclame si haut le zèle et le dévouement des Tertiaires de Montréal.

Mon plaisir est d'autant plus grand qu'en jetant les yeux sur cet auditoire, j'y reconnais facilement les figures amies que j'ai eu tant de bonheur à rencontrer dans un

autre sanctuaire franciscain qui m'est extrêmement cher, l'église du Très Saint Sacrement à Québec. Aussi vais-je vous parler avec la même apostolique liberté et la même cordiale simplicité que que si j'avais devant moi l'auditoire ordinaire auquel je suis habitué depuis six ans dans l'église de nos Sœurs Franciscaines de la vieille capitale.

J'ai pris pour texte deux paroles du saint roi David dont le sens prophétique se projette mystérieusement sur les meilleures œuvres divines, et qui me paraissent s'adapter d'elles-mêmes à l'idée générale de l'entretien que je vous ai destiné. La miséricorde et la vérité se sont rencontrées ; la justice et la 'paix se sont donné un baiser fraternel.

Tout le monde admet en effet que l'époque où nous vivons est en proie aux plus graves commotions sociales, parce que la justice, la paix, la charité ne régnent plus. A mesure que le monde s'écarte davantage des enseignements de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de son Eglise, nous voyons surgir entre les différentes classes de la société les plus terribles conflits, et le monde semble se partager en deux camps irréductiblement opposés. D'un côté la richesse publique accumulée dans les mains d'un petit nombre d'hommes, le luxe effréné, la soif du plaisir et de la jouissance, l'absence trop fréquente de toute règle de justice et de miséricorde. D'un autre côté, la masse des travailleurs, des déshérités, des pauvres, souvent impatients de leur sort, et enclins à se laisser entraîner aux plus fâcheux excès.

Comment réconcilier ces deux extrêmes ? Comment reconstituer le monde sur les bases que le divin législateur du monde lui a données ? Comment faire de l'humanité entière ce qu'elle doit être dans les desseins de son Créateur et de son Sauveur, une immense et véritable fraternité régie par les principes et les lois sacrées de

l'Évangile ? Comment réaliser cette société idéale où la miséricorde et la vérité se donnent la main et où la justice et la paix s'embrassent comme des sœurs ? — Telle est la question qui se pose devant nous.

Mes Frères, ce sera l'éternel honneur du grand Saint dont nous célébrons aujourd'hui le glorieux anniversaire, d'avoir, par ses enseignements, ses exemples et ses institutions, contribué puissamment à résoudre ce problème redoutable.

François d'Assise vivait au treizième siècle. Mais ce* flambeau radieux, cet astre étincelant, qu'un grand poète et un grand tertiaire, Dante Alighieri, compare au soleil qui luit sur notre monde matériel, après avoir dissipé les" ténèbres de son temps, jette ^sur notre époque de telles*clartés qu'on le croirait allumé d'hier, de la main de Dieu même, pour éclairer la marche de la société actuelle au milieu des difficultés qui l'entourent et des périls qui la menacent.

Aujourd'hui comme alors, le puissant et le faible ont besoin d'être rappelés aux justes notions de leur état respectif. Aujourd'hui comme alors, le riche abuse trop souvent de sa position et de sa force pour pressurer le pauvre, et le pauvre, égaré par de faux docteurs, oublie les règles et les devoirs de la patience chrétienne. A l'un et à l'autre saint François prêcha la justice, la réconciliation, et la paix dans la pratique plus exacte des lois et des préceptes de l'Evangile.

On a dit avec raison que François d'Assise a été comme une nouvelle incarnation du divin Sauveur lui-même. Jamais homme en effet ne s'est plus rapproché, dans ses exemples, sa doctrine, ses œuvres, et jusque dans sa per-

sonne, du modèle par excellence de tous les chrétiens.

Il apparut au monde à une époque où, comme de nos jours, les lois chrétiennes étaient mises en oubli par un très grand nombre. Le temps où il vécut et celui où nous vivons offrent sous ce rapport les traits les plus frappants de ressemblance. A la lumière de l'histoire, le grand Pape qui gouverne actuellement l'Eglise le constate dans Tune des encycliques qu'il a consacrées au Patriarche Séraphique et aux institutions franciscaines.

" Comme au temps où vivait saint François, dit-il, la divine charité est affaiblie de nos jours, et il règne un grand relâchement dans l'accomplissement des devoirs chrétiens. Beaucoup passent leur vie à la recherche avide du bienêtre et du plaisir. Enervés par le luxe, ils dissipent leur bien, convoitent celui d'autrui. Ils exaltent la fraternité, mais ils en parlent beaucoup plus qu'ils ne la pratiquent. L'égoïsme les absorbe, et la vraie charité pour les petits •et les pauvres diminue tous les jours. " Plus loin, le Pape, parlant des démagogues et des faux docteurs, jette ce cri attristé : '^ Ils approuvent, s'écrie-t-il, la violence et la ;sédition dans le peuple ; ils mettent en avant le partage des biens ; ils flattent les convoitises des nécessiteux ; ils 'ébranlent les fondements de l'ordre civil et domestique."

Tel est, dans ses principaux traits, le tableau que trace Léon XIII des maux et des erreurs de notre temps qu'il compare avec le siècle de saint François d'Assise.

Je sais, — et je me hâte de le dire, — que l'état de choses décrit et déploré par le Pape n'existe guère dans notre pays si profondément chrétien. Dieu veuille qu'il ne parvienne jamais à s'y implanter foncièrement. Le danger néanmoins n'est pas chimérique ; et il semble pour nous d'autant plus sérieux que partout dans la vieille Europe, -et tout près de nous au delà des frontières, s'étale au grand jour la réalité des maux signalés par le Chef vigilant de

la société chrétienne. Il importe donc, pendant qu'il en est temps, de nous prémunir et de nous mettre en garde contre ce qui, ailleurs, cause tant rie désastres et amoncelle tant de ruines.

Or, aux dangers de l'heure actuelle il n'y a pas de remède plus sûr et plus efficace ( c'est encore Léon XIII qui le proclame) que les enseignements et les institutions de l'homme suscité de Dieu au moyen âge pour partager avec le grand Patriarche saint Dominique la gloire de retenir le monde chrétien sur le bord de l'abîme, de le sauver en prêchant de nouveau l'Evangile et en ramenant à ses principes toutes les classes de la société.

La part qui revient à saint François dans cette croisade contre les désordres et les injustices de son temps, dans cette révolution pacifique qui changea la face du treizième siècle, est immense. Ce fut comme une nouvelle conversion du monde au christianisme.

Et ce qu'il y a de merveilleux, et de providentiel dans la mission de saint François, c'est que, par une ressemblance singulière avec la mission du Sauveur lui-même, l'influence qu'il exerça sur son époque s'est prolongée d'une manière admirable à travers les siècles. Les institutions qu'il fonda, toutes imprégnées du même esprit de justice, de charité, de fraternité chrétienne, sont encore, seront toujours un boulevard inébranlable de l'ordre domestique et social. Comme l'Evangile dont elles sont le résumé et la mise en pratique, comme l'Eglise à laquelle elles servent de rempart et de défense, ces institutions sont impérissables. On peut les attaquer, les méconnaître, les calomnier, on peut les paralyser pour un temps : on ne parviendra pas à les entamer et à les faire disparaître.

Elles participent au caractère d'indestructibilité et d'intarissable fécondité dont Dieu a marqué son Eglise.

Il y aura bientôt sept siècles que la poussière de saint

François dort au berceau même de la famille franciscaine, dans le silence du tombeau, et l'œuvre du Pauvre d'Assise n'a pas vieilli. Elle est toujours jeune, toujours débordante de vie et de sève. Après avoir essuyé les plus violents orages, non seulement l'arbre séraphique n'a rien perdu de sa verdeur, mais il s'étend et se ramifie de toutes parts et pousse dans toutes les directions les tiges les plus vigoureuses et les rameaux les plus florissants. C'est à peine, mes Frères, si vous pourriez compter les instituts, les communautés, les familles religieuses tant d'hommes que de femmes qui, sous divers noms et sous divers costumes, se rattachent aujourd'hui au vieux tronc franciscain et relèvent de la règle séraphique.

Et, — chose qui ne peut s'expliquer que par un dessein particulier de la Providence, — ces institutions franciscaines qui couvrent la surface du globe, présentent un cachet d'actualité qui frappe les esprits sérieux et bien pensants, non seulement parmi les catholiques, mais même au milieu de nos frères séparés. Saint François, né en plein moyen âge, est encore l'homme de notre temps. Et eût-il vécu de nos jours que son influence ne pourrait être plus féconde. Son éloge est dans toutes les bouches ; pour l'admirer, pour l'aimer, il suffit d'être chrétien, et l'un des plus éloquents panégyriques du grand Saint est tombé de la plume enthousiaste d'un auteur protestant. C'est cet auteur qui a écrit, après tant d'autres, et d'accord en cela avec le Pape lui-même, que si notre siècle malade peut être sauvé, c'est saint François d'Assise qui le sauvera.

Il le sauvera en particulier par le Tiers-Ordre.

Au treizième siècle, le Tiers-Ordre, œuvre de génie.

et création populaire par excellence, exerça une influence décisive sur la société chrétienne. Saint F'rançois, en le fondant, en le mettant à la portée des deux sexes, de toutes les conditions et de tous les âges, voulait sans doute la sanctification individuelle des chrétiens de son temps et des temps à venir. Le monde d'alors, comme le monde d'aujourd'hui, avait besoin de sacrifice et d'expiation ; et le pieux fondateur l'appela en effet VOrdre de la Pénitence. Mais saint François désirait en m.ême temps l'émancipation des masses populaires tenues dans l'oppression par des seigneurs qui vivaient au sein du luxe et de l'opulence, et dont le cœur était de fer comme leur armure ; et il voulait de plus mettre à la disposition de l'Eglise une milice bien organisée, active, dévouée, toujours prête à combattre pour ses droits et ses intérêts sacrés. Aussi l'histoire de ce temps-là nous montre-t-elle les premiers Tertiaires luttant à la fois pour l'affranchissement du peuple contre les seigneurs féodaux et pour la liberté de l'Eglise contre les princes temporels. Et, dans cette double lutte, leur succès fut tel qu'il arracha à l'un des plus fameux oppresseurs cet aveu significatif : '^ L'institution franciscaine est plus redoutable que de nombreuses armées. On ne trouve plus personne qui n'en fasse partie. "

Quel merveilleux spectacle !

Avec sa robe de bure, emblème de la pauvreté, son humilité profonde, sa simplicité charmante, François d'Assise n'a qu'à se montrer pour captiver les cœurs, et attirer à lui d'immenses multitudes. Elevant la voix au milieu des gémissements universels, il prêche le détachement des choses d'ici-bas, la réconciliation sociale sous un même étendard, autour d'un même signe de ralliement et de salut, la croix du Christ Sauveur. Il se constitue hardiment l'avocat des faibles, le défenseur des opprimés, le vengeur de la justice foulée aux pieds par les grands.

Bénie et encouragée par l'Eglise dans la personne de son Chef, la mission de saint François produit partout de tels résultats et accuse une telle efficacité qu'elle rappelle la mission de l'Eglise elle-même aux premiers jours de son existence, alors que les chrétiens ne formaient qu'une famille, et qu'ils s'aimaient et se secouraient comme des frères.

En dehors de la révolution opérée dans le monde par les premiers apôtres de l'Evangile, l'histoire, que nous sachions, n'offre pas un autre exemple de rénovation sociale et religieuse aussi complète.

Or, mes Frères, ce que le Tiers-Ordre a fait pour un autre âge, il est appelé à le faire pour notre époque affligée de maux semblables et plus graves encore. C'est la pensée exprimée avec tant d'insistance par Léon XIII, lorsque dès le début de son pontificat, il présente et il recommande à tous les fidèles la Règle du Tiers-Ordre comme l'un des plus sûrs moyens de régénérer les individus, la famille, et le corps social tout entier.

Nous connaissons tous le songe fameux du Pape Innocent m. Dans une apparition miraculeuse, ce grand Pontife vit François soutenir de ses épaules les murailles chancelantes de la Basilique de Latran, mère et maîtresse de toutes les églises. Le sens de cette vision était clair. Le Pape comprit que François devait être un ferme appui, une colonne inébranlable de la chrétienté. A voir en quels termes et avec quelle instance Léon XIII, dans plusieurs encychques consécutives, et dans d'autres actes solennels, en appelle aux institutions franciscaines, au Tiers-Ordre surtout, pour conjurer les périls qui menacent le monde chrétien, et pour ramener sur la terre le règne de Jésus- Christ, ne dirait-on pas que cet illustre successeur d'Innocent III a eu lui aussi quelque vision du même genre ? Ce qui est sûr et ne saurait manquer de frapper tous les esprits, c'est le rôle religieux et social que ce Pape attribue

au Tiers-Ordre, " pour peu, dit-il, qu'on le comprenne et qu'on l'applique comme il doit l'être. "

Le Chef de l'Eglise ne peut parler ainsi sans une assistance particulière du Saint-Esprit. Il voit les choses de haut ; il comprend mieux que personne les besoins de la société ; il sait, dans sa suprême sagesse, les remèdes applicables et les mieux appropriées aux maux dont nous souffrons. Il est le juge compétent de la situation du monde chrétien, et il proclame que ce qu'il faut à notre société malade, pour qu'elle n'achève pas de s'abîmer dans un nouveau et honteux paganisme, c'est un retour sincère à l'Evangile, à l'esprit de l'Evangile qui est un esprit de justice, de charité, de paix, de fraternité véritable.

Or, qu'est-ce donc, mes Frères, que le Tiers-Ordre, si ce n'est en définitive l'application des maximes de l'Evangile à toutes les conditions, et aux situations très diverses de la vie chrétienne ?

Laissons parler Léon XIII s'adressant, dans la personne des évêques, à l'Eglise universelle :

'* Au milieu de tant et de si grands périls, il y a lieu d'espérer beaucoup des institutions franciscaines ramenées à leur état primitif. Et si les œuvres qui dépendent de ces institutions, fiorissaient, la foi, la piété, l'honnêteté des mœurs chrétiennes fleuriraient avec elles. . . Les hommes unis par les liens de la fraternité, s'aimeraient davantage entre eux, et ils auraient pour les pauvres et les indigents, qui sont l'image de Jésus-Christ, tout le respect convenable. "

Plus loin, le Pape aborde la question sociale : '' La question, dit-il, des rapports du riche et du pauvre, qui préoccupe tant les économistes, sera parfaitement réglée du jour où l'on aura compris qu'aucune personne humaine, si humble soit-elle, ne manque de dignité ; que le riche doit être miséricordieux et généreux, le pauvre content de son sort et de son travail; que ni l'un ni l'autre ne sont nés

pour des biens périssables, et que celui-ci doit aller au ciel par la patience, celui-là par la libéralité. " Et, pour réaliser un état de choses aussi désirable, le Pape demande aux évêques de l'univers catholique d'encourager de toutes leurs forces le Tiers-Ordre de Saint-François, '^ afin, ajoute-t-il, que le monde chrétien tout entier soit ramené du désordre à la paix, de la perdition au salut, par l'influence et le bienfait du Saint d'Assise. "

Quiconque se rend bien compte des fonctions du Pape dans l'Eglise de Jésus-Christ ne peut manquer de saisir la haute gravité de ces paroles. Elles ne laissent subsister aucun doute sur le rôle providentiel de saint François à une époque comme la nôtre où le monde éprouve un si grand besoin d'une vaste réforme sociale fondée sur les enseignements de l'Evangile. En recommandant aux catholiques de marcher sur les traces du Saint d'Assise, le chef de l'Eglise montre bien tout ce que renferment de ressources inexploitées, de saines et salutaires énergies, pour le renouvellement de notre société, les institutions de saint François.

Aux divisions, aux haines qui dévorent l'humanité et qui tendent de plus en plus à la scinder en deux camps ennemis et irréconciliables, le Pape signale comme remède efficace l'esprit et la règle de l'homme apostolique qui embrassait dans une même tendresse la créature raisonnable rachetée par le Christ, les astres du firmament, les oiseaux du ciel, les bêtes des bois, sortis des mains de Dieu, et jusqu'aux fleurs de la prairie, qu'il appelait gracieusement ses sœurs. La paix et la tranquillité publique, la vraie fraternité chrétienne sortent du Tiers-Ordre franciscain comme les rejetons d'une racine féconde. Semblables à ces premiers chrétiens dont la charité mutuelle frappait d'admiration les païens eux-mêmes, les fils de saint François, s'ils sont fidèles à l'esprit de leur Séraphique Père,

ont pour mission de ressusciter tlans le monde cet amour réciproque qui devrait unir tous les enfants d'un même Créateur, tous les disciples d'un même Sauveur, et d'opérer ainsi, d'après l'idéal évangélique, le rapprochement des diverses conditions sociales. Misericordia et veritas obmaverunt sihi. Justitia et pax osculatœ sunt. C'est la justice et la charité si bien apprises à l'école franciscaine, qui ramèneront dans le monde l'harmonie des cœurs et la concorde des peuples.

Mes Frères et chers Tertiaires, que je vois devant moi ^n si grand nombre, et si attentifs à mon humble parole et à qui je suis heureux de m'adresser tout particulièrement, vous pouvez déduire aisément de ce que je viens de dire la nature et la grandeur du rôle que vous avez à remplir dans la milice où vous êtes placés.

Par un dessein tout miséricordieux de la Providence qui veille avec tant d'amour sur notre pays, nous avons vu renaître, dans cette ville populeuse d'abord, puis dernièrement au sein de ce vieux Québec qui a toujours chéri le souvenir des bons Pères Récollets, le Premier Ordre de saint François, c'est-à-dire la plus importante des œuvres franciscaines dont Léon XIII attend de si heureux effets pour le renouvellement du monde chrétien.

Sans doute, et il est juste de le dire, les institutions franciscaines ne s'étaient jamais complètement éteintes au Canada. En dépit de l'absence prolongée et nécessitée par le malheur des temps des Pères du Premier Ordre, le Tiers-Ordre s'y était maintenu dans la pureté de l'esprit séraphique. Mais aujourd'hui, grâce à la réintégration si vivement désirée des fils aînés de saint François, dans les •deux principaux centres de notre catholique province.

nous pouvons dire que le Tiers-Ordre est entré dans une ère nouvelle et brillante. Les Tertiaires forment actuellement une armée imposante par le nombre, remarquable par la discipline, admirable de régularité, d'esprit religieux et de zèle chrétien.

Vous êtes, Tertiaires de Montréal, les bataillons les plus aguerris de cette milice sacrée, et vous avez l'immense avantage de marcher sous la direction immédiate, personnelle, de vos chefs naturels, les Pères du Premier Ordre. Conduits par eux, recevant d'eux l'inspiration, l'enseignement et l'exemple, vous vous appliquerez sans doute tout d'abord au devoir sacré de votre sanctification personnelle, puisque la règle séraphique est avant tout une règle de vie vraiment chrétienne. Mais vous ne devez pas oublier non plus que saint François a voulu que le Tiers- Ordre fût une force organisée mise au service de l'Eglise et de toutes ses causes. Vous ne devez pas oublier que Sa Sainteté Léon XIII compte sur la diffusion, l'influence et l'action du Tiers-Ordre pour ramener le monde chrétien tout entier, ce sont ses propres expressions, " du désordre à la paix, et de la perdition au salut. "

Soyez donc en toute circonstance, et sur tous les théâtres, de vrais fils de saint François ; montrez-vous partout et toujours imbus de son esprit, animés de son zèle, et travaillez sans relâche, selon la mesure de vos forces et dans la sphère qui vous est propre, à faire régner autour de vous la justice, la charité et lapaix. C'est, je crois l'avoir suffisamment démontré, votre devoir présent, et ce sera, j'en ai l'assurance, le gage consolant et le fondement glorieux de votre bonheur dans le ciel. Ainsi soit-iL

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