‹ Echos et glanuresChapitre 37 sur 51 · PRONONCÉ DANS L'ÉGLISE DU T. S. SACREMENT LE 28 MAI · texte numérisé non relu

PRONONCÉ DANS L'ÉGLISE DU T. S. SACREMENT LE 28 MAI

Jésus aulem diligebat Martham et sororem ejus Mariam.

Jésus aimait Marthe et sa sœur Marie.

Jean, xi, 5.

Mes chères Sœurs,

Un incident de la vie de Notre-Seigneur va me fournir le sujet des courtes réflexions que je suis heureux de vous adresser, à vous qui avez le bonheur de revêtir ce matin le saint habit, et à la communauté tout entière.

Notre-Seigneur se trouvait un jour dans un village de la Judée appelé Béthanie.

Il avait là des amis qui lui étaient dévoués, Lazare, celui que plus tard il ressuscitera, et ses deux sœurs, Marthe et Marie. Il entra dans leur maison pour s'y reposer.

Les deux sœurs se hâtèrent aussitôt de lui témoigner leur bonheur et leur affection, chacune selon son tempérament et le penchant de son cœur.

Marthe s'accorde à peine la joie de saluer le Seigneur. Transportée par l'idée d'avoir chez elle et de servir le Maître bien aimé, elle court au travail, elle va, elle vient, elle veut tout préparer, tout orner, tout embellir, tout transformer dans la maison. Elle s'agite beaucoup. Satagehat circa frequens ministerium, dit l'Evangile, elle était

fort occupée à apprêter tout ce qu^il fallait. Ne vous semble-t-il pas voir d'ici son empressement ?

L'autre sœur, Marie, quand une fois son regard s'est arrêté sur le Seigneur, n'a plus rien dans le cœur que le ravissement de cette présence adorée. Comme l'amour porte Marthe à tout préparer pour Jésus, l'amour fixe Marie et l'enchaîne aux genoux de Jésus. Se tenant assise aux pieds de Jésus, nous dit le même Evangile, elle écoutait sa parole.

Mais Marthe, qui passe et repasse, commence à concevoir quelque ombrage, peut-être mêm^e une pointe de jalousie, de sa sœur Marie. Elle s'arrête un instant pour se plaindre. " Seigneur, dit-elle, ne voyez-vous pas que ma sœur me laisse tout à faire ? De grâce, commandez-lui de m'aider. " Mais le Seigneur, au lieu de donner ce commandement, laisse tomber de ses lèvres ces belles et affectueuses paroles : " Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et te troubles pour beaucoup de choses ; il n'y en a pourtant qu'une de nécessaire : Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera point enlevée. "

Mes chères Sœurs, les récits de l'Evangile ont ceci de particulier qu'ils possèdent la grâce d'une actualité permanente et qui s'adapte à tous les temps.

Les deux sœurs Marthe et Marie sont disparues de la scène de ce monde ; mais le débat généreux et pacifique qui les divisait leur a survécu. L'amour de Jésus-Christ, aujourd'hui comme dans la maison de Béthanie, prend diverses formes et se manifeste de diverses manières. On peut dire cependant que ces formes et ces manières se réduisent à deux principales dont l'une a Marthe pour type et l'autre Marie pour modèle.

Le divin Maître, qui ne voulut pas blâmer Marie, mais au contraire l'encouragea dans son attitude d'adoration et d'extase, ne blâma pas non plus la diligente Marthe, mais approuva tacitement le zèle empressé qu'elle déployait pour lui faire une digne réception.

L'Eglise, héritière des enseignements et des sentiments de son divin Fondateur, approuve et bénit également les imitatrices des deux sœurs amies de Jésus. Les âmes fidèles et choisies qu'elle appelle à servir Notre-Seigneur dans sa personne sacrée ou dans la personne de ses pauvres, se sont toujours divisées en deux familles, dont l'une de beaucoup la plus nombreuse suit surtout l'exemple de Marthe, dont l'autre s'attache plus spécialement à imiter Marie.

Est-ce à dire que Marthe ne puisse pas, elle aussi, à certaines heures, prendre la place de Marie aux pieds de Jésus ? et que Marie elle-même soit à ce point égoïste dans la possession de son bonheur, qu'elle ne s'offre pas à remplacer sa sœur dans son service et à la laisser s'entretenir à son tour avec le divin Maître ? Non, mes Sœurs. En réalité les deux sœurs s'entendent, se comprennent et se complètent. Et si l'Eglise voit d'un œil réjoui certaines âmes privilégiées, dont l'attrait spécial les porte à se consacrer entièrement à une vie de prière, de contemplation, et d'expiation, et à faire ainsi contrepoids aux frivolités d'un monde qui ne prie pas ni ne songe guère à expier, elle bénit des mêmes bénédictions, et elle encourage des mêmes faveurs tous ces Ordres religieux, ces Instituts, ces Congrégations, ces Communautés innombrables dans leur variété, admirables dans leurs œuvres, qui sont l'élite de ses enfants, son honneur et sa gloire, et dans lesquels s'allient la prière la plus ardente, la contemplation même la plus haute, et le travail le plus actif et le plus généreux.

Or, parmi ces Instituts, je me demande, mes chères Sœurs, s'il en est d'autres que le vôtre qui sachent réunir d'une manière plus harmonieuse et plus parfaite l'attrait spécial de Marie et la brûlante activité de Marthe.

L'activité de Marthe. — Vous êtes Sœurs missionnaires. C'est votre titre par excellence, vous ne pourriez en désirer un autre ni plus noble ni plus beau, ni plus digne de notre respect ni plus en honneur auprès de l'Eglise, la grande missionnaire des âmes chargée par Notre-Seigneur de continuer jusqu'à la fin des temps la diffusion de l'Evangile. Investie d'une mission si haute, il est facile de comprendre que l'Eglise ait la plus tendre affection pour ceux et celles de ses enfants qui lui prêtent dans l'accomplissement de sa tâche le concours de leur travail et de leur dévouement.

Sœurs missionnaires ! Sait-on bien, dans le monde, même dans le monde chrétien, qui parfois parle de vous et vous juge sans vous connaître, sait-on bien ce que comporte de labeurs et de sacrifices cette vie des missions à laquelle vous vous préparez avec tant d'ardeur dans le silence et l'obscurité du noviciat ?

C'est une vie d'activité fébrile, d'émotions, de surprises de tous genres, de voyages lointains, pénibles, périlleux, de privations de toutes sortes, de souffrances physiques et morales, de dangers même pour vos jours.

Je ne charge pas le tableau. Je me contente de vous dire ce que vous connaissez déjà. Vous savez, par l'histoire même de votre institut, que le labeur qui vous attend comme missionnaires demandera de vous que vous déployiez tout ce que la nature fortifiée par la grâce, décuplée dans son activité par une charité héroïque et le zèle de la maison de Dieu, a pu mettre en vous d'énergie,

de courage, de rc^'sistance à la fatigue, d'ingéniosité et d'esprit d'entreprise. Ah ! si Marthe, la sœur de Marie, doit être regardée comme le type de la religieuse missionnaire, quelles Marthes vous devez être !

La Marthe de l'Evangile n'avait pas à sortir de chez elle pour servir Notre-Seigneur : vous serez appelées, vous, à quitter votre famille, votre pays, cette communauté qui est devenue pour vous comme une seconde famille que vous aimez à l'égal de la première. Vous serez appelées à servir votre Maître, l'époux spirituel de vos âmes, dans la personne des pauvres, des malades, des affligés, des délaissés de la terre, sur les plages les plus lointaines, dans des pays encore infidèles et barbares, où vous ne rencontrerez aucune trace de cette civilisation chrétienne qui a façonné votre esprit et votre âme, où vous vous trouverez en face d'idées et d'usages qui blesseront vos principes, vos sentiments et votre délicatesse. Des hôpitaux, refuge de toutes les misères, des orphelinats, asile de l'enfance délaissée, des léproseries, rendez-vous de toutes les horreurs, voilà, mes chères Sœurs, le champ d'action où, tout en soignant les misères du corps, vous soignerez et vous soulagerez les misères bien plus grandes des âmes.

Une vie plus occupée que sera la vôtre, je n'en connais pas ; une existence plus précaire au point de vue humain, et plus entièrement dépendante de la Providence divine, je ne puis en imaginer.

Aussi, — et je m'adresse à toutes et à chacune de vous, — semble-t-il difficile de comprendre que plongées comme vous le serez, comme vous l'êtes déjà, dans les mille sollicitudes de cette vie empressée, vous trouviez cependant le loisir de rester à certaines heures, à l'exemple de Marie,

aux pieds de Notre-Seigneur, recueillant en silence ses divines inspirations.

C'est ce que vous faites pourtant, — avec quel dévouement, avec quel amour, avec quelle sainte passion, avec quel immense profit spirituel. Dieu seul le sait, — c'est ce que vous faites devant le Saint Sacrement exposé le jour et la nuit à vos adorations. Ainsi, mes chères Sœurs, réalisez-vous, selon l'esprit même de votre Institut, l'union de la vie contemplative et de la vie la plus active, le double but que poursuit l'Eglise par ses innombrables communautés religieuses : la prière et les œuvres de charité. Vous êtes à la fois Marthe et Marie. C'est votre idéal. Et il n'en est pas qui s'adapte mieux aux exigences comme aux besoins de notre temps.

A l'égoïsme, à la cupidité, à la jouissance effrénée, vous opposerez l'héroïsme du dévouement et de la charité. A un monde qui a désappris le devoir delà prière ou qui oublie trop aisément la grande loi de la pénitence, vous donnerez l'exemple de l'oraison et de l'expiation.

Marthe et Marie : voilà bien ce que veut être, ce qu'est en effet une religieuse Franciscaine Missionnaire de Marie.

Et c'est en cela surtout qu'il faut admirer la sagesse de la grande chrétienne qui a fondé et organisé votre Institut.

Que Dieu donc bénisse vos généreux desseins, qu'il vous éclaire de ses lumières, qu'il vous soutienne de sa grâce, et qu'il vous accorde le don souverain de la persévérance. Ainsi soit-il.

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par jflD. rabbé paquet '

Les dernières dépêches d'Europe nous apprennent la mort du cardinal Ignace Persico, du titre de Saint-Pierre-aux-Liens, Préfet de la Sacrée Congrégation des Indulgences et des Saintes Reliques.

Le nom de ce Prince de l'Eglise est encore familier sans doute à un bon nombre de lecteurs de la Semaine religieuse, attendu que pendant trois ans il a appartenu au clergé du diocèse de Québec.

La carrière du Cardinal Persico a été longue et mouvementée.

Né à Naples en 1823, il entra dans l'Ordre des Mineurs Capucins, et fut envoyé de bonne heure aux Indes Orientales où il demeura un grand nombre d'années, soit à titre de simple missionnaire, soit comme vicaire apostolique et comme évêque.

Le climat meurtrier des Indes le força de revenir dans son pays natal. Il rencontra à Rome, en 1867, Mgr Lynch, évêque de Charleston, Caroline du Sud, au moment où ce Prélat-patriote^ après avoir payé d'une sorte d'exil son attachement à la cause Sudiste, venait de recevoir des autorités américaines la permission de rentrer dans son diocèse. Mgr Lynch persuada à Mgr Persico de l'accompagner à Charleston pour y continuer sa vie de missionnaire.

C'était en 1867. La guerre civile était terminée depuis plus d'un an. Mais les Etats du Sud, les deux Carolines en particulier, étaient couverts de ruines. Les misères et les dépenses de la guerre, la disparition d'un nombre immense d'enfants du sol morts sur les champs de bataille ou dans les hôpitaux, l'émancipation subite des noirs, la désorganisation générale qui s'en suivit, tout contribuait à faire de ce pays l'un des plus tristes

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